(VA) La majorité municipale veut fermer définitivement le « Passage Jehanne de Flandre » sur la Place d’Armes
(Visuel fermeture côté Place d’Armes)
Histoire d’un passage pas comme les autres « Place d’Armes-Rue Vieille Poissonnerie »
Pour bien comprendre le sujet de cette servitude sous la résidence Jehanne de Flandre, il faut remonter l’horloge et les aiguille du temps. En effet, la reconstruction de la ville de Valenciennes suite à la seconde guerre mondiale, mais surtout la réparation d’un incendie ravageur dans le centre-ville en 1940 a généré de nombreux plans de reconstruction. En 1943, le Marechal Pétain valide le projet d’Albert Laprade, architecte parisien bâtisseur du Palais de la Porte Dorée à Paris, afin de reconstruire le centre de Valenciennes. Ainsi de 1943 à 1959, le plan de reconstruction de la ville centre se déploie avec ses îlots et une signature si particulière, des passages sous habitation dans quasi chaque îlot urbain. Le plus célèbre est celui sous l’immeuble Jeanne de Flandre reliant l’ancienne rue Vieille Poissonnerie et la Place d’Armes, un lien urbain charismatique du centre-ville. Baptisé « Passage de la Paix » pendant des décennies, mais aujourd’hui passage « Jehanne de Flandre », cette artère simple n’est pas seulement un passage, c’est un pan de l’histoire urbaine locale et son utilité au bénéfice du commerce de proximité n’était pas à prouver. C’était réfléchi, bien pensé et faisait face à cette façade de l’Hôtel de Ville, aujourd’hui sublimée, dont le parrain est le Général de Gaulle en 1959.
Chemin faisant, les fameux « Grands travaux » de la ville de Valenciennes, entre 2003 et 2006, tramway traversant la commune et 80% des voiries, en surface et en sous-sol, rénovées ont donné une nouvelle fonction à ce passage emblématique. En effet, les constructeurs de la Galerie « Centre Place d’Armes » ont parfaitement mentionné l’existence de cette ouverture entre la Place d’Armes et la rue Vieille Poissonnerie comme un vecteur d’affluence supplémentaire pour leur installation. Bien sûr, l’arrivée spectaculaire en juin 2006 de la ligne de tramway « Transvilles » et son arrêt « Hôtel de Ville » avait mis à l’époque tout le monde d’accord. C’est pourquoi, la ville de Valenciennes a rapidement encadré l’usage de cette servitude à travers une convention (04 mai 2006) de mise à disposition de ce passage dans le cadre de ce flux d’usagers du tramway vers la Place d’Armes…. En clair, il fallait surtout se mettre à l’abri d’une décision de la copropriété contraire à l’existence de cette servitude et sa fonction nouvelle. Preuve faite de son utilité… il y a presque 20 ans.
Ensuite, la crise des commerçants de proximité entre 2015 et 2017 avec un nombre de cellules abyssal sur la ville-centre a plongé la rue Vieille Poissonnerie dans une insécurité grandissante. A tel point que l’arrêt « Hôtel de Ville » a été zappé temporairement en 2017 https://www.va-infos.fr/2017/06/01/tramway-ne-sarrete-plus-provisoirement-a-station-hotel-de-ville-a-valenciennes-video/
Puis, la mise en oeuvre du CRAC à destination d’une reprise en main du commerce de proximité, par la CCI Grand Hainaut et la ville de Valenciennes au sein d’une foncière commune, a permis une remontée spectaculaire à Valenciennes, sauf que l’après Covid a remodifié la donne dans le mauvais sens. A ce stade, le nombre de cellules vacantes sur une Place centrale d’une ville de 43 000 habitants frise l’indécence là où une liste d’attente d’investisseurs devrait quasiment être sur les écrans de chaque agent immobilier… de Valenciennes.
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Le fil de la polémique…
Pour couronner le tout, les polémiques se succèdent, la voiture LAPI pour la verbalisation, le stationnement, la fameuse pietonnisation de la Place d’Armes avec ses fervents partisans et ses chauds détracteurs, et pour achever la bête commerçante, cette condamnation du passage « Jehanne de Flandre » envisagée par le maire de Valenciennes et sa majorité.
Chronologiquement, au printemps 2024, la copropriété « Jehanne de Flandre » décide de réaliser des travaux et ferme provisoirement ledit passage. De fait, sur cet axe urbain, la nuit est peu sécuritaire, voire zone de deal pour la drogue et de squat. Que fait la municipalité pour traiter cette insécurité, la police municipale, les caméras de vidéo surveillance, servent-ils à ce besoin de sécurisation d’un passage, jugé essentiel pour certains, d’une rue commerçante à une place centrale ?
A la fin des travaux en novembre 2024, la mairie lance un arrêté le 02 décembre 2024 pour maintenir la fermeture de cette servitude. L’argument avancé par la municipalité -c’est une volonté des copropriétaires, sauf qu’un document CR CS 07.02.2025 Point Bardage.pdf prouve le contraire. En effet, un vote du conseil syndical de la résidence « Jehanne de Flandre » du 07 février 2025 entérine le souhait d’une réouverture du passage en question.
Point important, un vote intervenant après une rencontre avec des techniciens de la ville de Valenciennes le 28 janvier 2025 sans aucun élus comme si ces derniers n’assumaient pas leur décision politique… dans la ville. Autre argumentation avancée par la mairie, cette fermeture est souhaitée par les commerçants des rues concernées..sauf que « c’est encore faux, comme pour les copropriétaires, un collectif de 11 commerçants/artisans de la Place d’Armes et de la rue Vieille Poissonnerie ne veut pas de cette fermeture. D’ailleurs, d’autres professionnels s’ajoutent à ce collectif comme la Friterie Meunier, la Micaline, la nouvelle salle de sport dans l’ex cinéma, potentiellement Foot Looker, etc., pour éviter cette fermeture. M. Beaudoin, le patron du Boston, Place d’Armes, avec son fils a une expérience de plus de 30 ans, sur Valenciennes, Lille, et d’autres communes. Il est catégoriquement contre cette fermeture », explique Romain Avot, le patron de la brasserie Le Président sur la place centrale de Valenciennes.
Tout aussi remonté contre cette volonté municipale, Pascal Zago, le propriétaire de l’enseigne Waffle sur la Place d’Armes, s’exprime, car « la baisse de chiffre d’affaire est avérée chez les commerçants de la Place d’Armes et de la rue Vieille Poissonnerie. On parle de moins 10 à moins 20%, voire plus chez les commerçants de bouche. C’est logique, les chalands choisissent le chemin le plus court, il zappe la Place d’Armes et ne vont pas plus consommer dans la rue Vieille Poissonnerie. C’est pourquoi, nous avons décidé d’engager une procédure amiable en premier lieu », déclare Pascal Zago. Selon ce collectif voire d’autres professionnels agrégés à cette cause, personne ne gagne in fine, ni le commerce de proximité, ni la tranquillité publique devant être assurée par les forces de l’ordre municipale et nationale, et ces fameuses caméras en centre-ville.
En conséquence, ce collectif a déposé un recours gracieux le 31 janvier 2025, enregistré par la ville (Recours Gracieux contre Mairie Vals 20250131.pdf). La ville avait donc deux mois pour répondre, mais elle a choisi une voie plus brutale via un vote au sein du Conseil municipal pour une fermeture définitive. Cette proposition dans l’hémicycle municipal pose plusieurs argument pour étayer sa proposition. « Pendant cette période (de fermeture), il a pu être constaté une baisse des situations de tension… Elle ne nuit pas à la facilité de circulation… et ne déplace pas les phénomènes d’insécurité en d’autres points de la rue Vieille Poissonnerie… et au regard des risques d’atteinte à la sécurité publique induits par l’ouverture au public de ce passage, etc. »
« C’est très bien vendu, mais depuis quand une palissade stoppe la délinquance ! », Romain Avot
Concrètement, la lecture stricto sensu de cette délibération laisserait presque entendre que l’insécurité était légère après cette fermeture, alors que la ville de Valenciennes figure dans un cercle très restreint des communes, de même strate, les plus déficientes en terme d’atteinte aux biens et aux personnes, passage ou pas. « C’est très bien vendu, mais depuis quand une palissade stoppe la délinquance ! Que fait la Police Municipale ou la vidéo surveillance pour réduire l’insécurité à Valenciennes ? Autant fermer toute la Place d’Armes et tuer économiquement les commerces et là, il y aura d’autres problèmes. Les copropriétaires témoignent également, il n’y a pas moins de squat, mais des conditions d’hygiène désastreuses, présence d’excrément, un urinoir sur la palissade. Cette décision va donc encore aggraver la situation du commerce dans le centre de Valenciennes », ajoute Romain Avot.
En prenant un peu de hauteur, ce nouveau dossier n’est pas le pire, ni le plus impactant, ni le plus essentiel pour l’activité économique à Valenciennes, mais il a le profil type de la tension de trop comme si on poussait le commerçant/artisan, jonglant avec les crises, dans le précipice. Vous pouvez analyser toutes les crises locales et nationales, il y a toujours un élément déclencheur ; il pourrait que cette délibération de ce 05 mars 2025 sanctuarise une crise bien plus profonde à Valenciennes. Certains diront que la situation est revenue avant 1989 et l’arrivée salvatrice de Jean-Louis Borloo, car des boulevards rénovés et de nouveaux équipements ne font pas tout. C’est comme le sentiment d’insécurité bien plus fort que l’insécurité elle-même, et en l’espèce le sentiment d’abandon du commerce de proximité est incommensurable à Valenciennes. Cela fait peur aux investisseurs, aux commerçants/artisans de proximité, et même au réseau bancaire, car à part la Caisse d’Epargne Grand Hainaut, les banques traditionnelles ne veulent même plus prêter pour un emplacement dans le centre de Valenciennes… sauf fonds propres illimités !
Dans cette optique, une réunion des commerçants de la rue Vieille Poissonnerie et de la Place d’Armes est prévue ce mardi 04 mars 2025 pour échanger sur cette initiative de la mairie de Valenciennes.
Daniel Carlier
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