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Dopé par AWS et l’IA, Amazon franchit les 700 milliards de dollars de chiffre d’affaires annuel

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Google Cloud enflamme les résultats d’Alphabet mais pas Wall Street

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Prenez-vous ce médicament pour votre coeur ?

Cher(e) ami(e),

Attention, nouveau scandale en vue !

Et cette fois, il nous vient tout droit du pays le moins corrompu au monde : le Danemark[1].

Une récente enquête indépendante[2] révèle des conflits d’intérêts inquiétants dans la cardiologie européenne – donc française.

Si votre médecin vous a déjà prescrit de l’ivabradine, commercialisé sous la marque Procoralan, lisez bien cette lettre.

Car vous pourriez être un dommage collatéral de cette affaire.

Et comme souvent, ne comptez pas sur les médias français pour vous en parler…

Pour l’instant, c’est silence radio !

Peut-être aussi parce qu’une fois de plus, c’est le laboratoire français Servier qui est mouillé :

Votre coeur – leur portefeuille

Vous le savez comme moi, avoir une fréquence cardiaque élevée est un facteur de mauvais pronostic.

Un cœur qui bat trop vite s’abîme plus vite…

Autant dire que celui qui trouverait un médicament capable de capter le marché de l’insuffisance cardiaque… serait assuré d’un marché immense.

Car rien qu’en France, on estime à plus de 1,5 million d’insuffisants cardiaques ! 

Surtout qu’au tournant des années 2000, les seules molécules pour ralentir le coeur avaient des effets secondaires majeurs :

Les bêta-bloquants étaient mal tolérés, tandis que les inhibiteurs calciques bradycardisants aggravaient souvent l’insuffisance cardiaque – le comble !

Aucune molécule ne permettait donc de ralentir sélectivement le cœur[3] sans influencer la tension ou sa contractilité (force de contraction).

Servier s’engouffre dans la brèche et met au point la poule aux œufs d’or : l’ivabradine.

En battant moins vite, votre cœur consomme moins d’oxygène… et s’économise.

Servier avait enfin trouvé « LE » remède tant attendu des cardiologues.

En 2005, l’Agence du médicament européenne l’approuve pour l’angine de poitrine[4]

Mais en 2008, tout s’accélère : 

Un cardiologue… très beautiful !

C’est l’étude bien nommée, Beautiful[5], qui propulse l’ivabradine en blockbusters des médicaments en cardiologie.

Son objectif était de voir si la molécule réduisait effectivement la mortalité cardiaque et les hospitalisations pour infarctus.

Sur la forme, elle semble irréprochable car elle est réalisée selon le « gold standard » de l’essai randomisé contre placebo, en double aveugle et multicentrique.

Et elle est même publiée dans le très prestigieux Lancet[6] !

L’emballement médico-médiatique est immédiat :

« L’ivabradine pourrait sauver 10 000 vies par an ! »

L’étude fait naturellement la une au Congrès annuel de la société européenne de cardiologie[7] (ESC) en 2008.

Rapidement, l’ivabradine figure parmi les lignes directrices européennes, que tout bon cardiologue doit « suivre ». 

Avec la bénédiction de l’EMA et de l’ESC, le marché est assuré pour Servier !

En 2010, une autre étude, SHIFT[8], financée par Servier, montre que l’ivabradine réduirait les hospitalisations. 

C’est la consécration.

L’ivabradine est prescrite à tour de bras partout en Europe…

Servier empoche le pactole[9]

Car bien sûr, l’ivabradine est aussi 40 fois plus chère que les médicaments existants sur le segment ! 

Mais alors, où est le problème me direz-vous ?

Un « ri-pou » chez les cardiologues ?

Eh oui, et il a un nom : Pr Kim Fox.

Le CV de ce cardiologue britannique est long comme le bras[10].

Très respecté par ses pairs, il diligente très tôt des études sur l’ivabradine, dès 2003[11].

Et devinez qui dirige l’étude Beautiful en 2008 ? C’est LUI !

Et devinez qui prend la présidence de l’ESC entre 2006 et 2008 ? C’est LUI !

Tiens, tiens…

Et devinez qui assure publiquement :

« L’ivabradine est connue comme étant un puissant anti-ischémique. Avec les résultats de l’étude BEAUTIFUL, l’ivabradine devient le premier traitement anti-angoreux à montrer une réduction des infarctus du myocarde et des revascularisations, avec un excellent profil de tolérance, même en association avec d’autres médicaments. »

ou encore pire : « Ceci est le gold standard pour tout médicament anti-ischémique et anti-angoreux. »

Eh bien, c’est encore LUI !

Et à votre avis, qui préside le groupe de travail qui a recommandé l’ivabradine au sein de l’ESC : encore LUI, voyons !

Encore une dernière question : qui bénéficiait le plus de cette « avancée » : les patients ?

Eh non, raté, c’est encore LUI.

Car selon l’enquête indépendante danoise, le Dr Kim Fox aurait touché pas moins de 80 millions d’euros par Servier pour promouvoir l’ivabradine[12] !

Oui, vous avez bien lu… et c’est tout simplement é-coeu-rant !

Car le fond du problème, c’est la réalité clinique :

Non, l’ivabradine ne réduit significativement ni les décès ni les hospitalisations…

C’était écrit noir sur blanc dans la conclusion de l’étude Beautiful de 2008…

« Pas de réduction significative des décès ni même des hospitalisations[13] ».

En examinant les données de plus près, on constate même que le taux de mortalité toutes causes confondues était légèrement supérieur chez les patients traités par ivabradine (10,4 %) par rapport au placebo (10,1 %).

Certes, cette différence n’est pas statistiquement significative, mais elle devrait néanmoins inciter à la prudence.

D’autant plus que l’étude n’a porté que sur un suivi de deux ans… Qu’en serait-il sur 5 ou 10 ans ?

Pourtant, NON, tous les cardiologues ou presque se sont fiés aux louanges et à l’autorité de leur président…

Mais, en 2014, le rétropédalage commence.

L’essai SIGNIFY montre que l’ivabradine n’est pas utile pour les coronariens sans insuffisance cardiaque – ce qui fait tache pour un médicament censé leur être destiné.

Les autorités européennes la réévaluent dans la foulée.

La recommandation pour l’angine de poitrine ne tient plus et tombe, mais celle en cas d’insuffisance cardiaque subsiste. 

En 2015, nouveau coup de poker : la pharma américaine Amgen rachète les droits d’exploitation de l’ivabradine à Servier pour… 50 millions d’euros[14].

Les médias américains acclament l’ivabradine comme le « nouvel espoir » car c’est le « premier traitement approuvé par la FDA depuis 10 ans dans le traitement de l’insuffisance cardiaque ». 

Eux aussi succombent aux sirènes marketing…

Pourtant, en 2017, l’ivabradine fait son entrée (moins triomphante) dans le classement des « médicaments à écarter pour mieux soigner » de la revue indépendante, Prescrire[15]

En 2020, la Cochrane enfonce le clou :

Après avoir examiné 19 études cliniques, les experts indépendants concluent à l’absence de « différence en termes de mortalité cardiovasculaire et d’événements indésirables graves entre le traitement à long terme à l’ivabradine et le placebo/les soins habituels/l’absence de traitement[16] ».

Conclusion : sans son porte-voix, l’ivabradine serait tombée aux oubliettes…

Car non seulement inefficace, elle n’est pas sans danger.

Avec parmi ses effets secondaires : de la bradycardie (ralentissement excessif du cœur), des phosphènes (troubles visuels transitoires), des maux de tête, des vertiges…

Si vous prenez actuellement de l’ivabradine, n’arrêtez pas votre traitement, mais parlez-en avec votre médecin.

Il n’est peut-être tout simplement pas informé (de façon indépendante)…

Encore une magistrale illustration du proverbe africain :

« Le poisson pourrit toujours par la tête »

Bonne santé,

Catherine Lesage

PS : Officiellement, le Pr Kim Fox ne fait plus partie de l’ESC. Toutefois, 45,8 % des budgets de la société proviennent encore de l’industrie pharmaceutique… alors que 80 % des membres des groupes de travail sur les recommandations à l’ESC ont des conflits d’intérêts avec l’industrie… Impartiaux, vraiment[17] ?

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