Emmanuel Macron lance un vif rappel à l’ordre aux industriels de la défense
Macron est un gars exceptionnel...
Regrettant des retards, le président de la République demande aux entreprises françaises du secteur d’accélérer les cadences de production et menace d’aller « chercher des solutions européennes si elles sont plus rapides ou plus efficaces ».
« Nous entrons dans une économie de guerre ». Le 13 juin 2022, lors de l’inauguration du salon de l’armement Eurosatory à Villepinte (Seine-Saint-Denis), Emmanuel Macron demande, pour la première fois, quatre mois après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, à l’industrie de la défense « d’aller plus vite, réfléchir différemment sur les rythmes, les montées en charge, les marges, pour pouvoir reconstituer plus rapidement ce qui est indispensable pour nos forces armées, pour nos alliés ou pour celles et ceux que nous voulons aider ».
Trois ans et demi plus tard, le compte n’y est pas pour le président de la République et il l’a fermement fait savoir aux industriels, jeudi 15 janvier, sur la base aérienne d’Istres (Bouches-du-Rhône), lors de ses vœux aux armées. « Beaucoup d’efforts ont été faits. Je les ai salués, nous avons doublé, parfois triplé nos capacités de production, nos rythmes de production. Soyons francs avec nous-mêmes. Est-ce que nous sommes en économie de guerre à proprement parler ? La réponse est non. Parce que si nous étions en guerre, j’ose espérer que nous ne produirions pas ainsi », a lancé le chef des armées.
M. Macron a pris l’exemple des drones sur lesquels, « nous sommes en retard ». D’une part car « les Ukrainiens ont formidablement innové » mais aussi « parce que des partenaires et des industriels d’autres nations ont été plus rapides que nous et les ont peut-être moins pris de haut », a critiqué le président. « Nous n’avons pas la pression des événements de la même manière » que les Ukrainiens, a reconnu M. Macron, pour expliquer le retard français, mais il « regarde ce que les Ukrainiens ont su faire ». En 2025, ils ont produit quatre millions de drones, contre quelques milliers en France.
« Compétition féroce »
Le chef de l’exécutif reproche aux industriels de s’être endormis sur le marché français qui leur est réservé pour des questions d’autonomie stratégique des armées. « Il n’y a pas de chasse gardée. Il y a une compétition féroce qui nous impose d’être, nous, beaucoup plus volontaristes (…). J’ai besoin d’une industrie de défense qui s’adapte davantage, qui ne considère plus que les armées françaises sont des clients captifs », a demandé M. Macron, menaçant même d’aller « chercher des solutions européennes si elles sont plus rapides ou plus efficaces ».
« On ne nous attend pas », a poursuivi le chef des armées, voyant dans ce sursaut un enjeu existentiel pour les industriels français, face à leurs concurrents ukrainiens, polonais, tchèques mais aussi allemands, ces derniers profitant des plus de 100 milliards d’euros débloqués par Berlin pour sa défense en 2026. Pour M. Macron, « on est en train de se faire sortir du marché ».
Chez les industriels, grands groupes ou entreprises de plus petite taille, cela fait des mois qu’ils se disent prêts à produire plus vite et en masse. Mais tous ajoutent que, pour cela, ils ont besoin que l’Etat leur passe commande. Or, le vote tardif du budget en 2025 a gelé les ordres d’achat pendant quasiment tout le premier semestre. Ils craignent que le scénario ne se répète cette année alors que la loi de finances pour 2026 n’est toujours pas votée. Sans celle-ci, les armées ne pourront pas bénéficier de la « surmarche » de 3,5 milliards d’euros promise par M. Macron en juillet 2025, en plus de la hausse de 3,2 milliards prévue par la loi de programmation miliaire 2024-2030.
Ces efforts doivent porter le budget de la défense à 57,1 milliards en 2026, contre 50,5 milliards en 2025, avant qu’il atteigne 63,4 milliards en 2027. Il aurait ainsi doublé en dix ans sous la présidence de M. Macron. A l’entendre, ce dernier voudrait que le système productif des industriels français se mette au diapason.
Lenteurs et lourdeurs
A la décharge des industriels, le système français organisé autour de la direction générale de l’armement (DGA) souffre aussi de lenteurs et de lourdeurs. Il faut « un changement de culture profond et collectif tendant vers la simplification, l’agilité et l’audace », expliquait Emmanuel Chiva, l’ancien délégué général de l’armement, lors de la présentation, en mars 2023, de son plan stratégique baptisé « Impulsion DGA », ce qui lui avait valu quelques résistances en interne. Il a été remplacé à son poste par Patrick Pailloux, en novembre 2025, preuve que réformer une institution composée de 10 500 agents n’est pas aisé.
M. Macron n’est pas le seul chef des armées à se plaindre de la lenteur des industriels de la défense. Sa sortie suit celle de Donald Trump, le 7 janvier, visant à contraindre les géants américains de l’armement à conditionner les dividendes versés aux actionnaires et la rémunération variable de leurs dirigeants à des critères de performance opérationnelle.
L’administration Trump souhaite donner plus de place aux nouveaux acteurs, au détriment des géants comme Boeing, RTX ou Lockheed Martin. Le budget américain pour 2026 prévoit ainsi la levée de certaines barrières à l’entrée qui affecteraient de manière disproportionnée la capacité des petites entreprises de défense non traditionnelles à soumissionner aux marchés du Pentagone. « A ceux qui ne peuvent pas s’adapter, qui sont trop à l’aise avec les anciennes méthodes de travail lentes, nous leur souhaitons bonne chance dans leurs autres projets futurs, car nous trouverons de nouveaux partenaires qui s’adapteront, qui investiront, qui prendront soin de leur personnel, qui agiront rapidement et à grande échelle », a prévenu, le 5 janvier, le secrétaire à la défense, Pete Hegseth.
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