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Pacte sur l’IA : un « répertoire d’alphabétisation » comme principal livrable

6 mars 2026 à 17:47

Pas facile de suivre l’évolution du cadre réglementaire, de sorte qu’il a fallu modulariser les formations.

IDEMIA Public Security en a témoigné en tant que signataire du Pacte sur l’IA.

Depuis septembre 2024, la Commission européenne promeut ce dispositif censé aider à préparer la mise en conformité avec l’AI Act. Les échanges qu’elle a organisés dans ce cadre ont notamment guidé l’élaboration de l’omnibus numérique. Ils ont aussi contribué à alimenter un « répertoire des pratiques d’alphabétisation en matière d’IA ».

Toile de fond à ce répertoire : l’article 4 de l’AI Act. Entré en application en février 2025, il impose aux fournisseurs et aux déployeurs de systèmes d’IA de garantir un « niveau suffisant de maîtrise de l’IA » pour leur personnel. Ainsi que pour quiconque s’occupe du fonctionnant de ces systèmes pour leur compte.

La première version publique de ce répertoire (janvier 2025) réunissait des retours d’expérience d’une quinzaine d’organisations. Aux dernières nouvelles, on en est à 40. Dont deux pour la France : Criteo et, donc, IDEMIA Public Security.

Criteo, entre bootcamps et « cafés IA »

Pour tous les employés qui exploitent l’IA dans leur travail au quotidien, Criteo a mis en place des cours en ligne destinés à l’acquisition des bases et d’un vocabulaire commun. Il y a associé des ambassadeurs aux RH, au juridique, aux achats, aux marketing et à l’IT. Il organise par ailleurs des événéments, dont des « cafés IA » et des webinaires (par exemple sur l’utilisation de Copilot dans Office).

Les personnels techniques ont, de longue date, accès à des bootcamps, mis au goût de l’IA. Suivies sur la base du volontariat, les leçons sont données par des employés qui développent des systèmes d’IA internes ou qui mènent des recherches sur des sujets importants pour Criteo. La première semaine permet – en présentiel à Paris ou bien à distance – de se familiariser avec la stack IA de lamaison et d’appréhender un usage responsable. Les trois suivantes, de réaliser un projet individuel sur un cas d’usage interne, avec supervision par un chercheur et un ingé.

IDEMIA juge la formation en ligne « plus difficile et moins efficace »

Au-delà de ses sessions « Tech Talk » et « Meet the Experts », ses partenariats académiques et sa contribution aux évaluations NIST, IDEMIA Public Security insiste sur la formation de ses clients.
Pour les systèmes non classés à haut risque, la formation est en ligne, en anglais. Le contenu est adapté au niveau d’expertise.
Pour ceux qui entrent dans la catégorie « à haut risque », l’objectif est de former 100 % des clients en personne avant déploiement.

IDEMIA Public Security reconnaît qu’il est délicat de gérer le turnover, des deux côtés. Il considère globalement qu’il est plus difficile et moins efficace de former en ligne, « en particulier pour les systèmes d’IA à haut risque ». S’y ajoute le sujet du maintien des contenus à jour. Il a été décidé de les segmenter afin de pouvoir actualiser des sections spécifiques.

230 adhérents volontaires

Le « répertoire d’alphabétisation » est un des livrables les plus visibles du Pacte sur l’IA. Parmi ses 120 premiers signataires, annoncés en septembre 2024, il y avait une quinzaine d’organisations françaises. Dont Amadeus, Cegid, Dassault Systèmes, Docaposte, Lefebvre Sarrut, Mirakl, Orange, OVHcloud et Sopra Steria. Depuis, 365Talents, l’AFNOR, Capgemini et Groupe Rocher, entre autres, ont rejoint la boucle. Laquelle comprend désormais environ 230 signataires. Près de deux tiers sont européens ; un quart, étatsuniens. La majorité (63 %) sont à la fois fournisseurs et déployeurs. 37 % évoluent dans le logiciel ; 19 %, dans les services IT ; 13 % dans le cloud et/ou les télécoms.

L’adhésion reste volontaire et non contraignante. Elle suppose toujours trois grands engagements :

  • Définir une stratégie de gouvernance de l’IA
  • Cartographier les systèmes susceptibles d’être classés à haut risque
  • Promouvoir la sensibilisation du personnel et plus globalement des parties impliquées

D’autres engagements sont adoptables « à la carte », en fonction de la position occupée dans la chaîne de valeur de l’IA. Par exemple :

  • Identifier les risques pour la santé, la sûreté et les droits fondamentaux
  • Implémenter une journalisation cohérente vis-à-vis des finalités
  • Donner la possibilité d’étiqueter les contenus générés

7 webinaires sous la bannière du Pacte pour l’IA

L’autre catégorie de livrables « visibles » comprend les 7 webinaires que le Bureau de l’IA a organisés jusque-là. Tous sont disponibles en replay.

Le premier (novembre 2024) a exploré les objectifs de l’AI Act, son approche basée sur les risques et les mécanismes de gouvernance qu’il instaure.

Le suivant (décembre 2024) s’est focalisé sur les dispositions qui entreraient en application en février 2025. Ainsi que sur la régulation des modèles d’IA à usage général, qui seraient quant à eux encadrés à partir d’août 2025.

Le troisième webinaire (février 2025) avait abordé les exigences de « maîtrise de l’IA » inscrites à l’article 4. Et le répertoire associé.

En avril 2025, les deux sujets principaux furent les pratiques interdites et la définition des systèmes d’IA. Sur ce dernier point, l’UE venait de publier des lignes directrices.

Des bacs à sable aux gigafactories

Le 5e webinaire, tenu en mai 2025, avait englobé divers dispositifs. Parmi eux, les (giga-)usines d’IA, l’initiative InvestAI et la stratégie pour l’union des données.
Il fut aussi question de la stratégie pour l’application de l’IA, que la Commission européenne adopterait en octobre. Elle se déploie sur trois axes : mise en place d’initiatives phares sectorielles, résolution de défis transversaux et mécanisme de gouvernance unique.

Parmi les initiatives phares, l’UE entend porter, pour les soins de santé, des centres européens de dépistage avancés. Pour la mobilité, une initiative Autonomous Drive Ambition Cities dans le cadre de bancs d’essai transfrontaliers. Pour la culture, des microstudios spécialisés dans la production virtuelle assistée par IA.
Les « défis transversaux » couvrent, dans les grandes lignes, l’attractivité de l’IA pour les PME, la formation d’une main-d’œuvre adaptée et la garantie d’une confiance dans le marché européen.
L’aspect gouvernance unique doit reposer sur la transformation de l’Alliance européenne pour l’IA en forum de coordination.

Lors du 6e webinaire (septembre 2025), il fut à nouveau question des modèles d’IA à usage général. Et du code de bonnes pratiques associé (publié en juillet).

Le dernier webinaire en date (novembre 2025) a traité des dispositifs d’innovation pour les PME. Essentiellement, les bacs à sable réglementaires, les installations sectorielles d’essai et d’expérimentation, la plate-forme unique d’information sur l’AI Act et les pôles européens d’innovation numérique.

Illustration générée par IA

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Femmes et numérique : malgré les biais, l’IA donne espoir

6 mars 2026 à 14:41

Dans la tech française, le taux de féminisation s’élève à 17 %.

Dans la perspective de la Journée internationale des droits des femmes, les acteurs de l’IT sont nombreux à reprendre cette statistique. Moins à la sourcer.

Elle semble tirée d’un des volets de l’enquête Gender Scan, que réalise Global Contact, un cabinet parisien d’études et de conseil. Plus précisément de l’édition 2022. Les 17 % en question valent pour l’année 2020.

femmes numérique

En fonction des acteurs de l’IT, la formulation varie. Ippon Technologies annonce que les femmes représentent environ 17 % des effectifs de la tech en France. Tandis qu’Acer affirme que 17 % des postes techniques dans l’IT sont occupés par des femmes.
Le premier ajoute que dans ce même secteur, les femmes occupent 10 % des postes à responsabilité. Le second, que seules 3 % des lycéennes choisissent la spécialité numérique et sciences informatiques.

L’IA, ou les deux côtés de la médaille

Chez Tanium, on rappelle qu’à l’échelle mondiale, dans le domaine des technologies, 14 % des cadres supérieurs sont des femmes. On souligne aussi l’opportunité que l’IA présente pour « égaliser les chances » en contribuant à réduire l’épuisement professionnel… y compris pour les femmes qui reprennent le travail. « L’avantage pour les femmes viendra des organisations qui utiliseront l’IA pour renforcer la filière de leadership et non pour la réduire », ajoute Melissa Bischoping, directrice de recherche en sécurité.

iCIMS, éditeur de logiciels RH, voit dans l’IA un « levier puissant » pour objectiver certaines décisions de recrutement, harmoniser les critères et limiter les biais humains.

Il y a deux ans, en marge de la Journée internationale des droits des femmes, l’UNESCO avait elle aussi exprimé des espoirs quant à l’IA. Plus précisément au sujet des LLM open source. Qui, par leur ouverture, pouvaient favoriser l’atténuation des biais embarqués.

Car des biais, il y en avait. Des tests sur GPT-2, Llama 2 et GPT-3.5 avaient révélé, entre autres, une propension à produire des stéréotypes de genre. Par exemple en y associant certains concepts (à « femme », « famille », « enfants » et « mariage » ; à « homme », « entreprise », « cadre », « salaire », « carrière »…). Ou certains emplois (« chauffeur », « enseignant », « jardinier », « employé de banque » pour les hommes ; « serveuse », « intendante », « mannequin », « prostituée » pour les femmes).

« Même de légers préjugés sexistes dans le contenu [généré] peuvent amplifier de manière significative les inégalités dans le monde réel », avait commenté Audrey Azoulay, alors directrice générale de l’UNESCO.

Du freelancing aux perceptions sociétales, une « trajectoire positive »

Ces inégalités se renforcent d’autant plus qu’elles sont visibles, postule Cynthia Overby, directrice des solutions de sécurité informatique chez Rocket Software. Des postes de direction aux conférenciers qui interviennent lors d’événements tech majeurs, le manque de diversité en façade « renforce la perception que l’industrie des technologies n’accueillera pas ceux qui ne correspondent pas à cette image », estime-t-elle.

« Dans les années 80, les femmes étaient beaucoup plus représentées dans les métiers de l’IT, explique LeHibou (plate-forme de freelancing IT). Un basculement s’est produit pendant cette décennie, quand l’informatique est devenue un produit grand public », constate-t-elle.
En 2023, 14 % de ses freelances furent des femmes. Minoritaires, donc, mais sur une « trajectoire positive » (elles étaient 9 % en 2018). Leurs principales fonctions : chef de projet MOA, product owner, consultante AMOA, chef de projet IA et business analyst. Trois de ces métiers ont affiché, en 2023, un taux journalier moyen équivalent à celui des hommes. Mais alors que ces derniers privilégiaient la rémunération, leurs homologues féminines citaient le choix des missions et la quête d’un meilleur équilibre pro/perso comme leurs principales sources de motivation pour faire du freelancing.

La même année, Ironhack (formation au numérique) avait lui aussi évoqué une forme de trajectoire positive. En comparant deux enquêtes sur le panel BuzzPress France, il avait notamment relevé que :

  • 63 % des Français déclaraient que les femmes pouvaient être aussi douées que les hommes dans les métiers liés au numérique (+ 4 points par rapport à 2022)
  • 32 % ne considéraient pas que les femmes n’étaient pas élevées ou éduquées pour s’intéresser à ces métiers (+ 6 points)
  • 49 % seraient prêts à inciter leur fille à choisir un métier dans la tech (+ 7 points)

Au-delà de la diversité, garantir l’inclusion

« Dans un environnement technique, la mixité apporte des regards différents et contribue à un meilleur équilibre collectif », assure Laetitia Martzolff, HR Business Partner chez DEEP France (ex-DIGORA).

Stephanie Aceves, ancienne de Tanium, allait plus loin l’an dernier. Elle appelait à porter attention aux « qualités uniques » des femmes : « capacité à diriger avec intuition, à résoudre les problèmes avec une vision large et à créer une communauté au sein des équipes ». Au-delà du recrutement diversifié, il faut garantir l’inclusion, ajoutait-elle. Or, pour un même rôle, on attend plus d’une femme. Souvent, en particulier, qu’elles prennent en main le sujet de la féminisation lorsqu’elles sont seules dans leur équipe.

Dans certains contextes, les femmes doivent encore démontrer leur compétence avec une intensité supérieure, confirme Céline Delaugère. Cette exigence souvent implicite se manifeste dans l’accès au financement, à la visibilité médiatique ou aux postes de décision, résume la fondatrice de MyDataMachine. Elle poursuit : parler de droits des femmes implique de regarder concrètement leurs accès à l’IA, à la data et aux infrastructures numériques, en ce qu’elles façonnent nos sociétés (modèles économiques, usages culturels, équilibres de pouvoir). Et d’appeler à ne plus analyser les parcours féminins à travers des catégories restrictives : scientifique ou créative, technique ou artistique, rationnelle ou sensible… Cette lecture binaire ne correspond plus à la réalité de trajectoires hybrides.

Brevets STEM : le taux de féminisation aussi sous les 20 %

D’après l’Office européen des brevets, dans les STEM, 16,7 % des inventeurs mentionnés dans les demandes de dépôt de brevet en France entre 2018 et 2022 étaient des femmes. Soit à peu près autant que sur la période 2013-2017 (16,4 %). Le Val-de-Marne se distingue. Le taux (25,4 %) y est parmi les plus élevés chez les régions européennes à forte densité d’innovation.

En mathématiques et informatique, l’Institut Mines-Télécoms arrive en tête des établissements d’enseignement supérieur pour le taux de femmes dans les demandes de dépôt de brevet pendant le doctorat (10 %). L’Université Paris Sciences et Lettres domine pour les dépôts ultérieurs (8 %).

Sur l’ensemble des dépôts à l’INPI entre 2021 et 2023, 14 % des inventeurs français étaient des femmes. Le taux atteignait 16 % dans les établissements publics et les entreprises détenues par l’État. Contre 11 % dans les grandes entreprises et 9 % dans les PME. Il avoisinait 30 % dans le secteur de la chimie.

Illustration générée par IA

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