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L'évolution de l'apprentissage à travers le temps - YouTube

L’apprentissage a profondément évolué, passant d’un modèle centré sur la transmission à des approches qui reconnaissent l’activité mentale et sociale de l’élève. Chaque courant – transmissif, béhavioriste, cognitiviste, constructiviste, socio-constructiviste – apporte des forces et des limites, et l’enjeu actuel n’est plus de choisir « le bon » modèle, mais de combiner ces apports pour concevoir des situations d’apprentissage riches, efficaces et transférables. didaquest


Article – L’évolution de l’apprentissage

Pendant longtemps, l’apprentissage a été pensé comme une simple transmission de savoirs d’un enseignant vers un élève considéré comme récepteur passif. Dans cette pédagogie de la transmission, l’enseignant expose un contenu clair, l’élève écoute, comprend si possible, mémorise puis restitue le message de la manière la plus fidèle possible. La force de ce modèle réside dans sa rapidité et sa simplicité : pourquoi compliquer ce qu’un exposé, un cours magistral ou un documentaire peuvent transmettre efficacement à un grand nombre d’élèves en peu de temps ? Mais ce modèle suppose que l’apprenant dispose d’un bagage cognitif et d’outils de compréhension très proches de ceux de l’enseignant, ce qui exclut de fait de nombreux élèves qui ne partagent ni les mêmes connaissances antérieures, ni la même façon de comprendre. risu-form

Avec l’essor du béhaviorisme, le regard se déplace du discours au comportement observable. L’apprentissage est alors conçu comme une modification de comportements sous l’effet de stimuli et de renforcements, positifs ou négatifs, organisés par l’enseignant ou le formateur. Des expériences emblématiques, comme le chien de Pavlov salivant au son d’une cloche, illustrent cette idée que l’on peut « modeler » les réponses d’un organisme en contrôlant les associations entre situations et conséquences. En classe, cela se traduit par un découpage fin des tâches, une progression graduée, des exercices répétés qui développent des automatismes, et un système de renforcements qui indique à l’élève quels comportements sont attendus. Ce courant est très efficace pour la gestion de classe, l’acquisition de routines et d’apprentissages de bas niveau taxonomique (par exemple maîtriser une règle d’accord au travers d’exercices répétitifs), mais il montre ses limites dès qu’il s’agit de développer des compétences complexes comme l’analyse critique ou le jugement nuancé. beedeez

Les béhavioristes s’intéressent peu à ce qui se passe « dans la tête » de l’apprenant lorsqu’il réussit ou se trompe, considérant souvent l’erreur comme un défaut de conditionnement ou de découpage de la tâche par l’enseignant. C’est précisément ce que vont interroger les courants constructivistes, et d’abord le cognitivisme, qui prennent la construction interne des connaissances comme objet central. Les cognitivistes étudient comment l’information est traitée, encodée en mémoire à long terme, organisée puis récupérée au moment opportun. Ils modélisent la mémoire en systèmes (mémoire à court terme, mémoire à long terme, mémoire sémantique et épisodique) et montrent que l’apprentissage consiste à relier de nouvelles informations à des connaissances antérieures déjà présentes chez l’élève. Ce courant rompt avec l’idée d’une « tête vide » : les apprenants arrivent en classe avec un bagage qu’il faut identifier, organiser, enrichir, et sur lequel on peut agir, notamment à travers des outils comme les réseaux de concepts, l’enseignement stratégique ou la mise en lien entre expériences de vie et contenus scolaires. didaquest

Dans cette perspective cognitiviste, le rôle de l’enseignant est d’aider à structurer les connaissances, d’exploiter les liens entre différents types de mémoire et d’accompagner l’élève dans une démarche métacognitive où il prend conscience de sa façon d’apprendre. L’élève devient actif dans le traitement de l’information, engagé dans une organisation intentionnelle du savoir plutôt que simple récepteur. Une grande force de ce courant est de clarifier l’architecture des connaissances et de donner à l’apprenant du pouvoir sur sa propre construction mentale, notamment grâce à la métacognition. Mais si l’on se concentre trop sur les structures abstraites, sans les ancrer suffisamment dans des situations d’utilisation réelle, le transfert des apprentissages vers de nouveaux contextes risque d’échouer : l’élève sait « sur le papier », mais ne sait pas quand ni comment mobiliser ce qu’il a appris. moddou

Le constructivisme de Piaget et de ses continuateurs va alors insister sur la dimension active et située de la construction des connaissances. Le développement cognitif y est décrit comme une succession de stades liés à l’âge, qui conditionnent le niveau d’abstraction possible, du concret vers le symbolique. L’apprentissage n’est plus la réception d’un contenu tout fait, ni seulement l’organisation interne d’informations, mais une construction personnelle qui émerge de l’activité de l’élève confronté à des situations signifiantes. On ne peut pas « déposer » une compréhension toute faite dans la tête de quelqu’un ; il faut proposer des tâches qui l’obligent à manipuler des objets, des idées ou des problèmes, à expérimenter, à se tromper, puis à ajuster progressivement sa compréhension. L’erreur devient un indicateur précieux du niveau de développement cognitif de l’élève, une source d’information pour l’enseignant plutôt qu’une faute à éviter à tout prix. didaquest

Dans ce cadre constructiviste, le rôle de l’enseignant est de concevoir des situations aussi proches que possible de l’activité authentique (par exemple des démarches scientifiques réalistes pour travailler les sciences) et de guider l’élève sans lui enlever la difficulté productive de la tâche. Même en l’absence de connaissances antérieures explicites, l’action et la manipulation permettent l’émergence de constructions provisoires sur lesquelles l’enseignant pourra ensuite intervenir pour affiner, corriger et stabiliser la compréhension. L’élève est invité à accepter des déséquilibres cognitifs parfois inconfortables, qui sont le moteur de la réorganisation de ses schèmes de pensée. Les pistes d’intervention associées à ce courant incluent les situations complexes, l’accompagnement par le questionnement, et le refus de « lisser » toutes les difficultés pour laisser un espace à la recherche et au tâtonnement. didaquest

Le socio-constructivisme, notamment avec Vygotski, ajoute une dimension décisive : l’apprentissage est non seulement une construction personnelle, mais aussi et surtout un processus social médié par le langage. En travaillant avec d’autres, en confrontant ses points de vue, en négociant le sens des mots, chaque élève peut parvenir à des constructions conceptuelles plus fines que celles qu’il aurait élaborées seul. La notion de zone proximale de développement montre qu’un élève peut accéder à des formes de pensée plus élaborées s’il est accompagné par un adulte ou un pair plus avancé, plutôt que d’attendre passivement un « stade » biologique suivant. Dans ce paradigme, le langage oral et écrit est un outil central : il permet de clarifier sa pensée, de l’exposer à la critique des autres, d’intégrer des points de vue nouveaux et de restructurer ses représentations. edutechwiki.unige

L’enseignant socio-constructiviste crée donc des situations où les échanges entre élèves sont riches, planifie des débats, des mises en commun, des travaux collaboratifs, et anime ces interactions sans les fermer trop vite par une conclusion professorale. Il intervient plutôt en différé, pour aider à dépasser les malentendus, mettre en lumière les dissonances et transformer les erreurs en occasions d’apprentissage pour tout le groupe. L’erreur n’est plus seulement une information sur un individu, mais un matériau de travail partagé qui nourrit la réflexion collective. Les situations complexes assorties de temps d’échanges structurés illustrent bien cette approche où le groupe devient lui-même un système cognitif, dans lequel la pensée circule, se confronte et se transforme. sujetsrh

Au terme de ce parcours, l’intention n’est pas de dresser une chronologie exhaustive ni d’opposer les courants comme s’il fallait en choisir un une fois pour toutes. Chacun met en lumière une facette de l’apprentissage : efficacité de la transmission pour certaines informations, puissance du renforcement pour installer des automatismes, importance de l’organisation interne des connaissances, rôle de l’activité de l’élève, poids déterminant de l’interaction sociale et du langage. Se cantonner à une pédagogie purement transmissive expose à de graves problèmes de transfert, tandis que s’appuyer uniquement sur une approche constructiviste ou socio-constructiviste sans structuration ni entraînement peut laisser certains élèves démunis. L’enjeu contemporain est donc d’aller puiser de manière réfléchie dans chacun de ces courants pour concevoir des dispositifs d’apprentissage équilibrés, où l’on transmet, on entraîne, on fait construire et co-construire, afin de maximiser les possibilités de réussite pour tous les élèves. com-and-co-formation


Encadré – Principales approches pédagogiques

Tableau synthétique des courants

Courant Vision de l’apprentissage Rôle de l’enseignant Rôle de l’élève Forces principales Limites principales
Pédagogie transmissive Réception, mémorisation et restitution fidèle d’un savoir organisé. didaquest Expose, explique, structure le contenu, détient l’essentiel du savoir. didaquest Écoute, comprend, mémorise, restitue de façon plutôt passive. didaquest Rapidité, efficacité pour diffuser un même contenu à beaucoup d’apprenants, clarté des messages. didaquest Nécessite un bagage cognitif proche de celui de l’enseignant, faible prise en compte de la diversité, problèmes de transfert. didaquest
Béhaviorisme Modification de comportements observables par conditionnement (stimuli, réponses, renforcements). beedeez Conçoit le « design » des tâches, découpe en petites étapes, organise renforcements positifs ou négatifs. beedeez Répond à des stimuli, répète, ajuste son comportement en fonction des conséquences. beedeez Très efficace pour les automatismes, les routines, la gestion de classe, les apprentissages de bas niveau. beedeez Ne traite pas ce qui se passe dans la tête de l’élève, difficile à appliquer aux compétences complexes, erreur vue comme échec de conditionnement. moddou
Cognitivisme Traitement de l’information, encodage et organisation en mémoire à long terme, mobilisation contextuelle. didaquest Aide à organiser les connaissances, active les prérequis, propose des outils comme cartes conceptuelles, stratégies d’apprentissage, métacognition. didaquest Traite activement l’information, établit des liens avec ses connaissances antérieures, réfléchit à ses stratégies. didaquest Clarifie l’architecture des savoirs, valorise le bagage de l’élève, développe la métacognition et le contrôle sur sa propre manière d’apprendre. didaquest Risque d’échec de transfert si l’on reste trop sur l’abstraction sans ancrage contextuel fort. didaquest
Constructivisme Construction personnelle de connaissances par l’action et la confrontation à des situations significatives. didaquest Propose des situations complexes, proches de la réalité, guide par le questionnement, exploite l’erreur comme indicateur de développement. didaquest Est actif, manipule (objets, idées), accepte le déséquilibre cognitif, élabore progressivement ses propres constructions. didaquest Met l’accent sur l’activité de l’élève, valorise l’erreur comme ressource, permet l’émergence de connaissances même sans prérequis explicites. didaquest Nécessite un accompagnement fin pour éviter la simple « errance », demande du temps, peut être difficile à articuler avec certains contenus très normés. didaquest
Socio-constructivisme Construction des connaissances dans et par l’interaction sociale, médiée par le langage. didaquest Organise des situations d’échange (débats, mises en commun, travaux de groupe), anime et régule les interactions, intervient pour lever malentendus et dissonances. edutechwiki.unige Partage ses idées, confronte ses points de vue, négocie le sens, apprend avec et par les autres dans la zone proximale de développement. edutechwiki.unige Exploite la puissance du langage et du collectif, favorise des conceptualisations plus fines et le développement de fonctions intellectuelles supérieures. edutechwiki.unige Peut diluer les objectifs si les échanges sont mal cadrés, demande une gestion de groupe exigeante, certains élèves peuvent rester en retrait. edutechwiki.unige

Cet encadré montre que chaque courant éclaire une dimension spécifique de l’apprentissage et qu’un dispositif pédagogique riche gagne à articuler ces approches plutôt qu’à les opposer. com-and-co-formation


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