Vue lecture

Anthropic contre le Pentagone : une plainte à plusieurs milliards de dollars

Ce 10 mars, Anthropic a saisi la justice pour bloquer le Pentagone. L’entreprise refuse en effet de supprimer les garde-fous de son IA contre les armes autonomes et la surveillance intérieure. Or le secrétaire à la Défense Pete Hegseth avait notifié officiellement cette désignation le 3 mars, après des mois de négociations tendues.

Devant le tribunal fédéral de Californie, Anthropic dénonce des actions « sans précédent et illégales ». Elle invoque aussi une violation de ses droits constitutionnels à la liberté d’expression et au droit à une procédure régulière, selon Reuters. En parallèle, une seconde plainte cible une désignation au titre de risque dans la chaîne d’approvisionnement civile, devant la Cour d’appel du District de Columbia.

Des milliards de dollars en jeu

Les dirigeants d’Anthropic dressent un tableau financier alarmant dans leurs dépositions. Krishna Rao, directeur financier, estime que le gouvernement pourrait réduire le chiffre d’affaires 2026 « de plusieurs milliards de dollars ». Il ajoute que l’impact serait « presque impossible à inverser » si ces actions se maintenaient.

La dépendance au seul Département de la Défense met déjà en péril plusieurs centaines de millions de dollars de revenus 2026. Par ailleurs, les sous-traitants de la défense pourraient réduire leur engagement de 50 % à 100 %. Enfin, l’entreprise anticipe une perte de confiance des investisseurs, ce qui alourdirait ses coûts de financement.

Le secteur public : un pilier menacé

Thiyagu Ramasamy, directeur du secteur public, confirme des dommages « immédiats et irréparables ». Il chiffre la perte directe à plus de 150 millions $ de revenus récurrents annuels. Ce montant concerne les contrats existants et attendus avec le Département de la Défense.

La croissance dans ce segment était pourtant spectaculaire. Entre décembre 2025 et janvier 2026, le taux annualisé des revenus récurrents du secteur public avait quadruplé. De plus, les projections tablaient sur plusieurs milliards de dollars sur cinq ans. Ainsi, si les contractants de défense rompaient leurs liens, les revenus attendus pour 2026 — plus d’un demi-milliard de dollars — pourraient « disparaître entièrement ».

Des clients privés également touchés

Paul Smith, directeur commercial, détaille lui aussi les dommages sur le marché privé. Un partenaire a ainsi abandonné Claude au profit d’un concurrent pour un déploiement de la Food and ​Drug Administration (FDA). Ce changement efface un pipeline de revenus anticipés de plus de 100 millions $.

D’autres contrats souffrent également. Des négociations avec des institutions financières représentant 180 millions $ combinés ont été perturbées. Un contrat de 15 millions $ est en pause. En outre, un client fintech a réduit son engagement de 10 à 5 millions $, citant directement la « situation » avec le Pentagone.

Plus de 100 clients entreprises ont ensuite contacté Anthropic. Ils expriment « une profonde inquiétude, de la confusion et du doute » sur les risques liés à leur association avec la société.

Du côté d’AWS, on aide désormais les clients à migrer leurs charges de travail liées au Département de la Guerre vers d’autres modèles. Toutefois, AWS précise que Claude reste disponible pour toutes les charges de travail sans lien avec le Pentagone.

Un bras de fer aux répercussions sectorielles

Ce conflit dépasse le seul cas d’Anthropic. Il soulève des enjeux fondamentaux pour toute le secteur de l’IA. Ainsi, 37 chercheurs et ingénieurs d’OpenAI et de Google, dont Jeff Dean, directeur scientifique de Google, ont déposé un mémoire d’amicus curiae en soutien à Anthropic. Selon eux, cette affaire pourrait décourager les experts de l’IA de débattre ouvertement des risques et bénéfices de leurs technologies.

The post Anthropic contre le Pentagone : une plainte à plusieurs milliards de dollars appeared first on Silicon.fr.

  •  

AMI Labs lève 1 milliard $ pour développer ses « world models »

C’est l’annonce que l’écosystème des éditeurs de modèles IA attendait depuis que Yann LeCun avait annoncé son départ de Meta et son intention de développer Advanced Machine Intelligence (AMI) Labs.

Restaient les questions en suspens : Avec qui ?  Avec quels fonds ? Quand ?

L’ex directeur de Facebook AI Research (FAIR) a levé le voile ce 10 mars en annonçant une levée de fonds de 1,03 milliard $ (environ 890 millions €) en amorçage, pour une valorisation pré-money de 3,5 milliards $. Un record en Europe pour un tour d’amorçage, dépassé seulement par l’américaine Thinking Machines Lab, fondée par Mira Murati, ancienne directrice technique d’OpenAI., qui avait levé 2 milliards $ en juin 2025.

Une équipe de chercheurs issus de Meta

On connait aussi désormais l’équipe qui va développer le business d’AMI Labs : ils sont six co-fondateurs, tous  anciens de Meta. Alexandre Lebrun, ancien CEO de la start-up de santé Nabla (rachetée par Meta en 2015 sous le nom Wit.ai), prend la tête d’AMI Labs en tant que directeur général, tandis que Yann LeCun en préside le conseil d’administration.

Laurent Solly, ex patron de Meta pour l’Europe, assure le rôle de directeur des opérations. A ses côtés, Pascale Fung est directrice de la recherche et de l’innovation, Saining Xie est directeur scientifique, et Michael Rabbat est responsable des « représentations du monde ».

AMI Labs compterait aujourd’hui une dizaine de salariés et vise 30 à 50 personnes d’ici six mois, répartis entre son siège social de Paris et ses bureaux de New York, Montréal et Singapour.

Les « world models » contre les LLM

Au cœur du projet d’AMI Labs : une rupture revendiquée avec les grands modèles de langage (LLM) comme ChatGPT, Claude ou Gemini. Pour Yann LeCun, ces systèmes entraînés principalement sur du texte ne pourront jamais atteindre le niveau de raisonnement d’un humain, ni même celui d’un enfant de 6 ans ou d’un chat. « L’architecture générative entraînée par l’apprentissage auto-supervisé imite l’intelligence ; Ils ne comprennent pas vraiment le monde », résume Alexandre Lebrun.

L’alternative que développe AMI Labs s’appelle « world models » (modèles du monde) : des architectures d’IA capables de se représenter l’environnement physique de manière abstraite et conceptuelle, de mémoriser des informations et de planifier des séquences d’actions complexes  comme anticiper qu’un objet tombera s’il arrive au bord d’une table.

AMI Labs s’appuiera sur les travaux conduits par Yann LeCun chez Meta autour de l’architecture JEPA (Joint Embedding Predictive Architecture), entraînée sur des vidéos et des données spatiales plutôt que sur du texte.

Des ambitions industrielles et robotiques

AMI se positionne d’abord comme un projet de recherche fondamentale, mais avec des débouchés commerciaux clairement identifiés : fabricants, constructeurs automobiles, entreprises aérospatiales, acteurs du biomédical et de la pharmacie. « Nous voulons devenir le principal fournisseur de systèmes intelligents, quelle que soit l’application », a déclaré Yann LeCun à Reuters.

La robotique constitue l’une des applications prioritaires. « Pourquoi aujourd’hui, on a des systèmes qui passent l’examen du barreau, qui démontent des théorèmes, qui écrivent du code, mais on n’a toujours pas de robots domestiques ou de voitures qui se conduisent toutes seules ? »  » insistait-il sur France Inter.

Il envisage également des usages grand public avec le déploiement de cette technologie dans ses lunettes connectées Ray-Ban Meta. « C’est probablement l’une des applications potentielles à court terme » a-t-il annoncé à Reuters.

AMI Labs  va proposer ses modèles sous deux formes : un accès via API (modèle payant à la requête) et une version téléchargeable, potentiellement en open source. Un atout différenciateur, notamment pour recruter des profils de recherche de haut niveau.

Un tour de table mondial, un ancrage européen

Initialement ciblé à 500 millions $,la demande des investisseurs a largement dépassé les attentes. Le tour a été co-dirigé par Cathay Innovation, Greycroft, Hiro Capital, HV Capital et Bezos Expeditions (le fonds de Jeff Bezos). Nvidia, habitué des investissements dans les start-up d’IA, figure également parmi les participants, aux côtés du fonds singapourien Temasek, de SBVA (SoftBank), de Toyota Ventures et de Samsung.

Côté européen et français, on retrouve Daphni, Bpifrance, le Groupe industriel Marcel Dassault, l’Association Familiale Mulliez, Aglaé Ventures (LVMH), Zebox Ventures (CMA CGM) et Xavier Niel, à titre personnel.

« Il y a des investisseurs très diversifiés avec un peu plus du tiers qui sont européens, une grande partie de Français, un peu moins du tiers viennent d’Asie et du Moyen-Orient, et à peu près un tiers sont américains. Quand une entreprise dépasse une valorisation d’un milliard, on appelle ça une licorne, nous, on dépasse les trois milliards, donc on est un tricératops » se rejouit Yann LeCunil.

Le premier partenaire stratégique d’AMI Labs sera Nabla, la start-up d’IA pour la santé cofondée par Alex Lebrun, qui gardera en parallèle un rôle de directeur scientifique dans cette société. Une façon de tester dès le départ les modèles du monde sur des données réelles dans un secteur à fort enjeu.

Illustration : © DR AMI Labs

The post AMI Labs lève 1 milliard $ pour développer ses « world models » appeared first on Silicon.fr.

  •  
❌