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IA : la Chine rattrape son « retard » selon le patron de Google DeepMind

Dans une interview accordée à CNBC, Demis Hassabis, cofondateur et PDG de Google DeepMind, fraîchement auréolé du prix Nobel de Chimie, bouscule quelques certitudes partagées aux États-Unis sur la rivalité avec la Chine dans le domaine de l’IA.

«Je pense que l’opinion générale aux États-Unis a été un peu complaisante », déclare-t-il. L’avance occidentale ne se compterait plus en années, mais seulement en quelques mois, peut-être six à neuf mois sur certains aspects techniques.

Le patron de DeepMind cite notamment les performances récentes d’entreprises comme Alibaba, Moonshot AI ou DeepSeek pour étayer son constat. Selon lui, la Chine dispose d’une capacité d’ingénierie de classe mondiale, avec une efficacité remarquable pour optimiser les architectures existantes. Les restrictions américaines sur l’exportation des puces Nvidia, loin de paralyser les acteurs chinois, les auraient même poussés à être plus créatifs avec des ressources limitées.

L’innovation de rupture, ligne de démarcation

Cependant, il établit une distinction cruciale entre rattraper et innover. « Inventer quelque chose de nouveau est environ 100 fois plus difficile que de l’imiter ou de l’optimiser.»

Selon Demis Hassabis, la Chine excelle pour prendre une idée qui fonctionne et la rendre plus efficace. Mais il souligne qu’aucune « rupture de frontière »  à AlphaFold n’est encore venue de Chine. L’innovation de « 0 à 1 » (inventer)  nécessiterait une culture de recherche très spécifique, qui tolère l’échec et encourage l’exploration interdisciplinaire, estime-t-il.

Cette analyse prend une dimension stratégique lorsque Hassabis évoque les enjeux de sécurité. « Celui qui définit la frontière technologique définit aussi les normes de sécurité et d’éthique », affirme-t-il, ajoutant que ralentir par peur tandis que d’autres pays aux valeurs différentes accélèrent ferait perdre la capacité à sécuriser l’avenir de cette technologie. Une référence aux lois européennes, AI Act en tête, contre lesquelles Google, à l’instar des autres géants de la Tech, est opposé ?

Google rattrapé par OpenAI sur le terrain commercial

Le PDG de DeepMind aborder frontalement la question qui fâche : comment Google, inventeur de la majorité des technologies d’IA modernes, s’est-il fait dépasser commercialement par OpenAI et ChatGPT ?

« Google a inventé 80 à 90 % des technologies qui font tourner l’IA moderne », affirme-t-il. Mais il reconnaît que le géant de Mountain View a été «  un peu lent à commercialiser et à passer à l’échelle », tandis qu’OpenAI et d’autres ont été « très agiles pour prendre ces briques de recherche et les transformer en produits de consommation immédiat ».

Et d’expliquer que son rôle, en fusionnant DeepMind et Google Brain, était précisément de résoudre cette équation : garder l’âme de « Bell Labs moderne » tout en étant capable de livrer des produits comme Gemini à une vitesse de start-up.

Entre recherche fondamentale et pression commerciale

Demis Hassabis se montre particulièrement lucide sur les tensions inhérentes à la gestion d’un laboratoire de recherche au sein d’une entreprise cotée. « Si vous ne faites que du produit, vous finissez par stagner car vous n’inventez plus les prochaines ruptures. Si vous ne faites que de la recherche, vous restez dans une tour d’ivoire », résume-t-il.

Il estime que le véritable retour sur investissement de l’IA ne se mesurera pas dans les chatbots mais dans sa capacité à révolutionner la découverte scientifique. Quand l’IA permet de découvrir de nouveaux matériaux ou des médicaments contre des maladies incurables, elle devient une infrastructure de civilisation, pas juste un gadget, affirme-t-il.

Cette vision à long terme le conduit à relativiser les craintes d’une bulle spéculative. « Il y a certainement beaucoup de bruit et de « hype » en ce moment. Mais je compare cela à l’ère du Dot-com. À l’époque, il y avait une bulle, mais Internet était bel et bien une révolution fondamentale. L’IA va transformer l’économie de manière encore plus profonde. Le véritable retour sur investissement ne se verra pas seulement dans les chatbots, mais dans la découverte de nouveaux matériaux, de nouveaux médicaments et dans la résolution de problèmes énergétiques.» affrime-t-il.

Comme à l’époque du Dot-com, il y a du bruit et de l’excès, mais l’IA représente bel et bien une révolution fondamentale qui transformera l’économie de manière encore plus profonde qu’Internet, estime le patron de DeepMind.

L’AGI toujours à l’horizon de 5 à 10 ans

Sur la question brûlante de l’Intelligence Artificielle Générale (AGI), Hassabis maintient sa prédiction. « Nous sommes à 5 ou 10 ans d’un système que l’on pourrait raisonnablement qualifier d’AGI », déclare-t-il à CNBC.

Le scientifique reconnaît que le « scaling » (l’augmentation de la puissance de calcul et des données) continue de produire des résultats, mais juge que cela ne suffira pas. Il manquerait encore des percées sur le raisonnement complexe et la planification à long terme pour atteindre une véritable AGI.

Avec ses propos nuancés sur la Chine et sa franchise sur les défis face à OpenAI, Demis Hassabis dessine les contours d’une course technologique mondiale plus serrée et imprévisible que prévu. Une course où l’innovation de rupture pourrait s’avérer plus décisive que la simple puissance de calcul.

Photo : © DR

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Cloudflare rachète Human Native, une marketplace de données IA

Cloudflare rachète  Human Native, une place de marché de données pour l’IA, pour structurer un nouveau modèle économique entre créateurs de contenus et développeurs de modèles génératifs.

Avec cette opération, dont le montant n’est pas communiqué, Cloudflare entend se positionner au cœur des flux de données qui alimentent l’IA tout en répondant aux tensions croissantes autour de la rémunération et du contrôle des contenus en ligne.

Cloudflare présente Human Native comme une marketplace destinée à connecter créateurs, éditeurs et développeurs d’IA autour de données « prêtes à l’emploi » pour l’entraînement et l’inférence. L’objectif affiché est de rendre plus simple et plus rapide la découverte, l’achat et l’accès à des contenus fiables, tout en offrant aux ayants droit des mécanismes transparents de prix et de rémunération.

Fondée en 2024, Human Native revendique une mission centrée sur une relation plus équitable et transparente entre créateurs de contenu et entreprises d’IA. La start-up s’appuie sur une équipe issue d’acteurs comme DeepMind, Google, Figma ou Bloomberg, avec une forte culture croisée tech–médias.

De la « Napster era » de l’IA à un modèle régulé

Pour James Smith, cofondateur et CEO de Human Native, l’ambition est de « sortir l’IA générative de son ère Napster », en garantissant contrôle, compensation et crédit aux créateurs lorsque leurs œuvres servent à entraîner des systèmes d’IA. Ce discours s’inscrit dans un climat de conflit croissant entre éditeurs, plateformes et fournisseurs de modèles, accusés de s’appuyer sur du scraping massif sans cadre contractuel clair.

Cloudflare avait lancé des outils permettant aux éditeurs de mieux contrôler quels robots peuvent accéder à leurs contenus et de signaler leurs préférences d’utilisation via des mécanismes comme Content Signals.

L’acquisition de Human Native apparaît comme l’étape suivante : passer de la simple gestion d’accès au contenu à une monétisation structurée à l’échelle Internet.

La stratégie de Cloudflare dans l’IA

Historiquement positionné sur la performance web, la sécurité et le « connectivity cloud », Cloudflare se rapproche de plus en plus des couches applicatives liées à l’IA. En s’emparant d’une marketplace de données, l’entreprise se place en intermédiaire critique entre les détenteurs de contenu et les équipes IA, un rôle potentiellement aussi stratégique que celui de fournisseur d’infrastructure.

Pour les créateurs et les éditeurs, l’intérêt de Human Native réside dans la promesse de conserver le contrôle sur les usages tout en ouvrant un canal de revenus dédié à l’IA. La marketplace doit leur permettre de décider si leurs contenus sont accessibles, dans quelles conditions, et à quel prix, en remplaçant une logique de scraping par une logique de licence.

Pour les développeurs d’IA, l’enjeu est l’accès à des corpus fiables, traçables et juridiquement sécurisés, dans un contexte où le risque de litiges sur les données d’entraînement augmente. En centralisant découverte, négociation et flux de paiement, Cloudflare espère réduire la friction d’accès aux données tout en répondant aux attentes des régulateurs et des ayants droit.

Intégration aux outils de contrôle d’accès

Cloudflare prévoit d’intégrer progressivement les technologies et produits de Human Native à ses offres existantes. Cette fusion s’appuie sur des solutions comme AI Crawl Control, Pay Per Crawl et l’AI Index, afin de transformer des contenus non structurés en données prêtes pour l’entraînement et l’inférence des modèles IA.

Human Native complétera les mécanismes de Cloudflare permettant aux éditeurs de décider qui accède à leurs contenus via des bots IA. Les technologies de la startup transformeront les données multimédias en formats indexables et licenciables, intégrés à Pay Per Crawl pour des paiements automatisés lors de l’accès.

Cloudflare accélérera son AI Index, un système Pub/Sub où les sites publient des mises à jour structurées en temps réel, évitant les crawls coûteux et risqués. Human Native fournira les outils pour structurer et valoriser ces flux, rendant les données traçables et monétisables pour les développeurs IA.

L’acquisition soutiendra le protocole x402 et la x402 Foundation (avec Coinbase), pour des transactions machine-to-machine fluides. Les créateurs fixeront prix et conditions d’usage, intégrés aux services Cloudflare comme Workers et AI Gateway, créant un marché unifié de données IA.

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OpenAI : sa transformation contestée par Elon Musk ira en justice

Le bras de fer juridique entre Elon Musk et OpenAI vient de prendre un tour décisif. Ce 15 janvier, une juge fédérale d’Oakland a rejeté les demandes de rejet formulées par OpenAI et Microsoft, ouvrant la voie à un procès devant jury prévu fin avril.

Au cœur du litige : l’accusation selon laquelle l’inventeur de ChatGPT aurait trahi sa mission originelle en tant qu’organisation caritative.

Les origines du conflit

Elon Musk, qui a contribué au lancement d’OpenAI aux côtés de Sam Altman en 2015, lui reproche d’avoir abandonné son statut d’organisation à but non lucratif après avoir reçu des milliards de dollars de Microsoft. Et conteste la transformation d’OpenAI en société commerciale.

Dans sa décision, la juge Yvonne Gonzalez Rogers a refusé d’écarter l’accusation selon laquelle OpenAI aurait violé sa promesse de fonctionner comme une fondation caritative. Selon Elon Musk, ses contributions de 38 millions $  avaient un objectif caritatif spécifique, assorti de deux conditions fondamentales : qu’OpenAI reste open source et demeure une organisation à but non lucratif.

Des communications internes compromettantes

Selon Bloomberg, la magistrate s’est appuyée sur des échanges internes datant de 2017 pour maintenir les accusations de fraude. En septembre de cette année-là, Shivon Zilis, membre du conseil d’administration, avait indiqué à Elon Musk que Greg Brockman, cofondateur d’OpenAI, souhaitait poursuivre avec la structure à but non lucratif.

Deux mois plus tard, dans une note privée, Brockman écrivait pourtant : « Je ne peux pas dire que nous sommes engagés envers l’organisation à but non lucratif. Je ne veux pas dire que nous sommes engagés. Si dans trois mois nous passons en b-corp, ce sera un mensonge. »

Pour Marc Toberoff, l’avocat de Elon Musk, cette décision confirme « qu’il existe des preuves substantielles que les dirigeants d’OpenAI ont fait sciemment de fausses assurances à M. Musk concernant sa mission caritative, qu’ils n’ont jamais honorée au profit de leur enrichissement personnel. »

Microsoft également visée

La juge a estimé qu’il appartiendra au jury de déterminer si Microsoft a aidé OpenAI à manquer à ses responsabilités envers ses donateurs. Elle a relevé que Elon Musk avait identifié « des preuves considérables soulevant une question de fait contestable selon laquelle Microsoft avait une connaissance réelle allant au-delà d’un vague soupçon d’actes répréhensibles.»

En revanche, la juge  a rejeté l’allégation selon laquelle Microsoft se serait enrichie « injustement » aux dépens de Musk, faute de relation contractuelle entre les deux parties.

OpenAI maintient sa position

De son côté, OpenAI dénonce une procédure sans fondement. « La plainte de M. Musk continue d’être sans fondement et fait partie de son modèle continu de harcèlement », a déclaré l’entreprise dans un communiqué «.Nous avons hâte de le démontrer lors du procès. »

Dans le cadre de sa restructuration intervenue en octobre 2025, Microsoft a reçu une participation de 27% dans le cadre d’une transition qui maintient l’organisme à but non lucratif d’OpenAI en contrôle de ses opérations commerciales.

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