Les associations de défense des consommateurs critiquent de plus en plus vivement les modèles économiques de certaines entreprises technologiques. Le Conseil norvégien des consommateurs a publié un rapport détaillé accusant les fabricants d'électronique et les fournisseurs de services numériques de dégrader systématiquement les fonctionnalités de leurs produits après leur vente. Le document , préparé par le Conseil des consommateurs (Forbrukerrådet), compte une centaine de pages et analyse le phénomène à travers un large éventail de technologies. Les auteurs du rapport citent notamment les jeux vidéo, les imprimantes, les objets connectés pour la maison et les voitures intelligentes. Selon cette organisation, les fabricants utilisent la possibilité de mettre à jour les logiciels à distance pour limiter progressivement les fonctions des appareils achetés par les clients. Le rapport décrit cette pratique sous le terme d’« enshittification ». Ce concept désigne le cycle de dégradation des produits numériques. Dans un premier temps, une entreprise attire les utilisateurs grâce à un service attractif ou un matériel fonctionnel. L’étape suivante consiste à modifier le modèle opérationnel de la plateforme afin de favoriser les partenaires commerciaux. Enfin, la dernière étape vise à optimiser l’utilisation par les utilisateurs et les partenaires pour accroître les revenus. D'après les auteurs du rapport, les produits numériques demeurent particulièrement vulnérables à ce phénomène. Le logiciel qui les contrôle peut être mis à jour à tout moment, et l'utilisateur n'a aucun contrôle sur les modifications apportées par le fabricant. Par conséquent, un appareil acheté avec une configuration fonctionnelle spécifique peut, au fil du temps, fonctionner différemment de ce qu'il était au moment de l'achat.
Le rapport met en lumière des exemples d'appareils dont le fonctionnement repose sur des logiciels et des services en ligne. Il s'agit notamment des lave-linge intelligents, des systèmes domotiques et des imprimantes en réseau. Les auteurs du document pointent du doigt des pratiques qui bloquent certaines fonctionnalités ou imposent des frais d'abonnement supplémentaires. Dans le cas des imprimantes, cela inclut des restrictions sur l'utilisation des cartouches d'encre de rechange. L'analyse comprend également des exemples de véhicules équipés de systèmes de communication réseau. Dans ces systèmes, certaines fonctions peuvent être activées ou désactivées par des mises à jour logicielles. Le système de conduite autonome proposé par Tesla en est un exemple. Ce service, appelé Full Self-Driving, est désormais disponible par abonnement.
Le rapport aborde également le secteur du jeu vidéo. L'organisation souligne la popularité croissante des modèles freemium et des systèmes de microtransactions. Les auteurs du rapport soulignent que certains jeux sont conçus pour générer des revenus continus grâce à la publicité et aux achats intégrés. Les monnaies virtuelles et les mécanismes de limitation de temps de jeu influent sur le rythme de jeu et incitent les joueurs à dépenser de l'argent. Le document aborde également la question de la fermeture des serveurs de jeu après la fin du support technique. Dans ce cas, les utilisateurs perdent l'accès aux titres précédemment achetés.
Le rapport met en lumière les nouvelles réglementations en cours d'élaboration au sein de l'Union européenne. L'un des éléments législatifs les plus importants est la directive relative au droit à la réparation. Ce règlement vise à endiguer la pratique consistant à bloquer les réparations effectuées par les ateliers indépendants. Les constructeurs seront tenus de garantir l'accès aux pièces détachées et à la documentation technique. Selon l'organisation, de telles réglementations pourraient être particulièrement importantes pour les fabricants d'imprimantes et d'équipements électroniques, qui ont historiquement créé des écosystèmes de services fermés.
Le rapport a été publié accompagné d'une lettre adressée aux décideurs de l'Union européenne. Ce document a été signé par des dizaines d'organisations de défense des droits numériques, dont l'Electronic Frontier Foundation et Access Now. Les signataires appellent à une application rigoureuse des réglementations existantes relatives au marché numérique et à la protection des données personnelles. Ces réglementations comprennent la loi sur les marchés numériques et le règlement général sur la protection des données (RGPD). Ces organisations s'opposent également au projet de loi intitulé « Digital Omnibus ». Elles estiment que ces modifications pourraient affaiblir certains mécanismes de protection des consommateurs existants.
Les auteurs du rapport espèrent l'adoption d'une nouvelle réglementation européenne encadrant spécifiquement les pratiques dans le secteur des services numériques. La Commission européenne a annoncé la préparation d'un projet de loi intitulé « Digital Fairness Act ». Ce projet de loi vise à couvrir des phénomènes tels que les modèles de conception d'interfaces manipulatrices, le marketing d'influence et la personnalisation des services basée sur les données des utilisateurs. La protection des joueurs fait également l'objet de débats publics. La campagne « Stop Killing Games » vise à instaurer une réglementation interdisant la désactivation des jeux achetés par les utilisateurs. (
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