IA : vers l’obsolescence des métiers de l’informatique ?
Entre pénurie de talents, accélération des compétences et nouveaux rôles hybrides, la question n’est pas la disparition des métiers de l’IT, mais la capacité des organisations à s’adapter.
L’IA s’est imposée en quelques années comme un levier stratégique majeur pour les entreprises. Mais cette adoption rapide s’accompagne d’un phénomène moins visible : l’accélération de l’obsolescence des compétences.
Selon le Future of jobs report 2025 du World Economic Forum, près de 39 % des savoir-faire actuellement mobilisés dans les entreprises seront modifiés ou rendus obsolètes d’ici 2030. Un chiffre qui donne la mesure du défi.
En France, cette réalité est particulièrement marquée dans l’IT. Le baromètre Inop’s 2025 montre que la cybersécurité (53 %) et l’intelligence artificielle (49 %) figurent parmi les domaines où les compétences deviennent le plus vite obsolètes1. Autrement dit, ce sont aussi les secteurs les plus dynamiques et les plus exposés à la transformation.
Le problème n’est donc pas l’IA en elle-même, mais la vitesse à laquelle les technologies évoluent, souvent plus rapidement que la capacité des organisations à faire évoluer leurs équipes.
Tous les métiers IT ne sont pas exposés de la même façon
Parler d’obsolescence généralisée des métiers de l’informatique serait trompeur, car l’impact de l’IA varie fortement selon les fonctions. Un développeur Python, par exemple, voit ses outils évoluer en permanence, mais ses compétences de base perdurent. Dans ce contexte, l’IA agit surtout comme un accélérateur, en automatisant certaines tâches ou en améliorant la productivité.
À l’inverse, des métiers comme ceux de cloud manager, d’architecte data ou de responsable des infrastructures sont confrontés à des transformations plus structurelles. L’arrivée des agents IA autonomes et des systèmes intelligents distribués modifie profondément leurs missions, en les orientant davantage vers l’orchestration, la supervision et la gouvernance.
Cette évolution s’accompagne de l’émergence de nouveaux rôles hybrides. Prompt engineers, architectes de solutions IA ou autres profils capables de faire le lien entre technologie et usages métiers illustrent cette recomposition. Ainsi, l’IA ne supprime pas les métiers IT, elle les reconfigure.
Former, hybrider, recruter autrement
Cette transformation rapide met sous tension le marché de l’emploi. Selon une étude Cloudera menée auprès de décideurs IT, 62 % des entreprises estiment ne pas disposer aujourd’hui des compétences internes nécessaires pour exploiter pleinement leurs projets IA. Ce décalage se traduit par des recrutements difficiles, des projets ralentis et, parfois, des renoncements.
Dans ce contexte, la réponse ne peut pas être uniquement quantitative. Former davantage est indispensable, mais encore faut-il former aux bonnes compétences. Dans l’IT et la data, la formation continue devient un prérequis, tant les outils, frameworks et usages évoluent vite.
Les entreprises doivent aussi repenser leurs modes de recrutement. Le recours au recrutement par compétences réelles (skill-based hiring), plutôt qu’aux seuls parcours académiques, permet de mieux répondre à des besoins mouvants. L’hybridation des profils — techniques, métiers, organisationnels — devient ainsi un facteur de résilience technologique.
L’IA, un catalyseur plus qu’une menace
Contrairement aux craintes souvent exprimées, l’IA ne se traduit pas forcément par une destruction massive d’emplois. Les projections les plus récentes envisagent au contraire un solde positif. Le World Economic Forum estime que l’IA et l’automatisation avancée pourraient générer plus de créations d’emplois qu’elles n’en supprimeront à l’horizon 2030 (2)…
Dans l’IT, la réalité est déjà visible. Les métiers évoluent, se spécialisent et gagnent en valeur ajoutée. Le véritable risque n’est pas l’automatisation, mais l’inaction. Les entreprises qui tardent à investir dans les compétences, à structurer leur stratégie data ou à adapter leur organisation creusent un écart difficile à combler.
L’obsolescence n’est donc pas une fatalité. Elle est le symptôme d’un écosystème en mutation rapide. Pour les décideurs IT comme pour les professionnels, l’enjeu est clair : anticiper, se former et s’entourer des bonnes expertises pour transformer l’IA en levier durable de performance.
*Anthony Berges est DGA de Freelance.com
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(1) L’obsolescence des compétences IT, baromètre 2025
(2) Forbes – « L’avenir de l’emploi d’ici 2030, selon le Forum économique mondial » – Janv 2025
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