Pourquoi parle-t-on de « point Godwin » quand on fait référence aux nazis dans une conversation ?
Lorsque dans une conversation, une référence est faite aux nazis ou à Hitler alors que ça n’était pas le sujet de base, on parle de « point Godwin ». Cette expression découle de la loi d’un avocat américain, Mike Godwin, qui observait le phénomène prendre de l’ampleur sur internet. Explications.
« Point Godwin », lance une personne au détour d’une conversation. Par cette locution, elle signifie à son interlocuteur qu’il a fait une référence au nazisme ou à Adolf Hitler, alors que la discussion n’y prêtait pas. D’abord utilisée sur des forums sur internet, cette phrase est aujourd’hui aussi prononcée dans les échanges de tous les jours, notamment dans les débats. Mais que cela signifie-t-il vraiment ? Et pourquoi parle-t-on de « point Godwin » ?
Tout part de la « loi de Godwin », formulée en 1990 par l’avocat américain Mike Godwin. Selon sa théorie, plus une discussion en ligne se prolonge, plus il est probable qu’une comparaison avec les nazis ou Hitler apparaisse. « Sans valeur scientifique, cette « loi » est née de l’expérience de Godwin sur Usenet, un forum précurseur d’internet, où il a remarqué que des références au nazisme surgissaient souvent dans des débats sans rapport avec le sujet initial », précise le site spécialisé dans le droit Justifit.
Traiter son interlocuteur de nazi
La « loi de Godwin » suppose également que l’escalade émotionnelle dans les échanges favorise l’émergence d’analogies extrêmes pour remplacer des arguments. La plupart du temps, un thème de la discussion est comparé avec une opinion nazie ou à traiter son interlocuteur de nazi. Par exemple, en 2009, l’ancienne ministre de la Culture Christine Albanel disait trouver ridicule « l’obstination qui consistait à présenter Hadopi comme une antenne de la Gestapo », rappelle le quotidien Libération.
Ce phénomène a été observé par le philosophe Léo Strauss dans les années 1950, quarante ans avant Godwin. Il parlait alors de reductio ad hitlerium (réduction à Hitler) pour faire référence au moment où une personne disqualifiait l’argument d’un adversaire en l’associant à Hitler ou au nazisme.
Aucune preuve scientifique
Selon la « loi » de l’avocat américain, cette tendance pourrait aussi s’expliquer par une perte de rationalité dans l’argumentation lorsque les désaccords s’intensifient. Toutefois, il est bon de rappeler que cette « loi de Godwin » n’a rien de scientifique. Elle se base uniquement sur des observations. Aucune expérience n’a été menée pour valider son hypothèse et il n’existe pas de loi de probabilité propre au sujet.
Le « point Godwin » quant à lui, est énoncé lorsque, dans une discussion, une référence au nazisme est faite alors qu’elle ne s’y prêtait pas. En arriver là signifierait alors qu’il est temps de clore le débat car il n’en sortira plus rien de pertinent.
D’ailleurs, selon Mike Godwin, interrogé par le journal Le Monde, le « point Godwin » serait une invention des francophones. « Ceux-ci parlent de « point Godwin » quand ils atteignent, dans la discussion, le stade de la comparaison avec les nazis : ils se décernent même des « points Godwin » par dérision !, lance-t-il. J’apprécie cette inventivité linguistique, mais, à ma connaissance, cette expression est propre aux francophones. »
Lutter contre le nazisme
Comme le raconte France Culture, en 1994, il expliquait dans le magazine Wired que sa « loi » était une « expérience pour voir s’il était possible de créer une formule virale permettant de lutter contre le recours massif à l’accusation massive de nazisme dans les conversations en ligne ». Pari réussi puisqu’aujourd’hui, parler de nazisme ou de Hitler entraîne presque systématiquement l’utilisation du point Godwin. En ligne comme dans le monde réel.
Toutefois, certaines personnes font exprès de le provoquer. Surtout sur internet où les poursuites judiciaires sont rendues compliquées à cause de l’anonymat. Pour rappel, insulter quelqu’un de « nazi » en France est condamnable et passible d’amendes de plusieurs milliers d’euros. Selon le contexte, ça peut être considéré comme une injure publique ou une diffamation.
vid{81039c36ab72849f58ae59b541b5f3dad9c56d02d29cc906f80b29c780b93e30}
— Permalink