10 chiffres sur le déploiement de l’IA chez France Travail
Dix ans déjà que « La bonne alternance » a émergé chez France Travail, dans la lignée de « La bonne boîte ».
Ces services font chacun intervenir un algorithme qui analyse les recrutements passés pour prédire ceux à venir. Ils ont fait partie des premiers cas d’usage de l’IA au sein de l’établissement public.
Depuis, deux programmes se sont organisés. D’abord, « Intelligence emploi », mis en œuvre en 2019 et 2022. Il a permis la constitution d’une plate-forme technologique sur base open source et d’une équipe au sein de la DSI. Ensuite, « Data IA », engagé depuis 2024. Il est motivé par l’IA générative, le renforcement du pilotage de la donnée et l’élargissement des missions de France Travail avec la loi plein emploi.
La Cour des comptes s’est intéressée au déploiement de l’IA par l’agence d’emploi publique sur la période 2017-2025. Voici quelques éléments tirés de son rapport.
87 cas d’usage
La Cour des comptes a relevé 87 cas d’usage déployés ou testés sur la période en question.
Parmi eux, 27 sont utilisés à grande échelle. 16 sont en test. 25 sont en cours de conception. 17 ont été abandonnés au stade du test ou après déploiement. Plusieurs sont les variantes d’un même outil. Notamment de ChatFT (chatbot généraliste).
L’essentiel de ces 87 cas d’usage – 61, dont 26 déployés – ont pour seuls bénéficiaires directs les agents de France Travail. L’illustration, selon la Cour des comptes, d’une volonté de développer d’abord une culture de l’IA en interne.
Les principaux cas d’usage dont les demandeurs d’emploi sont bénéficiaires directs visent à :
- Faciliter le remplissage du profil dans l’espace personnel
- Suggérer des métiers en fonction des compétences
- Lire automatiquement les documents téléchargés et extraire des informations
Ces cas d’usage présentent des résultats plutôt positifs. Parmi eux, l’analyse automatique des CV, qu’utilisent 75 % des demandeurs d’emploi.
Des 6 cas d’usage bénéficiant directement aux entreprises, 3 ont été abandonnés en 2017. L’un touchait à l’analyse prédictive de l’attractivité des offres d’emploi.
Les deux seuls actuellement déployés consistent à :
- Prévoir le délai de pourvoi d’une offre à 30 jours (peu utilisé)
- Présenter, sur un site public, des données générales sur l’emploi à l’échelon territorial (peu de valeur ajoutée dans les projets de recrutement)
9 % d’utilisateurs quotidiens de l’IA
L’effectif de France Travail avoisine 54 000 agents.
Sur 34 945 ayant répondu à une enquête interne menée en mars 2025, 9 % ont déclaré utiliser chaque jour l’IA mise à leur disposition. 18 % ont affirmé s’en servir plusieurs fois par semaine. 39 % ont dit ne pas y recourir.
ChatFT est accessible à tout le personnel depuis novembre 2024. À fin juin 2025, 37 600 agents l’avaient utilisé au moins une fois. Ce mois-là, 17 400 s’en étaient servis au moins trois journées distinctes.
Sur la fin de la phase de test, une étude interne sur environ 700 conversations avait révélé que l’usage principal consistait à formuler des réponses à des e-mails (51 % des conversations), loin devant la recherche d’informations générales (10 %).
108 millions d’euros de coûts
En retenant une estimation basse des coûts de développement, France Travail a mobilisé 93 M€ pour l’IA entre 2017 et 2024.
| Période | Montant des dépenses |
| Avant 2018 | 3 M€ |
| Intelligence emploi 2018-2022 | 64 M€ |
| Data IA 2019-2022 | 9 M€ |
| Data IA 2023-2024 | 16 M€ |
| Autres dépenses non rattachées | 1 M€ |
Les « autres dépenses non rattachées » correspondent aux budgets pour une application « Reconnaissance des émotions ».
On en arrive aux 93 M€ sus évoqués. En y ajoutant le budget prévisionnel de 15 M€ pour 2025, le coût total du développement de l’IA sur la période considérée s’élève à 108 M€. La Cour des comptes compare ce montant aux 66 M€ que le ministère de l’Économie et des Finances a engagés sur 2015-2023 et explique la différence par un plus grand nombre de relations directes avec les usagers.
120 M€ de gains d’efficience
On atteint ce montant en retenant une estimation haute des gains réalisés depuis 2017. Cela inclut trois gains directs attendus :
- Cas d’usage du programme « Intelligence emploi » : 205 ETP par an à partir de 2023
- Service « Upload simplifié » (reconnaissance de documents) : 350 ETP/an à partir de 2024
- Service MatchFT (préqualification de profils par échange de SMS avec une IA) : 100 ETP en 2025
Soit, sur l’ensemble de la période étudiée, un total de 1415 ETP, que la Cour des comptes estime valorisables à 85 M€.
Les gains « indirects » liés à une charge de travail évitée par les conseillers seraient de 375 ETP. D’un côté, pour l’analyse automatique de CV, 27 ETP e 2023 et 48 par an à partir de 2024. De l’autre, 84 ETP par an à partir de 2023 pour le service « Lego », qui identifie les offres d’emploi illégales et empêche leur diffusion. L’ensemble serait valorisable à 23 M€.
Il faut y ajouter les coûts évités du fait du remplacement de logiciels par certains cas d’usage. En première ligne, la reconnaissance automatique de documents avec « Upload simplifié ».
14,4 M€ de dépassement pour « Intelligence emploi »
Le budget prévu pour ce programme était de 49,5 M€.
Le budget exécuté s’est élevé à 63,9 M€ (29 M€ de masse salariale, 33,9 M€ de dépenses de fonctionnement et 1 M€ de dépenses d’investissement).
France Travail justifie ce dépassement par l’allongement de 10 mois de la durée du projet, essentiellement en raison :
- De la crise Covid
- Du développement de cas d’usage initialement non prévus (Lego, analyse des CV, aide à la recherche d’info sur les sites de Pôle emploi…)
- De la comptabilisation de dépenses liées aux capacités techniques communes à d’autres développements de solutions d’IA non intégrées au programme
Dès janvier 2020, donc avant l’épisode Covid, la Dinum avait alerté quant au montant de dépenses de prestations intellectuelles envisagé (22,7 M€). Elle l’avait jugé « surdimensionné pour une démarche exploratoire dont le retour sur investissement n’est pas garanti ».
Les prestations extérieurs ont, en définitive, coûté 33,9 M€.
La Dinum avait aussi anticipé, à raison, le potentiel incertain d’appropriation, par les conseillers, du cas d’usage « Gestion automatisée des mails et assistant virtuel ». Pôle emploi avait refusé d’y mettre un terme, au motif que des gains d’efficience et de satisfaction pourraient être constatés à court terme.
205 ETP gagnés avec « Intelligence emploi »
En 2018, Pôle emploi prévoyait un gain annuel de 164 ETP à l’horizon 2022 (87 grâce à « Contact via mail » et 77 par l’utilisation d’un chatbot).
Le gain a finalement atteint 205 ETP (107 grâce à « Contact via mail », le reste via Lego). Objectif dépassé, donc ; mais qui, a posteriori, apparaît peu ambitieux. La Cour des comptes en veut pour preuve le ROI significativement plus faible que pour une sélection de projets IA du ministère de l’Économie et des Finances.
Ces gains ne se sont pas traduits par une réduction nette des effectifs, mais par des « redéploiements intra-postes ».
De 18 à 4 mois pour déployer un cas d’usage
Avant le premier programme, il fallait 18 mois pour déployer un cas d’usage. Il en faut maintenant 4. En parallèle, le recours à des intervenants extérieurs est passé de 60 % des prestations globales sur 2019-2020 à 40 % sur 2021-2022.
Des six cas d’usage principaux réalisés sur la durée du programme « Intelligence emploi », trois étaient consacrés essentiellement à faciliter le travail des conseillers. Un déséquilibre entre les publics ciblés qui allait s’accentuer avec le programme « Data IA ».
Avant le lancement du programme « Intelligence emploi », France Travail avait détecté plus de 80 cas d’usage potentiels. 90 % se sont révélés inadéquats. Essentiellement du fait de difficultés au niveau de la data ou de l’intégration au SI, ou à cause d’une surestimation de la valeur.
30 minutes de moins pour remplir un profil
Les cas d’usage mis en place lors du premier programme ont entraîné des gains d’efficience assez limités. Quelques minutes par jour pour la gestion des e-mails, par exemple.
La valeur ajoutée réside surtout dans le service rendu. L’analyse automatique du CV réduit ainsi de 45 à 15 minutes le temps nécessaire au demandeur d’emploi pour remplir son profil de compétences.
779 ETP à libérer sur 2025-2027
Le travail de transformation engagé pour répondre à l’élargissement des missions de France Travail est formalisé dans un programme, prolongé dans un plan d’efficience sur 3 ans (2025-2027).
Aux dernières nouvelles, ce plan vise à dégager un gain équivalant au minimum à 3192 ETP. L’IA doit y concourir à hauteur de 779 ETP.
En avril 2025, il était question de 822, dont 78 % provenant de trois cas d’usage :
- Aide rédactionnelle via ChatFT (226 ETP)
- Préparation d’entretiens via Néo, moteur de recherche d’infos dans les dossiers des demandeurs d’emploi (241 ETP)
- Alimentation plus facile de la GED via Panoptes (157 ETP), dont « Upload simplifié » est la déclinaison sur le site Internet de France Travail (en agence, cela s’appelle « Scanner », la version proposée aux services de l’État se nommant « Scanlab »)
Une analyse éthique pour 18 cas d’usage
Le respect des engagements pris dans la charte éthique publiée en avril 2022 n’est pas garanti, note la Cour des comptes. Seuls 18 cas d’usage ont fait l’objet d’un début d’analyse éthique formalisé.
Le recours à l’IA s’inscrit dans un contexte de numérisation de la relation avec France Travail. Entre 2017 et 2024, le nombre de visites annuelles en agence a chuté de 42 %. Tandis que le volume d’e-mails a augmenté de 72 %.
Illustration générée par IA
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