32) De René Girard à l'hypnomachie : Du conflit mimétique a la logique sacrificielle - YouTube
Voici une autre vidéo de Bascar qui est un fondement de sa pensées, soit la pensée de René Girard et le conflit mémétique. Le fait que souvent les fondements sont basés sur un sacrifice.
Bascar prône une logique non sacrificielle.
https://www.youtube.com/watch?v=YVm3_kmOI80
J'aimerai que tu me fasse un article à propos de ce sujet, qui retranscrit le plus fidèlement possible les propos de Bascar dans cette vidéo.
Bascar utilise souvent un vocabulaire qui n'est pas très courant. J'espère que la transcription sera possible. Notamment pour le mot "Amphibologie" Si possible en fin de l'article j'aimerai un glossaire des mots compliqué, autant ceux de Bascar que ceux des différents courants juifs évoqués dans cette vidéo.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Ren%C3%A9_Girard
Voici l'article retranscrivant fidèlement les propos de Bascar dans sa vidéo sur René Girard et la théorie mimétique :
René Girard et la Logique Non Sacrificielle
D'après l'analyse de Bascar (Hypnomachie)
Introduction : Une Vidéo Fondamentale
Cette vidéo, que Bascar qualifie lui-même de « spéciale », s'adresse à deux publics : ceux qui découvrent sa chaîne et les concepts de René Girard, et ceux qui, bien que familiers avec ces idées, ressentent une impression d'inachèvement. Il s'agit d'établir « un socle commun » pour comprendre les fondements de son travail, avant de ne plus parler de Girard « pendant au moins plusieurs vidéos ».^1
Le propos central est clair : expliquer pourquoi tant de personnes « ne bitent absolument rien » de ce qu'il dit dans les commentaires. La réponse réside dans la compréhension de la théorie mimétique et de la distinction entre logique sacrificielle et non-sacrificielle.^1
I. Le Désir Mimétique : Fondement de la Théorie
La Genèse du Désir
René Girard propose une théorie révolutionnaire du désir humain. Selon lui, l'enfant naît sans désir particulier. Il possède des besoins biologiques évidents (chaleur, nourriture, soif, contact physique), mais pas de désir au sens propre.^2^1
Le désir apparaît par la médiation d'un tiers. C'est en observant un autre individu désirer quelque chose que l'enfant découvre que cet objet est désirable. Bascar illustre : « C'est en passant par un autre, par une altérité qui elle-même va désirer, que l'individu va se dire 'ah mince, je désire aussi' ».^2
Le Triangle du Désir
Contrairement à la conception classique linéaire (sujet → objet), Girard propose un triangle du désir :^3^2
MÉDIATEUR/MODÈLE
/ \
/ \
SUJET → OBJET
Le désir ne va pas directement du sujet à l'objet. Il passe par l'imitation du désir d'autrui. C'est ce qu'on appelle la mimésis : nous sommes des « êtres d'imitation », comme le démontrent aujourd'hui les découvertes sur les neurones miroirs.^1
II. Du Désir au Conflit : La Rivalité Mimétique
Le Conflit Inévitable
Dès que deux individus désirent la même chose, un conflit mimétique émerge. Il n'y a pas forcément assez de ressources pour tous, ce qui déclenche une « véritable bataille de doubles », une rivalité entre individus ayant le même désir.^5
Bascar note que cette rivalité mimétique entre « jumeaux » est insupportable. D'où le jeu enfantin consistant à répéter exactement ce que dit l'autre : « c'est une façon de jouer, de remettre en scène le conflit mimétique primordial, mais c'est un jeu, donc comme tous les jeux d'enfants, c'est une façon de diffuser son angoisse ».^1
Exemples Historiques
L'anecdote du Liechtenstein et d'Haïti (1936) est révélatrice : lors des Jeux olympiques, les deux délégations découvrent qu'elles ont exactement le même drapeau. Cette situation était « insupportable ». En 1937, le Liechtenstein ajoute une couronne pour sortir de ce conflit mimétique.^1
Autre exemple mythologique : Romulus et Remus. Romulus tue son frère, accomplissant ainsi « le geste militaire par excellence » (défendre la cité), « le geste législateur » (définir les frontières) et le sacrifice fondateur. Rome ne peut blâmer Romulus : il est le fondateur.^1
III. Le Meurtre Fondateur et la Naissance du Sacré
La Logique Sacrificielle
Dans les sociétés traditionnelles, tout repose sur la réciprocité pour survivre face à une nature hostile. Mais si un membre du clan en tue un autre par désir mimétique, celui qui assiste au meurtre pourrait tuer le meurtrier, qui serait tué à son tour, déclenchant une vendetta infinie menant à la désintégration du groupe.^5
Pour arrêter cette spirale, il faut un point final : le meurtre fondateur. Ce meurtre final devient la base de la socio-culture. Girard démontre qu'il retrouve ce schéma dans toutes les civilisations : Grèce, Japon, Indonésie, Amazonie. Sa thèse est scientifiquement réfutable : il suffirait de trouver une seule ethnie qui ne serait pas basée sur ce conflit mimétique pour l'invalider.^5
Les Espaces de Respiration Épistémologique
Les êtres humains sont « très forts pour se raconter des histoires », produisant des narrations différentes face à un même fait. Ces narrations entrent en conflit sur la base de « quelle est la partie du réel qu'on a sacrifiée ».^1
Bascar pose alors la question fondamentale : toute relation d'altérité ne se base-t-elle pas sur un fond culturel lui-même basé sur un meurtre fondateur ? Dit autrement : en grattant toute relation avec autrui, ne continue-t-on pas à propager des schémas basés sur un meurtre physique ou symbolique d'un pan de la réalité ?^1
IV. Le Bouc Émissaire : Mécanisme Régulateur de la Violence
Caractéristiques du Bouc Émissaire
Le bouc émissaire est l'individu chargé de tous les malheurs de la communauté. Pour être désigné, il doit posséder une caractéristique paradoxale : il doit appartenir au groupe tout en étant suffisamment différent. Il peut être malade, difforme, étranger, « nimporte quoi, mais il faut qu'il ait quelque chose qui soit à la fois comme nous tous, de sorte qu'on puisse le reconnaître comme membre du groupe, mais quand même suffisamment différent pour que ce soit comme une évidence que s'il y a quelqu'un qui est quand même un peu pas comme nous, c'est lui ».^5
Le Sacrifice Doit Être Inconscient
Point crucial : le choix du bouc émissaire doit se faire sous le seuil de conscience. Si le meurtre fondateur est conscient, les différents individus se reconnaissent tous comme meurtriers, ce qui n'annule pas la violence. Le mécanisme ne fonctionne que s'il est refoulé, dénié, créant l'illusion collective d'être « non-violents » et « en sécurité ensemble », alors qu'en réalité « nous sommes tous des meurtriers ».^5
Étymologie et Prise de Conscience
Le terme français « bouc émissaire » apparaît à la fin du XVIe siècle, précisément quand on a arrêté de brûler des femmes pour sorcellerie. Bascar souligne l'importance de cette coïncidence : « Le fait que le terme arrive nous a permis de penser la chose. C'est là le contrôle de la langue et des cerveaux par la sémantique ».^1
Créer un mot, c'est s'autoriser à penser ce que le langage ne permettait pas auparavant. Tous les systèmes totalitaires cherchent à contrôler la langue en créant des mots ou en créant des « connotations émotionnelles négatives » pour contrôler la pensée.^1
Quand les humains du Moyen Âge ont commencé à prendre conscience qu'ils créaient des boucs émissaires en brûlant les sorcières, ils ont pu créer le mot, puis penser le phénomène, puis commencer à fonctionner autrement. La logique du bouc émissaire n'a pas disparu au XVIe siècle, mais elle a « considérablement diminué », ouvrant la voie aux Lumières.^1
V. Les Rituels : Échos du Meurtre Primordial
Tous les Rituels Reproduisent le Sacrifice
Bascar insiste : absolument tous les rituels ne sont que des « émanations », des « reflets », des « échos » du meurtre ritualisé primordial.^1
L'exemple le plus simple : dire « bonjour ». Ce rituel signifie « je ne vais pas te tuer ». En disant bonjour, « je m'identifie comme individu qui ne va pas... je rejoue et remets en scène avec vous » le fait de ne pas commettre le meurtre. Tous les rituels fonctionnent ainsi.^1
Le Piège de l'Augmentation des Doses
Bascar établit un parallèle puissant entre plusieurs phénomènes : les TOC (troubles obsessionnels compulsifs), la drogue et les rituels magiques.^1
Quand une stratégie est inefficace pour résoudre la peur, que fait-on ? On « augmente les doses ». Plus de rituels, plus complexes, plus fréquents. C'est exactement la logique de la personne qui souffre de TOC : au début, un petit rituel apaise l'angoisse, puis il faut l'intensifier constamment.^1
C'est aussi la logique de la drogue : au début, un peu suffit, puis il faut augmenter les doses. Bascar pose le diagnostic : « Dès que vous devez rentrer dans cette logique d'augmenter les doses, ça veut dire que votre stratégie ne fonctionne pas ». C'est ce que l'école de Palo Alto appelle « faire plus de la même chose ».^1
La Drogue et le Meurtre Fondateur
Du point de vue de la théorie mimétique, que cherchent les gens dans la drogue ? « Une intensité de l'expérience », qui est en fait « l'intensité ressentie par les fondateurs lors du meurtre primordial ». Au moment de tuer, on se sent « totalement vivants » et dans une « profonde sécurité ». Les drogues recherchent « les ombres de cette expérience primordiale ».^1
VI. Les Neurosciences et le Sacrifice
Les Rose Chip Neurons
Bascar évoque une découverte neuroscientifique récente : les « rose chip neurons » (neurones inhibiteurs). Ces neurones, qu'on ne retrouve pas chez les grands singes ou les dauphins, ont pour fonction d'inhiber de larges réseaux neuronaux.^1
La question posée est vertigineuse : « Est-ce qu'une des choses qui a permis l'émergence des civilisations humaines [...] est-ce que ça n'est pas justement cette capacité humaine à inhiber, à sacrifier, exclure tout un pan du réel ? »^1
Le meurtre fondateur, premier symbole d'un système de représentations culturelles, permettrait la transition du biologique au culturel, du « memétique ». Comment passe-t-on de l'essence à la culture ? « Grâce à ce symbole ».^1
VII. Le Christianisme comme Révélation du Mécanisme
Une Rupture Fondamentale
Girard propose « une espèce de christianisme réactualisé ». Avant lui, le christianisme était perçu depuis les Lumières comme « quelque chose qui était uniquement pré-rationnel, plafond ». Girard offre une vision rationnelle du christianisme, scientifique, pouvant être réfutée.^1
Sur cette base, il propose « une réunification du conflit mimétique rationnel » et une vision trans-rationnelle de la chrétienté. Bascar trouve « extrêmement intressant de sortir du conflit mimétique entre la science et la religion ».^1
Le Péché Originel Réinterprété
Le péché originel, selon Girard, c'est ce meurtre fondateur. Mais attention : ce n'est pas un appel à la culpabilité. Ce serait « typiquement une réaction très pré-rationnelle ». C'est simplement « une invitation à mettre de la conscience », à être conscient de la logique sacrificielle, « et pourquoi pas d'en sortir ».^1
La Conversion selon Girard
La conversion, c'est « le fait de reconnaître en soi le conflit mimétique ». Ce n'est pas une affaire de croyance aveugle, mais de prise de conscience.^1
Girard définit la propagande ainsi : « Tout le monde persécute tout en se proclamant ouvertement hostile à la persécution ». C'est exactement le mécanisme inconscient du bouc émissaire.^1
VIII. Vers une Logique Non Sacrificielle
L'Expérience Clinique de Bascar
Bascar fait un constat fort, issu de sa pratique : « Je n'ai jamais vu un seul être humain qui me regardait droit dans les yeux et me dire 'si, je veux du sacrifice' ».^1
Il a vu des êtres humains qui avaient peur, qui ne savaient pas comment faire, « mais par contre, dès qu'on leur montrait qu'il y avait une autre voie, une autre alternative, ils y allaient, soulagés de pouvoir sortir de cette voie ».^1
Les Conditions de Sortie
Sortir de la logique sacrificielle demande « du courage », une « paire de couilles », une « paire de verres ». Cela demande de « regarder en face sa propre violence, la violence du monde », et d'essayer « lucidement et humblement » de faire la différence.^1
Le piège principal : essayer de se créer un nouvel idéal du moi « unifié et dé-rat » (dé-rationalisé). « C'est ok, c'est ok, on a des traumatismes, on a une histoire de vie, ça nous a split [dissocié], ça nous a traumatisés parce qu'on s'est dissocié, on s'est mis en transe de dissociation, mais en fait on peut être unifié avec sa tranche de dissociation ».^1
Il ne s'agit pas d'essayer de « résorber » la dissociation, « parce que là on est encore dans le faire ». Il s'agit d'une « certaine réceptivité », d'accepter « ce qui est », sans jugement de valeur (mieux/moins bien).^1
Critique des Méthodes Modernes
Bascar est catégorique : on ne peut pas sortir de la dissociation, de la logique sacrificielle, avec des méthodes comme l'hypnose ou la PNL.^1
Pourquoi ? Parce que toutes ces méthodes reposent sur l'idéal du moi : « devenir une meilleure version de vous-même », définir des objectifs. À court terme, ça peut faire du bien « comme un rituel peut faire du bien à très court terme », mais « au bout d'un moment, il faut augmenter les doses, et à terme, c'est une voie sans issue ».^1
On ne peut pas dépasser un certain niveau de conscience avec ces méthodes. Elles peuvent être une « béquille », tout comme l'alcool après une rupture, « mais vous rendez-vous compte de la qualité de la béquille ? »^1
La Franc-Maçonnerie : Rituel et Fragmentation
Bascar dénonce la franc-maçonnerie comme exemple type de logique sacrificielle. Les francs-maçons pratiquent des « rituels, des rituels, des rituels par-dessus des rituels, et encore des rituels derrière ».^1
Dès l'initiation, on demande aux nouveaux membres de prêter serment : « Si jamais vous révélez les secrets de l'ordre, vous consentez à ce qu'on vous coupe la gorge [...] à avoir la langue arrachée et la gorge coupée ».^1
C'est « une aliénation de l'individu de sa propre pulsion de vie ». Dès le départ, « on se coupe de soi, on accepte de rentrer en transe, on n'est pas un être humain rassemblé, unifié, mais dès le départ on coupe en deux ». Le symbole du yin-yang avec le blanc et le noir illustre cette logique : « tout est fait pour couper, pour splitter, pour... on est dans le diable, on est dans la dualité ».^1
L'Hypnose : Ontologiquement Sacrificielle
Bascar affirme que « l'hypnose est ontologiquement sacrificielle et qu'on pouvait faire autrement ». Le problème n'est pas la magie en tant que pratique ésotérique, mais le fait qu'elle soit pré-rationnelle, qu'elle nie l'altérité en créant systématiquement une dualité (Belzébuth/le diable vs. le bien).^1
« Dès que vous êtes dans un truc avec une dualité, vous avez forcément un sacrifice ».^1
IX. Dialectique vs. Trialectique
Le Piège de la Pensée Dualiste
Bascar a eu des « problèmes » au bac parce qu'il faisait de la trialectique là où on demandait de la dialectique (thèse/antithèse/synthèse).^1
Le modèle dialectique hégélien reste enfermé dans la dualité : oui/non, bien/mal, pour/contre. C'est un modèle « un peu stérile », conditionné par les « fameux plans dialectiques de la philosophie ».^1
La Pensée Trialectique
La trialectique, c'est « une manière de déconstruire », « une forme de déconstruction, mais pas au sens postmoderne uniquement ». On utilise le trilème d'Agrippa pour « pousser notre investigation », voir « ce qu'il y a derrière les concepts ».^1
Résultat : « Il n'y a rien derrière les concepts, par définition, il n'y a que du vent derrière les concepts, puisqu'en fait tous les concepts sont des manières de parler, qui sont des façons de parler sur les façons d'exprimer quelque chose. Et si on reste bloqué sur le doigt, on perd la lune ».^1
L'Exemple du "Soi"
Bascar prend l'exemple philosophique classique : « La conscience de soi suppose-t-elle autrui ? »
En trialectique, on répond : « Mais la différence entre soi et autrui ne sont que des façons de parler. En réalité, il n'y a pas de soi, il n'y a pas d'autrui, en réalité il y a une monade ». La problématique « s'évapore d'elle-même », la réponse est dans la question elle-même.^1
Un autre exemple : l'égoïsme. Fred Ben Ari disait : « Ne pas penser à soi, c'est ça être égoïste ». Où s'arrête l'égoïsme ? « Ça s'arrête là où on croit au soi », car « le soi, c'est juste un modèle, ce n'est qu'une façon de parler ».^1
X. Les Objections à Girard
1. « Ça Marche Trop Bien Partout »
Bascar qualifie cet argument d'« hallucinant ». Personne ne dit jamais : « La gravité marche partout sur le globe, alors bon, c'est quand même suspect, ça veut dire qu'elle est sûrement falsifiée ».^1
Le propre d'une bonne théorie, c'est qu'elle marche bien, « a priori un peu partout ». « 2+2=4 sur les cinq continents, et pourtant on n'est pas en train de se dire 'waouh, c'est vraiment louche' ». Cet argument est une « rationalisation de personnes qui avaient envie de remettre en selle un contenu mimétique avec Girard, qui voulaient s'opposer pour s'opposer ».^1
2. « C'est Controversé »
Bascar répond : « Tu m'étonnes, vu le pavé dans la mare que représente la théorie mimétique ! » C'est normal que ça crée des résistances, « vu que c'est quand même regarder tous nos automatismes dans ce qu'ils ont de plus grégaire et de moins extraordinaire ».^1
La vraie question : pourquoi ça freine ? Est-ce que les objections sont rationnelles (système 2), ou seulement émotionnelles (système 1) ? Bascar n'a eu « silence radio total » au niveau des arguments rationnels.^1
Girard lui-même disait que « les gens ne comprennent pas sa théorie, ou alors parfois il y a des gens qui comprennent intellectuellement mais qui peinent à lâcher prise ». Pourquoi ? Parce qu'ils sont « identifiés à leur stratégie mimétique », et lâcher prise les mettrait « directement dans leur vide de même ».^1
3. « Mélange Foi et Science »
Objection fréquente : Girard mélangerait religion et science. Mais Bascar rappelle que ce n'est pas parce qu'il était croyant qu'il a étudié ça, mais parce qu'il a étudié ça qu'il s'est reconverti. Il a grandi en milieu catholique, a abandonné sa foi, puis est revenu par ses recherches.^1
Et « quand bien même il le ferait, on s'en fout, si ça lui permet de proposer un savoir réfutable et qu'on peut remettre en question scientifiquement ».^1
La réponse de Girard est « extrêmement élégante » : « Ou alors on considère que la religion n'est rien au sens des Lumières, que ce sont des espèces de délires pré-rationnels, superstition, et c'est vrai qu'aujourd'hui on a fait mieux, ou alors on considère qu'elle est à la base de tout. Si elle n'est rien, comment expliquer son absolue omniprésence dans l'histoire de l'humanité ? »^1
Bascar ajoute que les zones cérébrales activées par la croyance religieuse pré-rationnelle et par la croyance en la science sont « relativement proches », et beaucoup plus éloignées de la configuration cérébrale de l'individu « qui se pose avec lui-même dans son vide de lui-même, de sorte à ressentir sa plénitude et son ignorance ».^1
4. « Comment Ça a Commencé ? »
L'objection : si chaque désir naît d'un conflit avec le désir d'un autre, « comment est-ce que tout ça a commencé ? » C'est l'œuf et la poule.^1
Bascar trouve cet argument « extrêmement faible ». La théorie mimétique parle du désir, pas des besoins. Parmi les besoins de base (boire, manger, chaleur), on peut « avoir besoin de manger objectivement » et « avoir le désir de manger ». C'est un continuum, pas deux catégories séparées.^1
Cet argument ne tient que si « on croit que la carte est le territoire et que besoins et désirs sont deux catégories ontologiques essentialisées ». On est « encore dans des gens qui regardent le doigt au lieu de regarder la lune ».^1
XI. L'Évolution de Girard
Du Oui au Doute
Bascar observe un changement chez Girard : « Lorsqu'il avait une quarantaine d'années, il était plutôt pour le fait qu'on puisse sortir [de la logique sacrificielle], et puis à la fin de sa vie, il avait beaucoup plus de doutes ».^1
Deux hypothèses pour expliquer ce changement :
- Manque de moyens techniques : Girard ne connaissait probablement pas la « théorie des niveaux de réalité ». Les stratégies non-sacrificielles ne sont accessibles que dans « des niveaux de réalité extrêmement complexes », touchés du doigt par « très peu de personnes sur la planète » (1-2%, ponctuellement). Sans moyens techniques concrets pour transmettre ces stratégies, il est normal qu'il ait commencé à douter.^1
- Passage yang → yin : Au début de la vie, on est dans une « énergie yang », montante, « plein d'énergie, on a envie d'avoir des objectifs, d'accomplir des trucs ». En vieillissant, on prend conscience de son impuissance, de ses limites, et on passe vers « une forme d'écoute, de réception ».^1
Bascar conclut : « Je crois qu'au final ça nous renseigne plus sur René Girard lui-même que sur la possibilité que nous avons de sortir de la logique sacrificielle ».^1
Une Foi Humble
Malgré ce doute final de Girard, Bascar maintient sa position : « Ça invite à une forme d'humilité profonde [...] et ça invite à une forme de foi, mais une foi humble, pas une foi aveugle, pas une foi pleine de certitudes alors qu'on n'en a pas fait l'expérience soi-même ».^1
Ce qu'il « croit savoir pour l'avoir expérimenté de façon vraiment redondante », c'est « qu'il est possible d'avoir des relations non-sacrificielles », et qu'« il est possible de mettre en place des apprentissages de stratégies », comme la Communication Non Violente (CNV).^1
XII. Au-Delà du Mental
La CNV : Une Porte d'Entrée Insuffisante
La Communication Non Violente (girafe vs. chacal) est « une bonne première approche ». Mais elle reste souvent sacrificielle : en coupant le monde en deux (girafe/chacal), on « recrée un conflit mimétique ».^1
Même quand la CNV évolue (« un chacal, c'est simplement une girafe qui a un petit défaut d'élocution »), on reste dans le jugement (« défaut »). Cependant, si elle est « bien intégrée », elle peut « ouvrir ce que j'appellerai une transe vers la non-sacrificialité ». Elle prépare « le cerveau, le système nerveux, un terrain, un terreau fertile pour des approches réellement non-sacrificielles ».^1
Le Piège du « Oui Mais »
Le « oui mais » est « un énorme piège qui bloque quasiment toute chance de faire ce type de travail ». Quand on dit « oui mais », « le cerveau n'est pas dans une configuration qui permet à une logique non-sacrificielle de pouvoir avoir lieu ».^1
Le « oui mais », c'est « recréer rituellement cette exclusion symbolique fondamentale », « ritualiser sa communication avec l'autre sur base sacrificielle ». C'est une variante du « rac temps » (réaction automatique).^1
Le Système 1 vs. le Système 2
Bascar est clair : « Vous pensez bien qu'on ne fait pas de logique non-sacrificielle avec le système 1 ». La logique non-sacrificielle est « tellement complexe qu'elle demande d'utiliser aux êtres humains leur plein potentiel, les couches cérébrales qui les séparent justement des mammifères ».^1
Certains disent : « Oui mais, quand tu fais ça, tu recrées un conflit mimétique avec les mammifères non... » Bascar répond : « Justement, c'est bel et bien ce week-end, je fais référence. C'est pas possible, c'est passé à côté du message. C'est clair qu'avant d'entendre ce message, il faut déjà créer un cerveau qui est en capacité, en condition de pouvoir l'entendre, et ça, c'est déjà un énorme travail ».^1
La Peur Gégaire Fondamentale
Toutes les peurs psychologiques proviennent « essentiellement de la peur de la violence mimétique, de la peur de la violence des autres ». On peut distinguer deux types de peur :^1
- Peur physique : peur du prédateur, des forces de la nature. Elle est « dans l'ordre des choses », hors sujet.^1
- Peur psychologique : peur de la violence mimétique potentielle des autres membres de la communauté.^1
Cette peur crée les tabous (mot polynésien désignant le flux menstruel). C'est une « double contrainte fondatrice de toute culture » : « J'ai peur de la violence mimétique, donc je me groupe avec les autres » pour me protéger, mais c'est précisément ce regroupement qui crée la violence.^1
Cette double contrainte est prétendument « résolue » par le mécanisme du bouc émissaire, « alors qu'en fait ça ne résout rien ». C'est « un des plus gros mensonges fondamentaux ». Comme disait Gurdjieff : « La psychologie, c'est l'étude des mensonges de l'homme ».^1
XIII. L'Arbre de la Connaissance du Bien et du Mal
Une Invitation à Ne Pas Juger
Bascar souligne qu'on parle souvent de l'« arbre de la connaissance », mais c'est une simplification. Le texte biblique dit : « l'arbre de la connaissance du bien et du mal ».^1
Ce n'est donc pas une interdiction de connaître, mais une invitation à ne pas juger le monde en termes de bien et de mal. Cela rejoint d'autres passages : « Ne juge pas », « Ne perdre est rejet ». C'est une invitation à « se libérer du limbique ».^1
Lucifer : Porteur de Lumière
Lucifer est souvent présenté comme « le porteur de lumière, celui qui amène la connaissance mentale ». On serait « encore dans une dualité entre le limbique et le mental ».^1
Bascar propose une autre lecture : Lucifer est « le porteur de lumière de celui qui apporte la pensée qui est suffisante pour cesser de penser ». Cela rejoint le zen, le taoïsme, les traditions orientales : « Le but de la pensée, c'est de ne plus penser ».^1
À ce stade, « il n'y a plus de dualité entre le blanc, le noir, la lumière, l'ombre, entre Dieu et Lucifer. On est au-delà de ce clivage pré-rationnel ».^1
L'Étoile de David et l'Hermétisme
Le symbole de l'étoile de David ou certains principes hermétiques (« ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ») expriment cette idée : « Il n'y a pas de mieux, il n'y a pas de moins bien, c'est l'art de la connaissance du bien et du mal, c'est justement reposer la pomme ».^1
« C'est ce qui est », point. « Ce que sinon, on est en enfer ». Si on est dans cette comparaison, « on est en enfer ». Le mot « enfer » vient de inferno, « ce qui est en dessous ». C'est « d'arrêter de mettre des choses au-dessus et des choses en dessous ».^1
Bascar précise : « Je ne suis pas en train de dire qu'on n'a pas le droit d'avoir des échelles de valeur. Les échelles de valeur, c'est très bien, c'est ce qui crée de la valeur et qui va créer de la dualité. Bon, c'est ok. On peut être unifié avec sa division ».^1
XIV. Citations Fondamentales de Girard
Bascar termine en partageant des citations de Girard qui résument l'enjeu :
« Aucune démarche seulement intellectuelle, aucune expérience de type philosophique ne pourra jamais procurer à un individu la moindre victoire sur le désir mimétique et la passion victimaire. Il ne se produit que des déplacements et des phénomènes de substitution. »^1
C'est le déplacement de symptômes en psychologie. Girard insiste sur « le caractère illusoire du fait de vaincre le désir mimétique ». Bascar reconnaît : « Il est tout à fait possible que je sois totalement perdu dans cette illusion grandiloquente [...] ou alors peut-être que tout ceci ne sont que des narrations ».^1
Mais lorsqu'on reconnaît la présence du conflit mimétique en nous et dans le monde, et qu'on soupèse « tout ce que cela implique au niveau psychologique, au niveau sociétal », voici ce qui se produit, selon Girard :
« Le mensonge fait place à la vérité, l'angoisse au souvenir, l'agitation au repos, la haine fait place à l'amour, l'humiliation fait place à l'humilité, le désir selon l'autre fait place au désir selon soi [...] et la transcendance déviée fait place à la transcendance verticale. »^1
Conclusion : Une Pratique Non Sacrificielle
Bascar conclut que la théorie de Girard n'est pas qu'un système intellectuel, c'est « une pratique qui se transmet », une pratique « non sacrificielle des textes », qui « par définition veut réconcilier la science et la mystique ».^1
Il espère que cette vidéo permettra d'établir un socle commun, même s'il sait qu'il continuera à voir dans les commentaires des personnes qui « réintroduisent de la mimesis dans les rapports humains », qui utilisent le « oui mais », qui restent dans l'opposition dualiste plutôt que de demander : « Comment est-ce qu'on pourrait faire ensemble pour que ça coexiste ? »^1
Pas un seul commentateur, dit-il, ne lui a demandé : « Dans quelle mesure ce que tu dis est compatible avec ce que je pense ? » Car « si vous comprenez mon travail, en fait ce que je dis n'est incompatible avec absolument rien de ce que vous pensez ».^1
C'est une invitation à dépasser le mental, à sortir de la dialectique pour entrer dans la trialectique, à reconnaître en soi le conflit mimétique, et à avoir le courage d'explorer une logique non sacrificielle, même si cela demande de « regarder en face sa propre violence, la violence du monde ».^1
Glossaire des Termes Complexes
Vocabulaire de Bascar \& Philosophie
Amphibologie (ou amphibologie)
Figure de rhétorique désignant une phrase ou un discours qui présente un double sens, une ambiguïté structurelle. Bascar l'utilise pour qualifier son travail qui peut être entendu sur plusieurs plans simultanés (psychologique, théologique, anthropologique, politique) et qui joue sur l'ambiguïté pour révéler des vérités cachées.^1
Dialectique
Méthode de pensée héritée de Hegel, structurée en thèse/antithèse/synthèse. Elle fonctionne par opposition binaire (oui/non, pour/contre). Bascar la juge insuffisante car elle maintient la dualité et la logique sacrificielle.^1
Trialectique
Méthode de pensée proposée par Bascar qui va au-delà de la dialectique. Elle déconstruit les concepts en montrant qu'il n'y a « que du vent » derrière eux, que ce sont « des façons de parler » et non des réalités ontologiques. Elle utilise le trilème d'Agrippa pour pousser l'investigation jusqu'à ce que « la problématique s'évapore d'elle-même ».^1
Trilème d'Agrippa
Problème philosophique soulevé par Agrippa le Sceptique : toute justification d'une croyance mène soit à une régression infinie, soit à un raisonnement circulaire, soit à un arrêt arbitraire. Utilisé en trialectique pour montrer que les concepts n'ont pas de fondement ultime.^1
Système 1 / Système 2
Distinction issue de la psychologie cognitive (Daniel Kahneman) :
- Système 1 : Pensée rapide, automatique, émotionnelle, limbique. Fonctionne par agréable/désagréable.^1
- Système 2 : Pensée lente, réflexive, rationnelle, néocorticale. Nécessaire pour comprendre la logique non-sacrificielle.^1
Pré-rationnel / Rationnel / Trans-rationnel
Trois niveaux de pensée :
- Pré-rationnel : Pensée magique, superstitieuse, émotionnelle, qui précède la raison.
- Rationnel : Pensée logique, scientifique, analytique.
- Trans-rationnel : Pensée qui dépasse la raison sans la nier, qui intègre l'intuition, la mystique, sans tomber dans le pré-rationnel. C'est le niveau où se situe la logique non-sacrificielle.^1
Limbique
Système cérébral des émotions et des réflexes de survie. Fonctionne en binaire (agréable/désagréable, ami/ennemi). Il déteste la solitude car, évolutivement, solitude = danger.^1
Néocortex
Partie la plus récente du cerveau humain, siège de la pensée abstraite, de la planification, du langage complexe. Nécessaire pour accéder à la logique non-sacrificielle.^1
Rose Chip Neurons
Neurones inhibiteurs spécifiques aux humains (absents chez les grands singes et dauphins). Ils inhibent de larges réseaux neuronaux. Bascar suggère que cette capacité d'inhibition (de sacrifice d'un pan du réel) pourrait avoir permis l'émergence des civilisations humaines.^1
Fortclusion (ou forclusion)
Terme lacanien désignant le mécanisme spécifique de la psychose : le rejet primordial d'un signifiant maître (comme le Nom-du-Père) hors de l'univers symbolique du sujet.^1
Idéal du moi
Concept psychanalytique désignant l'image idéale que le sujet voudrait atteindre. Bascar critique toutes les méthodes de développement personnel (PNL, hypnose, coaching) qui reposent sur cet idéal (« devenir une meilleure version de soi »), car elles sont intrinsèquement sacrificielles.^1
Sfumato
Terme pictural italien désignant une technique de contours flous (utilisée notamment par Léonard de Vinci). Bascar l'emploie pour critiquer le « flou » de Lacan, qui masquerait l'absence du Père dans sa théorie.^1
Concepts de René Girard
Mimésis (ou mimesis)
Du grec mimēsis, « imitation ». Désigne la dimension imitative fondamentale de l'être humain. Chez Girard, ce n'est pas une simple copie, mais l'imitation du désir de l'autre.^3^1
Désir mimétique
Concept central de Girard : le désir humain n'est pas spontané ni linéaire (sujet → objet), mais triangulaire (sujet → médiateur → objet). On désire ce que l'autre désire, parce qu'il le désire.^2^1
Conflit mimétique (ou rivalité mimétique)
Lorsque deux individus désirent le même objet par imitation réciproque, ils entrent en conflit. Plus ils se ressemblent (jumeaux mimétiques), plus le conflit est intense et insupportable.^5
Meurtre fondateur
Selon Girard, toute culture humaine repose sur un meurtre originel qui met fin à la spirale de violence mimétique. Ce meurtre, en étant sacralisé et refoulé, devient le socle de l'ordre social, des mythes et des rituels.^5
Bouc émissaire
Victime désignée (souvent marginale : étranger, malade, difforme) sur laquelle la communauté projette tous ses maux. Son sacrifice (réel ou symbolique) transforme la violence de « tous contre tous » en « tous contre un », restaurant la paix sociale.^6^1
Violence fondatrice
La violence collective originelle qui fonde la société en éliminant un bouc émissaire. Cette violence est ensuite sacralisée et ritualisée.^5
Le sacré
Pour Girard, « le sacré, c'est la violence ». Le sacré naît de la violence fondatrice refoulée. Tous les rituels religieux sont des réactualisations symboliques du meurtre fondateur.^7^1
Rituel sacrificiel
Répétition symbolique du meurtre fondateur. En sacrifiant une victime (animale ou humaine selon les cultures), la communauté croit apaiser les tensions et prévenir le retour de la crise mimétique.^5
Logique sacrificielle
Toute structure sociale, psychologique ou cognitive qui fonctionne par exclusion, inhibition ou sacrifice d'un élément pour maintenir l'ordre ou l'identité. C'est le mode de fonctionnement « par défaut » de l'humanité selon Girard et Bascar.^1
Logique non sacrificielle
Paradigme que Bascar défend : une manière d'être au monde qui n'exclut, ne nie, ne sacrifie aucun pan de la réalité. Elle nécessite un niveau de conscience élevé et ne peut être atteinte par des méthodes basées sur l'idéal du moi.^1
Conversion (sens girardien)
Reconnaissance consciente du mécanisme du désir mimétique en soi. Ce n'est pas une conversion religieuse au sens classique, mais une prise de conscience de sa propre violence et de sa participation à la logique sacrificielle.^1
Vendetta
Cycle de vengeance infini où chaque meurtre appelle un meurtre en représailles. Dans les sociétés primitives sans justice institutionnelle, la vendetta mène à la destruction du groupe, d'où la nécessité du bouc émissaire pour l'arrêter.^5
Triangle du désir
Schéma géométrique représentant la structure du désir mimétique : le sujet (A) désire l'objet (C) parce que le médiateur/modèle (B) le désire. Le désir ne va jamais directement de A à C, il passe toujours par B.^4^2
Autres Concepts
TOC (Troubles Obsessionnels Compulsifs)
Pathologie caractérisée par des rituels répétitifs censés apaiser l'angoisse. Bascar y voit une illustration de la logique sacrificielle : plus le rituel est inefficace, plus on « augmente les doses », sans jamais résoudre la peur sous-jacente.^1
CNV (Communication Non Violente)
Méthode de communication développée par Marshall Rosenberg, utilisant les métaphores de la « girafe » (communication empathique) et du « chacal » (communication violente). Bascar la considère comme une bonne introduction, mais encore sacrificielle dans sa structure binaire.^1
Tabou
Mot d'origine polynésienne désignant initialement le flux menstruel. Désigne tout ce qui est interdit, sacralisé, intouchable dans une culture. Pour Bascar, les tabous naissent de la peur de la violence mimétique.^1
Double contrainte (ou double bind)
Concept de Gregory Bateson : situation où un individu reçoit deux injonctions contradictoires qu'il ne peut ni satisfaire ni fuir. Bascar identifie une double contrainte fondatrice : « J'ai peur de la violence des autres, donc je me groupe avec eux », alors que c'est précisément le groupe qui génère la violence mimétique.^1
Aversion à la perte
Biais cognitif (étudié par Daniel Kahneman) : nous détestons perdre quelque chose que nous possédons plus que nous n'aimons gagner quelque chose de valeur équivalente. Cela explique pourquoi les rituels persistent même quand ils sont inefficaces : on a trop « investi » pour les abandonner.^1
Dissonance cognitive
État psychologique inconfortable lorsque nos actions contredisent nos croyances. Face à l'inefficacité d'un rituel, plutôt que de l'abandonner (ce qui créerait une dissonance), on « augmente les doses » en se persuadant qu'il fonctionne.^1
Pensée autovalidante (ou prophétie autoréalisatrice)
Logique circulaire typique de la pensée magique : « C'est justement parce que le rituel n'a aucune efficacité qu'il est efficace ». Toute issue confirme la croyance initiale.^1
Biais de confirmation
Tendance à rechercher, interpréter et privilégier les informations qui confirment nos croyances préexistantes. Bascar identifie ce biais chez ceux qui pratiquent des rituels magiques ou ésotériques malgré leur inefficacité.^1
Cloisonnement (ou compartementalisation)
Mécanisme de défense psychologique où l'on sépare mentalement des idées contradictoires pour éviter la dissonance. Typique des sociétés secrètes (franc-maçonnerie) : « Si on ne vous le dit pas, c'est que vous n'avez pas le droit de le connaître ».^1
Splitting (ou clivage)
Mécanisme de défense consistant à diviser la réalité en catégories absolues (bon/mauvais, pur/impur). Bascar voit le symbole du yin-yang maçonnique comme illustration de ce clivage.^1
Bibliographie Recommandée par Bascar
« Les Origines de la Culture » - René Girard
Ouvrage conseillé en fin de vidéo. Bascar le trouve « rafraîchissant » par rapport aux autres livres de Girard, qui ont tendance à se répéter. Ce livre aborde :
- Les thèses de Merlin Donald sur le fait que le mythe précède le langage^1
- Les nuances entre imitation, duplication et mimésis
- Une critique de Bruno Latour, qui n'aurait pas compris Girard « au-delà d'un certain point » car il reste dans une « grille trans-rationnelle sacrificielle » alors que Girard propose une « grille trans-rationnelle non-sacrificielle »^1
Note finale : Bascar insiste sur le fait que cette théorie n'est pas qu'intellectuelle. C'est une invitation à l'expérience, à observer en soi le « maître intérieur », à reconnaître les mécanismes mimétiques dans sa propre vie, et à explorer, avec « une infinie douceur, une infinie humanité », la possibilité d'une existence non sacrificielle.^1
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