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Aujourd’hui, le chien de mon père aboie de façon très insistante. Étant donné qu’il fait nuit, je me rends dans la chambre de mes parents pour leur demander s’ils peuvent aller voir ce qu’il se passe. J’aurais préféré affronter le noir plutôt que la partie de gym de mes parents. VDM
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Par Eve

Aujourd'hui, lors d'un match de football, mon mari m'a expliqué que le joueur couché lors d'un coup franc était celui que l'entraîneur trouvait un peu fatigué, et que ça permettait au joueur de se reposer un peu. Je l'ai cru. VDM
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Par Jamaisvuça

Aujourd'hui, je suis au pair, mais la mère et les tantes sont là. Elles s'occupent du bébé et parlent entre elles. Elles le font manger, jouent avec, puis une odeur arrive. Il a fait dans sa couche. La mère fait un "Oh noooon" théâtral, se tourne vers moi en feignant l'embarras, et me tend son gosse pour je le change. VDM
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L’USINE À CONTENU : « J’ai échappé le culte d’Andrew Tate »

L’année dernière à la même époque, Karim Mahmoud, un étudiant en ingénierie de 25 ans originaire du Caire, était encore l’un des centaines de milliers d’hommes à travers le monde qui se considéraient comme des fans fidèles d’Andrew Tate.

 Il adhérait pleinement à l’idéologie hyper-capitaliste et misogyne de Tate, et était convaincu que Tate n’était pas coupable des accusations de traite d’êtres humains qui pesaient sur lui en Roumanie. Il a même envoyé un message à son héros, disant qu’il était prêt à se battre pour lui. 

« Dans ce message, j’ai dit quelque chose comme : “Si tu veux partir en guerre, je ferai partie de ton armée.” Enfin, c’était très gênant », rit Mahmoud. « Voilà à quel point j’étais loin dans l’idéologie. »

Mahmoud, qui s’est initialement senti attiré par l’influenceur controversé, gourou de la manosphère et accusé de traite d’êtres humains, par le biais de ses vidéos omniprésentes sur les réseaux sociaux, est rapidement devenu un abonné payant de la nouvelle école de commerce en ligne de Tate, The Real World, lancée en novembre 2022 comme une version renouvelée de sa « Hustler’s University ».

Le site, pièce maîtresse de l’empire commercial de Tate, se qualifie de « plateforme d’éducation financière la plus avancée au monde » et promet d’apporter aux jeunes hommes les compétences entrepreneuriales nécessaires pour leur permettre de « s’échapper » de « la Matrice » – le terme méprisant de Tate pour la société traditionnelle – et d’éviter un avenir autrement inéluctable de « brokie » (fauché). Mahmoud était convaincu que cela le rendrait riche.

Il ne fallut pas longtemps avant qu’il ne soit complètement immergé dans l’univers de Tate. Il s’est isolé de ses amis et de sa famille, et passait régulièrement 10 à 12 heures par jour – parfois même 16 heures – derrière son ordinateur, pour éditer et publier quotidiennement des vidéos sur Tate sur les réseaux sociaux, dans le cadre du « matériel pédagogique » obligatoire. Il est devenu une pièce dans la même machine de relations publiques sophistiquée qui l’avait initialement attiré dans les filets de l’influenceur.

Désormais, Mahmoud ne reconnaît plus la personne qu’il était alors. Il n’idéalise plus l’homme qu’il considérait autrefois comme le « Top G ». Son rêve s’est effondré lorsqu’il a appris les détails de l’accusation contre les frères Tate pour avoir prétendument persuadé des femmes, par le biais du grooming, de travailler comme cam-girls.

« Je ne trouve pas que ce soit un homme honorable. Je pense qu’il ne peut même pas être appelé un homme », déclare Mahmoud. Il n’est plus membre de The Real World et se voit désormais comme quelqu’un qui s’est échappé d’une secte.

Bien qu’il y ait déjà eu beaucoup d’agitation autour de l’influence toxique des opinions misogynes de Tate sur une génération de jeunes hommes influençables, ses anciens fans et critiques ont également parlé à VICE News pour avertir d’un autre côté de la menace qu’il représente : selon eux, Tate escroque ses propres fans avec sa plus récente entreprise commerciale.

Ils affirment que The Real World est une escroquerie cynique et ingénieuse – avec toutes les caractéristiques d’un système de vente pyramidale – qui cible les adolescents pour les exploiter financièrement, tout en les utilisant simultanément comme des robots pour alimenter la formidable machine de relations publiques de Tate sur les réseaux sociaux. De plus, les étudiants recevraient sur la plateforme une éducation très médiocre, dans une atmosphère sectaire, dans laquelle ils sont encouragés à ne pas dormir et à travailler des heures incroyablement longues pour terminer leur matériel pédagogique. Ce matériel pédagogique consiste à produire des vidéos sur les réseaux sociaux qui font la promotion de Tate et de ses intérêts – et font donc office, de fait, d’usine à contenu décentralisée pour l’influenceur.

Un avocat a déclaré à VICE News qu’il considérait The Real World, qui dépend pour sa survie de l’accès aux plateformes de réseaux sociaux, comme une forme de « grooming numérique » de jeunes – qui proviennent souvent de zones pauvres de pays en développement – par un homme accusé de manipuler des femmes pour devenir travailleuses du sexe en ligne. Tate, qui se décrit comme un « charbonneur au sang froid » (ice-cold hustler), s’est vanté à plusieurs reprises d’avoir escroqué des clients de sa précédente entreprise en ligne.

L’abonnement coûte 49 dollars (45 euros) par mois aux membres de The Real World, et selon le site, il compte plus de 200 000 membres payants – bien que les observateurs pensent que cela est fortement exagéré. Les critiques disent que la plateforme cible de manière impitoyable les jeunes adolescents et les exploite de manière cynique avec une promesse de richesse incroyable, tant qu’ils fournissent assez de travail et d’argent.

L’un des plus proches alliés de Tate, Miles Sonkin, qui utilise le pseudonyme Iggy Semmelweis, a déclaré que la « principale catégorie de population » est celle des « garçons au collège et au lycée de 12 à 18 ans », et que la plateforme a une conception « ludifiée » (gamified) destinée à être attrayante pour les jeunes. Elle est largement promue auprès des adolescents, avec des posts promotionnels affirmant que de jeunes adolescents gagnent des sommes folles sur la plateforme.

Andrew Tate is getting desperate. He is more regularly promoting The Real World himself with his own affiliate link. The prime demographic for the suspected pyramid scheme is school age boys 12 – 18, as Iggy has said. Sign the below petition to stop the exploitation 👇👇👇 pic.twitter.com/677pfIfnuw

— Gadget (@Gadget440) September 11, 2023

« À 13 ANS, plus de 10 000 dollars (9 215 euros) gagnés dans The Real World. Imaginez où ce G en sera quand il aura 16 ans ? » lit-on dans l’un des posts. « Micah a 16 ans et gagne 2 500 dollars (2 303 euros) par mois, mais ce n’est que le début », lit-on dans un autre.

Mais des posts divulgués et des enregistrements de présentations données au sein de The Real World, partagés avec VICE News, racontent une autre histoire. Ils dressent le portrait de garçons vulnérables et de jeunes hommes aux ressources limitées qui disent être en difficulté après avoir investi plus de temps et d’argent dans la plateforme qu’ils ne pouvaient se le permettre, dans une adoration aveugle de leur héros Tate. Pendant ce temps, les responsables de cours poussent leurs étudiants à travailler des heures intenables pour atteindre leur objectif. Selon d’anciens élèves, ils recommandent parfois de travailler 16 heures par jour, ou de ne dormir que 3 heures par nuit.

« L’idée de repos est idiote », dit un instructeur de The Real World lors d’une conversation de « check-in matinal » avec ses élèves, enregistrée et partagée avec VICE News. « Le repos n’est pas réel. Le seul vrai repos est de dormir, et c’est tout. »

VICE News a vu des posts créés dans une partie de The Real World où les élèves étaient encouragés à poster des questions directes à Tate, les « meilleures » questions étant récompensées par une réponse. Dans l’un de ces posts, un membre d’Indonésie écrit une supplication à Tate pour l’aider à trouver du travail, étant donné qu’il a dépensé tout son argent pour l’adhésion à The Real World, mais n’a pas encore pu trouver de client en rédaction publicitaire (copywriting). « Je n’ai vraiment plus d’argent », écrit-il. « Même 10 dollars (9,22 euros) sauveraient ma vie. »

Un élève au Pakistan demande conseil pour savoir s’il doit prioriser son matériel pédagogique de The Real World ou ses études universitaires réelles. « Je suis actuellement sans emploi et j’ai seulement assez d’argent pour tenir deux mois… je veux gagner de l’argent pour stabiliser mes finances tout en terminant ma formation à TRW », écrit-il. Dans un autre post, un abonné de 12 ans demande conseil car « j’ai beau essayer, je ne semble tout simplement pas pouvoir gagner d’argent. » 

Aucun de ces posts n’a reçu de réponse.

Selon Mahmoud, ces posts sont un reflet fidèle de la manière dont cela se passe chez The Real World, où des membres crédules sont exploités pour leur travail et leur argent.

« Il n’y avait personne qui gagnait vraiment beaucoup d’argent », dit-il, citant des conversations qu’il a eues avec d’autres élèves dans les salons de discussion de la plateforme, et la « section des gains » vide sur la plupart des profils d’utilisateurs, montrant un manque de revenus. « Vous avez là-bas des gens qui quittent leur école, arrêtent l’université, pour faire ça », dit-il, ajoutant qu’un de ses nouveaux amis sur la plateforme lui avait dit qu’il avait arrêté ses études universitaires pour se consacrer entièrement au programme TRW.

Image d’une publicité vidéo pour The Real World. Image : YouTube

Il pense avoir échappé au pire en reprenant ses esprits et en quittant The Real World après quatre mois d’adhésion, avant de pouvoir vraiment dérailler. Le site ne lui a apporté aucune des récompenses promises et n’a eu qu’un impact négatif : il était beaucoup plus pauvre après, coupé de ses réseaux, obsédé par des objectifs matérialistes qu’il ne pouvait atteindre, amer et rempli d’idées misogynes et complotistes.

« J’avais l’impression que cela me transformait en incel », dit-il. D’autres qui sont sous l’influence de Tate suivent absolument le même chemin, prévient-il.

« Vous serez enfermé chez vous, avec la pensée que vous êtes une victime, que les gens veulent tout vous prendre », dit-il. « Vous détesterez les femmes, et les tiendrez pour responsables de tout ce qui va mal dans votre vie. Vous travaillez continuellement parce que vous pensez qu’avec cela vous obtiendrez des femmes. Et si cela arrive, vous ne ferez que la traiter comme un object ou un bien. »

Les critiques de The Real World affirment que, malgré les promesses d’une excellente éducation et d’une richesse à croissance rapide, les connaissances transmises dans les cours sur des sujets tels que la rédaction publicitaire, la cryptomonnaie, l’e-commerce, la création de contenu et l’IA sont d’un niveau basique et valent peu. Mahmoud dit que le matériel acheté était « très, très basique, ne valant certainement pas mon argent, certainement pas 50 dollars par mois ». 

Malgré les heures qu’il a investies dans le matériel pédagogique, il a rapidement cru que la seule perspective réaliste de gagner de l’argent via la plateforme résidait dans le programme de « marketing d’affiliation ». De nouveaux membres y sont admis une fois par mois, créant une demande d’accès parmi les membres – bien que Mahmoud dise que le programme n’était pas précisément la machine à sous qu’il avait espérée.

Défenseurs et critiques de Tate s’accordent à dire que le programme de « marketing d’affiliation » est un élément essentiel de l’empire commercial de Tate. Il propose aux abonnés la chance de gagner de l’argent en créant des vidéos sur les réseaux sociaux avec les compétences en montage vidéo, marketing et IA acquises chez The Real World, à l’aide d’une énorme archive numérique d’images de Tate spécialement constituée pour cela. Ces vidéos servent à promouvoir Tate et sa plateforme sur les réseaux sociaux. Une fois que les membres ont accumulé suffisamment d’abonnés, ils reçoivent le droit de poster des « liens d’affiliation » – et de gagner une commission pour chaque nouveau membre recruté via leurs vidéos.

L’équipe de Tate a elle-même admis que cette pratique – utiliser ses légions de fans pour fonctionner comme son usine à contenu auto-réplicative – a été une stratégie marketing extrêmement fructueuse. L’un des nombreux sites sur lesquels The Real World est annoncé cite la tactique de marketing d’affiliation comme la raison pour laquelle Tate est devenu mondialement célèbre.

« Tate a été la première personne à utiliser cette stratégie de contenu unique sur les plateformes de réseaux sociaux », lit-on sur le site. « Tate est devenu la personne la plus connue sur Internet grâce à sa stratégie marketing révolutionnaire. »

Mais selon les critiques de Tate, la stratégie est extraordinairement exploiteuse et utilise cyniquement des enfants influençables comme une sorte d’armée de relations publiques qui diffuse les récits égoïstes de l’influenceur. Le mois dernier, VICE News a rapporté comment les membres de The Real World avaient reçu l’ordre de créer des vidéos pour une campagne destinée à faire pression sur les autorités pour permettre à Tate et son frère Tristan de quitter la Roumanie (où ils doivent rester en attendant leur procès) afin de rendre visite à leur grand-mère malade aux États-Unis. Un message sur le site, posté par un instructeur, promettait une récompense aux élèves qui réalisaient les 20 vidéos les plus vues pour cette campagne.

Lorsque Mahmoud a pris conscience pour la première fois d’Andrew Tate fin 2022, Tate semblait être une influence positive, dit-il. Il menait à cette époque une vie « chaotique » – boire, fumer, trop faire la fête – et le message de motivation de Tate sur la mise en forme et la concentration sur ses objectifs l’avait initialement aidé. Il a dit que les déclarations misogynes de Tate correspondaient également à l’époque à ses propres opinions, en tant que produit d’une culture conservatrice et patriarcale, ce qui signifiait qu’il était facilement aspiré dans ce monde.

Mais il n’a pas fallu longtemps pour que son temps chez The Real World commence à avoir un impact négatif. Particulièrement le campus de « marketing d’affiliation » était, selon lui, très abusif ; les membres étaient soumis à une pression énorme pour accomplir leurs tâches quotidiennes assignées, incluant la production de quatre à six vidéos par jour.

Capture d’écran d’une publicité pour The Real World présente sur YouTube et Instagram, dans laquelle Tate avertit que « la Matrice travaille très dur pour vous ruiner et vous laver le cerveau ». Image : trailer de The Real World, YouTube.

Il décrit un environnement toxique, semblable à un centre d’appels, où les membres se sentaient « humiliés » s’ils ne parvenaient pas à figurer sur la liste des 25 meilleurs performeurs, tandis qu’ils recevaient régulièrement des « leçons » qui n’avaient « rien à voir avec le sujet de la matière, et étaient plus destinées à vous laver le cerveau : “voici comment vous êtes un homme”, “voici comment vous êtes influent”. » Les idéologies sur lesquelles sont basés le programme sont reflétées dans les bandes-annonces faisant la promotion de The Real World, dans lesquelles Tate déclare que quiconque ne veut pas rejoindre la plateforme a choisi de « rester un esclave », que les universités sont conçues pour programmer les esprits des étudiants avec une « propagande perfide », et que « la Matrice travaille dur pour vous ruiner et vous laver le cerveau. »

Il voit maintenant que les conseils « red-pilled » partagés dans le groupe étaient nocifs, sectaires et relevaient presque de la maltraitance : abandonner toute forme de divertissement ; ignorer les conseils de quiconque en dehors de The Real World ; travailler chaque heure de veille.

 « C’est presque du travail d’esclave », dit Mahmoud. 

Les élèves reçoivent le conseil d’entrer en « mode guerre » – de courtes sessions de plusieurs jours de travail extrêmement acharné avec très peu de sommeil – pour atteindre leurs objectifs.

« Vous pouvez laisser le sommeil derrière vous », dit un instructeur de The Real World à des étudiants dans une leçon enregistrée consultée par VICE News. 

« Quand je passe en mode guerre, je réduis mon sommeil à quelque chose comme 3, 4, 5 heures par nuit, et je travaille comme une bête pour atteindre un objectif. » Il dit qu’ils peuvent, si nécessaire, faire une sieste de 15 minutes sur leur chaise pour « une récupération mentale rapide ».

PREDATORY stuff from Andrew Bass, "professor" in Andrew Tate's program "The Real World". The majority of the students are under 18, and he is encouraging them to severely deprive themselves of sleep.

All social media platforms need to be aware of what they are allowing. pic.twitter.com/mp1JGNUFK9

— Gadget (@Gadget440) January 1, 2024

Dans une autre vidéo partagée avec VICE News, un instructeur remercie les élèves d’être présents si tôt à une conversation de « check-in matinal » – il note qu’il est 2 heures du matin localement pour certains élèves – et décrit à quel point ils sont censés travailler dur ce jour-là. 

« Vous avez du stress toute la journée », dit-il. « C’est stressant – vous travaillez et ensuite vous allez dormir. Repos et stress. Repos, stress. Travail, sommeil. Travail, sommeil. Il n’y a rien entre les deux. » 

« Je compte maintenant aussi bien sûr manger, boire, et parler avec votre mère… mais en général, l’idée de repos est idiote. »

Les élèves du campus de marketing d’affiliation devaient suivre un modèle très clair. Ils recevaient l’ordre de créer des comptes de réseaux sociaux qui étaient par essence des pages de fans de Tate, avec des noms faisant référence aux pseudonymes généralement connus de l’influenceur : « Wudan », « Cobra », « Morpheus ».

Avec les compétences en montage, marketing et IA acquises dans les autres campus de The Real World et à l’aide d’une grande bibliothèque de contenu vidéo de Tate, constituée entre autres d’images de ses participations à des podcasts, ils devaient produire et poster quotidiennement 4 à 6 vidéos promotionnelles pour Tate, dans lesquelles son style de vie riche est exposé ou dans lesquelles il donne des conseils de motivation. Lorsque leur compte atteignait les 2000 abonnés visés, ils pouvaient poster des vidéos montrant les prétendus revenus qui attendent les gens s’ils s’enregistrent sur le site. Et, très important : un lien d’inscription grâce auquel les élèves reçoivent une partie des revenus de quiconque s’inscrit via ce lien.

Mahmoud n’a jamais gagné d’argent avec le programme – et dit que les autres élèves qu’il a rencontrés sur la plateforme ont eu la même expérience. Bien qu’il ait consacré environ 10 heures par jour au site, et posté au total environ 70 vidéos, il n’a pu obtenir que quelque 600 abonnés sur ses comptes.

Malgré ses difficultés dans The Real World, Mahmoud n’a jamais imaginé qu’il y avait un problème avec le programme, et il croyait que c’était sa faute parce qu’il n’avait pas travaillé assez dur. Dans le monde dévotionnel du programme, il était impensable de se plaindre ou de critiquer Tate lui-même. 

« Vous ne pouvez pas critiquer Tate dans The Real World, vous ne pouvez avoir aucune opinion négative sur quoi que ce soit », explique-t-il. « Il y a un sentiment fort de “nous ou eux”…”dans la Matrice” ou “en dehors de la Matrice”. C’est vraiment une secte. »

Karim Mahmoud. Depuis sont départ, il a pu reconstruire sa vie et se consacre désormais à mettre en garde d’autres jeunes face à son ancien héros. Photo : Document fourni.

Les premiers doutes ont été semés par hasard lorsque Mahmoud regardait un jour sur Twitter une vidéo de Tristan Tate interviewé par Tucker Carlson. Sous le clip se trouvait un tweet de l’un des nombreux critiques en ligne dévoués de Tate, citant des preuves qui ont suscité chez Mahmoud des questions sur l’implication des frères Tate dans la traite d’êtres humains. Il décrit la lecture de ce post comme un « moment choquant ». 

« Les gens de The Real World vous laissent croire qu’il a toujours raison », dit Mahmoud. « Mais s’il est réellement un trafiquant d’êtres humains ? S’il est réellement coupable de ces accusations ? »

 L’idée que Tate – l’homme alpha mondialement célèbre, le Top G – puisse peut-être vraiment être coupable a fait plonger Mahmoud dans une spirale descendante, et l’a poussé à fouiller Internet pour une perspective plus large.

Il dit avoir passé trois jours désorienté et insomniaque, comme quelqu’un qui se retire d’une secte. « J’ai ressenti ce vertige mental que vous ressentez quand quelqu’un remet en question vos croyances », dit-il. 

« Et j’ai décidé : oui, je vais arrêter. Ce n’est pas qui je suis. Ce n’est pas quelque chose que je devrais diffuser. »

Jack Beeston travaille chez McCue Jury & Partners, un cabinet d’avocats qui s’occupe d’une affaire civile tentée par des femmes au Royaume-Uni qui disent avoir été maltraitées par Tate. Il déclare à VICE News que la prétendue focalisation sur les mineurs par le programme d’affiliation est « une préoccupation sérieuse tant d’un point de vue légal que moral ». 

« Basé sur les preuves que nous avons vues, cela pourrait être décrit comme l’équivalent numérique du grooming, et c’est exploiteur », dit Beeston, dont la firme a appelé au retrait de The Real World par les plateformes qui aident à soutenir le site. « Son ampleur est également préoccupante. Nous parlons ici de milliers de personnes. »

De plus, Beeston et d’autres critiques disent que le programme de « marketing d’affiliation » semble aussi beaucoup ressembler à un système de vente pyramidale – les membres de The Real World ne peuvent gagner de l’argent avec le programme qu’en recrutant d’autres personnes pour la plateforme, plutôt qu’en tirant une quelconque valeur intrinsèque du site.

Nathan Pope est un Australien de 34 ans qui a mené une campagne en ligne contre The Real World et a exhorté les géants de la technologie à cesser d’héberger du contenu faisant la promotion du site. Il s’inquiète de ce qu’il voit comme l’influence préoccupante que Tate exerce sur toute une génération de jeunes hommes.

 « Ils attirent des adolescents pour ensuite les faire participer à ce qui semble être un système pyramidal et les faire travailler 16 heures par jour », dit-il. « C’est insensé. »

Cette vision de The Real World est partagée par au moins un ancien initié de la machine de Tate. Samuel Quinones a déclaré à VICE News qu’il était un « membre fondateur » de The War Room – selon Tate un réseau d’élite d’hommes puissants et de gens qui veulent apprendre d’eux – mais qu’il est parti après six mois, « parce que j’ai reconnu la vente incitative de cours et d’événements inutiles, comme dans un MLM (programme de marketing multi-niveaux) ».

« Je n’ai jamais fait partie de The Real World, mais n’importe qui avec un peu d’expérience en MLM peut probablement conclure que c’est encore pire qu’un MLM, et ressemble plus à un système pyramidal », déclare-t-il à VICE News dans un e-mail.

Pope s’inquiète également de la proximité entre The Real World et The War Room, étant donné que des journaux de discussion divulgués du dernier site cité montrent qu’il est utilisé pour partager des techniques pour manipuler des femmes afin qu’elles deviennent cam-girls. Tate a également vendu par le passé des cours sur l’utilisation de la technique dite du « loverboy » pour préparer les femmes au travail sexuel en ligne – un crime pour lequel il est actuellement poursuivi en Roumanie – des cours qu’il appelait le « Pimping Hoes Degree », c’est-à-dire le programme PHD.

Un étudiant a posté un dessin sur le forum de discussion de The Real World que son petit frère de 8 ans avait fait du logo de la plateforme, démontrant l’influence de Tate sur les jeunes.

Pope craint que The Real World puisse servir de point d’entrée pour un pipeline de misogynie radicale qui finira par mener les jeunes hommes vers un forum où ils sont formés au trafic de femmes à des fins sexuelles.

 « Il y a de plus l’inquiétude que les enfants recrutés dans The Real World soient mis à niveau vers The War Room, avec des cours dans lesquels ils apprennent comment ils peuvent trafiquer des femmes », dit-il. 

VICE News a vu un message vidéo dans les chats de The Real World dans lequel un étudiant demande à Tate l’accès au programme PHD, car il est lui-même intéressé par la création d’une entreprise de webcam.

🚩A student from Andrew Tate’s The Real World sends a video message to Andrew asking where the PHD (Pimpin Hoes Degree) course is.

The future trafficker needs help running a webcam studio and says he will ‘be careful.’ pic.twitter.com/fufFEAdXX0

— Murdered By Crayons 🖍 (@CrayonMurders) December 19, 2023

La stratégie opérationnelle de The Real World dépend entièrement de l’utilisation de plateformes telles que TikTok, YouTube et Instagram, sur lesquelles leurs vidéos promotionnelles sont postées et de nouveaux membres sont recrutés.

Bien que Tate ait été banni par beaucoup de ces entreprises depuis août 2022 en raison de ses messages dangereux et misogynes, elles autorisent la diffusion de contenu The Real World sur leurs plateformes, dans lequel Tate apparaît souvent de manière proéminente et grâce auquel son opération peut encore recruter de nouveaux membres. 

C’est le cas malgré la campagne persistante menée par Pope, qui a signalé le contenu à plusieurs reprises et a appelé YouTube et TikTok à supprimer les vidéos de promotion de leurs plateformes, notamment en contactant directement les dirigeants et en les confrontant aux preuves du problème.

En septembre, la campagne de Pope a obtenu quelques résultats. Google et Apple ont supprimé l’application The Real World de leurs boutiques en ligne. Mais les entreprises technologiques n’ont pris des mesures qu’après que VICE News a posé des questions sur la campagne de Pope. Les vidéos faisant la promotion de The Real World sont toujours largement disponibles sur YouTube, bien que le site appartienne à Alphabet, la société mère de Google. 

En réponse aux questions de VICE News, un porte-parole de YouTube a déclaré avoir « déjà mis fin à des chaînes associées à Andrew Tate en raison de multiples violations de nos Règles de la communauté et de nos Conditions d’utilisation ». 

« Nous avons mis fin à la chaîne The Real World et à un certain nombre de chaînes et de vidéos liées après une inspection car elles ne respectaient pas nos Conditions d’utilisation, qui interdisent l’affichage proéminent de contenu provenant d’un utilisateur précédemment supprimé. »

Mais malgré tout cela, YouTube pullule toujours de chaînes arborant la marque The Real World, qui publient régulièrement des vidéos de Tate. Une chaîne comptant 600 000 abonnés a publié plus de 600 vidéos et a obtenu plus de 450 millions de vues depuis sa création en décembre 2022, et poste encore des vidéos aujourd’hui. 

TikTok n’a pas souhaité faire de commentaire officiel sur la raison pour laquelle du contenu The Real World était encore largement disponible sur sa plateforme, malgré son interdiction de Tate et de son programme. 

Mahmoud dit que TikTok, parmi toutes les grandes plateformes de réseaux sociaux, avait la réputation auprès des élèves de The Real World d’être la plateforme la plus difficile sur laquelle poster leur contenu ; les vidéos montrant les visages des frères Tate sont généralement supprimées.

YouTube dit avoir déjà mis fin auparavant à la chaîne The Real World et à d’autres chaînes liées à Tate. Mais cette chaîne de remplacement The Real World compte à elle seule 600 000 abonnés et plus de 450 millions de vues. Sur cette chaîne a récemment encore été posté cette vidéo promotionnelle. Image : chaîne YouTube de The Real World.

Au lieu de cela, ils ont inventé des moyens de contourner les règles : éditer les vidéos pour que le visage de Tate reste caché, ou utiliser seulement sa voix reconnaissable, ou se concentrer sur d’autres figures connues de ses cercles, comme son partenaire commercial Justin Waller. 

Pope dit être frustré par la réponse inadéquate des plateformes de réseaux sociaux. Selon lui, elles semblent lourdement sous-estimer la capacité de la machine à contenu décentralisée de Tate à contourner leurs tentatives de surveillance, et n’ont pas une bonne compréhension de la dangerosité de The Real World pour les jeunes. 

« Je suis sidéré du peu de mesures prises », dit-il. « J’ai donné à ces entreprises les informations dont elles ont besoin, mais elles semblent ne se soucier que du profit. »

Joseph McBride, l’avocat d’Andrew Tate, n’a pas répondu aux questions de VICE News. Mais peu après que VICE News a contacté McBride, Tristan Tate a tweeté une apparente défense de la plateforme, critiquant la manière dont « les MSM (médias grand public) s’en prennent aux gens qui s’inscrivent à The Real World, une application bon marché dont il est facile de se désinscrire et qui est aussi la meilleure plateforme au monde pour la connaissance et l’éducation financières ». 

En réponse à des questions précédentes de VICE News sur les accusations selon lesquelles The Real World est un système pyramidal qui exploite délibérément les jeunes, McBride a transmis des vidéos promotionnelles pour la plateforme dans lesquelles des hommes parlaient positivement du site et de l’argent qu’ils avaient gagné, et a dit que les clips contredisaient les « allégations sur leur modèle commercial ».

 « Vous pouvez ne pas être d’accord avec le message d’Andrew et Tristan Tate », a déclaré McBride à l’époque. « Mais c’est une folie de suggérer que leur message d’autodétermination masculine équivaut à de la criminalité et du danger. »

Tate, qui se décrit comme un « charbonneur » par excellence, s’est vanté publiquement à plusieurs reprises de sa capacité à escroquer des hommes crédules pour de grandes quantités d’argent avec l’une de ses autres entreprises en ligne, une entreprise de cam-girls. 

Il explique lors d’une apparition en podcast comment il laissait les hommes croire qu’ils discutaient en ligne avec les femmes torse nu à l’écran. Cependant, les claviers des femmes n’étaient branchés à rien, et les hommes parlaient en réalité avec Tate et son frère Tristan, qui menaient les hommes en bateau de manière romantique et les convainquaient de leur envoyer de grandes quantités d’argent, dans l’espoir qu’ils puissent se rencontrer un jour.

 « Ils avaient affaire à des escrocs au sang froid », rit-il, en référence à lui-même et à son frère. 

« On leur prenait tout leur argent. On les exploitait … ces gars se séparaient de leurs maisons, de leurs économies, contractaient des prêts, ils me donnaient tout. »

 « Ressentez-vous des remords pour cela ou non ? » demande l’hôte du podcast. 

« Certainement pas », répond Tate. « Je n’en ai absolument rien à foutre. »

The conservative hero who just wants to help men scammed men out of their houses, life savings, loans etc.

When asked if he felt bad about it he said “f*ck no!”

Role model! 😂🤡🤡pic.twitter.com/Txnqsv8CDI

— Kat Kanada (@KatKanada_TM) January 4, 2024

Mahmoud est maintenant juste reconnaissant que, contrairement à d’autres qui se sont consacrés entièrement à la plateforme, il n’ait pas arrêté ses études universitaires alors qu’il était sous l’emprise de Tate. Depuis qu’il en est parti, il a pu reconstruire sa vie, et il tente d’avertir les autres contre son ancien héros.

Il consacre beaucoup de temps à approcher en ligne les jeunes et crédules fans de l’influenceur – il veut ainsi compenser le fait qu’il diffusait autrefois précisément le message de Tate. Il les confronte aux détails des actions passées de Tate et partage sa propre histoire, dans une tentative de leur faire réaliser que – malgré les promesses de richesse de Tate et les secrets de la masculinité alpha – ils ne sont que des pions servant à leur idole de source de revenus fiable et de bras marketing complaisant. 

Malgré les preuves abondantes, la plupart résistent farouchement à ses tentatives de déprogrammation. « J’ai beaucoup de discussions avec des fans de Tate. J’essaie de leur rendre service », dit-il. « C’est comme si je parlais à mon ancien moi. »

Cet article est paru à l’origine sur VICE UK.

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Je teste le Easy Fry Infrared 7 L de Moulinex, un Airfryer équipé d’un hublot très utile

L'airfryer Easy Fry Infrared 7 L de Moulinex.

Vous le savez, tester de nouveaux produits technologiques qui font gagner du temps est une passion chez moi. Moulinex m’a envoyé son Easy Fry Infrared 7L, un airfryer avec infrarouge exclusif, double zone de chauffe et hublot pour des cuissons parfaites sans ouvrir le tiroir. Après des semaines de tests intensifs (frites ultra-croustillantes, poulet rôti juteux, même déshydratation de fruits maison), voici si cet appareil révolutionne vraiment mes repas du soir sans enfumer la cuisine !

L’article Je teste le Easy Fry Infrared 7 L de Moulinex, un Airfryer équipé d’un hublot très utile, rédigé par Alexandre Bonazzi, est apparu en premier sur NeozOne.

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L’influenceur Cyril Schreiner abandonné à son tour par son chien Albert

“Nous l’avons retrouvé, triste et amaigri” a déclaré le capitaine de peloton de police qui a retrouvé le malheureux. “Il n’avait même pas de quoi manger et avait commencé à ronger la coque de son iPhone que l’animal, très clément, lui avait laissé” a-t-il déclaré. Après s’être fait quitter par son compagnon, son agence et des milliers d’abonnés, c’est son propre chien qui en a eu assez et l’a abandonné.

Les associations d’aide aux influenceurs ont protesté contre le chien Albert, en raison des traitements dégradants tandis que celui-ci continuait à poster des vidéos de ses vacances dans plusieurs chenils de luxes. “Les influenceurs sont des êtres doués de sensibilité, on ne peut pas jouer ainsi avec leur sentiments”.

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Par Anonyme

Aujourd’hui, en réunion d’équipe, on m’a demandé de parler moins longtemps pour laisser le temps à ma collègue de parler des "sujets importants et essentiels." Je m’occupe de santé au travail. Son sujet à elle, ce sont les nouvelles règles de promotion de l’entreprise. VDM
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Caroline Lang assure qu’elle n’a « jamais entendu parler de Jack Lang »

Alors que son nom, et celui de Jack Lang, apparaissent dans une salve de documents publiés le 30 janvier par le ministère de la justice américain, Caroline Lang, visée par une enquête pour « blanchiment de fraude fiscale aggravée » ouverte par le PNF, affirme qu’elle n’a « jamais entendu parler de Jack Lang ». Puis d’ajouter : « Il se peut que je l’aie croisé mais il y a très longtemps, son nom ne me dit absolument rien. » Lorsqu’on lui apprend, preuves à l’appui, qu’il s’agit de son père, elle tombe des nues : « Je suis stupéfaite, jamais personne ne m’a envoyé ce livret de famille ». Quant aux coups de pouce financiers qu’elle a reçus régulièrement de lui, elle assure qu’elle n’était pas au courant. « Je n’en avais pas la moindre idée. Il a dû apprendre que j’étais une mère seule avec deux enfants, que je passais beaucoup de temps entre mon travail et leur éducation, c’est ma seule explication. »

La défense confiante

Autre élément troublant : Caroline Lang apparaîtrait sur le testament de Jack Lang. Pour elle, cela ne signifie rien : « Moi qui ai régulièrement travaillé pour des ministres, je connais bien leur psyché. Chez eux, c’est très courant de faire hériter des amis, des fondations. » Interrogé, son avocat, M. Merlet, assure qu’elle répondra « loyalement » aux questions de la justice et confirme que « Caroline est sereine car elle n’a perçu aucun fonds, ce que l’enquête confirmera. »

Ce n’est pas la première fois qu’un même patronyme crée la confusion chez les journalistes. Accusé de faire l’apologie du tourisme sexuel et soupçonné d’avoir eu des relations sexuelles avec des mineurs, Frédéric Mitterrand avait parfois été pris, au début des années 2000, pour le neveu de François Mitterrand.

Crédits : Stéphane Cardinale-Corbis via GettyImages.

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Derrière l’objectif de Maria Marrone

Comment la photographe et cinéaste vénézuélienne redéfinit son rapport avec le monde à travers son art

Lorsque Vice eut dernièrement mis en avant Maria Marrone en 2017, elle était étudiante à l’université aux États-Unis. Sept ans plus tard, la photographe et cinéaste d’origine vénézuélienne a troqué les bancs de la faculté pour s’installer à Londres, sa vie comme son travail ayant radicalement changé. “Je suis devenue maman”, se confie-t-elle. “Je me suis convertie à l’Islam.” Cette transformation se trouve maintenant au cœur de sa pratique artistique, sculptant à la fois son identité et sa manière d’appréhender le monde à travers son art.

Autoportrait avec ma petite, 2025

Ce cheminement personnel a aussi renforcé son engagement envers le cinéma documentaire, ancré dans le réel. Dès ses débuts, elle ne s’est jamais intéressée aux mondes imaginaires. “J’ai toujours préféré questionner ou donner un sens au monde dans lequel j’existe actuellement”, explique-t-elle. Pour Marrone, le documentaire est une manière de s’impliquer dans la réalité vécue, particulièrement autour de thématiques telles que les politiques, le corps et le féminisme.

Enfant, elle a fui le Venezuela avec ses parents à cause de la crise pour migrer vers les États-Unis, une expérience qui la confronte très tôt aux questions d’identité et de représentation. Son déménagement à Londres en 2020 la plonge à nouveau dans des contextes culturels et politiques différents. C’est là qu’elle commence à percevoir des connexions entre les communautés latino-américaines, musulmanes et d’autres communautés de couleur, observant comment chaque groupe fait face à des défis similaires liés à l’identité, la représentation et aux stéréotypes. “J’ai commencé à rassembler tous ces différents points de connexion”, dit-elle. Aujourd’hui, son travail s’enracine dans ces intersections et superpositions entre les communautés.

Mouna Soualem sur notre toit-terrasse, 2019

Sa relation avec l’Islam débute en 2018, lors de recherches pour le court-métrage You Resemble Me, un documentaire au sujet d’une femme musulmane grandissant en France. Immergé dans des récits de discrimination et de marginalisation, son chemin la mène finalement trouver sa foi dans à l’Islam elle-même. Depuis, les histoires du monde musulman sont devenues centrales dans son œuvre autant que dans sa vie, surtout lorsqu’elle se retrouve face à des échos de crise politique, d’inégalités et de résilience qui lui rappellent son parcours avec le Venezuela. À travers son travail, Marrone revient sur les stéréotypes et différenciations auxquels font face les communautés de couleur. “Ce qui est le plus dévastant est lorsque les communautés de couleur sont divisées”, soutient-elle, “malgré tant de similitudes dans leurs histoires et leurs traumas générationnels.”

Autoportrait quelques jours avant l’Aïd al-Adha, 2020

Elle conserve une profonde affinité avec son identité latino-américaine et son statut de “third culture kid” (enfant de troisième culture), ces personnes ayant grandi principalement hors du pays d’origine de leurs parents. “Quelqu’un qui n’a jamais vraiment appartenu à une seule communauté”, d’après Marrone. Pendant des années, vivre entre plusieurs cultures a créé une friction constante : “vous devez sans cesse alterner entre différents codes culturels ou faire vos preuves.” Londres, où elle vit maintenant, lui a offert un sentiment d’appartenance différent. “Vous n’avez pas besoin de vivre avec la même dissonance cognitive du genre : puis-je être occidentale, latina et aussi musulmane ? Dans cette ville, il y a de nombreuses versions différentes de ce qu’être musulman signifie.” La foi, elle ajoute, lui donne une façon de se comprendre elle-même au-delà des États-nations et d’identités imposées. Le “chez-soi” n’est plus une performance, mais se niche dans la langue, la cuisine, la mémoire et l’amour. Un sens d’appartenance originant intérieurement.

Autoportrait dans mon salon à Ocean Hill, 2019

La conversion de Marrone vers l’islam transforme à la fois son identité, et sa vision politique en recadrant l’activisme comme une pratique collective, incarnée et spirituelle et non liée à des frontières.

Ce changement se reflète explicitement dans son œuvre. Le féminisme reste un fil conducteur et essentiel à son travail, mais sa perspective s’élargit. En tant qu’artiste, elle aurait plus jeune été confronté à ce que l’on appelle désormais une approche “occidentalisée” du féminisme, “souvent destinée à un public occidental et centrée sur l’individu, la tendance commerciale et le corps”. Cette approche a maintenant changé pour laisser place à un paysage diversifié. “Au cours de mon étude de différents mouvements féministes à travers le monde, la conversation est devenue bien plus complexe”, explique-t-elle. Aujourd’hui, elle ne s’intéresse plus seulement à un cadre unique du féminisme mais au féminisme en tant qu’expression culturellement spécifique. “Essayer de trouver ces liens et ponts entre les communautés, et comprendre leur vision du féminisme est bien plus intéressant pour moi”.

Shenny & Celenia, portrait BTS du film The Ritual to Beauty, coréalisé, filmé et monté par Maria Marrone, 2020

La résilience est également un thème central de son œuvre, façonnée par des conflits mondiaux. Elle contribue à The Light that Remains (désormais intitulé Rendered in Light), un court-métrage se déroulant à Gaza, explorant les façons dont la foi peut servir comme une source de survie psychologique et de résilience face à la violence. En parallèle, son travail fut largement influencé par la crise actuelle au Venezuela. “L’histoire du Venezuela est directement liée à la mienne”, dit-elle. Ses parents ayant échappé par peur, ce déplacement trace le cours de sa vie. Bien qu’elle soit prudente à l’idée de parler pour le Venezuela, elle se situe elle-même au sein de la diaspora. “Le socle de mon identité et de mes interactions avec le monde se trouve à la source de mes racines.” Le Venezuela affleure dans son travail avec subtilité : dans ce qui l’attire, ce dans lequel elle trouve de la beauté, mais aussi dans les personnes vers lesquelles elle gravite. “Le genre d’histoires et de personnages qui m’attirent est toujours ceux qui me rappellent ceux avec qui j’ai aimé grandir.”

Oma (grand-mère) Cookie dans le Sud du Bronx, 2018

Son œuvre cherche donc à établir le corps au cœur de la politique. Elle soutient que la résilience et la libération sont ressenties de l’intérieur, et non des débats et idéologies abstraites.

“On peut parler de politiques internationales et d’activisme de façon intellectuelle et académique, mais la résilience est premièrement incarnée et ressentie. Elle habite le corps et le cœur, et devient un poids que l’on doit porter en soi. À travers mon travail, j’essaie de la ramener au corps, car la libération commence par une autonomie corporelle.”  – Marrone

Sa plus grande source d’inspiration est sa fille et le monde dans lequel elle espère voir sa fille grandir. “Dans le monde que j’imagine pour elle, les générations prochaines ne doivent pas constamment se battre pour leur place, mais peuvent créer de l’espace pour la curiosité, la créativité et la joie”.

Hayat cachée, Maroc, 2019

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Par

Aujourd'hui, bilan chez le cardiologue pas très bon, il m'autorise tout de même un repas bien arrosé avant la diète. J'ai fait un infarctus le soir même. VDM
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Box internet : pourquoi toutes les offres fibre ne se valent pas

La Freebox Ultra

On a tendance à croire que la fibre, c’est “une prise, une box, un gros débit et basta”, alors qu’en réalité, les limites viennent très vite de votre logement, de votre matériel et des options dont vous n’avez pas besoin. En 2026, le bon choix n’est plus la box la plus chère ni le débit le plus gonflé, mais celle qui colle à votre usage réel et optimise votre budget numérique global (fibre, mobile et streaming).

L’article Box internet : pourquoi toutes les offres fibre ne se valent pas, rédigé par Alexandre Bonazzi, est apparu en premier sur NeozOne.

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Show du Super Bowl – Donald Trump fait interdire la salsa, l’espagnol et l’Amérique du Sud

Son silence n’augurait rien de bon. Trois jours après le “Super Bowl Halftime Show” célébrant la diversité de l’Amérique et la culture latine, Donald Trump est enfin sorti de son mutisme pour réagir à cette “insulte pour les vrais Américains.” Confirmant une rumeur persistante, le Président des États-Unis a officialisé l’interdiction de la langue espagnole sur tout le territoire. “Nous sommes en Amérique, nous parlons américain” a-t-il justifié, coiffé d’une casquette “Make America American Again”.

Le chef d’État a également interdit la culture sud-américaine, à commencer par la salsa qu’il a qualifiée de “danse ridicule et contraire aux valeurs de virilité américaine.” Souhaitant privilégier les danses états-uniennes, Donald Trump a inscrit la pratique de la danse country dans la Constitution, exposant toute personne ne possédant pas sa paire de santiags et son Stetson à une expulsion immédiate du territoire. 

Ménageant ses effets, le président des États-Unis a conclu sa déclaration par une annonce tonitruante : l’interdiction de l’Amérique du Sud, à compter d’aujourd’hui. Une interdiction qui se traduit par une fermeture des frontières, un embargo total sur le café et les empanadas, ainsi qu’une suppression pure et simple du sud du continent dans les livres de géographie, remplacé par un portrait géant de Donald Trump.

Saluant ces décisions courageuses, le Canada a également demandé sa désolidarisation du continent Américain “pour ne pas risquer d’influencer négativement les États-Unis”.

Crédits : Iconsportswire via GettyImages.

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Par Anonyme

Aujourd'hui, je viens de voir paraître un terrain dans le secteur recherché, et dans mes prix. Génial ! En regardant, c'est celui qui appartient à la vielle qui ne s'est jamais présentée chez le notaire après avoir signé l'offre d'achat, parce que je voulais pas mettre 30k euros sous la table. VDM
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Par Anonyme

Aujourd'hui, j'ai RDV chez une esthéticienne pour une épilation intégrale du maillot (que je n'ai jamais fait auparavant). Une fois l'épilation terminée et après avoir souffert le martyre, elle me dit : "Et bin, y'avait du boulot ! C'est la première fois que je passe autant de temps pour un maillot, et aussi fourni !" VDM
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Les panneaux solaires directement intégrés au bâtiment seraient bien plus bénéfiques que prévu

Bâtiment de l'école technique secondaire à Lodz en Pologne.

Des chercheurs néerlandais ont examiné les aspects financiers, environnementaux et techniques des façades photovoltaïques. Apparemment, ces systèmes possèdent des atouts inattendus.

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Faute de bovins au Salon de l’Agriculture, les élus pourront tâter les fesses des agriculteurs

Épidémie de dermatose nodulaire oblige, les bovins seront cette année les grands absents de l’événement incontournable consacré à l’agriculture. Un drame pour les politiciens français qui viennent tous les ans se faire photographier en train de flatter la croupe d’une charolaise, afin de prouver leur amour pour le monde agricole. Bonne nouvelle : à droite comme à gauche, les élus pourront se consoler en claquant directement les fesses des agriculteurs, “en s’étant évidemment assuré de leur consentement préalable”, précise les organisateurs.

“Ce n’est pas un secret, les innovations biosourcées ou les méthodes d’agriculture raisonnée, tout le monde s’en fout, commente une élue qui a tenu à garder l’anonymat. On vient tous pour mettre des fessées aux vaches et boire de la liqueur de prune à 8h du matin, sauf Jean Lassalle qui vient pour vendre sa propre liqueur”. Quoi qu’il en soit cette année, dermatose nodulaire ou pas, cette élue compte bien battre son record de 74 arrière-train tâtés l’an dernier.

Du côté des agriculteurs, les avis sont plus mitigés. Si tous sont d’accord pour “maintenir un lien humain indispensable avec le monde politique”, ils sont globalement moins convaincus par la méthode. “On appréhende forcément le comportement des élus, on sait que le consentement, c’est une notion assez flou pour certains”, s’inquiète un éleveur breton. Une peur partagée par de nombreux autres agriculteurs, qui ont d’ores et déjà commencé à s’équiper de slips rembourrés et de tasers pour prévenir les excès.

Alors qu’un mouvement de protestation se dessine chez les participants, Brigitte Macron n’a rien arrangé hier soir en qualifiant les agriculteurs réticents de “sales cons”.

Photo : Crédits :Victor LOCHON / Contributeur

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Frelon asiatique : l’astuce espagnole du cheval de Troie permet d’éliminer plus de 70 % des nids

Un nid de frelons asiatiques sur le haut d'un arbre.

Alors que les reines de frelons asiatiques s’apprêtent à sortir de leur torpeur hivernale, une méthode venue d’Espagne intrigue de plus en plus apiculteurs et collectivités par son efficacité ciblée et mesurée.

L’article Frelon asiatique : l’astuce espagnole du cheval de Troie permet d’éliminer plus de 70 % des nids, rédigé par Méline Kleczinski, est apparu en premier sur NeozOne.

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