OpenAI lance ChatGPT Health…mais pas dans l’UE
Avec le lancement de ChatGPT Health, OpenAI franchit une nouvelle étape dans son ambition de transformer son chatbot en super-outil personnel capable d’accompagner les utilisateurs dans les dimensions les plus sensibles de leur existence.
Le déploiement se fait progressivement, via une liste d’attente pour un groupe restreint d’utilisateurs, avant une ouverture élargie dans les semaines à venir.
ChatGPT Health se présente comme un espace dédié au sein de l’interface habituelle, conçu pour aider les utilisateurs à mieux comprendre leur santé et préparer leurs rendez-vous médicaux. L’ambition affichée n’est pas de concurrencer les médecins, mais de les compléter. OpenAI insiste : il ne s’agit ni de diagnostiquer ni de traiter, mais d’apporter des explications pédagogiques sur des résultats d’examens, des symptômes ou des options thérapeutiques.
La vraie innovation réside dans la possibilité de connecter directement ses données de santé réelles. Dossiers médicaux électroniques via la plateforme b.well, mais aussi applications grand public comme Apple Health, MyFitnessPal, WeightWatchers, AllTrails, Instacart ou Peloton peuvent désormais alimenter les réponses de l’IA. De quoi ancrer les conseils dans le profil réel de l’utilisateur plutôt que dans des généralités.
Un portail santé intégré à ChatGPT
Concrètement, ChatGPT Health peut expliquer des résultats d’analyses biologiques, mettre en évidence des tendances dans la glycémie ou le sommeil, aider à préparer une consultation avec une synthèse des symptômes et traitements en cours, ou encore proposer des plans d’activité physique alignés sur les objectifs personnels.
Face à la sensibilité des données médicales, OpenAI indique avoir déployé une architecture spécifique. ChatGPT Health fonctionne comme un silo isolé du reste de la plateforme, avec des couches supplémentaires de chiffrement et une promesse forte : les conversations au sein de cet espace ne servent pas à entraîner les modèles d’intelligence artificielle de l’entreprise.
Les utilisateurs conservent le contrôle sur leurs connexions et peuvent révoquer l’accès aux différentes sources à tout moment. L’authentification multi-facteurs est encouragée pour sécuriser davantage les comptes. Selon OpenAI, toutes les applications tierces disponibles ont dû passer des audits de sécurité stricts avant d’être intégrées.
Plus de 260 médecins mobilisés
Pour affiner son outil, OpenAI affirme avoir collaboré avec plus de 260 médecins issus d’une soixantaine de pays et de nombreuses spécialités. Ces praticiens ont fourni des retours sur les réponses du modèle des centaines de milliers de fois, permettant de cadrer l’assistant sur des usages considérés comme utiles et relativement sûrs : pédagogie, préparation de consultations, explication de trajectoires de soins ou décryptage des options d’assurance santé.
Les cas d’usage visés couvrent la compréhension de symptômes fréquents, l’analyse de tendances de bien-être à partir des données connectées, ou encore les compromis entre différentes options d’assurance en fonction des habitudes de soins observées.
Avec cette offensive, OpenAI se positionne frontalement sur un marché de la santé numérique déjà encombré, où se croisent géants de la tech, plateformes de télé-médecine et assureurs.
Le mur européen du RGPD
L’exclusion de l’Europe du lancement de ChatGPT Health révèle un gouffre réglementaire difficile à combler. Autrement dit, impossible en l’état de franchir le mur du Règlement général sur la protection des données (RGPD) qui classe les informations de santé parmi les données les plus sensibles et impose des obligations drastiques.
Le contexte n’arrange rien : ChatGPT (standard) fait déjà l’objet de plaintes persistantes en Europe pour non-conformité au RGPD. Les CNIL française et italienne, ainsi que le Contrôleur européen de la protection des données, pointent l’absence de base légale claire pour le traitement des données, leur utilisation pour l’entraînement des modèles, et les difficultés à exercer les droits de rectification et d’oubli.
Même l’offre Enterprise, qui bénéficie d’un hébergement européen depuis 2025, n’échappe pas aux enquêtes sur les lacunes en matière de transparence et de minimisation des données.
Pour ChatGPT Health, les obstacles sont encore plus élevés. Les protections techniques mises en place par OpenAI – isolement des données, chiffrement renforcé, non-utilisation pour l’entraînement – sont certes louables, mais insuffisantes au regard du RGPD. L’entreprise devrait notamment fournir un consentement granulaire valide, signer des accords de sous-traitance (DPA) avec ses partenaires comme b.well, réaliser une évaluation d’impact sur la vie privée pour chaque type de données sensibles, et surtout héberger les informations sur le sol européen pour éviter les transferts extra-communautaires.
L’absence de Privacy Shield valide entre l’Union européenne et les États-Unis complique encore la donne. Sans certification RGPD explicite ni adaptation aux clauses contractuelles types ou au EU-US Data Privacy Framework, toute utilisation du service par des résidents européens exposerait OpenAI à des sanctions potentiellement lourdes.
Les alternatives européennes en embuscade
Cette impasse réglementaire ouvre un boulevard aux acteurs européens. Des solutions basées sur des modèles comme Mistral, hébergées dans l’UE et certifiées RGPD, existent déjà pour les professionnels de santé. Elles garantissent la souveraineté des données et évitent les transferts outre-Atlantique, arguments de poids pour les établissements de santé et les autorités sanitaires.
OpenAI pourrait théoriquement adapter ChatGPT Health pour l’Europe via un hébergement local et une architecture similaire à celle de son offre Enterprise, mais aucun calendrier d’adaptation pour les marchés européens n’est annoncé.
La conjonction du RGPD et du récent AI Act européen, qui impose des règles strictes sur les systèmes d’IA à haut risque dans le domaine de la santé, pourrait exiger une validation réglementaire longue et complexe avant tout déploiement.
Reste à savoir si OpenAI acceptera de jouer selon les règles européennes ou si l’entreprise préférera se concentrer sur des marchés moins contraignant. Pour les 450 millions d’Européens, l’attente pourrait durer.
Image : © DR
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