{ Tribune Expert } – Le vrai prix de l’ingestion de données
Les plateformes d’ingestion de données sont souvent perçues comme un investissement coûteux. Cette perception, centrée sur leur prix affiché, ne tient pas compte du coût réel des solutions développées en interne. Entre dette technique, instabilité opérationnelle et pression sur les équipes, le choix de l’ingestion mérite d’être réévalué à l’aune du coût total de possession.
Comparer des prix ne suffit plus
Dans un contexte d’optimisation budgétaire permanente, l’ingestion de données est encore trop souvent considérée comme un poste secondaire. Le raisonnement est connu : pourquoi payer une plateforme spécialisée quand une équipe interne peut construire des flux “maison” avec les outils disponibles ?
Ce calcul, en apparence rationnel, repose sur une illusion comptable. Il compare une dépense explicite à une dépense implicite. Il oppose une ligne budgétaire visible à une réalité économique éclatée, diffuse, sous-estimée. Et il fait perdre de vue l’essentiel ; dans un système d’information moderne, l’ingestion n’est pas un projet ponctuel, c’est une fonction continue, critique et structurante.
La fausse économie des pipelines internes
Le développement de pipelines en interne est perçu comme un levier de flexibilité. Il l’est, mais à un prix que peu d’entreprises sont capables de mesurer. Derrière chaque ingestion artisanale se cachent des heures de configuration, de patchs, de réajustements, de surveillance.
Ces tâches mobilisent des profils techniques hautement qualifiés, souvent en tension sur d’autres priorités. À mesure que les sources de données se multiplient, que les formats évoluent, que les systèmes en amont se transforment, ces pipelines deviennent fragiles, rigides, coûteux à faire évoluer.
Il ne s’agit plus d’outillage, mais de dette technique. Cette dette ne se voit pas sur une facture, mais pèse dans les délais, dans la qualité des données, dans la frustration des équipes. Elle enferme les entreprises dans une logique de réparation continue.
Chaque incident absorbe des journées entières, retarde des projets, impose des arbitrages entre maintien en conditions opérationnelles et développement de nouvelles capacités. Et surtout, elle crée une dépendance à des individus. Ce n’est pas le système qui garantit la fiabilité, ce sont des personnes-clés, difficilement remplaçables, dont l’indisponibilité ou le départ devient un risque opérationnel majeur.
L’ingestion instable contamine toute la chaîne de valeur
Ce qui dysfonctionne dans l’ingestion ne reste jamais confiné à l’IT. Lorsque les données n’arrivent pas à temps, ou arrivent incomplètes, ou dans un format inutilisable, c’est toute la chaîne de valeur qui vacille.
Les équipes métiers prennent des décisions sur la base d’informations erronées ou obsolètes. Les outils d’analyse produisent des indicateurs incohérents. Les alertes automatiques se déclenchent trop tard ou à tort. L’ensemble du système perd en fiabilité, et avec lui, la capacité de l’entreprise à se coordonner, à anticiper, à réagir.
Ce coût opérationnel est rarement chiffré, mais ses effets sont bien réels. Il ralentit les cycles de décision. Il détériore la confiance dans les données. Il alimente un climat de suspicion entre les équipes techniques et les métiers. Et il oblige les organisations à surdimensionner leur système de contrôle pour compenser ce que l’ingestion aurait dû fiabiliser en amont.
La perspective financière : sortir de l’illusion du gratuit
Pour les directions financières, cette situation pose un vrai problème de gouvernance. Ce n’est pas la préférence d’un outil sur un autre qui est en jeu, mais la capacité à appliquer une logique d’investissement cohérente.
Comparer une plateforme au coût apparent élevé à une solution interne supposément gratuite revient à nier l’existence des coûts cachés. Or, dans un système complexe, ces coûts invisibles finissent toujours par réapparaître, sous la forme de retards, de burn-out, de turn-over, de projets gelés ou avortés.
À l’inverse, une plateforme d’ingestion expose ses coûts. Elle formalise un engagement de service. Elle mutualise des efforts de maintenance, d’évolution, de conformité. Et surtout, elle introduit de la prévisibilité. Elle permet de planifier, de budgéter, d’industrialiser. Elle transforme une dette en charge maîtrisée. La discipline financière rend visible ce qui est structurellement opaque.
La perspective technologique : l’infrastructure avant tout
Du côté des directions informatiques, le constat est encore plus limpide. L’ingestion ne fait pas partie des domaines où l’entreprise peut se différencier. Aucun client ne choisira un produit parce que ses pipelines sont faits maison. En revanche, tous les services numériques reposent sur des données fiables, disponibles, bien synchronisées. L’ingestion est donc une fonction d’infrastructure. Comme pour le réseau, la cybersécurité, ou encore le stockage, la question n’est pas d’innover, mais d’assurer. Et dans cette logique, l’externalisation à un outil robuste, éprouvé, maintenu, s’impose comme un choix de bon sens.
Confier l’ingestion à une plateforme dédiée permet aux équipes internes de se concentrer sur les vrais enjeux différenciants comme l’architecture, la gouvernance, la qualité et l’analyse. Continuer à bricoler l’ingestion en interne, c’est détourner des ressources rares de leur cœur de mission.
Ce n’est pas la plateforme qui coûte cher, c’est l’improvisation
Dire qu’une plateforme d’ingestion est trop chère, c’est se tromper d’indicateur. Ce qui pèse le plus lourd dans les bilans, ce ne sont pas les lignes de licence, ce sont les heures perdues, les erreurs accumulées, les décisions mal orientées. Ce n’est pas la dépense visible qui menace la compétitivité, c’est l’instabilité tolérée. Dans un environnement où la donnée est vitale, chaque faille d’ingestion est une brèche dans le fonctionnement global.
L’heure n’est plus à la comparaison des devis. Elle est à la mesure de la résilience. Et à ce jeu-là, la question n’est plus de savoir combien coûte une plateforme, mais l’absence de celle-ci.
*Virginie Brard est RVP France & Benelux chez Fivetran
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