«Ma frère», virilisation du langage ou empouvoirement féminin ? par Julie Neveux – Libération
> J’en reviens à «ma frère». Si le féminin est possible pour ces locutrices, c’est que l’emploi en tant qu’adresse est si répandu que «frère» n’y code plus du tout le masculin. Il s’est blanchi sémantiquement. Il ne fait qu’engager la discussion, interpeller, marquer le lien. Il peut donc être associé au possessif «ma», qui lui, code bien le genre de l’amie à qui je parle. Rémi Soulé, fondateur de l’association Néolectes, qui sur Instagram fait un travail de veille sur les nouveaux langages, raconte avoir aussi entendu, dans le genre, «frérotte» ou «frérette». Autres cas de féminisations expressives du masculin.
> Pourquoi ce serait puissant, symboliquement ? Parce que c’est un cas d’appropriation du système linguistique. Je ne suis plus assujettie à la langue, je m’en empare. Dire «ma frère», c’est adapter la grammaire à mes besoins intersubjectifs expressifs. Mais cette puissance profite-t-elle à la cause féministe ? Il y a débat. D’autres étudiantes, auxquelles je demandais la semaine dernière si elles aussi disaient «ma frère», se sont énervées : «Pas du tout. Jamais entendu. Pourquoi toujours le masculin ? Pourquoi pas ma sœur ? Et la sororité dans tout ça ?»
> Soudain, je me suis rappelée de moi à 13 ans. De façon assez compulsive, et visionnaire, je m’étais mise à m’exclamer en boucle «je m’en bats les couilles !» (ancêtre du «balec» actuel). Ma sœur (la vraie) préférait dire, elle «je m’en bats les ovaires». Mais à quel point le sens figuré est-il encore perçu comme masculin ? Et pourquoi toujours ce besoin d’emprunter les images du masculin pour se sentir puissante ? Une thèse sur ce sujet est en cours, celle de Jeanne François, dirigée par Gilles Siouffi, intitulée : «La «virilisation» des pratiques langagières de femmes en périphérie urbaine en France aujourd’hui».
Intéressant.
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> Pourquoi ce serait puissant, symboliquement ? Parce que c’est un cas d’appropriation du système linguistique. Je ne suis plus assujettie à la langue, je m’en empare. Dire «ma frère», c’est adapter la grammaire à mes besoins intersubjectifs expressifs. Mais cette puissance profite-t-elle à la cause féministe ? Il y a débat. D’autres étudiantes, auxquelles je demandais la semaine dernière si elles aussi disaient «ma frère», se sont énervées : «Pas du tout. Jamais entendu. Pourquoi toujours le masculin ? Pourquoi pas ma sœur ? Et la sororité dans tout ça ?»
> Soudain, je me suis rappelée de moi à 13 ans. De façon assez compulsive, et visionnaire, je m’étais mise à m’exclamer en boucle «je m’en bats les couilles !» (ancêtre du «balec» actuel). Ma sœur (la vraie) préférait dire, elle «je m’en bats les ovaires». Mais à quel point le sens figuré est-il encore perçu comme masculin ? Et pourquoi toujours ce besoin d’emprunter les images du masculin pour se sentir puissante ? Une thèse sur ce sujet est en cours, celle de Jeanne François, dirigée par Gilles Siouffi, intitulée : «La «virilisation» des pratiques langagières de femmes en périphérie urbaine en France aujourd’hui».
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