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(UPHF) Dominique Sciamma : « Pas d’industrie sans design »

Dominique Sciamma : « Une pédagogie par projet ! »

Pour bien comprendre les fondamentaux de cette création sur l’UPHF, il faut analyser l’état des lieux de l’apprentissage du design en France. En effet, vous avez des écoles post-bac privées, comme l’excellente Rubika (9 000 euros annuel) sur le site des Rives Créatives de l’Escaut, et des écoles publiques comme l’ESAD (École supérieure d’art et de design) sur Valenciennes fermée en juin 2025, car « la ville n’a pas souhaité porter financièrement celle-ci », souligne Dominique Sciamma. Par contre, vous avez l’ESAC (École Supérieure d’art & de communication sur Cambrai) associée à l’UPHF.

Ici, la démarche va plus loin, cette école sera intégrée dans les cursus de l’UPHF, car « vous n’avez plus d’accès à une pédagogie du design pour toutes les conditions de ressources sur le Valenciennois », ajoute-t-il. Concrètement, c’est gratuit pour tous les boursiers et 4 500 euros annuels pour les apprenant(e)s pendant 3 ans, plus 2 ans en alternance, donc une fin de cursus payée par l’entreprise. « C’est un système hybride entre le privé et le public, mais dans le giron universitaire ! », poursuit-il.

« Ce n’est pas le culte des égos ici », Dominique Sciamma

Le profil du fondateur est très parlant sur sa réflexion du métier de « designer ». En premier lieu, il plante un décor sans concessions : « Il n’y a pas d’industrie sans design. L’objectif est de former des designers aux métiers de l’industrie grâce à un partenariat étroit. La signature du créateur n’est pas importante. Lorsque vous vous asseyez dans un fauteuil « Philippe Starck », l’important est le ressenti de votre dos, être bien assis, pas le nom du concepteur. Les designers ne sont pas des auteurs, mais travaille sur la valeur usage », assène-t-il. Ainsi, Dominique Sciamma pose une frontière lourde entre l’artiste, l’auteur et le désigner « ce n’est pas le culte des égos ici. Nous travaillerons une pédagogie par projet et durant chaque année du cursus. » Vous avez compris que le lien entre les entreprises partenaires, et plus largement le tissu industriel des Hauts de France, sera le coeur de cette pédagogie « design pour l’industrie ».

Concrètement,  si un produit industrialisé sort sur l’unique travail des ingénieurs…, c’est moche et nous sommes entourés de produits désignés ou non. La différence visuelle saute aux yeux. Le credo de Dominique Sciamma semble être la différence entre un design global, centré sur un produit totalement lié à l’entreprise, et une création pure, parfois un peu élitiste pour quelques bourses bien garnies… !

Sur l’UPHF, la formation en question reposera « sur une pédagogie à destination des designers systémiques et éthiques pour l’industrie du 21e siècle », précise le fondateur. Plus globalement, ces futurs professionnels du design intègreront leur pédagogie dans une filière éprouvée ; leur projet de « design industriel » est clairement consubstantiel au besoin de l’entreprise. Enfin, et surtout, il revêt « une dimension éthique dans l’esprit d’équipe où tous le métiers de l’industrie ont un rôle essentiel », insiste sur un point très cher au fondateur.

« Les écoles privées reprises par les fonds de pension américains », Dominique Sciamma

De formation mathématicienne, Dominique Sciamma s’est lancé dans le design dès 1998, il a ensuite dirigé des écoles privées dans le domaine jusqu’à un constat sans appel. « J’observe le rachat d’écoles privées par des fonds de pension américains juste pour générer toujours plus de bénéfices », tance-t-il. Ce dernier a connu cette situation in vivo et petit à petit l’idée a germé d’une création ex nihilo d’une filière « design » dans le monde universitaire, une idée iconoclaste assurément. « Face à la folie géopolitique mondiale, nous devons plus que jamais produire et de fait designer en France », ajoute-t-il.

Dans ce cadre, ce chemin innovant s’est tracé pour aboutir à la 1ère école de design intégrée sur l’université CY Cergy Paris Université, au sein de CY Tech, sa Grande école d’ingénieurs, en septembre 2020 : « C’est une formation généraliste au design. Nous sommes partis de zéro étudiants, mais aujourd’hui nous avons enregistré 640 étudiants sur l’ensemble du cursus en septembre 2025. »

« Le Président Artiba était déjà en réflexion sur ce sujet », Dominique Sciamma

Pour cette deuxième aventure, Dominique Sciamma a cherché une terre d’accueil en lien avec son projet. Le Ministère de l’enseignement supérieur, de l’époque, a suggéré l’UPHF, car « son Président était déjà en réflexion sur ce sujet. Outre le partenariat de l’ESAC sur Cambrai (et le soutien de la commune), il y avait déjà une volonté vers l’intégration d’une école de design au sein de l’UPHF. »

« J’ai contacté le Président Artiba un jeudi par mail, j’avais une réponse favorable le dimanche », explique-t-il. La suite est plus classique avec une mise en oeuvre du projet. Par contre, la formation n’est pas fléchée sur un design général, comme sur Cergy, mais dédiée à l’industrie. Presque logique tant le tissu est dense dans le Valenciennois, Toyota Onnaing, Stellantis Valenciennes, Sevelnord Hordain, Alstom (en ex Bombardier Crespin…), vous avez incontestablement un vivier en quête d’un design adapté aux produits fabriqués sur le Valenciennois.

« L’école design pour l’industrie sur l’UPHF est accessible sur Parcoursup dès maintenant pour la rentrée 2025/2026 », Dominique Sciamma

Sur le site du Mont Houy, le bâtiment « Herbin », déjà réhabilité en amont, sera le nouvel écrin de cette formation initiale au métier de designer pour l’industrie. Dominique Sciamma est dithyrambique sur la qualité des espaces à disposition sur le site du Mont Houy sur Aulnoy-lez-Valenciennes : « Un amphi pour des cours magistraux, des grands ateliers, des espaces pour les projets…, il manquait uniquement un atelier bois avec tous les matériaux nécessaires. Nous sommes en cours de réalisation de celui-ci. »

Pour cette prochaine rentrée 2025/2026, 40 étudiants seront admis en 1ère année. « L’école design pour l’industrie sur l’UPHF est accessible sur Parcoursup dès maintenant pour la rentrée 2025/2026 », précise-t-il. Assez classique de facto, mais cela constitue la preuve d’une insertion de cette filière dans le monde universitaire. Ensuite, 20 étudiants seront admis en 4ème année. « Là, ce sera sur dossier dès cette rentrée 2025/2026. Elle sera destinée à des profils d’étudiants, ou autres, avec une expérience pédagogique dans le design. L’objectif sur 5 ans est d’atteindre 200 étudiants sur l’UPHF ! », conclut-il.

Daniel Carlier

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