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Pourquoi Nvidia multiplie ses investissements en Europe dans l’IA

L’accélération est spectaculaire. Nvidia a intensifié ses investissements dans les jeunes pousses européennes de l’IA, participant à 14 tours de financement en 2025 ( sur un total de 86), selon la plateforme Dealroom. Un doublement par rapport aux sept opérations de 2024, et une progression fulgurante quand on sait que le fabricant de puces n’avait réalisé aucun investissement sur le continent en 2020 et 2021.

Cette offensive européenne de Jensen Huang s’inscrit dans une stratégie mondiale d’envergure. pour tisser des liens étroits avec les sociétés les plus prometteuses du secteur, en leur apportant non seulement des capitaux, mais aussi une expertise technique et un accès privilégié à sa chaîne d’approvisionnement.

Des montants records déployés

Parmi les opérations les plus marquantes figure le troisième investissement de Nvidia dans le français Mistral AI, qui a levé 1,7 milliard € en septembre 2025, atteignant une valorisation de 11,7 milliards €.

Autre investissement majeur, les 500 millions de livres sterling dans Nscale, annoncé en septembre par Jensen Huang lui-même. Cette startup britannique, qui développe des centres de données et fournit des services de cloud computing pour l’IA, a rapidement bouclé deux tours de financement successifs fin septembre et début octobre, avec Nvidia à chaque fois au capital.

Le géant américain a également soutenu le laboratoire allemand Black Forest Labs en décembre, participant à une levée de 300 millions $ qui a propulsé la valorisation de cette société spécialisée dans les modèles d’IA pour le contenu visuel à 3,25 milliards $. Nvidia était aussi de la partie lors de la levée de fonds de Lovable, une startup travaillant sur le « vibe coding », valorisée à 6,6 milliards $

Autre pari relevé : celui sur Quantinuum, une entreprise d’informatique quantique qui a levé des fonds en septembre avec le soutien de Nvidia, atteignant une valorisation de 10 milliards $. Ces capitaux doivent financer le développement du système quantique de nouvelle génération Helios.

L’Europe, terre d’opportunités pour l’IA physique

Cette tendance s’est poursuivie en 2026. La startup britannique Synthesia a ainsi annoncé la participation de Nvidia à son dernier tour de table.

Pour Jensen Huang, qui s’exprimait récemment au Forum économique mondial de Davos, l’Europe dispose d’atouts considérables dans la robotique et l’intelligence artificielle physique. L’Europe possède une base industrielle et manufacturière particulièrement solide, qu’elle peut désormais fusionner avec l’IA pour se positionner sur ce marché émergent. Cette combinaison permettrait même à l’Europe de rattraper son retard dans le domaine logiciel, dominé par les États-Unis.

Reste un défi majeur : l’énergie. Jensen Huang a martelé ce point à Davos : pour que l’écosystème de l’IA puisse se développer pleinement en Europe, le continent doit résoudre la question de son approvisionnement énergétique. Avec des coûts parmi les plus élevés au monde, l’Europe peine à attirer les investissements massifs nécessaires au déploiement des infrastructures d’IA. Un constat partagé par Satya Nadella, le patron de Microsoft, qui juge que les coûts énergétiques seront déterminants dans la course mondiale à l’IA.

Un écosystème en pleine ébullition

Au-delà de l’Europe, Nvidia s’impose comme le faiseur de rois de l’IA. Les hyperscalers se précipitent pour construire leurs capacités et le groupe dispose de liquidités considérables à déployer. Jensen Huang parle du démarrage du plus grand déploiement d’infrastructures de l’histoire de l’humanité.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. L’année 2025 a enregistré l’un des plus hauts niveaux d’investissement en capital-risque jamais atteints, avec plus de 100 milliards $ déployés dans le monde, essentiellement vers des startups natives de l’IA. Ces entreprises opèrent dans la santé, la robotique, l’industrie manufacturière et les services financiers, des secteurs où les modèles d’IA sont désormais suffisamment matures pour permettre le développement d’applications concrètes.

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Les principaux investissements de Nvidia en Europe en 2025

Startup Pays Secteur Montant levé Valorisation Date
Mistral AI France Modèles de langage IA open source 1,7 Md€ 11,7 Md€ Sept. 2025
Nscale Royaume-Uni Centres de données / Cloud IA 500 M£ N.C. Sept. 2025
Black Forest Labs Allemagne Modèles IA pour contenu visuel 300 M$ 3,25 Md$ Déc. 2025
Lovable N.C. « Vibe coding » N.C. 6,6 Md$ 2025
Quantinuum N.C. Informatique quantique N.C. 10 Md$ Sept. 2025
Note : Sur les 86 levées de fonds mondiales auxquelles Nvidia a participé en 2025, 14 concernaient des startups européennes, contre 7 en 2024.

 

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Cyberattaques : les entreprises françaises mieux armées mais toujours sous pression

40% des entreprises interrogées ont subi au moins une cyberattaque significative en 2025, selon les chiffres de la 11ème édition du baromètre CESIN (Club des Experts de la Sécurité de l’Information et du Numérique) réalisé avec OpinionWay.

Un chiffre qui pourrait sembler rassurant au premier abord, puisqu’il s’inscrit dans une tendance baissière observée depuis plusieurs années. Mais les 397 directeurs cybersécurité et responsables de la sécurité des systèmes d’information (RSSI) interrogés sont formels : cette diminution ne signifie pas que la menace recule mais plutôt d’une amélioration progressive des capacités de détection et de prévention.

Car lorsqu’une attaque réussit à franchir les défenses, les dégâts sont considérables. 80% des entreprises victimes signalent un impact sur leur activité, qu’il s’agisse de perturbations de production, de pertes d’image ou de vol de données, cette dernière conséquence demeurant la plus fréquente.

La géopolitique s’invite dans les stratégies cyber

Plus d’une entreprise sur deux constate une augmentation de la menace d’origine étatique. Dans un contexte international tendu, le cyberespionnage est désormais perçu comme un risque élevé par 40% des répondants, quelle que soit leur taille.

Cette prise de conscience se traduit par un intérêt croissant pour la souveraineté numérique. Plus d’une entreprise sur deux se déclare concernée par ces questions et par le cloud de confiance, une hausse significative par rapport à l’année précédente.

Le baromètre révèle toutefois un paradoxe : pour les RSSI, la souveraineté ne se limite pas à la nationalité des outils utilisés. Elle réside avant tout dans la capacité à maîtriser les dépendances, à négocier les contrats et à auditer les fournisseurs. Les principaux risques liés au cloud sont d’ailleurs identifiés comme juridiques et contractuels, avec des clauses difficilement négociables, des lois extraterritoriales et un manque de maîtrise de la chaîne de sous-traitance.

Le maillon faible des fournisseurs

Un tiers des entreprises estime que plus de la moitié de leurs incidents de cybersécurité proviennent de tiers. Les failles chez les fournisseurs, prestataires ou partenaires deviennent un vecteur majeur de compromission. Face à ce constat, les organisations renforcent leurs dispositifs : 85% intègrent des clauses de sécurité dans leurs contrats et 74% utilisent des questionnaires de sécurité. Le cyber-rating, outil d’évaluation des tiers, progresse également et est désormais utilisé par près de la moitié des entreprises.

Des techniques d’attaque éprouvées qui évoluent

Les vecteurs d’attaque dominants restent inchangés, mais se structurent et se spécialisent. Le phishing, sous toutes ses formes, demeure le principal point d’entrée des cyberattaques significatives dans 55% des incidents.

Viennent ensuite l’exploitation de failles de sécurité (41%) et les attaques indirectes via des tiers (35%). Les attaques par déni de service distribué touchent 21% des organisations victimes et s’inscrivent de plus en plus dans des stratégies hybrides.

Parmi les vecteurs émergents, l’arnaque utilisant des technologies de deepfake reste encore minoritaire, mais illustre une évolution préoccupante des attaques d’ingénierie sociale, rendues plus crédibles par l’intelligence artificielle.

Des défenses renforcées mais des failles persistantes

Les entreprises progressent nettement dans la maîtrise de leurs actifs numériques. 81% d’entre elles estiment disposer d’une vision complète de leurs actifs, tandis que 92% ont identifié ou sont en cours d’identification de leurs actifs critiques. Dans les environnements cloud, la proportion d’organisations déclarant une mauvaise visibilité recule à 31%.

Les solutions de détection et réponse sur les terminaux (EDR) demeurent massivement déployées et bénéficient d’un très haut niveau de confiance, avec 95% d’efficacité perçue.

L’authentification multifacteurs ( MFA) s’impose comme un standard. Les approches Zero Trust progressent également, adoptées par 31% des entreprises, tandis que 26% disposent d’un centre d’opérations de gestion des vulnérabilités. Mais des fragilités persistent, notamment dans la gestion des accès à privilèges des administrateurs et des sous-traitants, ainsi que dans la sécurisation d’environnements toujours plus hybrides.

L’intelligence artificielle, nouvelle surface d’attaque

L’utilisation par les salariés de services d’IA non approuvés, le « shadow IA », est identifiée comme le comportement numérique le plus risqué. 66% des entreprises le jugent à risque élevé ou très élevé. Plus largement, 60% considèrent l’usage massif de services cloud ou de logiciels non approuvés comme un facteur de risque important.

Si l’exploitation directe de l’IA comme vecteur d’attaque reste marginale, citée par seulement 3% des entreprises victimes, elle apparaît déjà dans des incidents significatifs. Les premiers malwares capables d’adapter leur comportement en temps réel ou de réécrire partiellement leur logique pour échapper à la détection font leur apparition.

La pression réglementaire s’intensifie

85 % des entreprises déclarent être impactées par au moins une réglementation cyber. La directive européenne NIS2 s’impose comme le cadre le plus structurant, citée par 59% des organisations, devant DORA (32%) et le Cyber Resilience Act (30%).

Une maturité qui s’installe

En 2025, 92% des organisations positionnent le risque cyber dans leur top 5 des risques, et près de deux tiers le placent dans le top 3, dont 16% comme risque numéro un. La cybersécurité fait désormais l’objet d’un suivi régulier en comité de direction.

Sur le plan budgétaire, le baromètre note un léger infléchissement. La part des entreprises consacrant 5% ou plus de leur budget informatique à la cybersécurité recule à 42%, contre 48% l’an dernier. Cette baisse ne traduit pas un désengagement mais plutôt une phase de consolidation et d’optimisation après plusieurs années d’investissements soutenus.

Du côté des compétences, 85% des entreprises estiment que leurs collaborateurs sont sensibilisés aux risques cyber. Mais le baromètre souligne l’atteinte d’un plafond de verre en matière de sensibilisation, face à des usages numériques toujours plus complexes.

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DSA : Bruxelles ouvre une enquête sur X, Grok et ses deepfakes

Après des semaines de polémique sur la capacité de Grok à générer des deepfakes sexualisés de femmes et d’enfants, la Commission européenne ouvre une procédure d’infraction au titre du Digital Services Act (DSA).Entrée en vigueur en 2023, cette loi impose aux grandes plateformes des obligations strictes en matière de lutte contre les contenus illégaux et la désinformation.

L’enquête va examiner si X a correctement évalué et atténué les risques liés au déploiement de Grok dans l’Union européenne, notamment ceux concernant la dissémination d’images sexuelles manipulées, y compris des contenus susceptibles de constituer du matériel pédopornographique, selon la Commission.

« Les deepfakes sexuels non consentis de femmes et d’enfants constituent une forme violente et inacceptable de dégradation », a déclaré la commissaire européenne chargée de la tech, Henna Virkkunen. Et d’ajouter que l’investigation déterminera si X a respecté ses obligations légales ou si la plateforme a traité les droits des citoyens européens comme des  « dommages collatéraux de son service ».

Le scandale a éclaté après que des utilisateurs de plusieurs pays ont signalé que le chatbot de xAI générait et diffusait des images sexualisées sur le réseau social X ainsi que sur l’application Grok. Face à la controverse, xAI a restreint l’usage de Grok aux abonnés payants et affirme avoir mis en place des mesures technologiques pour limiter la génération de certaines images sexualisées.

Une pression réglementaire mondiale

L’Union européenne n’est pas seule à réagir. Le régulateur britannique des médias Ofcom a ouvert sa propre enquête sur Grok au titre de l’Online Safety Act, tandis que la Malaisie et l’Indonésie ont purement et simplement banni le chatbot. La France et l’Inde ont également dénoncé la création illégale d’images sexualisées sans consentement.

Dans un communiqué du 14 janvier, X a indiqué que xAI avait restreint l’édition d’images pour les utilisateurs de Grok et bloqué, selon leur localisation, la génération d’images de personnes en tenues légères dans les juridictions où cela est illégal, sans préciser lesquelles.

Mais pour Bruxelles, ces ajustements ne suffisent pas. Un haut responsable de la Commission a expliqué aux journalistes que l’exécutif européen avait des raisons de croire que X n’avait pas procédé à une évaluation ad hoc avant de déployer les fonctionnalités de Grok en Europe.

Extension de l’enquête aux systèmes de recommandation

En parallèle, la Commission a élargi une procédure ouverte en décembre 2023 pour déterminer si X a correctement évalué et atténué tous les risques systémiques liés à ses systèmes de recommandation, notamment l’impact du passage récemment annoncé à un système basé sur Grok.

Les régulateurs ont prévenu que X pourrait faire l’objet de mesures provisoires en l’absence d’ajustements significatifs de son service. En cas de violation avérée du DSA, la plateforme s’expose à des amendes pouvant atteindre 6% de son chiffre d’affaires mondial annuel, compris entre 2 et 3 milliards $, selon les estimations.

Un nouveau clash avec Washington ?

Cette investigation intervient dans un contexte de tensions croissantes entre Bruxelles et l’administration Trump au sujet de la régulation des grandes plateformes technologiques américaines. En décembre dernier, la Commission avait infligé une amende de 120 millions € à X pour manquement à ses obligations de transparence, notamment concernant son système de certification par badge bleu, l’accès aux données pour les chercheurs et son registre publicitaire.

X n’a pas immédiatement répondu aux demandes de commentaires sur cette nouvelle enquête. La plateforme avait précédemment déclaré qu’elle retirait les contenus illégaux, y compris le matériel pédopornographique, suspendait les comptes concernés et coopérait avec les forces de l’ordre si nécessaire. « Nous restons déterminés à faire de X une plateforme sûre pour tous et continuons à avoir une tolérance zéro pour toute forme d’exploitation sexuelle d’enfants, de nudité non consentie et de contenu sexuel non désiré », avait indiqué la plateforme.

La Commission irlandaise des médias, coordinateur national des services numériques dans le pays d’établissement de X au sein de l’UE, sera associée à cette investigation conformément au DSA. L’ouverture d’une procédure formelle ne préjuge pas de son issue, mais elle confère à la Commission des pouvoirs d’enquête élargis, notamment la possibilité de mener des inspections, des auditions et d’adopter une décision de non-conformité.

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