Vue lecture

La stratégie nationale de cybersécurité passe le Campus Cyber sous silence

Avec seulement 3 magistrats traitant les dossiers de cybercriminalité, la France accuse une véritable carence sur le volet judiciaire.

La CSNP (Commission supérieure du numérique et des postes) avait fait ce diagnostic au printemps 2021. Il était inscrit dans une série de recommandations sur la sécurité numérique. En toile de fond, la stratégie nationale pour la cybersécurité, annoncée quelques semaines plus tôt.

La CSNP notait que cette stratégie n’abordait pas le volet du traitement policier et judiciaire de la cybercriminalité. Elle encourageait les pouvoirs publics à étudier la création d’un parquet national cyber et à porter la même approche au niveau européen. Autres recommandations : consolider le dispositif des référents cybercriminalité auprès de chaque cour d’appel et dispenser aux magistrats des formations spécifiques.

La nouvelle stratégie nationale pour la cybersécurité, présentée le 29 janvier 2026, n’entre pas dans ce niveau de détail, mais l’État y promet un « renforcement de la réponse judiciaire ». Il s’engage, en parallèle, à mieux mobiliser d’autres leviers pour « décourager les agressions cyber » : sanctions, capacités cyber offensives et capacités de recueil de renseignement.

Où l’on parle désormais de féminisation du numérique

Un autre aspect non évoqué dans la stratégie précédente est la féminisation des métiers du numérique. Désormais, on nous promet un programme de mentorat spécifique pour les jeunes filles, capitalisant sur le retour d’expérience des initiatives existantes. En complément, il est question d’intégrer de la cybersécurité dans les dispositifs d’engagement civique à destination de la jeunesse.

Le sujet de la féminisation figurait dans les observations de la CSNP.  La commission avait notamment appelé les pouvoirs publics à renforcer leurs soutiens à la fondation Femmes@Numérique… alors présidée par l’une de ses membres*.

Parmi ses recommandations figurait aussi l’accélération de la mise en œuvre des ambitions de l’Appel de Paris. À travers lui, la France avait, en 2018, impulsé un ensemble de principes et de valeurs communes pour un cyberespace « libre, sûr et ouvert ». La CNSP espérait que leur traduction en mesures opératoires soit portée auprès de l’UE dans le cadre de la présidence française en 2022.

La nouvelle stratégie nationale de cybersécurité (2026-2030) mentionne l’Appel de Paris. L’État affirme vouloir poursuivre l’animation de la communauté qui en est née. Et le soutien des initiatives internationales connexes visant à mettre en œuvre les principes. À ce titre, la France poursuivra son implication dans le processus de Pall Mall, destiné à contrer l’utilisation abusive des capacités d’intrusion cyber disponibles sur le marché.

Le Campus Cyber, aux abonnés absents

La stratégie de 2021 accordait une grande place au Campus Cyber, alors en phase de préfiguration. Une enveloppe de 148 M€ – dont la moitié en fonds publics – devait y être dédiée. L’État se projetait également sur les déclinaisons régionales de ce « lieu totem », en phase avec la mise en place des CSIRT territoriaux.

Pas de référence au Campus Cyber dans la nouvelle stratégie, quand bien même sont évoqués de nombreux enjeux que son action est censée couvrir.

A contrario, des organismes non cités dans l’ancienne stratégie le sont cette fois-ci. Parmi eux, l’InterCERT, pour le renforcement du partage d’informations techniques sur les menaces entre services de l’État et acteurs privés. Il y a aussi ceux qui n’existaient pas encore, comme l’INESIA et le 17Cyber. Le premier doit accompagner les initiatives d’investissement dans la recherche sur les risques et opportunités de l’IA. Le second fera l’objet d’une intégration dans un « portail national de la cybersécurité du quotidien ».

Des critères cyber dans les dispositifs d’aides d’État

Pour le grand public, on nous parle aussi d’un « filtre de cybersécurité […] visant à prévenir l’accès aux sites web malveillants ». Et d’une « marque nationale de prévention du risque numérique ». Elle portera des campagnes de sensibilisation sur le modèle de celles de la prévention routière.

Pour les entreprises, la feuille de route comprend un label de confiance destiné à valoriser les efforts de sécurisation. L’État envisage par ailleurs d’intégrer des critères de cybersécurité dans ses dispositifs d’aides, « à l’instar de France 2030 ».

Concernant les fournisseurs de produits et services de cybersécurité, la France affirme sa volonté de rechercher des synergies entre domaines civil et militaire. Entre autres ambitions figurent le soutien à la filière d’évaluation de sécurité et la maîtrise des technologies critiques dans le domaine de la cryptographie. L’accompagnement à la mise en œuvre du CRA (Cyber Resilience Act) est un autre objectif. Cela passera par un renforcement de la politique nationale de gestion coordonnée des vulnérabilités. Et par un soutien à la recherche sur la sécurité des produits open source.

* Christine Hennion, députée des Hauts-de-Seine sous le premier mandat d’Emmanuel Macron. Aujourd’hui conseillère municipale de Courbevoie.

Illustration générée par IA

The post La stratégie nationale de cybersécurité passe le Campus Cyber sous silence appeared first on Silicon.fr.

  •  
❌