Dépendances numériques de l’UE : une matrice des risques
2017 : Apple empêche la publication d’applications sur l’App Store en Iran. 2019 : GitHub bloque des utilisateurs en Syrie ; Adobe, au Venezuela. 2025 : Microsoft coupe la messagerie du procureur général de la Cour pénale internationale.
Toutes ces mesures ont fait suite à des sanctions dont avait décidé le gouvernement américain. Une étude récemment remise au Parlement européen* les mentionne, en illustration des risques inhérents aux dépendances à des technologies étrangères.
Les technologies chinoises en font aussi partie. Sont évoquées entre autres celles de Xiaomi, qui a capté 12 % du marché européen des smartphones en 2024. Ainsi que celles de Huawei et ZTE, dont les équipements télécoms ont couvert jusqu’à un quart des réseaux mobiles européens.
Une matrice du « risque de souveraineté » sur 9 dimensions
L’étude propose une matrice d’évaluation du « risque de souveraineté », sur trois axes (contrôle juridique, autonomie technique, indépendance stratégique) comportant chacun trois dimensions.
Contrôle juridique
Le risque est jugé maximal (5/5) sur la dimension « pourcentage de logiciels critiques de sources non européennes », en ce qu’on dépasse les 80 %.
Il l’est aussi sur la concentration des dépendances au sein d’une seule juridiction étrangère (États-Unis).
Il est élevé (4/5) pour ce qui est de l’influence gouvernementale sur des fournisseurs-clés (des lois à portée extraterritoriale s’appliquent aux activités de ces fournisseurs dans l’UE).
Autonomie technique
Le risque est moyennement élevé (3/5) concernant la disponibilité de substituts européens (il en existe sur beaucoup des segments étudiés, mais leur adoption reste limitée).
Il l’est aussi sur la complexité technique du changement de fournisseur. Lequel « peut prendre 6 à 15 mois », nous annonce-t-on en citant trois sources : un cas de migration vers S/4HANA, la transition cloud de l’organisme chargé de la régulation des titres municipaux aux USA… et un guide AWS pour les grandes migrations.
Le risque est jugé plus élevé (4/5) pour ce qui est de l’accès au code source : les logiciels les plus utilisés sont propriétaires.
Indépendance stratégique
Le score de risque le moins élevé (2/5) concerne la disponibilité de capacités R&D dans l’UE – même si celles-ci sont « de plus en plus limitées », nous fait-on remarquer.
Pour ce qui est des compétences, on en est à 3/5 (la base est « considérable » mais s’amoindrit).
Même score pour le financement (difficultés notables pour obtenir des capitaux européens). Sur ce point, 28 % des fonds levés par les start-up européennes en 2024 provenaient des USA. Cette même année, les acquisitions par des entreprises américaines ont représenté près de la moitié de la valeur des M&A tech sur le continent.
Le risque économique, du micro au macro
À cette matrice du risque de souveraineté s’en ajoute une sur le risque économique. Là aussi avec trois axes (coûts directs, dépendance au marché et impact macroéconomique).
Coûts directs
Le risque est dit maximal (5/5) sur le coût des produits et services, en ce qu’une part considérable du PIB de l’UE y est consacrée (1,5 % rien que pour les dépenses des entreprises).
Il est moyennement élevé (3/5) concernant les hausses de prix. De l’ordre de 10 % par an, elles sont plus fortes que l’inflation, mais « acceptables pour les acheteurs ».
Pour le coût du changement de fournisseur, on en est à 4/5 : malgré les apports du Data Act, les démarches nécessitent des investissements « irraisonnables ».
Dépendance au marché
Le risque est maximal (5/5) si on le prend sous le prisme de la position de marché des fournisseurs non européens : des acteurs américains captent 70 à 100 % de la plupart des segments étudiés.
Le risque reste élevé (4/5) si on s’intéresse au pouvoir de négociation des entreprises européennes, limité tant par le manque de substituts que par le coût du changement de fournisseur.
Risque également élevé (4/5) pour la dépendance R&D à des fournisseurs étrangers : la plupart des innovations européennes viennent s’adosser à des plates-formes américaines.
Impact macroéconomique
Score maximum sur les trois éléments listés :
- Compétitivité de l’UE (jugée « affaiblie en permanence »)
- Effets sur l’emploi (les dépenses des entreprises européennes financent environ 2 millions d’emplois aux États-Unis)
- Balance commerciale (le déficit dans le secteur numérique dépasse 100 Md€ et continue à croître)
* Gineikyte-Kanclere, V. et Al., 2025, European Software and Cyber Dependencies
Illustration générée par IA
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