L’autorité de régulation frappe fort en ce début d’année. Suite à une intrusion massive survenue en octobre 2024 dans les systèmes d’information du groupe Iliad, la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) inflige une amende d’un montant total de 42 millions € aux opérateurs Free Mobile (27 millions € ) et Free (15 millions €).
Retour sur les faits. En octobre 2024, un attaquant s’infiltre dans le système d’information des deux sociétés compromettant les données personnelles de 24 millions de contrats d’abonnés. Les données exposées incluaient notamment des IBAN pour les clients disposant d’abonnements auprès des deux entités simultanément.
L’ampleur de l’incident suscite plus de 2 500 plaintes d’abonnés et déclenche un contrôle approfondi de la CNIL qui identifie plusieurs manquements graves au Règlement général sur la protection des données (RGPD), chaque société étant tenue responsable du traitement des données de ses propres clients.
Des failles de sécurité élémentaires
La formation restreinte de la CNIL, organe compétent pour prononcer les sanctions, constate aussi l’absence de mesures de sécurité fondamentales qui auraient pu compliquer l’attaque. Les enquêteurs relèvent notamment que la procédure d’authentification pour accéder aux réseaux privés virtuels (VPN) des deux sociétés, utilisés pour le télétravail des employés, présentait des faiblesses importantes en termes de robustesse.
Par ailleurs, les dispositifs de détection des comportements anormaux sur les systèmes d’information se sont révélés inefficaces. La CNIL a jugé que ces mesures n’étaient pas adaptées au volume et à la sensibilité des données traitées par les deux opérateurs.
La commission reconnait cependant qu’ils ont renforcé leur niveau de sécurité en cours de procédure et leur impose d’achever la mise en œuvre de ces nouvelles mesures sous trois mois.
Une communication insuffisante auprès des victimes
Le régulateur pointe également du doigt les lacunes dans la communication auprès des clients. Si Free et Free Mobile ont déployé un dispositif d’information à deux niveaux (courriel initial puis numéro vert et service dédié), le courriel envoyé aux abonnés ne contenait pas toutes les informations obligatoires prévues par l’article 34 du RGPD.
Selon la CNIL, ces omissions empêchaient les victimes de comprendre directement les conséquences de la violation et les mesures de protection qu’elles pouvaient adopter pour limiter les risques.
Free Mobile épinglée pour conservation excessive de données
Un troisième manquement est retenu spécifiquement contre Free Mobile concernant la durée de conservation des données. Au moment du contrôle, l’opérateur n’avait pas mis en place de procédures permettant de trier et supprimer les données des anciens abonnés une fois leur conservation devenue inutile.
La CNIL a établi que Free Mobile conservait des millions de données d’abonnés sans justification pendant des durées excessives, en violation de l’article 5 du RGPD. L’opérateur a depuis initié un tri pour ne conserver que les données nécessaires au respect des obligations comptables pendant dix ans, et a supprimé une partie des données conservées de manière excessive. La société dispose de six mois pour finaliser cette opération de purge.
Annoncée juste avant les fêtes de Noël, l’acquisition d’Armis, spécialiste de la sécurité cyber-physique d’origine israélienne fondée en 2015, pour 7,75 milliards $ en cash, marque la plus importante transaction de ServiceNow à ce jour.
L’opération, qui doit être boucler au second semestre, vise à tripler l’empreinte cybersécurité de ServiceNow, qui a dépassé 1 milliard $ de ventes au troisième trimestre 2025, en étendant sa nouvelle plateforme unifiée de » Cyber Exposure Management » à des secteurs critiques comme la fabrication, la santé et les infrastructures.
Complémentarité des technologies
Fondée sur une approche « agentless », Armis s’est imposée comme un acteur clé de la découverte en temps réel des actifs et de la gestion de l’exposition cyber. Sa plateforme couvre l’ensemble des environnements IT, OT, IoT et les dispositifs médicaux connectés, offrant une visibilité continue sur la surface d’attaque cyber-physique.
La visibilité temps réel d’Armis sur les actifs non gérés (OT, IoT, cloud) viendra enrichir la CMDB de ServiceNow, avec des données contextualisées sur les vulnérabilités et les comportements anormaux. Ces données alimenteront ensuite les workflows ServiceNow pour automatiser la priorisation des risques, la gestion des incidents et la remédiation, en tenant compte de la criticité métier.
Par exemple, cela pourrait réduire le temps moyen de résolution des incidents OT dans l’industrie, renforcer la protection en temps réel des dispositifs médicaux ou anticiper les menaces sur des actifs sensibles.
« Nous construisons la plateforme de sécurité de demain pour l’ère de l’IA », résume Amit Zavery, COO de ServiceNow.
En combinant workflows IT, automatisation et visibilité cyber-physique, l’éditeur se positionne face à des acteurs spécialisés comme Palo Alto Networks ou CrowdStrike, avec une approche plus transverse et orientée métier.
Armis et ServiceNow étaient déjà partenaires, ce qui devrait faciliter une intégration plus rapide.
Aussi longtemps qu’ils peuvent se déplacer latéralement dans votre environnement, les attaquants ne seront pas gênés par votre PAM. Quant aux cases de « conformité » cochées dans votre IGA, elles n’ont pas de poids si les décisions d’accès sont basées sur des informations obsolètes.
Ces éléments font partie du pitch de SGNL, qui vante, par leur intermédiaire, l’aspect « temps réel » de sa solution de gestion des accès.
Le positionnement cette entreprise américaine a séduit CrowdStrike, parti pour s’en emparer pour une somme qui dépasserait les 700 M$. Il entend combiner la technologie à sa plate-forme Falcon, qui verra ainsi ses capacités d’autorisation contextuelle étendues au-delà d’Active Directory.
Avec Seraphic Security, CrowdStrike met un pied dans les navigateurs
CrowdStrike vient d’annoncer un autre projet d’acquisition, estimé à environ 420 M$. La cible, basée en Israël, s’appelle Seraphic Security. Elle commercialise une technologie de protection des navigateurs – et des apps Electron – basée sur un agent qui vient se placer au-dessus du moteur JavaScript.
Ces derniers temps, Seraphic Security a insisté sur la protection qu’il dit apporter contre les menaces liées à l’usage d’IA (fuites de données, injections de prompts, violations de conformité…). Il joue plus globalement l’alternative à de nombreuses solutions : VDI, VPN, SWG (passerelles web sécurisées), RBI (isolation de navigateur à distance), etc. Tout en se positionnant comme un complément aux EDR, en apportant de la visibilité sur l’activité dans les navigateurs.
Seraphic Security s’est déjà intégré à quelques EDR, dont ceux de Microsoft … et de CrowdStrike. Les jonctions avec la plate-forme Falcon touchent aussi, entre autres, à la sandbox et au score d’évaluation zero trust.
2020-2025 : des acquisitions sous le signe du zero trust, puis de la sécurité du cloud
En 2025, CrowdStrike avait officialisé deux acquisitions.
L’une, estimée à 290 M$, a porté sur Onum, un spécialiste de la télémétrie. Son architecture in-memory sans état doit permettre de fiabiliser l’ingestion de données dans Falcon et permettre d’amorcer leur analyse en amont, au niveau des pipelines.
L’autre opération, estimée à 260 M$, a visé Pangea. Elle est censée étendre les capacités EDR de CrowdStrike à l’IA, sur l’ensemble de son cycle de vie.
Deux acquisitions avaient également été annoncées en 2024. Elles ont témoigné d’une volonté de renforcement sur la sécurité du cloud. D’un côté, Flow Security (200 M$ ; gestion de la posture de sécurité des données). De l’autre, Adaptive Shield (300 M$ ; gestion de la posture de sécurité du SaaS).
L’acquisition de Bionic, effectuée en 2023 pour un montant estimé à 350 M$, reflétait cette même volonté. Avec elle, CrowdStrike a élargi ses capacités AppSec et ouvert la voie à une composante CIEM, en apportant une visibilité sur l’exécution des applications sur les infras cloud.
En 2022, la gestion de la surface d’attaque externe fut étendue avec Reposify. En 2021, on avait parlé sécurité des données avec SecureCircle. CrowdStrike en avait présenté l’acquisition comme un levier d’extension de son approche zero trust. Il avait adopté un discours semblable en 2020 à l’heure de mettre la main sur Preempt Security (gestion des accès ; 96 M$). Entre-temps, il s’était offert Humio (400 M$) et sa technologie d’ingestion/analyse de logs.
Avec 83 % des dépenses IT des grandes entreprises captées par des fournisseurs étrangers et une part de marché européenne marginale sur la plupart des segments critiques (OS, cloud, IA générative), l’UE fait face à des risques majeurs de souveraineté et de sécurité.
Ce dossier décrypte les données chiffrées de cette dépendance, analyse la matrice des risques économiques et géopolitiques associés, et illustre concrètement ces enjeux à travers le cas du secteur de l’énergie, où la cybersécurité repose massivement sur des solutions non européennes.
>Dépendances numériques de l’UE : une matrice des risques
L’étude commandée par le Parlement européen propose une matrice d’évaluation du « risque de souveraineté », sur trois axes (contrôle juridique, autonomie technique, indépendance stratégique) comportant chacun trois dimensions
C’est au restaurant étoilé Pavyllon, à deux pas du Grand Palais parisien, que Yann LeCun s’est confié au Financial Times dans le cadre de sa série « Lunch with the FT ».
Attablé pour un déjeuner de trois heures et demie, le chercheur français de 64 ans a expliqué sans détour pourquoi il a décidé de quitter Meta après onze ans de bons et loyaux services. « Rester est devenu politiquement difficile », confie-t-il. Une litote pour décrire une rupture qui révèle les tensions croissantes au sein du groupe californien sur la direction à prendre en matière d’IA.
LLM : un modèle en fin de course
Au cœur du conflit : une divergence fondamentale sur l’avenir technologique de l’intelligence artificielle. LeCun, prix Turing et figure tutélaire du deep learning, ne croit pas aux grands modèles de langage comme voie vers la superintelligence. Pour lui, les LLM sont utiles mais limités, contraints par le langage seul. Une conviction qui détonne dans une Silicon Valley obsédée par cette approche.
Le problème ? Meta vient justement de miser massivement sur cette technologie. Après le lancement de ChatGPT fin 2022, l’entreprise a réorganisé ses équipes autour de Llama, son propre modèle de langage.
Le tournant s’opère véritablement en 2025. Mark Zuckerberg, déçu par les performances de Llama 4, décide de frapper fort. Il investit 15 milliards $ dans Scale AI et embauche son patron, Alexandr Wang, 28 ans, pour diriger le nouveau laboratoire de recherche TBD Lab. Une décision qui place ce jeune entrepreneur à la tête de l’unité de recherche en IA de Meta. Ses nouvelles recrues, attirées à coups de primes pouvant atteindre 100 millions $, sont selon LeCun « complètement convaincues par les LLM ».
LeCun se retrouve ainsi managé par quelqu’un qu’il qualifie de « jeune » et « inexpérimenté ». S’il reconnaît que Alexandr Wang apprend vite, il souligne son manque d’expérience en matière de recherche fondamentale. « On ne dit pas à un chercheur ce qu’il doit faire. On ne dit certainement pas à un chercheur comme moi ce qu’il doit faire », lance-t-il.
La communication se dégrade également avec l’unité IA générative. LeCun regrette que ses équipes proposent des innovations ambitieuses quand la direction ne retient que des projets éprouvés et sans risque. Une prudence qui, selon lui, conduit l’entreprise à prendre du retard.
Une organisation bouleversée
Plus profondément, LeCun refuse de renier ses convictions scientifiques. Certains chez Meta aimeraient qu’il cesse de proclamer publiquement que les LLM constituent une impasse pour atteindre la superintelligence. Mais le chercheur ne transige pas : « Je ne vais pas changer d’avis parce qu’un type pense que j’ai tort. Je n’ai pas tort. Mon intégrité de scientifique ne me le permet pas. »
Cette inflexibilité s’explique aussi par sa vision alternative : les modèles du monde, ou world models, qu’il développe depuis des années. Cette architecture baptisée V-JEPA vise à donner aux machines une compréhension du monde physique en apprenant à partir de vidéos, et non uniquement du langage. Une approche qui intéresse davantage l’industrie lourde et l’aéronautique que les réseaux sociaux.
Cap vers AMI Labs
LeCun prépare désormais son prochain chapitre : Advanced Machine Intelligence Labs, une start-up qui incarnera sa vision de l’intelligence artificielle avancée. Il y occupera le poste de président exécutif, laissant la direction opérationnelle à Alex LeBrun, cofondateur de la startup française Nabla. Une structure qui lui permettra de conserver la liberté de recherche qu’il chérissait chez Meta. Pourquoi ne doit pas prendre le rôle de CEO ? « Je suis à la fois trop désorganisé et trop vieux ! » confie Yann LeCun.
Le chercheur promet des premières versions de sa technologie dans les douze mois. Pas encore la superintelligence, mais un chemin vers celle-ci. Emmanuel Macron lui-même aurait manifesté sa satisfaction de voir cette nouvelle entreprise mondiale maintenir des liens étroits avec la France.
Après des décennies passées à façonner l’IA moderne, Yann LeCun entame donc un nouveau cycle. Son ambition ? Augmenter la quantité d’intelligence dans le monde. « L’intelligence, c’est vraiment ce dont nous devrions avoir davantage », affirme-t-il.
En se connectant aux agents IA embarqués, les solutions de gouvernance des données se rapprochent des applications métier.
Gartner signale cette tendance dans le cadre de son Magic Quadrant. Les acquisitions d’Informatica par Salesforce et de data.world par ServiceNow y font écho, estime-t-il.
Le cabinet américain relève d’autres marqueurs d’évolution du marché de la data governance. La gestion des données non structurées en fait partie. Avec l’IA en ligne de mire, les fonctionnalités se sont développées jusqu’à la vectorisation.
Convergences et chevauchements
Il y a un an, Gartner avait déclaré que la notion de plate-forme restait émergente sur ce marché. Historiquement axés sur l’exécution des politiques de gouvernance plus que sur leur mise en œuvre (data stewardship), les outils manquaient encore de liant, observait-il.
Son propos est moins affirmatif cette année. Mais au fond, le constat demeure : en pratique, plusieurs solutions autonomes sont souvent utilisées en parallèle (sécurité, qualité, confidentialité de la donnée, etc.). Elles occasionnent parfois des chevauchements fonctionnels.
Ces chevauchements sont accentués par l’évolution d’applications telles que les ERP et les CRM/CDP, qui en viennent à inclure des fonctionnalités de gouvernance des données. Ils le sont aussi par l’évolution du data management. Lequel, en connectant les silos de données par des approches comme le data mesh et la data fabric, devient plus à même d’automatiser cette gouvernance à l’appui de machine learning et de modèles sémantiques.
L’IA agentique, un discours plus qu’un état de fait
La hype autour de l’IA a ajouté à la confusion, menant nombre de fournisseurs de solutions classées dans la catégorie data management à prétendre pouvoir « automatiser la gouvernance ». C’est exagéré, avertit Gartner : au mieux, cette automatisation touche des tâches spécifiques comme la découverte d’entités ou la remédiation.
Même avertissement quant au discours sur la gouvernance à renfort d’agents IA : on le prendra comme une promesse – celle d’automatiser les workflows alimentés par les métadonnées actives* – plutôt qu’un état de fait.
La gouvernance de l’IA s’est développée plus nettement, avec l’arrivée de capacités natives (workflows d’approbation automatisés, gestion du cycle de vie des modèles, évaluation continue du risque et des biais, reporting réglementaire…). En toile de fond, la concurrence d’autres types de solutions (cybersécurité, GRC…).
* La plupart des fournisseurs classés dans le Magic Quadrant de la data governance le sont aussi dans celui de la gestion des métadonnées. Les solutions relevant de ce marché visent toutefois plus large. Il y a celles « orientées data » et celles « orientées gouvernance ». Les premières s’adressent généralement à un public plus technique que les secondes, nécessitent moins d’extensibilité et ciblent la gestion des politiques plutôt que leur exécution.
En matière de gouvernance des données, qu’est-ce qu’un déploiement « à grande échelle » ? Dans le cadre du Magic Quadrant dédié à ce marché, Gartner a défini trois planchers : 500 utilisateurs, 50 sources et 1000 assets.
Pour être classés, les fournisseurs devaient être en mesure de revendiquer au moins 10 de ces déploiements. Il fallait aussi, entre autres, figurer dans le top 25 sur un indice maison : le CII (Customer Impact Index). Il est calculé à partir d’éléments tels que le volume de recherches sur le site web de Gartner, le nombre de mentions dans ses Peer Insights, les tendances sur Google Search et le nombre d’abonnés sur X/LinkedIn.
AWS et Google, cités mais non classés
Le « critère CII » a coûté leur place à plusieurs offreurs néanmoins crédités d’une « mention honorable ». Parmi eux, Anjana Data et Global Data Excellence, tous deux classés dans l’édition précédente de ce Magic Quadrant.
Au rang des « mentions honorables », il y a aussi AWS et Google. Chez le premier, on obtient une solution de gouvernance data & analytics en associant les briques SageMaker, SageMaker Catalog et AWS Glue. Mais elle ne répond pas à l’un des critères fonctionnels exigés : l’extensibilité native entre environnements cloud. Avec Dataplex Universal Catalog, Google en propose bien une, mais elle dépend de fournisseurs tiers comme Collibra et Informatica.
15 fournisseurs, 5 « leaders »
D’une année sur l’autre, les catalogues de données ont évolué vers des « catalogues d’insights » permettant de rechercher des produits data. Ils se sont aussi rapprochés des applications métier sous le prisme de l’IA agentique (en se connectant aux agents embarqués). Dans ce contexte sont intervenues deux acquisitions notables : Informatica par Salesforce et data.world par ServiceNow.
De 3 « leaders » l’an dernier, on est passé à 5 : Alation et Atlan ont rejoint Collibra, IBM et Informatica.
Sur l’axe « exécution », qui traduit la capacité à répondre effectivement à la demande du marché, la situation est la suivante :
Rang
Fournisseur
Évolution annuelle
1
IBM
+ 1
2
Collibra
+ 1
3
Microsoft
nouvel entrant
4
Atlan
+ 1
5
Informatica
– 4
6
Alation
=
7
BigID
nouvel entrant
8
Alex Solutions
– 1
9
Ab Initio
+ 4
10
Ataccama
– 2
11
ServiceNow (data.world)
=
12
Precisely
– 8
13
DataGalaxy
– 4
14
OvalEdge
– 2
15
Solidatus
– 1
Sur l’axe « vision », qui reflète les stratégies (commerciale, marketing, sectorielle, géographique…) :
Rang
Fournisseur
Évolution annuelle
1
Collibra
+ 2
2
Informatica
– 1
3
IBM
– 1
4
Atlan
=
5
Alation
=
6
ServiceNow
=
7
Alex Solutions
=
8
Precisely
+ 4
9
Microsoft
nouvel entrant
10
BigID
nouvel entrant
11
Ab Initio
+ 2
12
Ataccama
– 4
13
OvalEdge
– 2
14
DataGalaxy
– 4
15
Solidatus
– 1
Alation, pas encore mature sur la déclaration de politiques pour les produits data
Alation se distingue par le niveau d’ouverture de sa plate-forme, qui favorise la portabilité et met l’accent sur la flexibilité d’hébergement des données. Bon point également pour l’usage de l’IA, notamment pour la gestion de politiques, les contrôles de qualité des données et le dépannage. Gartner apprécie aussi l’écosystème de partenaires, qui favorise l’interopérabilité dans les environnements data & analytics.
On prendra garde aux efforts de gestion du changement et de montée en compétence que suppose l’adoption de fonctionnalités avancées tel le constructeur de produits data. Vigilance également sur les capacités natives de déclaration de politiques au niveau de ces mêmes produits data : elles ne sont sont pas aussi matures que chez la concurrence. Attention aussi au fait que certains modules (data quality, par exemple) ne sont livrés par défaut qu’avec la version cloud.
Chez Atlan, un point d’interrogation sur les déploiements à grande échelle
Gartner apprécie l’architecture de la solution, fondée sur un cœur Apache Iceberg qui favorise l’exploitation des métadonnées. Il salue également les outils fournis pour développer des connecteurs et des agents de gouvernance. Ainsi que, plus globalement, la dynamique commerciale d’Atlan (croissance de la base client et des revenus supérieure à celle des concurrents).
En natif, Atlan ne propose pas de profilage avancé des données ni de workflows de data quality (il s’appuie sur des partenaires comme Anomalo et Ataccama). Autre élément : les options de déploiement sur site et en cloud privé sont limitées. Par ailleurs, près des trois quarts des clients ne sont pas des grandes entreprises ; des clients déplorent d’ailleurs des performances réduites sur les déploiements à grande échelle.
Des écarts entre SaaS et on-prem chez Collibra…
Gartner apprécie le positionnement de Collibra en « plan de contrôle unifié » avec modèles natifs de data quality et d’observabilité. Il salue aussi l’écosystème de partenaires (AWS, Google, Infosys, Snowflake…) et le niveau de gouvernance de l’IA (la plate-forme fonctionne comme un registre documentant les modèles et mettant automatiquement en œuvre les politiques).
La parité fonctionnelle n’est pas systématique entre les modes de déploiement (la version SaaS sur AWS et GCP est la mieux dotée). Quant au modèle data quality/observabilité, il lui manque des fonctionnalités comme la supervision des données en flux et la déduplication. Attention aussi aux efforts nécessaires pour arriver à « maturité opérationnelle » avec la solution.
… comme chez IBM
Comme Alation, IBM a pour lui le niveau d’ouverture de sa solution, jugée adaptée aux environnements hybrides. Il se distingue aussi sur le niveau d’unification et de cohérence de la gouvernance entre data et IA. Ainsi que sur l’exécution de cas d’usages pertinents dans des domaines comme l’aide agentique à la gestion des tâches et la curation de données non structurées.
Comme chez Collibra, les produits SaaS et on-prem ne sont pas à parité fonctionnelle. Il y a aussi des écarts entre packages (par exemple, IBM Knowledge Catalog Standard ne donne pas accès à la gestion des règles, au contraire de watsonx.data intelligence). La migration depuis InfoSphere reste un défi, d’autant plus que le support à la gestion du changement manque. Attention aussi aux compétences nécessaires pour déployer la solution, la personnaliser et la passer à l’échelle.
Informatica, une feuille de route à surveiller sous l’ère Salesforce
Informatica est salué pour l’étendue de son catalogue d’intégrations et de ses partenariats avec les CSP. Il l’est aussi sur le volet automatisation, pour l’assistant CLAIRE Copilot et le moteur CLAIRE GPT (accès aux données en langage naturel). Gartner souligne également sa santé financière, son niveau d’investissement R&D et sa tarification flexible.
Si le modèle PaaS fluidifie le déploiement, un support additionnel peut se révéler nécessaire pour en tirer la valeur en fonction de la maturité du client. Attention aussi, d’une part, aux problèmes de disponibilité que peuvent poser les pannes chez les CSP partenaires. De l’autre, à l’évolution de la stratégie sour l’ère Salesforce.
C’est la fin du suspense sur la stratégie IA d’Apple. L’inventeur de l’iPhone a officialisé un accord stipulant que les modèles Gemini alimenteront la prochaine génération d’Apple Intelligence et le Siri entièrement remanié prévu pour fin 2026.
Le deal, qui prolonge leur collaboration historique sur la recherche (search), replace Google face à OpenAI dans la course à l’IA générative, avec un accès privilégié à plus de deux milliards d’appareils Apple actifs.
Gemini, socle technologique de l’IA pour Apple
Apple a tranché après évaluation en faveur de la technologie de Mountain View, jugeant que « la technologie d’intelligence artificielle de Google offrait la base la plus performante » pour ses modèles Apple Foundation. Ces briques logicielles alimenteront non seulement Siri, mais également l’ensemble des fonctionnalités futures d’Apple Intelligence.
Les termes financiers de l’accord restent confidentiels, mais des sources industrielles évoquent un montant de 1 milliard $ annuel.
Cette décision relègue ChatGPT, intégré de manière optionnelle fin 2024, à un rôle de simple complément pour les requêtes les plus complexes. Un camouflet pour OpenAI, dont le PDG Sam Altman a déclenché un « code red » interne face à la montée en puissance de Gemini 3. Comme le souligne Parth Talsania d’Equisights Research, ce choix « rétrograde OpenAI en rôle secondaire », transformant ChatGPT en solution d’appoint plutôt qu’en fondation stratégique.
« Apple Intelligence continuera de fonctionner sur les appareils Apple et sur le cloud privé, tout en préservant les normes de confidentialité de pointe d’Apple » assure les deux groupes. L’architecture retenue permet à Apple de conserver le contrôle total de l’intégration, de l’orchestration et de l’interface utilisateur, limitant ainsi l’accès de Google aux données brutes de ses clients.
Gemini sur plus de 2 milliards de terminaux
Pour Google, l’enjeu dépasse largement la question financière. Gemini devient le standard de facto sur mobile grâce aux partenariats Apple et Samsung (déjà intégré dans Galaxy AI), ce qui booste mécaniquement les revenus cloud et enrichit les données d’entraînement. La valorisation boursière d’Alphabet a d’ailleurs franchi le cap symbolique des 4 000 milliards $, portée par une hausse spectaculaire de 65% en 2025 sur fond d’optimisme autour de l’IA.
Pour Apple, c’est une bouée de sauvetage stratégique qui accélère brutalement le rattrapage. Retardataire notoire sur l’IA générative, il a accumulé les déboires : reports successifs de la mise à niveau de Siri (décalée à 2026), départs d’exécutifs clés comme John Giannandrea et accueil tiède pour ses premiers outils d’intelligence artificielle.
L’accord avec Google permet d’accélérer brutalement le rattrapage en évitant des années de recherche et développement solitaire, tout en capitalisant sur un partenariat existant qui génère déjà des dizaines de milliards $ annuels via le trafic de recherche.
Ce deal risque toutefois d’attirer l’attention des autorités antitrust, déjà mobilisées sur les contrats d’exclusivité dans la recherche. L’extension au domaine de l’IA pourrait déclencher de nouvelles enquêtes sur les pratiques anticoncurrentielles.
Vu nos relations actuelles avec les États-Unis, il est peut-être temps d’amender, si ce n’est supprimer, l’article 6 de la directive copyright.
Cette suggestion revient régulièrement dans les réponses à un appel à témoignages lancé par la Commission européenne. L’initiative est censée préfigurer une nouvelle stratégie open source pour l’UE. Il est question de la publier parallèlement au CAIDA (Cloud and AI Development Act)*, pour lequel une consultation publique a déjà été organisée.
Face à la directive copyright, l’argument souverain
Bruxelles sollicite des informations concernant :
Les forces et faiblesses de ce secteur, notamment les barrières à l’adoption et aux contributions
Sa valeur ajoutée pour le public et le privé
Les mesures à prendre pour en soutenir le développement
Les domaines technologiques à prioriser
Le potentiel de gain en compétitivité et en cyberrésilience pour les secteurs économiques
L’appel à témoignages est ouvert jusqu’au 3 février 2026. En une semaine, il a réuni quelque 350 réponses – un volume notable en comparaison à d’autres consultations. Elles sont, donc, nombreuses à mentionner le fameux article 6 de la directive copyright (de 2001). Il a pour effet, entre autres, de criminaliser la rétroingénierie de certaines technologies.
S’en passer permettrait aux entreprises européennes de développer des outils simplifiant le basculement vers l’open source depuis des solutions propriétaires, note un des répondants. D’autres expliquent que cela permettrait de rendre des plates-formes conformes au DMA. Ou de réduire le risque géopolitique en pouvant reprendre la main sur une technologie à laquelle l’accès serait coupé.
Taxer l’usage de l’open source ?
Certains témoignages visent des technos spécifiques, invitant par exemple à soutenir le projet de BIOS ouvert coreboot ou à remplacer HDMI par DisplayPort sur les téléviseurs. D’autres se concentrent sur les mécanismes de financement. Ils vont jusqu’à proposer de taxer l’usage de l’open source par les grandes entreprises du numérique – mettant ces ressources sur le même plan que les infrastructures financées par l’argent public.
Autre recommandation : obliger les éditeurs à publier le code source de toute version de logiciel pour laquelle ils ne fournissent plus de support ; et, éventuellement, qu’ils n’en tirent plus de revenus.
Quant aux domaines à prioriser, certains conseillent les dépôts de code, puisque les projets open source en dépendent. D’autres incitent, pêle-même, à se focaliser sur les projets qui souhaitent passer des certifications de conformité ou à ceux qui se focalisent sur l’intégration de multiples composantes open source au sein de systèmes.
Du côté de la Commission européenne, on se félicite que certaines initiatives aient « porté leurs fruits ». Sont cités NGI (Next Generation Internet), GenAI4EU (pour faire émerger des pionniers de l’IA générative), le Chips Act (plus particulièrement, l’investissement sur RISC-V consenti dans ce cadre), le framework FIWARE (destiné au développement de plates-formes de gestion de données), et le programme Simpl (soutien de middlewares pour les data spaces). Bruxelles rappelle aussi la création du DC-EDIC (consortium pour les communs numériques).
* Cette proposition d’acte législatif – dont la nature n’est pas déterminée à date – porte principalement deux objectifs. D’une part, lever des barrières à l’accroissement de la capacité de calcul disponible dans l’UE. De l’autre, aider au développement d’une offre compétitive de services cloud.
À peine neuf mois après sa création, Harmattan AI, spécialisée dans les systèmes autonomes de défense dopés à l’intelligence artificielle vient de boucler une levée de fonds de 200 millions $ en série B, portant sa valorisation à 1,4 milliard $.
Une opération menée par Dassault Aviation qui propulse la jeune pousse au rang de première licorne française de l’armement.
Dassault Aviation mise gros sur l’autonomie
En prenant la tête de ce tour de table aux côtés d’investisseurs financiers déjà présents, l’avionneur français ne se contente pas d’un pari financier. Il s’offre un partenaire stratégique pour ses futurs programmes aériens.
Harmattan AI est désormais positionnée pour développer les « fonctions d’IA embarquées » du Rafale F5, ainsi que les systèmes aériens inhabités (UCAS) qui accompagneront les chasseurs de sixième génération du SCAF (Système de combat aérien du futur).
Ce rapprochement s’inscrit dans une stratégie plus large orchestrée avec Thales et l’Agence ministérielle pour l’IA de défense (AMIAD) : bâtir une intelligence artificielle de combat souveraine, capable de rivaliser avec les géants américains et chinois.
Licorne en moins d’un an
Fondée en avril 2024 par Mouad M’Ghari et Martin de Gourcuff, Harmattan AI développe une gamme complète de systèmes autonomes intégrés : drones de frappe et de surveillance, plateformes de commandement et briques logicielles d’IA embarquée. Son approche « full stack » ( maîtrise du hardware comme du software) séduit les états-majors.
Les succès commerciaux se sont enchaînés à une vitesse inédite dans un secteur réputé pour ses cycles décisionnels interminables. Un contrat emblématique avec la Direction générale de l’armement (DGA) pour plusieurs milliers de drones, destinés notamment à l’exercice militaire Orion 2026, puis une commande de l’armée britannique pour des drones d’entraînement. De quoi valider le modèle et attirer l’attention des industriels historiques.
Avec cette manne de 200 millions $, Harmattan AI vise une montée en cadence spectaculaire pour atteindre une production de plusieurs dizaines de milliers de drones par mois à court terme. Un objectif qui nécessitera de muscler considérablement l’appareil industriel et les chaînes d’approvisionnement.
Les fonds serviront également à étendre le déploiement de ses algorithmes d’IA à de nouveaux théâtres d’opérations : défense aérienne multi-niveaux, interception de drones, guerre électronique. L’entreprise compte renforcer massivement ses équipes de R&D et d’ingénierie logicielle pour tenir la cadence technologique face à une concurrence internationale qui s’intensifie.
La French Tech défense entre en scène
L’entrée d’Harmattan AI dans le club des licornes marque un tournant pour l’écosystème français de la défense. Longtemps dominé par les grands industriels historiques, le secteur voit émerger une nouvelle génération de startups qui articulent souveraineté, IA et capacité de production à grande échelle. À l’image d’Helsing en Allemagne ou d’Anduril aux États-Unis, ces jeunes pousses bousculent les codes et les positions établies.
Cette évolution reflète un changement doctrinal profond. Les armées françaises et européennes intègrent désormais pleinement les startups dans la chaîne de valeur de l’armement, conscientes que l’innovation de rupture vient souvent de l’extérieur des grands programmes étatiques. Le soutien de l’AMIAD et les nouvelles modalités d’achats publics facilitent ces rapprochements.
Reste désormais à transformer l’essai industriel. Car dans ce domaine ultra-exigeant où la fiabilité opérationnelle est non négociable, le passage de la startup prometteuse au fournisseur stratégique des armées constitue un marathon autrement plus redoutable qu’une levée de fonds, aussi spectaculaire soit-elle.
Dans son analyse du secteur de l’IA générative, l’Autorité de la concurrence va désormais voir en aval. Elle s’est effectivement autosaisie pour se pencher sur les chatbots.
En la matière, le paysage concurrentiel apparaît dynamique, avec la présence de plusieurs acteurs, note-t-elle. Mais les derniers développements montrent que les chatbots pourraient avoir un impact sur le fonctionnement de plusieurs secteurs-clés de l’économie.
L’autorité entend examiner cet aspect en s’intéressant notamment au commerce agentique. La relation entre chatbots et moteurs de recherche n’est en revanche pas dans le champ d’analyse, précise-t-elle.
Le volet énergétique et environnemental, déjà analysé
Son premier avis sur le secteur avait été publié en juin 2024. Il traitait essentiellement de l’amont de la chaîne de valeur. Y furent soulignés, entre autres, la dépendance envers CUDA, le verrouillage potentiel inhérent à l’octroi de crédits cloud pour les start-up de la GenAI et les risques en termes d’accords de non-débauchage et de fixation de salaires.
Plus récemment (mi-décembre 2025), l’autorité a rendu ses conclusions sur un autre sujet : les enjeux concurrentiels liés à l’impact énergétique et environnemental de l’IA. Son analyse suit 3 axes :
Difficultés d’accès au réseau électrique et incertitudes sur le prix de l’énergie
Montée en puissance des services d’IA frugaux
Standardisation, notamment des méthodes de détermination d’empreinte environnementale
Sur l’accès au réseau électrique
L’autorité constate que si l’inférence demeure sensible à la latence, la phase d’entraînement offre davantage de flexibilité en matière d’implantation géographique.
Elle aborde aussi la fin du dispositif d’accès régulé à l’électricité nucléaire historique (ARENH). Lui succède un système dual. D’un côté, la redistribution des bénéfices d’EDF aux consommateurs finaux via un versement nucléaire universel (VNU ; en cours d’examen parlementaire). De l’autre, le développement, par EDF, de contrats d’allocation de long terme adossés à la production nucléaire (CAPN).
Plusieurs opérateurs de datacenters ont passé des commandes sur le fondement des CAPN. L’Autorité de la concurrence surveille ces contrats, craignant qu’ils donnent lieu à des comportements verrouillant le marché des consommateurs grands industriels. Elle entend plus globalement veiller à l’absence de barrières à l’entrée ou à l’expansion pour les acteurs « de taille modeste ». Et reste attentive à la potentielle entrée des grands acteurs du numérique en tant qu’offreurs sur les marchés de l’énergie, surtout à l’étranger.
Sur l’IA frugale
L’autorité estime que la montée en puissance des services d’IA frugaux pourrait favoriser l’émergence de solutions compétitives sur le plan tarifaire. Et ainsi permettre aux fameux acteurs « de taille modeste » de rivaliser avec les grands du secteur. La concurrence pourrait aussi être affectée par le prisme de la qualité, au sens où l’IA s’adapterait à des déploiements moins importants utilisant éventuellement des infrastructures existantes.
Il existe un risque que des acteurs adoptent, de manière coordonnée ou non, et y compris involontairement, des comportements trompeurs qui ne reposeraient pas sur des méthodologies robustes en termes scientifiques. Ou bien qu’ils fassent en sorte de limiter l’innovation ou de ne pas communiquer sur l’empreinte environnementale alors qu’il existe une demande.
Sur la standardisation
La standardisation des méthodes de détermination d’empreinte environnementale est fondamentale pour garantir une concurrence sur la base des mérites, déclare l’autorité.
Elle mentionne deux documents – le référentiel général d’écoconception Arcep/Arcom et celui sur l’IA frugale porté par l’Afnor – et appelle à les voir comme la préfiguration d’une normalisation à l’échelle européenne voire internationale. Mais reste vigilante concernant, en particulier :
Adoption d’outils sans méthodologie sous-jacente robuste
Conditions privant des acteurs du bénéfice de la standardisation ou empêchant l’expression de la frugalité comme paramètre de concurrence
Comportements empêchant cette standardisation ou ralentissant son élaboration
Découragement des acteurs à aller plus loin que ce que propose la standardisation
Quelques jours seulement après l’annonce de son rival OpenAI, Anthropic réplique avec « Claude for Healthcare ».
La scale-up basée à San Francisco vient de dévoiler son offensive dans le secteur lucratif de la santé en annonçant que son chatbot Claude était désormais conforme à la norme HIPAA (Health Insurance Portability and Accountability Act). Un sésame réglementaire indispensable aux États-Unis pour permettre aux hôpitaux et prestataires de soins de manipuler des données de santé protégées.
Un hub de données personnelles sous conditions
Avec Claude for Healthcare, l’ambition d’Anthropic ne s’arrête pas aux couloirs des hôpitaux. Côté grand public, l’entreprise permet désormais à ses utilisateurs d’exporter leurs données de santé depuis des applications comme Apple Health ou Function Health. L’objectif est d’ aider les particuliers à centraliser leurs dossiers médicaux pour mieux les partager avec leurs médecins.
Toutefois, cette intégration directe est actuellement réservée aux utilisateurs basés aux États-Unis, où le cadre HIPAA prévaut. Pour les utilisateurs européens, si l’accès à Claude est disponible, l’importation automatisée de données biométriques reste soumise aux évolutions de la conformité locale (RGPD).
Claude intègre désormais des bases de données scientifiques (comme PubMed ou le registre NPI) pour étayer ses réponses par des citations vérifiables. Un argument de poids pour rassurer des cliniciens échaudés par les risques de désinformation liés à l’IA.
« L’IA est prête à avoir un impact majeur sur l’économie globale, dès lors que vous faites ce qu’il faut sur le plan réglementaire et des données », défend Mike Krieger, Chief Product Officer d’Anthropic, en garantissant qu’il n’utilisera pas les données de santé de ses utilisateurs pour entraîner ses modèles.
Une bataille de géants pour le « care »
Si le marché est colossal, la concurrence féroce. Selon Anthropic, Claude séduit déjà des géants comme le système de santé à but non lucratif Banner Health où 22 000 prestataires l’utilisent, mais aussi le groupe pharmaceutique Novo Nordisk ou le centre hospitalier universitaire Stanford Health Care.
Alors que des discussions sont en cours pour une levée de fonds sur la base d’une valorisation stratosphérique de 350 milliards $, Anthropic doit prouver que l’IA peut non seulement automatiser le code informatique, un de ses points forts actuels, mais aussi transformer radicalement la recherche biologique. Le diagnostic ne fait que commencer.
Les admins de parcs Windows 11 auront peut-être bientôt une méthode « officielle » pour désinstaller l’application Microsoft Copilot.
La dernière build (26220.7535) publiée sur les canaux dev et bêta inclut en tout cas une GPO RemoveMicrosoftCopilotApp.
Elle ne s’applique qu’à trois conditions.
Premièrement, que Microsoft 365 Copilot et Microsoft Copilot soient tous deux installés.
Deuxièmement, que l’application Microsoft Copilot n’ait pas été installée par l’utilisateur.
Troisièmement, que cette même application n’ait pas été lancée sur les 28 derniers jours.
L’utilisateur garde la possibilité de réinstaller Microsoft Copilot.
Une nouvelle fonctionnalité Copilot non disponible en Europe
Une autre nouveauté de la build 26220.7535 concerne Copilot. Plus précisément, son usage avec le Narrateur pour décrire des images.
Cette possibilité fut introduite l’an dernier sur les PC Copilot+, à base d’IA locale. Presser la touche Narrateur + Ctrl + S décrit l’image sélectionnée ; Narrateur + Ctrl + D décrit tout l’écran.
Les autres PC Windows 11 y ont désormais accès… moyennant une connexion Internet (utilisation de modèles distants). Une fonctionnalité que Microsoft juge suffisamment sensible pour ne pas la proposer, en l’état, dans l’Espace économique européen.
Les solutions de gestion unifiée des terminaux (UEM, Unified Endpoint Management) n’ont pas encore totalement comblé l’écart fonctionnel avec les outils ad hoc.
Gartner le souligne dans le premier Magic Quadrant qu’il dédie à ce marché. Cet écart se manifeste tant en termes de fiabilité que de rapidité et de granularité, explique le cabinet américain. D’où une tendance encore fréquente, du côté des acheteurs, à combiner les outils.
De la marge de progression, il y en a aussi sur l’aspect gestion autonome (AEM, Autonomous Endpoint Management). Pour le moment axée sur l’automatisation du patching, elle devrait s’étendre notamment à la gestion des configurations et des stratégies « dans les prochaines années ».
18 fournisseurs, 8 « leaders »
Les principaux critères à respecter sur le plan fonctionnel pour pouvoir figurer dans ce Magic Quadrant étaient les suivants (évalués au 1er août 2025) :
Disponibilité d’une version SaaS
Gestion, avec ou sans agent, de Windows, macOS, iOS/iPadOS et Android
Support natif de l’enregistrement/provisionnement d’appareils, du déploiement d’applications, de la gestion des mises à jour et de la mise en œuvre de configurations/stratégies
Contrôle d’accès basé sur les rôles
Il n’était pas obligatoire de gérer Chrome OS, Linux et l’IoT. Ni de fournir des composantes MDM/MAM, DEX (gestion de l’expérience employé numérique) ou des intégrations ITSM/CMDB. La fourniture d’un app store d’entreprise n’était pas non plus impérative. Même chose pour l’automatisation du patching des apps tierces et la possibilité de personnaliser le reporting.
En complément aux critères fonctionnels, il fallait couvrir au moins 5 millions d’endpoints actifs, hors offres gratuites (périodes d’essai, freemium, etc.). Addigy, Applivery, Automox, Fleet, Hexnode, Iru, Matrix42 et Scalefusion n’atteignaient pas ce seuil. Gartner leur a cependant attribué une « mention honorable ».
Les 18 fournisseurs classés le sont sur deux axes. L’un, dit « exécution », reflète la capacité à répondre effectivement à la demande du marché (expérience client, qualité des produits/services…). L’autre est centré sur les stratégies (commerciale, marketing, sectorielle, géographique…).
La situation sur l’axe « exécution » :
Rang
Fournisseur
1
Microsoft
2
Tanium
3
NinjaOne
4
HCLSoftware
5
Jamf
6
Omnissa
7
Adaptiva
8
ManageEngine
9
IBM
10
42Gears
11
Ivanti
12
Atera
13
N-able
14
Kaseya
15
Google
16
Absolute Security
17
Samsung Electronics
18
Raynet
Sur l’axe « vision » :
Rang
Fournisseur
1
Tanium
2
Omnissa
3
Microsoft
4
Adaptiva
5
Ivanti
6
HCLSoftware
7
IBM
8
NinjaOne
9
Jamf
10
Atera
11
ManageEngine
12
42Gears
13
Absolute Security
14
N-able
15
Kaseya
16
Raynet
17
Samsung Electronics
18
Google
Adaptiva, connu surtout comme un complément aux solutions Microsoft
Avec son offre OneSite (licence par appareil), Adaptiva est salué sur le volet automatisation ; et plus globalement pour les capacités de gestion à grande échelle qu’il propose, entre livraison P2P et intégration avec les outils d’entreprise. L’exhaustivité de ses partenariats éditeurs (CrowdStrike, Microsoft, SentinelOne, Tenable…) lui vaut aussi un bon point. Comme sa roadmap, jugée bien alignée sur la demande.
Si le produit ne manque pas de notoriété en tant que « compagnon » pour les solutions Microsoft, on ne peut pas en dire autant de la version autonome. Attention aussi à l’absence de MDM pour Android et iOS, tandis que sur les plates-formes prises en charge, l’enregistrement d’appareils doit passer par un client local. Adaptiva est par ailleurs en transition vers un modèle essentiellement indirect, ce qui est susceptible de limiter sa croissance à court terme.
Le SaaS de HCLSoftware, pas au niveau de la version on-prem
HCLSoftware a intégré son offre BigFix Workspace+ (licence par utilisateur ou par appareil) à un grand nombre de solutions ITOps et de sécurité/gestion des identités (Azure, Qualys, Rapid7, ServiceNow, Tenable…). Gartner salue aussi son réseau de revendeurs et de MSP. Ainsi que sa santé financière (marges importantes, croissance continue sur plusieurs segments) qui contribue à réduire le risque pour le client final.
Le SaaS n’est pas à parité avec la version sur site : des fonctionnalités ou des modules disponibles sur l’un ne sont pas encore pleinement configurables sur l’autre. Sur l’aspect expérience client, l’UI et le paramétrage ne font pas l’unanimité. Attention aussi à d’éventuelles modifications du modèle de licence à l’heure où HCLSoftware bascule vers une approche « service as software ».
IBM, plus cher et moins « focus »
Dans l’offre MaaS360 (licence par utilisateur et par appareil), Gartner apprécie la diffusion de la GenAI et du machine learning, entre détection des menaces et recommandation de stratégies. Il note aussi la couverture mondiale des équipes d’IBM et la flexibilité des options de déploiement. Ainsi que les fonctionnalités – scoring de risque, conformité continue… – qui favorisent la gestion autonome.
Manquant de notoriété hors de la partie MDM, l’offre MaaS360 n’est pas le focus d’IBM. Ce dernier ne cible par ailleurs pas de profils d’utilisateurs (personas) et propose une tarification plus élevée que la moyenne des fournisseurs classés dans ce Magic Quadrant.
Jamf, encore largement Apple-centric
L’outil Jamf (licence par appareil) est reconnu comme un gold standard pour la gestion des appareils Apple. Fonctionnellement parlant, il se distingue notamment sur la profondeur de prise en charge de macOS. Gartner salue aussi le « contenu engageant » constitué autour de cette offre et la diversité des canaux par lesquels il est livré.
Le focus historique sur l’écosystème Apple a nécessairement limité le potentiel de croissance, tout en engendrant une certaine dépendance. Jamf a fini par s’ouvrir à Android, mais la démarche est récente. Au dernier pointage, l’entreprise n’est pas rentable (en normes comptables GAAP).
Problèmes de fiabilité chez Microsoft
Intune est le choix par défaut de beaucoup de clients Microsoft. Sa notoriété est d’autant plus importante que l’éditeur produit quantité de contenus à son sujet et les diffuse efficacement. Autre avantage : un effectif qui permet une livraison différenciée entre secteurs économiques et régions géographiques, avec de la flexibilité sur la localisation des données et du support.
Comme IBM, Microsoft ne cible pas de personas, que ce soit par métier ou par géographie. Les clients signalent régulièrement des problèmes de latence sur le reporting, la synchronisation des stratégies et le déploiement d’applications. Attention aussi à la courbe d’apprentissage que suppose Intune et aux défis qui peuvent se poser lors du dépannage de la solution.
L’IA, peu diffusée chez NinjaOne
L’offre NinjaOne Endpoint Management (licence par appareil) a une tarification plus basse que la moyenne. Et les bundles s’avèrent bien adaptés aux besoins des grandes entreprises comme des MSP. Gartner salue aussi le niveau d’expérience client (customer success managers, ressources en self-service…) et le sentiment généralement positif quant à la facilité d’usage de la solution. Il rappelle aussi la croissance de l’effectif et de la base client de NinjaOne, qui a bouclé début 2025 un tour de table de 500 M$.
Le focus historique était sur les MSP et sur le mid-market. Des évolutions sont en cours (plate-forme, intégrations, channel) pour toucher les grandes entreprises. NinjaOne a également de la marge de progression pour ce qui est de la notoriété de sa solution. Même chose pour la diffusion de l’IA, dont l’usage est encore limité.
Omnissa manque de clients référents
L’offre Workspace ONE UEM (licence par appareil ou par utilisateur) est jugée mature. Gartner apprécie les possibilités d’automatisation qu’elle apporte sur les principaux OS. Il salue aussi la stratégie sectorielle élaborée à renfort d’intégrations ciblées. Autre point distinctif : Omnissa est le seul « leader » de la gestion des terminaux à occuper cette même position dans le Magic Quadrant du DEX. Une combinaison qu’il met d’ailleurs à profit.
Quoique modulaire, l’offre est plus chère que la moyenne. Et Omnissa est de ceux qui ne ciblent pas de profils d’utilisateurs. Son site web manque de logos référents et d’études de cas, ce qui est susceptible de compliquer l’évaluation de sa solution. On se rappellera aussi que l’activité a été perturbée avec le passage dans le giron de Broadcom (2023) puis la revente au fonds KKR (2024).
Pas de MDM natif chez Tanium
Avec Tanium Endpoint Management (licence par appareil), la gestion autonome est un point distinctif. Autant par le contenu que l’éditeur produit à ce sujet que par la réalité du produit. L’éditeur est plus globalement profitable, dispose des certifications adéquates et couvre les principales géographiques tout en fournissant de la flexibilité d’hébergement.
Récemment repackagée, l’offre a une tarification plus élevée que la moyenne. Elle n’inclut pas de MDM natif (intégration d’Intune). Sur macOS, elle n’utilise pas la méthodologie « moderne » d’Apple, ce qui peut limiter l’automatisation et l’élasticité.
Snowflake a signé un accord définitif pour le rachat d’Observe, une jeune pousse spécialisée dans l’observabilité basée en Californie et historiquement construite sur l’architecture de données de Snowflake.
Selon The Information, le montant du deal serait d’environ 1 milliard $, ce qui en ferait l’un des plus importants rachats de startup de Snowflake.
La finalisation de l’acquisition est attendue au cours de l’année 2026, sous réserve des conditions habituelles de clôture et d’éventuelles approbations réglementaires.
Observe propose une plateforme d’observabilité capable de collecter et corréler logs, métriques et traces afin d’aider les équipes à diagnostiquer les incidents et surveiller les performances applicatives. La solution s’appuie sur une architecture de graphe de contexte et sur un langage de requête maison (OPAL) pour l’analyse de séries temporelles, avec des fonctions d’assistant IA pour les tâches de troubleshooting et de SRE.
La startup s’est différenciée par un modèle conçu pour ingérer de très grands volumes de télémétrie à moindre coût, en tirant parti du stockage objet et du calcul élastique de Snowflake. Elle revendique plusieurs pétaoctets de données ingérées par mois.
L’observabilité au cœur de l’AI Data Cloud
Snowflake prévoit d’intégrer directement les capacités d’Observe dans son AI Data Cloud, en considérant la télémétrie (logs, métriques, traces) comme des données « de première classe » au même titre que les autres données analytiques.
L’architecture cible repose sur des standards ouverts, notamment Apache Iceberg pour le stockage de tables et OpenTelemetry pour la collecte de données d’observabilité, afin de faciliter l’interopérabilité avec l’écosystème existant.
L’éditeur met en avant la possibilité pour les clients de conserver 100% de leurs données d’observabilité au sein de Snowflake, avec des promesses de réduction des coûts pouvant aller jusqu’à 60% par rapport aux solutions traditionnelles basées sur l’échantillonnage et des durées de rétention courtes.
Du point de vue de Snowflake, l’observabilité devient un enjeu central au moment où les entreprises déploient des agents et applications d’IA de plus en plus complexes, pour lesquels la fiabilité est présentée comme une exigence métier autant que technique.
En absorbant Observe, Snowflake veut offrir une chaîne complète : ingestion, gouvernance et analyse des données métier et de télémétrie, puis construction et supervision d’agents et de modèles, dans un environnement unifié.
L’éditeur positionne la future offre comme un socle d’observabilité pour agents d’IA, capable de gérer des volumes de télémétrie allant du téraoctet au pétaoctet, en s’appuyant sur l’élasticité de son moteur et sur des workflows de résolution assistés par IA.
Un pas de plus vers le marché des opérations IT
Avec ce rachat, Snowflake étend son périmètre au-delà de la seule gestion de données pour entrer plus directement sur le marché des logiciels de gestion des opérations IT, estimé à plus de 50 milliards $ et en croissance d’environ 9% par an.
L’intégration d’Observe renforce la réponse de Snowflake face aux acteurs de l’observabilité et du monitoring (Datadog, Splunk, New Relic, Dynatrace, etc.) ainsi que face aux grands clouds généralistes qui combinent déjà infrastructure, données et outils de supervision.
Pour les clients existants, l’enjeu sera de mesurer dans les prochains mois la maturité des intégrations, la politique tarifaire associée aux volumes de télémétrie et la capacité réelle de la plateforme unifiée à remplacer ou compléter les outils d’observabilité déjà en place.
L’observabilité a beaucoup évolué au cours de la dernière décennie, à l’époque où on l’appelait encore monitoring. Si auparavant, la technologie servait principalement à maintenir les services et les systèmes en état de marche, l’essor des expériences numériques en fait un outil essentiel pour la continuité d’activité, alimentant la prise de décision pour améliorer la satisfaction des clients, prévenir une défaillance ou même pour déterminer quels produits développer.
Aujourd’hui, l’IA déclenche un nouveau séisme et les pratiques d’observabilité doivent assumer des responsabilités plus lourdes encore : superviser les workloads complexes et dynamiques de l’IA pour en garantir la performance et la fiabilité. Cette évolution fait de l’observabilité non seulement un véritable fondement de l’expérience client, mais aussi un facteur clé d’innovation et de croissance dans les entreprises axées sur l’IA.
De la réaction à l’anticipation avec l’observabilité prédictive
Pendant des années, l’observabilité s’est limitée à répondre aux questions : « Qu’est-ce qui s’est passé ? » et « Pourquoi ? ». En 2026, ce paradigme bascule radicalement. Les plateformes d’observabilité deviennent des systèmes d’intelligence pilotés par l’IA, capables non seulement d’expliquer les incidents, mais de les anticiper, de les corriger automatiquement et d’effectuer une auto-réparation pilotée par une IA générative et agentique.
Cette révolution s’appuie sur des LLM et des techniques de recherche augmentée (RAG) appliquées à la télémétrie privée des entreprises : les cahiers de procédures s’automatisent, la corrélation des données s’accélère et l’analyse des causes profondes devient instantanée. Plus besoin de naviguer dans des tableaux de bord complexes ; le langage naturel devient l’interface privilégiée pour interroger les données d’observabilité.
L’observabilité au service de la stratégie métier
Mais cette IA ne doit pas servir qu’à optimiser les performances techniques. Les organisations les plus matures établissent une corrélation directe entre les signaux techniques et l’impact métier réel. Les indicateurs évoluent : ils ne mesurent plus seulement la latence ou la disponibilité des serveurs, mais le revenu à risque, le coût par demande et l’impact sur l’expérience client.
Cette approche business-centric redéfinit les priorités IT. Chaque décision d’infrastructure, chaque investissement en observabilité, doit être justifié par son impact sur les SLO (objectifs de niveau de service), le MTTR (Mean Time To Resolution) et, à terme, sur la satisfaction et la fidélité des clients. 2026 marque la fin de l’IT en silo, déconnectée des enjeux métiers.
Maîtriser les coûts : l’enjeu oublié de l’observabilité
Les factures d’observabilité explosent. C’est malheureusement une réalité pour de nombreuses entreprises. Elles font face à des surcoûts imprévus liés à l’ingestion de données, à la cardinalité élevée et aux fonctionnalités premium. En conséquence, beaucoup consolident leurs chaînes d’outils fragmentées et renforcent le contrôle des coûts liés à l’ingestion, au stockage et à la conservation des données. Pour cela, les organisations se tournent vers les plateformes unifiées, la consolidation étant perçue comme un gain à la fois en termes de coûts et de productivité.
Mais attention : la consolidation ne suffit pas. En 2026, les utilisateurs finaux devront aller au-delà des économies globales et examiner attentivement le modèle de facturation automatique de chaque fournisseur. Les prix liés à ces surcoûts peuvent encore générer des factures d’un montant inattendu si la croissance des données n’est pas étroitement contrôlée.
De même, les acheteurs doivent évaluer la puissance des capacités de gestion du pipeline de données de chaque plateforme (filtrage, routage, fédération et stockage hiérarchisé, par exemple) afin de pouvoir déterminer activement quelles données sont collectées, où elles sont stockées et combien de temps elles seront conservées. Ce n’est qu’en combinant la consolidation avec une facturation transparente et des contrôles rigoureux du pipeline que les organisations peuvent maintenir les dépenses d’observabilité à un niveau prévisible et alignées sur la valeur qu’elles tirent des données.
OpenTelemetry : la norme qui libère
L’émergence d’OpenTelemetry (OTel) comme standard par défaut marque un tournant majeur. Finie l’époque des agents propriétaires verrouillant les organisations dans des écosystèmes fermés : OTel offre une architecture ouverte et interopérable pour l’ingestion de métriques, de logs et de traces.
Ce qui différenciera les organisations en 2026, ce ne sera plus l’ingestion des données, mais ce qu’elles en font après : analyses à haute cardinalité, espaces de travail guidés par l’IA, workflows intelligents. L’ouverture du standard crée un terrain de jeu égal, où l’innovation se concentre sur la valeur, pas sur le verrouillage technologique.
L’observabilité au cœur de l’IA et du cloud complexe
L’explosion des workloads d’IA et des architectures cloud hyperscale impose une nouvelle norme : l’observabilité des LLM et des agents IA. En 2026, superviser la latence, le coût et le comportement des modèles de langage deviendra aussi critique que de monitorer une base de données. La gouvernance des agents IA, la visibilité des pipelines IA, le suivi des ressources GPU… autant de domaines où l’observabilité devient indispensable.
Parallèlement, les environnements hybrides et à l’edge demeurent ancrés dans le cloud natif et Kubernetes, mais l’observabilité y joue un rôle nouveau : elle devient le catalyseur d’expériences numériques résilientes basées sur l’IA et les API.
En 2026, l’observabilité ne sera pas une simple évolution technologique. C’est une refonte complète du modèle : de la réaction à l’anticipation, de l’infrastructure aux résultats métiers, de la complexité à la transparence, et de l’isolement à l’intégration écosystémique. Les organisations qui maîtriseront ces quatre piliers (observabilité prédictive, alignement métier, maîtrise des coûts et standardisation ouverte) seront celles qui tireront le maximum de valeur de leurs données et de leurs systèmes. Les autres risquent de rester bloquées dans une observabilité fragmentée, coûteuse et inefficace.
*Stéphane Estevez est EMEA Observability Market Advisor chez Splunk
Lock-in, contrôle limité sur les mises à jour logicielles, exposition potentielle à la surveillance et aux réglementations étrangères… Finalement, le secteur européen de l’énergie est largement confronté aux mêmes risques que d’autres industries.
Ce constat ressort d’une étude réalisée à la demande de l’UE. Elle dresse un état des lieux de la dépendance à des solutions numériques étrangères. Une section est dédiée au secteur de l’énergie, avec un focus sur les solutions cyber qui y sont déployées. Comme au niveau global, les fournisseurs américains – et, dans une moindre mesure, israéliens – dominent.
CrowdStrike (USA), McAfee (USA), Microsoft (USA), SentinelOne (USA), Sophos (Royaume-Uni), Symantec (USA ; acquis en 2019 par Broadcom), Trellix (USA), Trend Micro (Japon).
IAM
Gestion des patchs : Ivanti (USA), ManageEngine (Inde), Microsoft (USA), SolarWinds (USA).
RBAC : IBM (USA), Micro Focus (Royaume-Uni, mais acquis en 2023 par l’entreprise canadienne OpenText), Okta (USA), SailPoint (USA), Savyint (USA).
MFA : Duo Security (USA, acquis par Cisco en 2018), Microsoft (USA), RSA (USA), Yubico (Suède).
PAM : BeyondTrust (USA), CyberArk (Israël ; acquis par Palo Alto Networks en 2025), One Identity (USA), Thycotic (USA ; fusionné en 2021 avec Centrify pour donner Delinea).
Supervision et réponse à incident
SIEM : ArcSight (USA, mais acquis par Micro Focus en 2023), IBM (USA), LogRhythm (USA, fusionné dans Exabeam en 2024), Splunk (USA, acquis par Cisco en 2024).
XDR/SOAR : Armis (USA ; en projet d’acquisition par ServiceNow), Claroty (USA), Dragos (USA), Nozomi Networks (USA).
Protection des données
Chiffrement : IBM (USA), Microsoft (USA), Symantec (USA), Thales (France).
Un secteur plus enclin à « accepter » un risque cyber
La domination américaine est plus nette sur la partie IT, même si des fournisseurs spécialisés sont parvenus à se positionner sur l’OT.
Quasi absente dans les solutions cyber, la Chine est en revanche très présente sur les équipements. Elle fournit par exemple approximativement 80 % des panneaux solaires de l’UE… et les vulnérabilités – voire backdoors – potentielles qui vont avec.
L’ENISA s’est dernièrement penchée sur le cas du secteur de l’énergie. Elle en a conclu à une résilience très inégale, par exemple entre l’électricité (relativement mature) et le gaz (en retard sur la préparation et la réponse, en particulier). Il faut dire que les professionnels du secteur s’affirment souvent prêts à accepter un risque cyber accru en contrepartie à davantage de possibilités d’innovation.
2017 : Apple empêche la publication d’applications sur l’App Store en Iran. 2019 : GitHub bloque des utilisateurs en Syrie ; Adobe, au Venezuela. 2025 : Microsoft coupe la messagerie du procureur général de la Cour pénale internationale.
Toutes ces mesures ont fait suite à des sanctions dont avait décidé le gouvernement américain. Une étude récemment remise au Parlement européen* les mentionne, en illustration des risques inhérents aux dépendances à des technologies étrangères.
Les technologies chinoises en font aussi partie. Sont évoquées entre autres celles de Xiaomi, qui a capté 12 % du marché européen des smartphones en 2024. Ainsi que celles de Huawei et ZTE, dont les équipements télécoms ont couvert jusqu’à un quart des réseaux mobiles européens.
Une matrice du « risque de souveraineté » sur 9 dimensions
L’étude propose une matrice d’évaluation du « risque de souveraineté », sur trois axes (contrôle juridique, autonomie technique, indépendance stratégique) comportant chacun trois dimensions.
Contrôle juridique
Le risque est jugé maximal (5/5) sur la dimension « pourcentage de logiciels critiques de sources non européennes », en ce qu’on dépasse les 80 %.
Il l’est aussi sur la concentration des dépendances au sein d’une seule juridiction étrangère (États-Unis).
Il est élevé (4/5) pour ce qui est de l’influence gouvernementale sur des fournisseurs-clés (des lois à portée extraterritoriale s’appliquent aux activités de ces fournisseurs dans l’UE).
Autonomie technique
Le risque est moyennement élevé (3/5) concernant la disponibilité de substituts européens (il en existe sur beaucoup des segments étudiés, mais leur adoption reste limitée).
Il l’est aussi sur la complexité technique du changement de fournisseur. Lequel « peut prendre 6 à 15 mois », nous annonce-t-on en citant trois sources : un cas de migration vers S/4HANA, la transition cloud de l’organisme chargé de la régulation des titres municipaux aux USA… et un guide AWS pour les grandes migrations.
Le risque est jugé plus élevé (4/5) pour ce qui est de l’accès au code source : les logiciels les plus utilisés sont propriétaires.
Indépendance stratégique
Le score de risque le moins élevé (2/5) concerne la disponibilité de capacités R&D dans l’UE – même si celles-ci sont « de plus en plus limitées », nous fait-on remarquer.
Pour ce qui est des compétences, on en est à 3/5 (la base est « considérable » mais s’amoindrit).
Même score pour le financement (difficultés notables pour obtenir des capitaux européens). Sur ce point, 28 % des fonds levés par les start-up européennes en 2024 provenaient des USA. Cette même année, les acquisitions par des entreprises américaines ont représenté près de la moitié de la valeur des M&A tech sur le continent.
Le risque économique, du micro au macro
À cette matrice du risque de souveraineté s’en ajoute une sur le risque économique. Là aussi avec trois axes (coûts directs, dépendance au marché et impact macroéconomique).
Coûts directs
Le risque est dit maximal (5/5) sur le coût des produits et services, en ce qu’une part considérable du PIB de l’UE y est consacrée (1,5 % rien que pour les dépenses des entreprises).
Il est moyennement élevé (3/5) concernant les hausses de prix. De l’ordre de 10 % par an, elles sont plus fortes que l’inflation, mais « acceptables pour les acheteurs ».
Pour le coût du changement de fournisseur, on en est à 4/5 : malgré les apports du Data Act, les démarches nécessitent des investissements « irraisonnables ».
Dépendance au marché
Le risque est maximal (5/5) si on le prend sous le prisme de la position de marché des fournisseurs non européens : des acteurs américains captent 70 à 100 % de la plupart des segments étudiés.
Le risque reste élevé (4/5) si on s’intéresse au pouvoir de négociation des entreprises européennes, limité tant par le manque de substituts que par le coût du changement de fournisseur.
Risque également élevé (4/5) pour la dépendance R&D à des fournisseurs étrangers : la plupart des innovations européennes viennent s’adosser à des plates-formes américaines.
Impact macroéconomique
Score maximum sur les trois éléments listés :
Compétitivité de l’UE (jugée « affaiblie en permanence »)
Effets sur l’emploi (les dépenses des entreprises européennes financent environ 2 millions d’emplois aux États-Unis)
Balance commerciale (le déficit dans le secteur numérique dépasse 100 Md€ et continue à croître)
* Gineikyte-Kanclere, V. et Al., 2025, European Software and Cyber Dependencies
Après une année 2025 en demi-teinte (+2 %), le marché du numérique français devrait retrouver des couleurs en 2026 avec une croissance prévue de 4,3 %, selon les dernières projections de Numeum, le syndicat des entreprises du secteur.
Un chiffre qui pourrait rassurer, si l’on s’en tenait aux apparences. Mais la réalité est plus contrastée : cette reprise masque des trajectoires divergentes selon les segments, et pose une question lancinante sur la répartition de la valeur créée.
Un marché qui se désolidarise
Le premier constat tient en trois chiffres. Les éditeurs de logiciels et plateformes affichent une croissance vigoureuse de 8,4 % en 2026, prolongeant leur dynamique de 2025 (+8,2 %), pour atteindre 31,6 milliards €. À l’inverse, les entreprises de services du numérique (ESN) peinent à retrouver leur rythme : après un recul de 1,8 % en 2025 (34,3 milliards), elles ne progresseraient que de 1,4 % en 2026, à 35 milliards. Quant aux sociétés d’ingénierie et de conseil en technologies (ICT), elles reviennent tout juste en territoire positif (+1 %) après une baisse de 2,5 % l’an dernier.
Cette divergence n’est pas anecdotique. Elle illustre un basculement structurel : le passage d’un modèle fondé sur les projets et les prestations intellectuelles vers un modèle de consommation récurrente, porté par le SaaS et les plateformes cloud.
En 2025, 77 % des nouveaux projets des éditeurs ont été réalisés en mode SaaS, contre 53 % en 2021. Cette migration accélérée capte une part croissante des budgets IT, au détriment des services d’intégration traditionnels.
L’IA générative, accélérateur… de quoi exactement ?
L’intelligence artificielle générative est présentée comme le grand moteur de la reprise. Près de 40 % des acteurs du secteur constatent déjà un impact positif sur leurs marges ou leur chiffre d’affaires.
Les gains de productivité sont tangibles : 12,5 % en moyenne en 2025, avec une perspective de 17 % en 2026. Les éditeurs l’utilisent pour accélérer leurs cycles de développement, créer de nouvelles offres (63 % des répondants) et personnaliser leurs solutions.
Mais pour les ESN, le tableau est plus ambigu. L’IA permet certes de répondre plus rapidement aux appels d’offres (54 % des acteurs) et de livrer davantage de projets dans l’année (58 %), mais elle introduit aussi une pression déflationniste. Si l’on délivre plus vite, pourquoi facturer autant ? Certains clients commencent à renégocier leurs contrats à la baisse, pointant les gains de productivité pour justifier une compression des tarifs. Résultat : 15 % des entreprises interrogées évoquent une pression accrue sur les prix, 10 % une réduction du temps facturable.
Cette dynamique pose une question centrale : qui capte la valeur générée par l’IA ? Les gains de productivité se traduisent-ils en marges supplémentaires pour les prestataires, en tarifs réduits pour les clients, ou en nouvelles capacités qui justifient un niveau de facturation stable ? Pour l’instant, la réponse n’est pas tranchée. Et c’est précisément ce flou qui inquiète.
La souveraineté numérique, du discours à la réalité
Autre thème en vogue : la souveraineté numérique.
Numeum relève que 42 % des entreprises du secteur accompagnent leurs clients sur des projets liés à cette thématique. Mais la dynamique reste embryonnaire : 80 % des acteurs ont réalisé moins de dix projets en 2025, avec un panier moyen compris entre 100 000 et 150 000 euros. Loin, donc, des grands programmes structurants.
Ce concept, longtemps cantonné aux discours politiques, commence néanmoins à se matérialiser sous la pression de plusieurs facteurs : obligations réglementaires (NIS2, IA Act), tensions géopolitiques et méfiance croissante envers les solutions américaines dominantes. Mais le passage de l’intention à l’investissement reste lent, freiné par la complexité technique et les arbitrages budgétaires.
Un retour de la croissance… sans l’emploi ?
Derrière les prévisions optimistes, un angle mort persiste : l’emploi. En 2024, le secteur a perdu 7 500 postes. L’année 2025 s’est inscrite dans une logique de stabilisation, sans réelle reprise des embauches.
Or, si la croissance de 2026 se matérialise, il n’est pas certain qu’elle se traduise par une dynamique d’emploi comparable à celle des deux dernières décennies, où les effectifs avaient progressé de 50 % en dix ans pour atteindre environ 666 000 salariés.
Plusieurs facteurs expliquent cette déconnexion. D’abord, l’automatisation : les gains de productivité liés à l’IA réduisent mécaniquement les besoins en main-d’œuvre sur certaines tâches. Ensuite, la géographie du « delivery » : l’offshore progresse quand l’optimisation devient le maître-mot. Enfin, la réallocation des budgets vers les modèles récurrents (SaaS, cloud) diminue la part des projets nécessitant une mobilisation humaine intensive.
Ce que les DSI doivent retenir
Pour les directions des systèmes d’information, cette reconfiguration du marché impose trois vigilances.
D’abord, une cartographie rigoureuse des dépenses récurrentes. Les abonnements SaaS et les factures cloud deviennent incompressibles, grignotant les marges de manœuvre budgétaires. Anticiper leur évolution est crucial pour préserver la capacité d’investissement dans des projets de transformation.
Ensuite, une réflexion sur la mesure de la valeur. Les gains de productivité liés à l’IA ne doivent pas se traduire uniquement par une réduction des jours-hommes facturables. Il faut définir des unités de valeur pertinentes : qualité, délai, couverture fonctionnelle, réduction des risques. Faute de quoi, la pression déflationniste des fournisseurs se fera au détriment de la qualité des livrables.
Enfin, une attention accrue aux enjeux de souveraineté et de dépendance. La concentration sur quelques hyperscalers américains fragilise la capacité de négociation et la liberté de choix. Sans tomber dans le dogmatisme, diversifier les sources d’approvisionnement et privilégier des solutions offrant des garanties de réversibilité devient un enjeu stratégique.
Une reprise, oui. Mais pour qui ?
Numeum table sur une accélération en 2026, portée par l’IA, la cybersécurité et les investissements dans la modernisation des systèmes. Les indicateurs opérationnels se redressent, les carnets de commandes se remplissent, les taux d’occupation des ESN remontent. Mais cette reprise ne ressemble pas aux précédentes.
Elle se construit sur fond de réallocation de valeur vers les éditeurs et les plateformes, de pression déflationniste sur les services, et d’incertitudes persistantes sur l’emploi. La croissance peut revenir sans recréer les postes perdus, surtout si elle s’alimente d’automatisation et d’arbitrages de localisation.
Dans un contexte d’instabilité économique et géopolitique, Numeum souligne lui-même la complexité d’anticiper précisément l’évolution du secteur.
Avec le lancement de ChatGPT Health, OpenAI franchit une nouvelle étape dans son ambition de transformer son chatbot en super-outil personnel capable d’accompagner les utilisateurs dans les dimensions les plus sensibles de leur existence.
Le déploiement se fait progressivement, via une liste d’attente pour un groupe restreint d’utilisateurs, avant une ouverture élargie dans les semaines à venir.
ChatGPT Health se présente comme un espace dédié au sein de l’interface habituelle, conçu pour aider les utilisateurs à mieux comprendre leur santé et préparer leurs rendez-vous médicaux. L’ambition affichée n’est pas de concurrencer les médecins, mais de les compléter. OpenAI insiste : il ne s’agit ni de diagnostiquer ni de traiter, mais d’apporter des explications pédagogiques sur des résultats d’examens, des symptômes ou des options thérapeutiques.
La vraie innovation réside dans la possibilité de connecter directement ses données de santé réelles. Dossiers médicaux électroniques via la plateforme b.well, mais aussi applications grand public comme Apple Health, MyFitnessPal, WeightWatchers, AllTrails, Instacart ou Peloton peuvent désormais alimenter les réponses de l’IA. De quoi ancrer les conseils dans le profil réel de l’utilisateur plutôt que dans des généralités.
Un portail santé intégré à ChatGPT
Concrètement, ChatGPT Health peut expliquer des résultats d’analyses biologiques, mettre en évidence des tendances dans la glycémie ou le sommeil, aider à préparer une consultation avec une synthèse des symptômes et traitements en cours, ou encore proposer des plans d’activité physique alignés sur les objectifs personnels.
Face à la sensibilité des données médicales, OpenAI indique avoir déployé une architecture spécifique. ChatGPT Health fonctionne comme un silo isolé du reste de la plateforme, avec des couches supplémentaires de chiffrement et une promesse forte : les conversations au sein de cet espace ne servent pas à entraîner les modèles d’intelligence artificielle de l’entreprise.
Les utilisateurs conservent le contrôle sur leurs connexions et peuvent révoquer l’accès aux différentes sources à tout moment. L’authentification multi-facteurs est encouragée pour sécuriser davantage les comptes. Selon OpenAI, toutes les applications tierces disponibles ont dû passer des audits de sécurité stricts avant d’être intégrées.
Plus de 260 médecins mobilisés
Pour affiner son outil, OpenAI affirme avoir collaboré avec plus de 260 médecins issus d’une soixantaine de pays et de nombreuses spécialités. Ces praticiens ont fourni des retours sur les réponses du modèle des centaines de milliers de fois, permettant de cadrer l’assistant sur des usages considérés comme utiles et relativement sûrs : pédagogie, préparation de consultations, explication de trajectoires de soins ou décryptage des options d’assurance santé.
Les cas d’usage visés couvrent la compréhension de symptômes fréquents, l’analyse de tendances de bien-être à partir des données connectées, ou encore les compromis entre différentes options d’assurance en fonction des habitudes de soins observées.
Avec cette offensive, OpenAI se positionne frontalement sur un marché de la santé numérique déjà encombré, où se croisent géants de la tech, plateformes de télé-médecine et assureurs.
Le mur européen du RGPD
L’exclusion de l’Europe du lancement de ChatGPT Health révèle un gouffre réglementaire difficile à combler. Autrement dit, impossible en l’état de franchir le mur du Règlement général sur la protection des données (RGPD) qui classe les informations de santé parmi les données les plus sensibles et impose des obligations drastiques.
Le contexte n’arrange rien : ChatGPT (standard) fait déjà l’objet de plaintes persistantes en Europe pour non-conformité au RGPD. Les CNIL française et italienne, ainsi que le Contrôleur européen de la protection des données, pointent l’absence de base légale claire pour le traitement des données, leur utilisation pour l’entraînement des modèles, et les difficultés à exercer les droits de rectification et d’oubli.
Même l’offre Enterprise, qui bénéficie d’un hébergement européen depuis 2025, n’échappe pas aux enquêtes sur les lacunes en matière de transparence et de minimisation des données.
Pour ChatGPT Health, les obstacles sont encore plus élevés. Les protections techniques mises en place par OpenAI – isolement des données, chiffrement renforcé, non-utilisation pour l’entraînement – sont certes louables, mais insuffisantes au regard du RGPD. L’entreprise devrait notamment fournir un consentement granulaire valide, signer des accords de sous-traitance (DPA) avec ses partenaires comme b.well, réaliser une évaluation d’impact sur la vie privée pour chaque type de données sensibles, et surtout héberger les informations sur le sol européen pour éviter les transferts extra-communautaires.
L’absence de Privacy Shield valide entre l’Union européenne et les États-Unis complique encore la donne. Sans certification RGPD explicite ni adaptation aux clauses contractuelles types ou au EU-US Data Privacy Framework, toute utilisation du service par des résidents européens exposerait OpenAI à des sanctions potentiellement lourdes.
Les alternatives européennes en embuscade
Cette impasse réglementaire ouvre un boulevard aux acteurs européens. Des solutions basées sur des modèles comme Mistral, hébergées dans l’UE et certifiées RGPD, existent déjà pour les professionnels de santé. Elles garantissent la souveraineté des données et évitent les transferts outre-Atlantique, arguments de poids pour les établissements de santé et les autorités sanitaires.
OpenAI pourrait théoriquement adapter ChatGPT Health pour l’Europe via un hébergement local et une architecture similaire à celle de son offre Enterprise, mais aucun calendrier d’adaptation pour les marchés européens n’est annoncé.
La conjonction du RGPD et du récent AI Act européen, qui impose des règles strictes sur les systèmes d’IA à haut risque dans le domaine de la santé, pourrait exiger une validation réglementaire longue et complexe avant tout déploiement.
Reste à savoir si OpenAI acceptera de jouer selon les règles européennes ou si l’entreprise préférera se concentrer sur des marchés moins contraignant. Pour les 450 millions d’Européens, l’attente pourrait durer.