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Un an après, que devient l’initiative EU AI Champions ?

Ne cherchez plus Heineken ni Henkel : ils ne font plus partie des « supporters » d’EU AI Champions.

Cette initiative était née il y a tout juste un an, à l’occasion du Sommet pour l’action sur l’IA. Une soixantaine d’organisations – fournisseurs, utilisateurs et quelques associations représentatives – s’y étaient ralliées, sous la houlette du fonds de capital-risque General Catalyst. Sur le papier, l’objectif principal était simple : contribuer à accélérer le développement et l’adoption de l’intelligence artificielle en Europe. Entre renforcement de l’infrastructure de datacenters, développement des compétences et financement d’entreprises spécialisées, une vingtaine d’investisseurs s’étaient engagés à débloquer un total de 150 milliards d’euros sur 5 ans.

Une première discussion avec un groupe de P-DG et de responsables politiques eut lieu au lendemain du Sommet. EU AI Champions appelait alors, entre autres, à simplifier la réglementation, à commencer par l’AI Act. Sa mobilisation sur le sujet avait culminé au mois juillet, quelques semaines avant l’entrée en vigueur des dispositions du règlement concernant les modèles d’IA à usage général. Par une lettre ouverte, la majorité de ses membres avaient réclamé un moratoire de 2 ans sur l’application des principales obligations du texte. Parmi les signataires figuraient, côté français, Arthur Mensch (Mistral AI), Éléonore Crespo (Pigment), Patrick Pouyanné (TotalEnergies), Guillaume Faury (Airbus), Bernard Charlès (Dassault Systèmes), Alexandre Bompard (Carrefour) et Jean-Laurent Bonnafé (BNP Paribas).

L’UE n’est pas allée jusque-là, mais elle a lâché du lest avec son omnibus numérique.

Une com qui s’est recentrée sur les membres

La liste des « supporters » comprend aujourd’hui 114 logos, rattachés à une centaine d’organisations. Elle n’a globalement pas évolué depuis mars 2025. Heineken et Henkel étaient alors déjà sortis de la boucle.

EU AI Champions a fait de LinkedIn son principal canal de communication au public. Initialement, il y mit régulièrement en avant des organisations qui ne comptaient pas parmi ses membres (Bosch, Langfuse, PortiaAI…). C’est devenu plus rare.

Fin 2025, dans la lignée de ses appels à un allègement réglementaire, le collectif s’était fait l’écho de la position du gouvernement allemand sur l’omnibus numérique. Il s’en était réjoui, y voyant « la première réponse réglementaire sérieuse à ce que l’industrie européenne de l’IA signalait depuis des mois ». Il faut dire que Berlin préconisait notamment de reporter d’un an l’application des règles relatives aux systèmes d’IA « à haut risque ».

Une initiative européenne à dominante franco-allemande

Quoique à dimension européenne, EU AI Champions a des fondations largement franco-allemandes. Sur ses 114 logos, une trentaine sont rattachés à des organisations françaises et une quarantaine, à des organisations allemandes.

France Allemagne
Airbus Bilfinger (construction et services)
Airbus Defence and Space Black Forest Labs (labo d’IA à l’origine des modèles multimodaux FLUX)
Alan Cambrium (fabricant de produits chimiques)
Autone (optimisation des stocks) Covestro (fabricant de produits chimiques)
AXA DeepL
BNP Paribas Deutsche Bank
Carrefour Deutsche Telekom
CMA CGM Edgeless Systems (cybersécurité)
Contentsquare Flix (traveltech)
Dassault Systèmes Genesis Cloud (« néocloud »)
Dataiku German AI Association (fédération des entreprises allemandes de l’IA)
Doctolib GetYourGuide (réservation de voyages)
Dust (plate-forme IA axée production de contenu) Giesecke+Devrient (solutions de sécurité)
EDF Hapag-Lloyd (transport maritime en conteneurs)
Kering Helsing (technologies de défense)
L’Oréal Holtzbrinck (maison d’édition)
Lighton Hexagon (technologies de mesure)
Mirakl Infineon
Mistral AI K+S (entreprise minière)
Orange LangDock (plate-forme IA d’entreprise)
Owkin LOH Group (industrie manufacturière et services)
Pelico (plate-forme d’orchestration de la production) Lufthansa
Photoroom Merantix Capital
Pigment (plate-forme de planification) Mercedes-Benz
Publicis Groupe Northern Data Group (« néocloud »)
Renault Group Orbem (technologies d’IRM)
Sanofi Otto Group (vente à distance)
Shift (détection de fraude à l’assurance) Parloa (conception et déploiement d’IA)
TotalEnergies Personio (logiciels RH)
RobCo (robotique)
SAP
Schwarz (groupe de distribution)
Siemens
Siemens Energy
Skeleton (stockage de l’énergie)
SPREAD (IA industrielle)
Startup Verband (fédération des start-up allemandes)
Südzucker (groupe sucrier)
United Internet (services numériques)
ZF (équipementier automobile)

À ce contingent s’ajoutent deux entreprises dont les fondateurs sont français, mais qui ont leur siège aux États-Unis. Une du secteur aérospatial (Loft Orbital, qui a un pied à Toulouse). L’autre qui fournit des logiciels RH (Deel).

Un pot-pourri de projets annoncé à Berlin

Le dernier « temps fort » d’EU AI Champions s’est déroulé au Sommet sur la souveraineté numérique organisé à Berlin. C’était mi-novembre 2025. Ses membres y ont annoncé un pot-pourri de partenariats, d’accords commerciaux et d’engagements individuels, valorisés dans leur ensemble à 1 Md€.

Projets Grandes lignes des engagements
Allianz (Allemagne) x Parloa (Allemagne) Le premier va exploiter les technologies du second pour le service client.
Black Forest Labs (Allemagne) x Mercedes-Benz (Allemagne) Le groupe automobile va développer des outils IA sur la base des modèles FLUX de la start-up.
Charité Comprehensive Cancer Center (Allemagne) x Gustave Roussy (France) x Owkin (France) Ce projet associe les deux centres autour de la structuration de données biomédicales et d’un modèle de raisonnement pour la recherche biologique et le développement de médicaments.
Current AI x SPRIND Current AI est un partenariat global né au Sommet de l’IA, sous l’impulsion de DeepMind, de Salesforce, d’AI Collaborative (initiative d’Omidyar Group), du ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères et de trois fondations (Ford, MacArthur, McGovern).
SPRIND est l’agence fédérale allemande pour l’innovation de rupture.
Les deux parties travailleront sur l’application de l’IA aux données de santé.
Deutsche Telekom (Allemagne) x PhysicsX (Angleterre) L’entreprise anglais va exploiter le cloud du groupe allemand pour déployer sa plate-forme d’ingénierie fondée sur de l’IA physique. Le partenariat court pour 3 ans.
Doctolib (France) Pas de partenariat, mais un engagement à investir dans le système de santé allemand.
ESTIA (European Sovereign Tech Industry Alliance) Naissance de cette alliance qui réunit A1, Airbus, Dassault Systèmes, Deutsche Telekom, Evroc, OpenNebula Systems, Orange, OVHcloud, Post Luxembourg, Schwarz Digits, Sopra Steria et TIM.
Helsing (Allemagne) x Mistral AI (France) Nouvelle phase de collaboration, axée sur la conception de modèles vision-langage pour la défense et la sécurité.
ICEYE (Finlande) Ce fabricant de micro-satellites a constitué un joint-venture avec le groupe allemand Rheinmetall (armement et équipement automobile).
Legora (Suède) Cette legaltech a annoncé vouloir doubler son effectif sur un an et établit des points de présence supplémentaires en Europe.
MBDA (France) x Rheinmetall (Allemagne) x SPREAD (Allemagne) SPREAD contribue au jumeau numérique de défense de Rheinmetall et à l’automatisation de la validation chez MBDA (aéronautique, spatial et armement).
Mercedes-Benz (Allemagne) Engagement à collaborer avec les start-up et les fournisseurs de modèles d’IA européens.
Multiverse (Angleterre) Cette edtech s’est engagé à ouvrir un bureau en Allemagne. Elle compte former, sur place, 100 000 personnes à l’IA en 5 ans.
Nextcloud (Allemagne) L’entreprise s’engage à investir « plus de 250 M€ » dans son programme Sovereignty 2030 pour « faire de l’IA ouverte souveraine une réalité en Europe ».
Otto Group (Allemagne) Engagement à investi 350 M€ sur 3 ans pour faire évoluer le e-commerce, notamment à renfort de GenAI.
SAP (Allemagne) x Mistral AI (France) Extension du partenariat à travers lequel SAP fournit les modèles Mistral via sa Business Technology Platform (voir notre article à ce sujet).
Siemens Engagement à développer un « écosystème européen de données industrielles » qui alimentera des modèles de fondation industriels.
SPRIND Lancement, en juin 2026, d’un défi « Next Frontier AI » doté de 125 M€. Objectif : faire émerger des labos européens exporant des « approches alternatives » de l’IA, en particulier la frugalité en données et en énergie.

À cette même occasion, EU AI Champions a déclaré que 20 Md€ avaient été engagés sur les 150 Md€ alloués.

Son document référent reste le rapport « Un agenda ambitieux pour l’IA européenne » que General Catalyst avait publié au Sommet de l’IA 2025

Illustration générée par IA

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