Vue normale

Quand les mobilités douces font grincer des dents

21 septembre 2025 à 10:43

Circuler en ville, un vrai champs de bataille ?

Les modes de déplacement en zone urbaine sont en pleine mutation, ce qui crée fatalement de nouvelles frictions entre usagers, chacun se sentant plus vulnérable que les autres — piétons, cyclistes ou adeptes d’engins électriques à une ou deux roues. Les villes rivalisent d’ingéniosité pour les complaire — sans pour autant ébranler radicalement la domination de la voiture individuelle.

Grenoble et ses zones a trafic limitée - D.R.

Le 3 juin, une manifestation un peu particulière s’est déroulée dans le centre-ville de Dijon. Une petite centaine de cyclistes, vélos en main et marchant au pas, ont déambulé rue de la Liberté, principale artère commerçante de la ville, pour protester contre un arrêté municipal. « Des pistes, pas des interdictions ! » pouvait-on lire sur une pancarte : la mairie venait tout juste d’interdire cet axe aux vélos de 11h30 à 20h. « Cela n’a pas du tout été concerté », explique à Reflets Sylvain Nocquard, président de l’association Ensemble à vélo (EVAD), affiliée à la fédération nationale (FUB). « On a été reçu par la mairie un peu avant, mais pour nous informer, pas pour en discuter au préalable ». Le collectif Piétons dans la métropole dijonnaise a critiqué aussi  le calendrier et la méthode » de cette interdiction municipale.

Cyclistes à pied et en colère à Dijon, le 3 juin dernier - Dijon-actualites.fr - (DR)
Cyclistes à pied et en colère à Dijon, le 3 juin dernier - Dijon-actualites.fr - (DR)

Même si les cyclistes, partout en France, ont de plus en plus de poids dans les décisions d’aménagement urbain (dû aux usages en hausse des trajets domicile-travail à vélo), la municipalité dijonnaise semble avoir été plus sensible aux arguments des commerçants qu’à la tranquillité des piétons. Une telle décision a déclenché les mêmes grincements à Lille à l’automne 2023 (10h-23h dans plusieurs rues piétonnes du centre historique). Le manque de concertation a également été mis en avant par les associations lilloises...

Enclaves libertariennes et villes parasites [part 2]

16 juin 2025 à 07:04

Le retour des « républiques bananières » ?

Trois enclaves cherchent à faire sécession au Honduras, chacune avec sa stratégie d'expansion... mais avec la même arrogance.

Fresque sur le mur d'une des propriétés de Brock Pierce (au centre du dessin), à Vieques, Porto Rico. Oeuvre du groupe de street art Bemba PR - Adaira Rojas (@adaira_enla_calle) & Bemba PR - D.R.

Force est de constater que la plupart des enclaves mégalomanes annoncées ces dix dernières années, à grand renfort de buzz et d’images 3D, ont du mal à décoller. Cela fait dix ans par exemple que Liberland, micro-nation autoproclamée, végète dans un no man’s land de 7 km² au bord du Danube, entre Croatie et Serbie — le lieu n’accueille qu’une «dizaine de colons, installés dans des infrastructures temporaires et étroitement surveillés par la police croate», dixit un reportage du Figaro. D’autres sont mort-nés, comme California Forever, projet d’enclave de 700 ha pour super-riches (comté de Solano, Californie) et soutenu par Mark Andreessen: après six ans de lobbying, les promoteurs ont eu peur de soumettre leur idée à référendum. Akon City, ville futuriste qui devait s’ériger au Sénégal, promue depuis 2020 par une star de la R’n’B, Akon, n’a pas encore posé la moindre brique. Quant à Brock Pierce, enfant terrible de la blockchain, il rame à construire sa cité radieuse à Porto Rico, baptisée «Puertopia», depuis qu’il a racheté de multiples propriétés après un cyclone qui a ravagé cette île des Caraïbes en 2017. Selon le New York Times, Pierce accumule les ardoises et les procès, et sur place on le traite de banal «colonialiste du bitcoin».

«Zones parasites»

Ces désillusions ne découragent guère les idéologues libertariens. L’exemple du Honduras ne peut que les inciter à encore y croire. Hélène Roux, sociologue au Centre population et développement (IRD - Paris Cité), étudie...

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