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11) Au-delà des nexus : Peut-on penser l'impensable? - YouTube

5 janvier 2026 à 22:38

Au-delà des Nexus : Peut-on Penser l'Impensable ?

D'après l'analyse de Bascar (Hypnomachie)

Introduction : Tolérance et Limites de la Pensée

Dans cette vidéo fondamentale, Bascar aborde trois thèmes qui s'entrecroisent : les tabous, le quotient intellectuel et Jacques Attali. L'objectif est de comprendre pourquoi certaines idées restent littéralement impensables pour la majorité des êtres humains, et comment cette limitation structure nos sociétés.

La plupart d'entre nous aimons nous sentir tolérants. Cette tolérance nous procure une bonne image de nous-mêmes. Mais à l'examen, cette tolérance a rapidement des limites. Les groupes sociaux possèdent eux aussi une forme de tolérance, et celle-ci a également des frontières précises. Lorsqu'on examine ces frontières de la tolérance d'un groupe social, on arrive rapidement vers ce que Bascar appelle les nexus.

I. Les Nexus : L'Impensable Structurant

Définition du Nexus

Un nexus, en psychologie sociale, désigne quelque chose qu'on ne peut pas penser. C'est littéralement inimaginable. Le nexus déclenche des réactions épidermiques, émotionnelles, plus ou moins violentes chez les individus, mais qui stoppent instantanément toute discussion et toute réflexion.

Ces nexus forment le socle des groupes sociaux. Il s'agit en fait d'aversions communes : « le nazisme, c'est pas bien », « la pédophilie, c'est vraiment nul ». On n'a même pas besoin de voir ce qu'il y a derrière ces mots pour que l'aversion soit déclenchée. Ce sont précisément ces aversions communes qui vont souder les groupes humains.

La Fonction des Nexus dans les Groupes

Comme on l'apprend en psychologie des foules et en psychologie sociale, on n'est jamais autant soudés que quand on hait en commun. En fait, le groupe est d'autant plus cohésif qu'il existe « une partie entière du réel qu'on est tous d'accord pour ne pas aller voir ».

C'est tout le propos d'Hypnomachie : conscientiser cet état de fait et proposer des exercices et un substrat théorique pour pouvoir « aller voir sous le tapis » ce que le groupe social essaye de planquer. Car ce n'est pas parce qu'on appartient à un groupe social qu'on est obligé d'en adopter les tabous.

Variabilité des Nexus

Les nexus varient selon les milieux sociaux. Par exemple : l'avortement, la peine de mort. Ce sont des notions qui, dans certains milieux, sont tellement acquises (« c'est bien » / « c'est pas bien ») qu'on n'a même pas à discuter. C'est « simplement hors de propos qu'on vote et qu'on discute là-dessus ».

II. Les Sommets Secrets : Davos et Bilderberg

Pourquoi le Secret ?

C'est pour éviter ce genre de limitations à penser qu'un certain nombre de dirigeants se réunissent régulièrement, plusieurs fois par an, dans des sommets. Bascar mentionne :

  • Le Forum de Davos
  • Le Groupe Bilderberg, qui réunit des politiciens, des chefs religieux, des dirigeants de multinationales et d'autres personnes influentes (parfois des journalistes)

Ces personnes se réunissent ensemble régulièrement pour décider, dans une certaine mesure, de l'avenir — votre avenir, notre avenir.

La plupart du temps, il y a des réunions publiques qui peuvent être retransmises à la télévision. Mais il y a aussi des sommets privés, généralement tenus dans des lieux secrets, totalement interdits aux médias.

La Raison Fondamentale

Bascar précise qu'il n'aborde pas cette problématique sous l'angle des théories du complot (il renvoie à une autre vidéo pour cela). La raison du secret est plus structurelle : c'est à cause de ces nexus que les dirigeants ne peuvent pas se permettre de réfléchir et de débattre en toute transparence sur des thèmes qui sont problématiques pour l'avenir de l'humanité, tels que :

  • La surpopulation
  • La distribution des ressources

S'ils le faisaient en toute transparence à la télévision à 20h ou 22h, cela voudrait dire qu'ils devraient réfléchir uniquement dans le cadre de ce qui est admis par la socio-culture du moment.

Le Problème de l'Homme de Demain vs. les Tabous d'Aujourd'hui

Or, à l'intérieur de ce cadre socio-culturel, des problèmes comme la surpopulation mondiale ne peuvent pas être résolus. C'est-à-dire qu'ils doivent inventer le monde de demain, mais en respectant les tabous de l'homme d'aujourd'hui. C'est une contradiction fondamentale.

Ce sont ces différences de conception qui font qu'ils choisissent « très naturellement » de se réunir dans des hôtels ou dans des grands centres où les lieux sont cachés, dissimulés, et où l'accès est totalement interdit aux médias. Ils vont ainsi s'autoriser, l'espace d'un temps de réflexion, à penser hors de ce qui est socialement acceptable pour l'homme de la rue.

Position de Bascar

Bascar précise qu'il ne s'agit pas pour lui de dire « pauvres dirigeants, on les comprend pas ». Il ne prend pas position sur leur légitimité ou leur moralité (franc-maçons, Illuminati, etc.). Il se contente simplement d'expliquer ce qui fait que ces sommets sont cachés et que leur contenu ne peut pas être trouvé en libre accès.

III. L'Exemple de la Famine : Système 1 vs. Système 2

L'Exemple Concret

Bascar prend l'exemple d'une image qui circule sur Facebook : on voit un petit Africain penché dans de l'eau croupie, avec le texte : « Quand on pense qu'il suffirait de prendre 5% du budget d'armement pour éradiquer toute la famine sur terre ».

Ça semble logique. L'homme de la rue, avec son système rapide (système 1), son cerveau limbique, se dit : « Quelqu'un qui meurt de faim, c'est horrible. » Et c'est vrai, c'est horrible. Si on voit quelqu'un mourir de faim, on va probablement lui donner quelque chose à manger.

La Vision à Long Terme

Mais si on utilise son système lent (système 2), son néocortex, on se dit : « Attends, réfléchis. » Si jamais on organise une aide humanitaire massive en prenant sur le budget mondial de l'armée (ou toute autre dépense qui pourrait paraître superflue), voici les conséquences :

  1. Ces personnes qui meurent de faim vont avoir à manger.
  2. Elles vont se reproduire.
  3. Dix ou quinze ans après, on va rapidement se retrouver non pas avec un milliard de personnes qui ont faim, mais avec trois milliards.

En fait, on ne résout pas le problème.

La Vision Grand-Angle

C'est justement cette « vision avec du recul », ce « grand-angle », cette « pondération » et cette « vision globale des choses » que les dirigeants essayent d'avoir. Qu'on les considère comme faisant partie d'une lignée des Illuminati manipulateurs ou comme de gentilles personnes, Bascar ne rentre pas dans ce débat.

Le fait est que « quand bien même ce seraient des chefs bienveillants », ils ont un vrai problème de gestion des ressources : il y a toujours plus de monde sur cette planète, et il faut produire assez de nourriture. C'est un défi pour l'avenir.

Ils essayent d'avoir cette vision « grand temps », de ne pas se faire aveugler par le système rapide, d'utiliser leur voie lente. Pour cela, ils se réunissent en se disant : « On n'a pas pensé là-bas, parce qu'il y a des nexus, mais si on allait quand même voir, peut-être qu'il y aurait une solution. »

Ne Pas S'Interdire de Penser

Bascar conclut : face à ces défis globaux planétaires, ne pas se permettre de penser hors du carcan socio-culturel, c'est perdre littéralement de l'information. Si on veut vraiment se donner tous les moyens de résoudre ce type de problème, on n'a pas le choix : il faut penser hors des sentiers battus, hors de ce que nous interdit la socio-culture.

IV. L'Exemple de Jacques Attali : Euthanasier les Plus de 70 Ans

La Proposition Controversée

Bascar cite l'exemple d'un habitué de ce genre de sommets : Jacques Attali. À une époque, Attali avait proposé qu'on pourrait peut-être euthanasier toutes les personnes de plus de 70 ans.

Naturellement, cela avait fait un tollé monstrueux, car cela ne respecte absolument pas le socle de notre socio-culture avec sa notion de respect des aînés. Certains journalistes lui avaient renvoyé ça à la figure quand il avait eu 70 ans : « Alors Jacques, quand est-ce que tu te suicides pour être en cohérence avec tes idées ? »

L'Intérêt du Brainstorming

Ce qui semble intéressant à Bascar, ce n'est pas de cautionner l'idée, mais simplement de s'autoriser à pouvoir au moins émettre des hypothèses, comme quand on fait un brainstorming : on balance toutes les idées, on regarde ensuite les bonnes, mais au moins on s'autorise à pouvoir le penser.

C'est vrai que ce n'est pas simple pour l'homme de la rue de se dire : « Tiens, j'ai une idée. Pour résoudre la faim dans le monde, on pourrait balancer des bombes nucléaires et tous les tuer. » Évidemment, ce n'est pas une bonne idée. Mais c'est important de s'autoriser à penser les choses, parce que si on s'autorise à penser avec cette liberté intérieure, il y a beaucoup plus de chances d'avoir :

  • Des idées novatrices
  • Des idées décalées
  • Des idées intégrales

Ces idées peuvent jaillir et apporter une solution globale pour le bénéfice de la vie dans son ensemble.

V. Les Rituels Pédophiles dans les Sociétés Secrètes

Un Nexus Absolu

C'est « beaucoup moins drôle », prévient Bascar, mais c'est aussi pour ces raisons qu'on retrouve dans certaines sociétés secrètes des pratiques pédophiles.

Il prend le temps de bien articuler le mot « pédophiles », car « quand on dit pédophiles », on sent immédiatement le nexus s'activer. On n'a pas envie d'entendre quelqu'un qui nous parle de ça. C'est un thème hyper clivant, hyper polarisant. Le gars qui dit ça, « on l'attend au tournant », on a envie de le bannir de la communauté. Dès qu'on sent ça, on sent une expulsion imminente.

La Fonction Initiatique

C'est pour cette raison qu'il y a, dans ces sociétés secrètes, parfois des rituels pédophiles dont le but est précisément :

  • D'enseigner
  • D'entraîner les membres à « péter un câble »
  • De réussir à penser le monde hors de la socio-culture et du carcan de l'homme de la rue

Bascar insiste : « Naturellement, je le redis, parce qu'il y a toujours une personne pour dire 'oh là là, on ne cautionne pas les pratiques pédophiles'. » Mais son but n'est ni de se placer en termes de bien ou mal, ni de cautionner. Son but est d'expliquer pourquoi on retrouve des meetings secrets dans des hôtels de luxe avec ce type de pratiques.

La Cohérence d'Ensemble

Il y a une cohérence d'ensemble qui est d'entraîner le cerveau à se libérer du carcan qui constitue le socle de la société.

Bascar poursuit : « Il faut bien se rendre compte que nous ne sommes pas tous égaux dans notre capacité à pouvoir penser la réalité de ce que peuvent faire certains êtres humains en termes d'actes de barbarie, de cruauté ou de choses comme ça. »

Il y a une préparation psychologique qui permet au système nerveux de dire : « OK, d'accord, je peux voir quelqu'un se faire tuer, OK, je peux voir ça. » Parce qu'il y a des choses dans le réel qui vont faire vomir au moins une personne sur deux si elle n'est pas préparée.

Le Mécanisme de Protection

Tant qu'on n'est pas préparé à ça, il y a des choses que le cerveau, pour se protéger, laisse dans le domaine de l'impensable.

C'est un peu comme si on prenait quelqu'un avec un QI de 40 et qu'on lui donnait des cours de physique nucléaire : il ne va pas réussir à le penser, « il y a trop de briques qui manquent ».

On n'aime pas beaucoup se rendre compte qu'il y a des choses qu'on n'arrive pas à penser, qui nous dépassent, qui sont trop complexes pour nous. D'ailleurs, en général, on oublie consciencieusement. C'est le signe que notre cerveau n'est pas à l'aise avec ça. Ça nous oblige à penser l'impensable, et donc il « mouline », il n'y arrive pas, donc il préfère oublier. C'est une façon de se protéger, de sauvegarder l'estime de soi.

VI. Le Quotient Intellectuel et la Communication

Le QI : Un Indicateur Robuste

Bascar aborde alors la notion de quotient intellectuel. Il précise que le QI n'est pas un synonyme de l'intelligence. Néanmoins, malgré le fait qu'il existe des intelligences multiples, ça reste un indicateur scientifiquement robuste.

Des psychologues ont déterminé qu'à partir de 30 points d'écart de QI entre deux personnes, on empêche une communication authentique, une communication du cœur. « Ça, c'est terrible », note Bascar.

Le QI Moyen par Profession

C'est très intéressant si on met cela en parallèle avec la communication de nos dirigeants dans les sommets de Davos. On peut penser que ce sont des personnes très intelligentes. En effet, ce sont des hommes politiques de premier plan, des chefs d'entreprise, des gens qui ont réussi d'après les standards de notre société.

Mais si on regarde de plus près, c'est un peu plus complexe. Des psychologues ont analysé le QI moyen par profession :

  • Métiers manuels (artisans, garagistes, plombiers, etc.) : QI moyen entre 95 et 97
  • Médecins : très rare de réussir à être médecin avec moins de 110-115. Statistiquement, les médecins diplômés ont un QI significativement plus haut.
  • Dirigeants (hommes politiques de premier plan, multinationales, etc.) : QI généralement entre 115 et 130, parfois plus.

La Barrière de Communication

Cela veut dire que quand ces dirigeants vont commencer à aborder certains thèmes et à penser certaines choses, « l'homme de la rue », notamment les classes les plus populaires, « ne vont plus réussir à les suivre ».

C'est aussi pour ça qu'ils doivent se mettre dans des formes de huis clos : la communication n'est plus possible. L'individu avec 85 de QI va se dire : « Pourquoi il fait ça ? Je n'y arrive pas. » Pour lui, c'est simple : « Il y a qu'à faire quelque chose et puis c'est tout. »

Pour reprendre l'exemple de la famine : « Quelqu'un meurt de faim ? Il y a qu'à le nourrir, et puis c'est tout. » Il y a un problème de communication. Ils ne voient pas la complexité.

VII. Le Paradoxe des Très Hauts QI

Une Découverte Contre-Intuitive

Ce qui est « extrêmement intéressant », poursuit Bascar, c'est qu'on se rend compte que dans les populations intellectuellement supérieures (QI supérieur à celui des médecins), effectivement, à 120, 130, il y en a de plus en plus.

Mais fatalement, on se rend compte qu'autour de 130-135, la demande commence à redescendre. C'est-à-dire qu'il y a plus de chirurgiens avec un QI de 128 que de chirurgiens avec un QI de 140. C'est totalement contre-intuitif.

L'Exode des Très Hauts QI

Qu'est-ce que ça veut dire ? Cela veut dire que plus le QI monte, quand on arrive à 150, en fait 97% des personnes qui ont plus de 150 de QI ne font pas un métier de catégories socioprofessionnelles « plus ».

En d'autres termes, quand on arrive sur les très hauts QI, les personnes vraiment incroyablement brillantes ne sont plus insérées dans le système traditionnel (université, validation des degrés, etc.).

Bien sûr, en moyenne, vous avez des profs d'université avec 150 de QI. Mais une large partie des personnes qui ont 150-160 de QI « sont des espèces d'électrons libres » hors système, qui « font plus ou moins leur truc ».

Les Conséquences en Termes de Communication

C'est très intéressant, car si on se rappelle de la règle des 30 points de QI :

  • Quelqu'un qui a 140 de QI peut avoir des relations d'intimité, de cœur à cœur, avec 25% de la population.
  • Pour quelqu'un qui a 150 de QI, c'est une personne sur 10.
  • Quand vous arrivez à 160 de QI, c'est une personne sur 100.

Le Gâchis des Ressources Humaines

Cela veut dire qu'il y a actuellement dans l'humanité des êtres humains avec un niveau de culture, d'intelligence et d'éducation incroyable, probablement si élevé que « ni vous ni moi n'arrivons même à concevoir tellement ils sont intelligents », au-delà de notre capacité.

Ces personnes auraient donc énormément à apporter au collectif en termes de résolution des problématiques globales, de gestion des ressources, de faim dans le monde, etc. Et ils ne font pas partie de ces cercles de dirigeants. Ce sont de purs « électrons libres ».

Bascar trouve qu'il y a là « quelque chose de fondamental et fondamentalement intéressant à penser, à créer et à mettre en œuvre », parce qu'il y a de la ressource positive de première qualité qui est totalement sous-exploitée par l'humanité, alors que nous avons bel et bien des problèmes qui nécessiteraient cette intelligence.

VIII. L'Exemple de François Roddier : Pensée Transdisciplinaire

Conseil de Lecture

Pour donner un exemple de ce type de pensée, Bascar recommande (« je n'ai aucune idée du QI de monsieur François Roddier ») le livre « Thermodynamique de l'Évolution » de François Roddier.

C'est un bouquin « très simple, très intelligent », une espèce de synthèse autour des lois de la systémique et de la thermodynamique. Il parle de :

  • Biologie
  • Physique
  • Politique
  • Économie

Il fournit une grille de lecture transdisciplinaire, simple, scientifiquement sourcée. Si vous avez envie d'approfondir ces thèmes, Bascar le recommande « très, très chaleureusement ».

L'Archétype d'une Pensée Révolutionnaire

Pour lui, c'est l'archétype du genre de pensée qui pourrait révolutionner facilement les grands problèmes de l'humanité, sans avoir forcément à passer par l'élitisme des gens de Davos et de ce genre de sommets, tout en respectant l'intelligence.

IX. Conclusion : Utiliser les Ressources Disponibles

Bascar conclut en espérant que cette vidéo a plu. Il avait envie d'aborder le thème de l'impensable, de la difficulté à penser.

Il espère qu'on a bien compris qu'il ne parle pas forcément de faire une « QI-cratie » (gouvernement par les plus intelligents), ou quelque chose comme ça. Il parle simplement d'essayer d'utiliser au mieux les ressources disponibles par l'humanité, pour l'humanité.

Invitation au Dialogue

Il invite à :

  • Soutenir Hypnomachie via le compte Tipeee
  • Discuter dans les commentaires ou sur la page Facebook
  • Laisser un pouce vert (ou rouge, selon le réseau social)

Glossaire des Termes Complexes

Nexus

Concept issu de la psychologie sociale désignant ce qui ne peut pas être pensé par un groupe ou un individu. Le nexus est littéralement impensable et déclenche des réactions épidermiques, émotionnelles, qui stoppent instantanément toute discussion ou réflexion. Les nexus forment le socle des groupes sociaux par le biais d'aversions communes (exemple : « le nazisme, c'est mal »). Un groupe est d'autant plus cohésif qu'il partage des nexus, c'est-à-dire des zones du réel qu'on est tous d'accord pour ne pas aller voir.

Socio-culture (ou Socioculturel)

Ensemble des normes, valeurs, croyances et pratiques partagées par une société ou un groupe social à un moment donné. Le cadre socio-culturel définit ce qui est acceptable, pensable, discutable, et ce qui ne l'est pas (les nexus).

Système 1 / Système 2

Distinction issue de la psychologie cognitive (popularisée par Daniel Kahneman, Prix Nobel d'économie) :

  • Système 1 (voie rapide) : Pensée automatique, rapide, émotionnelle, intuitive. Siège dans le cerveau limbique. Fonctionne par agréable/désagréable, ami/ennemi. Permet des réactions immédiates de survie, mais manque de recul.
  • Système 2 (voie lente) : Pensée réflexive, lente, analytique, rationnelle. Siège dans le néocortex. Permet la planification, l'abstraction, la vision à long terme, mais demande un effort conscient.

Cerveau Limbique

Partie ancienne du cerveau (partagée avec les mammifères), siège des émotions, de la mémoire émotionnelle et des réflexes de survie. Fonctionne en mode binaire : agréable/désagréable, danger/sécurité. Réagit rapidement mais sans nuance.

Néocortex

Partie la plus récente du cerveau humain (d'un point de vue évolutif), siège de la pensée abstraite, du raisonnement logique, du langage complexe, de la planification à long terme. Permet une vision « grand-angle » et une pondération des conséquences.

Quotient Intellectuel (QI)

Mesure standardisée de l'intelligence cognitive, obtenue par des tests psychométriques. Bien qu'il ne mesure pas toutes les formes d'intelligence (Gardner parle d'intelligences multiples : logico-mathématique, linguistique, interpersonnelle, intrapersonnelle, musicale, kinesthésique, spatiale, naturaliste), le QI reste un indicateur statistiquement robuste de certaines capacités cognitives (logique, abstraction, mémoire de travail, vitesse de traitement).

Règle des 30 Points de QI

Règle empirique issue de la psychologie : un écart de 30 points de QI ou plus entre deux personnes empêche une communication authentique, une communication « du cœur à cœur ». Les deux individus ne peuvent plus vraiment se comprendre intuitivement, car leurs modes de pensée, leur niveau d'abstraction et leur vitesse de traitement sont trop différents.

QI-cratie

Néologisme formé par Bascar (par analogie avec « démocratie », « aristocratie », etc.) désignant un système de gouvernement où le pouvoir serait détenu ou confié aux personnes ayant le QI le plus élevé. Bascar précise qu'il ne prône pas ce système, mais simplement une meilleure utilisation des ressources intellectuelles disponibles.

Électron Libre

Métaphore désignant une personne qui n'est pas insérée dans les structures institutionnelles traditionnelles (université, entreprise, administration). Elle fonctionne de manière autonome, indépendante, souvent en marge du système. Selon Bascar, la majorité des personnes ayant un très haut QI (150+) deviennent des électrons libres plutôt que d'intégrer les cercles dirigeants.

Sommets de Davos

Réunion annuelle du Forum économique mondial (World Economic Forum) qui se tient à Davos, en Suisse. Y participent des dirigeants politiques, des chefs d'entreprise, des économistes, des journalistes et des intellectuels. Les discussions portent sur les grands enjeux économiques, politiques et sociaux mondiaux. Certaines sessions sont publiques, d'autres se tiennent à huis clos.

Groupe Bilderberg

Conférence annuelle informelle et privée réunissant environ 120 à 150 personnalités influentes (politiciens, chefs d'entreprise, banquiers, intellectuels, journalistes) d'Amérique du Nord et d'Europe. Créé en 1954, le groupe tire son nom de l'hôtel Bilderberg aux Pays-Bas où s'est tenue la première réunion. Les discussions sont strictement confidentielles (règle de Chatham House), ce qui alimente de nombreuses théories du complot.

Huis Clos

Expression française désignant une réunion, un débat ou une discussion qui se tient à portes fermées, sans accès du public ni des médias. Par extension, désigne une situation où un groupe restreint peut parler librement sans craindre le jugement extérieur.

Brainstorming

Technique de créativité collective où les participants sont invités à proposer toutes les idées qui leur viennent, sans jugement ni censure dans un premier temps. L'objectif est de maximiser la quantité d'idées pour ensuite les évaluer et sélectionner les meilleures. Le principe est de suspendre le jugement pour libérer la créativité.

Sociétés Secrètes

Organisations dont l'existence, les membres, les activités ou les doctrines sont partiellement ou totalement cachés au grand public. Exemples historiques : franc-maçonnerie, Rose-Croix, Skull and Bones, etc. Ces sociétés pratiquent souvent des rituels initiatiques visant à transformer psychologiquement leurs membres.

Rituel Initiatique

Cérémonie codifiée visant à faire passer un individu d'un statut à un autre (profane → initié, apprenti → compagnon, etc.). Les rituels initiatiques comportent souvent des épreuves physiques ou psychologiques destinées à transformer la conscience de l'initié, à lui faire franchir des seuils mentaux, à dépasser des peurs ou des tabous.

Préparation Psychologique

Processus par lequel le système nerveux et la psyché d'un individu sont progressivement habitués à des stimuli qui, sans cette préparation, seraient insupportables (violence, mort, transgressions morales, etc.). Cette préparation permet d'élargir le champ de ce qui peut être « pensé » et « vécu » sans effondrement psychique.

Thermodynamique de l'Évolution

Ouvrage de François Roddier, astrophysicien français, qui applique les principes de la thermodynamique et de la systémique à l'évolution biologique, sociale et économique. Roddier propose une grille de lecture transdisciplinaire montrant comment les mêmes lois physiques (dissipation d'énergie, auto-organisation, maximisation de l'entropie) s'appliquent aux systèmes vivants, aux sociétés humaines et aux économies.

Systémique

Approche scientifique qui étudie les systèmes dans leur globalité, en mettant l'accent sur les relations et interactions entre les éléments plutôt que sur les éléments eux-mêmes. La pensée systémique s'oppose au réductionnisme. Elle est particulièrement utile pour comprendre des phénomènes complexes (écosystèmes, sociétés, économies).

Transdisciplinaire

Qui transcende les frontières des disciplines traditionnelles (biologie, physique, sociologie, économie, etc.) pour proposer une vision unifiée ou une grille de lecture commune applicable à plusieurs domaines. La thermodynamique de l'évolution de Roddier est un exemple de pensée transdisciplinaire.

Pensée Intégrale

Concept issu de la philosophie intégrale (Ken Wilber notamment), désignant une pensée qui intègre plusieurs niveaux de réalité, plusieurs perspectives, plusieurs paradigmes, sans les exclure ni les hiérarchiser de manière rigide. C'est une pensée « grand-angle » qui cherche à embrasser la complexité sans la réduire.

Tolérance

Capacité à accepter, supporter ou respecter des idées, des comportements ou des personnes différents de soi. Cependant, comme le souligne Bascar, toute tolérance a des limites, définies précisément par les nexus du groupe auquel on appartient. On tolère beaucoup de choses, mais certaines restent absolument intolérables et impensables.

Psychologie des Foules

Branche de la psychologie sociale qui étudie le comportement des groupes et des masses. Gustave Le Bon, auteur de La Psychologie des Foules (1895), a montré que les individus, lorsqu'ils sont en groupe, adoptent des comportements différents de ceux qu'ils auraient seuls : régression intellectuelle, suggestibilité accrue, contagion émotionnelle, irresponsabilité (dilution de la responsabilité individuelle).

Psychologie Sociale

Discipline scientifique qui étudie comment les pensées, les sentiments et les comportements des individus sont influencés par la présence réelle, imaginée ou implicite d'autrui. Elle s'intéresse aux normes sociales, aux attitudes, aux préjugés, à la conformité, à l'obéissance, aux relations intergroupes, etc.

Jacques Attali

Économiste, écrivain et conseiller politique français, né en 1943. Conseiller spécial du président François Mitterrand de 1981 à 1991, fondateur et premier président de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD). Figure influente participant régulièrement à des forums internationaux comme Davos. Connu pour ses analyses prospectives et ses propositions parfois controversées.

Euthanasie

Action de provoquer délibérément la mort d'une personne atteinte d'une maladie incurable ou d'une souffrance insupportable, dans le but de mettre fin à ses souffrances. L'euthanasie est un nexus majeur dans de nombreuses sociétés, déclenchant des débats passionnés. L'idée d'une euthanasie des personnes âgées pour des raisons économiques ou démographiques (comme évoquée par Attali dans un contexte prospectif) est un nexus absolu pour la plupart des gens.

Vision Grand-Angle

Métaphore empruntée à la photographie : capacité à voir une situation dans son ensemble, avec du recul, en prenant en compte les multiples facteurs et les conséquences à long terme. S'oppose à la vision « tunnel » ou myope, qui ne voit que l'immédiat et le proche.

L'Homme de la Rue

Expression désignant le citoyen moyen, la personne ordinaire, par opposition aux élites, aux experts ou aux dirigeants. « L'homme de la rue » représente le sens commun, les réflexes du système 1, les opinions majoritaires et les nexus sociaux dominants.


Note finale : Cette vidéo de Bascar invite à une réflexion radicale sur les limites de notre pensée collective. Les nexus ne sont pas de simples tabous moraux : ce sont des zones aveugles structurelles qui nous empêchent de penser certaines solutions à des problèmes globaux. Bascar ne prône ni l'amoralité ni l'élitisme, mais une conscientisation de ces mécanismes et une meilleure utilisation des ressources intellectuelles disponibles. Le véritable enjeu n'est pas de « penser l'impensable » pour choquer, mais de libérer l'intelligence collective des carcans qui l'entravent, afin de résoudre les défis planétaires qui nous attendent.
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Permalien

32) De René Girard à l'hypnomachie : Du conflit mimétique a la logique sacrificielle - YouTube

5 janvier 2026 à 22:19

Voici une autre vidéo de Bascar qui est un fondement de sa pensées, soit la pensée de René Girard et le conflit mémétique. Le fait que souvent les fondements sont basés sur un sacrifice.

Bascar prône une logique non sacrificielle.

https://www.youtube.com/watch?v=YVm3_kmOI80

J'aimerai que tu me fasse un article à propos de ce sujet, qui retranscrit le plus fidèlement possible les propos de Bascar dans cette vidéo.

Bascar utilise souvent un vocabulaire qui n'est pas très courant. J'espère que la transcription sera possible. Notamment pour le mot "Amphibologie" Si possible en fin de l'article j'aimerai un glossaire des mots compliqué, autant ceux de Bascar que ceux des différents courants juifs évoqués dans cette vidéo.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Ren%C3%A9_Girard

Voici l'article retranscrivant fidèlement les propos de Bascar dans sa vidéo sur René Girard et la théorie mimétique :


René Girard et la Logique Non Sacrificielle

D'après l'analyse de Bascar (Hypnomachie)

Introduction : Une Vidéo Fondamentale

Cette vidéo, que Bascar qualifie lui-même de « spéciale », s'adresse à deux publics : ceux qui découvrent sa chaîne et les concepts de René Girard, et ceux qui, bien que familiers avec ces idées, ressentent une impression d'inachèvement. Il s'agit d'établir « un socle commun » pour comprendre les fondements de son travail, avant de ne plus parler de Girard « pendant au moins plusieurs vidéos ».^1

Le propos central est clair : expliquer pourquoi tant de personnes « ne bitent absolument rien » de ce qu'il dit dans les commentaires. La réponse réside dans la compréhension de la théorie mimétique et de la distinction entre logique sacrificielle et non-sacrificielle.^1

I. Le Désir Mimétique : Fondement de la Théorie

La Genèse du Désir

René Girard propose une théorie révolutionnaire du désir humain. Selon lui, l'enfant naît sans désir particulier. Il possède des besoins biologiques évidents (chaleur, nourriture, soif, contact physique), mais pas de désir au sens propre.^2^1

Le désir apparaît par la médiation d'un tiers. C'est en observant un autre individu désirer quelque chose que l'enfant découvre que cet objet est désirable. Bascar illustre : « C'est en passant par un autre, par une altérité qui elle-même va désirer, que l'individu va se dire 'ah mince, je désire aussi' ».^2

Le Triangle du Désir

Contrairement à la conception classique linéaire (sujet → objet), Girard propose un triangle du désir :^3^2

      MÉDIATEUR/MODÈLE
           /    \
          /      \
       SUJET → OBJET

Le désir ne va pas directement du sujet à l'objet. Il passe par l'imitation du désir d'autrui. C'est ce qu'on appelle la mimésis : nous sommes des « êtres d'imitation », comme le démontrent aujourd'hui les découvertes sur les neurones miroirs.^1

II. Du Désir au Conflit : La Rivalité Mimétique

Le Conflit Inévitable

Dès que deux individus désirent la même chose, un conflit mimétique émerge. Il n'y a pas forcément assez de ressources pour tous, ce qui déclenche une « véritable bataille de doubles », une rivalité entre individus ayant le même désir.^5

Bascar note que cette rivalité mimétique entre « jumeaux » est insupportable. D'où le jeu enfantin consistant à répéter exactement ce que dit l'autre : « c'est une façon de jouer, de remettre en scène le conflit mimétique primordial, mais c'est un jeu, donc comme tous les jeux d'enfants, c'est une façon de diffuser son angoisse ».^1

Exemples Historiques

L'anecdote du Liechtenstein et d'Haïti (1936) est révélatrice : lors des Jeux olympiques, les deux délégations découvrent qu'elles ont exactement le même drapeau. Cette situation était « insupportable ». En 1937, le Liechtenstein ajoute une couronne pour sortir de ce conflit mimétique.^1

Autre exemple mythologique : Romulus et Remus. Romulus tue son frère, accomplissant ainsi « le geste militaire par excellence » (défendre la cité), « le geste législateur » (définir les frontières) et le sacrifice fondateur. Rome ne peut blâmer Romulus : il est le fondateur.^1

III. Le Meurtre Fondateur et la Naissance du Sacré

La Logique Sacrificielle

Dans les sociétés traditionnelles, tout repose sur la réciprocité pour survivre face à une nature hostile. Mais si un membre du clan en tue un autre par désir mimétique, celui qui assiste au meurtre pourrait tuer le meurtrier, qui serait tué à son tour, déclenchant une vendetta infinie menant à la désintégration du groupe.^5

Pour arrêter cette spirale, il faut un point final : le meurtre fondateur. Ce meurtre final devient la base de la socio-culture. Girard démontre qu'il retrouve ce schéma dans toutes les civilisations : Grèce, Japon, Indonésie, Amazonie. Sa thèse est scientifiquement réfutable : il suffirait de trouver une seule ethnie qui ne serait pas basée sur ce conflit mimétique pour l'invalider.^5

Les Espaces de Respiration Épistémologique

Les êtres humains sont « très forts pour se raconter des histoires », produisant des narrations différentes face à un même fait. Ces narrations entrent en conflit sur la base de « quelle est la partie du réel qu'on a sacrifiée ».^1

Bascar pose alors la question fondamentale : toute relation d'altérité ne se base-t-elle pas sur un fond culturel lui-même basé sur un meurtre fondateur ? Dit autrement : en grattant toute relation avec autrui, ne continue-t-on pas à propager des schémas basés sur un meurtre physique ou symbolique d'un pan de la réalité ?^1

IV. Le Bouc Émissaire : Mécanisme Régulateur de la Violence

Caractéristiques du Bouc Émissaire

Le bouc émissaire est l'individu chargé de tous les malheurs de la communauté. Pour être désigné, il doit posséder une caractéristique paradoxale : il doit appartenir au groupe tout en étant suffisamment différent. Il peut être malade, difforme, étranger, « nimporte quoi, mais il faut qu'il ait quelque chose qui soit à la fois comme nous tous, de sorte qu'on puisse le reconnaître comme membre du groupe, mais quand même suffisamment différent pour que ce soit comme une évidence que s'il y a quelqu'un qui est quand même un peu pas comme nous, c'est lui ».^5

Le Sacrifice Doit Être Inconscient

Point crucial : le choix du bouc émissaire doit se faire sous le seuil de conscience. Si le meurtre fondateur est conscient, les différents individus se reconnaissent tous comme meurtriers, ce qui n'annule pas la violence. Le mécanisme ne fonctionne que s'il est refoulé, dénié, créant l'illusion collective d'être « non-violents » et « en sécurité ensemble », alors qu'en réalité « nous sommes tous des meurtriers ».^5

Étymologie et Prise de Conscience

Le terme français « bouc émissaire » apparaît à la fin du XVIe siècle, précisément quand on a arrêté de brûler des femmes pour sorcellerie. Bascar souligne l'importance de cette coïncidence : « Le fait que le terme arrive nous a permis de penser la chose. C'est là le contrôle de la langue et des cerveaux par la sémantique ».^1

Créer un mot, c'est s'autoriser à penser ce que le langage ne permettait pas auparavant. Tous les systèmes totalitaires cherchent à contrôler la langue en créant des mots ou en créant des « connotations émotionnelles négatives » pour contrôler la pensée.^1

Quand les humains du Moyen Âge ont commencé à prendre conscience qu'ils créaient des boucs émissaires en brûlant les sorcières, ils ont pu créer le mot, puis penser le phénomène, puis commencer à fonctionner autrement. La logique du bouc émissaire n'a pas disparu au XVIe siècle, mais elle a « considérablement diminué », ouvrant la voie aux Lumières.^1

V. Les Rituels : Échos du Meurtre Primordial

Tous les Rituels Reproduisent le Sacrifice

Bascar insiste : absolument tous les rituels ne sont que des « émanations », des « reflets », des « échos » du meurtre ritualisé primordial.^1

L'exemple le plus simple : dire « bonjour ». Ce rituel signifie « je ne vais pas te tuer ». En disant bonjour, « je m'identifie comme individu qui ne va pas... je rejoue et remets en scène avec vous » le fait de ne pas commettre le meurtre. Tous les rituels fonctionnent ainsi.^1

Le Piège de l'Augmentation des Doses

Bascar établit un parallèle puissant entre plusieurs phénomènes : les TOC (troubles obsessionnels compulsifs), la drogue et les rituels magiques.^1

Quand une stratégie est inefficace pour résoudre la peur, que fait-on ? On « augmente les doses ». Plus de rituels, plus complexes, plus fréquents. C'est exactement la logique de la personne qui souffre de TOC : au début, un petit rituel apaise l'angoisse, puis il faut l'intensifier constamment.^1

C'est aussi la logique de la drogue : au début, un peu suffit, puis il faut augmenter les doses. Bascar pose le diagnostic : « Dès que vous devez rentrer dans cette logique d'augmenter les doses, ça veut dire que votre stratégie ne fonctionne pas ». C'est ce que l'école de Palo Alto appelle « faire plus de la même chose ».^1

La Drogue et le Meurtre Fondateur

Du point de vue de la théorie mimétique, que cherchent les gens dans la drogue ? « Une intensité de l'expérience », qui est en fait « l'intensité ressentie par les fondateurs lors du meurtre primordial ». Au moment de tuer, on se sent « totalement vivants » et dans une « profonde sécurité ». Les drogues recherchent « les ombres de cette expérience primordiale ».^1

VI. Les Neurosciences et le Sacrifice

Les Rose Chip Neurons

Bascar évoque une découverte neuroscientifique récente : les « rose chip neurons » (neurones inhibiteurs). Ces neurones, qu'on ne retrouve pas chez les grands singes ou les dauphins, ont pour fonction d'inhiber de larges réseaux neuronaux.^1

La question posée est vertigineuse : « Est-ce qu'une des choses qui a permis l'émergence des civilisations humaines [...] est-ce que ça n'est pas justement cette capacité humaine à inhiber, à sacrifier, exclure tout un pan du réel ? »^1

Le meurtre fondateur, premier symbole d'un système de représentations culturelles, permettrait la transition du biologique au culturel, du « memétique ». Comment passe-t-on de l'essence à la culture ? « Grâce à ce symbole ».^1

VII. Le Christianisme comme Révélation du Mécanisme

Une Rupture Fondamentale

Girard propose « une espèce de christianisme réactualisé ». Avant lui, le christianisme était perçu depuis les Lumières comme « quelque chose qui était uniquement pré-rationnel, plafond ». Girard offre une vision rationnelle du christianisme, scientifique, pouvant être réfutée.^1

Sur cette base, il propose « une réunification du conflit mimétique rationnel » et une vision trans-rationnelle de la chrétienté. Bascar trouve « extrêmement intressant de sortir du conflit mimétique entre la science et la religion ».^1

Le Péché Originel Réinterprété

Le péché originel, selon Girard, c'est ce meurtre fondateur. Mais attention : ce n'est pas un appel à la culpabilité. Ce serait « typiquement une réaction très pré-rationnelle ». C'est simplement « une invitation à mettre de la conscience », à être conscient de la logique sacrificielle, « et pourquoi pas d'en sortir ».^1

La Conversion selon Girard

La conversion, c'est « le fait de reconnaître en soi le conflit mimétique ». Ce n'est pas une affaire de croyance aveugle, mais de prise de conscience.^1

Girard définit la propagande ainsi : « Tout le monde persécute tout en se proclamant ouvertement hostile à la persécution ». C'est exactement le mécanisme inconscient du bouc émissaire.^1

VIII. Vers une Logique Non Sacrificielle

L'Expérience Clinique de Bascar

Bascar fait un constat fort, issu de sa pratique : « Je n'ai jamais vu un seul être humain qui me regardait droit dans les yeux et me dire 'si, je veux du sacrifice' ».^1

Il a vu des êtres humains qui avaient peur, qui ne savaient pas comment faire, « mais par contre, dès qu'on leur montrait qu'il y avait une autre voie, une autre alternative, ils y allaient, soulagés de pouvoir sortir de cette voie ».^1

Les Conditions de Sortie

Sortir de la logique sacrificielle demande « du courage », une « paire de couilles », une « paire de verres ». Cela demande de « regarder en face sa propre violence, la violence du monde », et d'essayer « lucidement et humblement » de faire la différence.^1

Le piège principal : essayer de se créer un nouvel idéal du moi « unifié et dé-rat » (dé-rationalisé). « C'est ok, c'est ok, on a des traumatismes, on a une histoire de vie, ça nous a split [dissocié], ça nous a traumatisés parce qu'on s'est dissocié, on s'est mis en transe de dissociation, mais en fait on peut être unifié avec sa tranche de dissociation ».^1

Il ne s'agit pas d'essayer de « résorber » la dissociation, « parce que là on est encore dans le faire ». Il s'agit d'une « certaine réceptivité », d'accepter « ce qui est », sans jugement de valeur (mieux/moins bien).^1

Critique des Méthodes Modernes

Bascar est catégorique : on ne peut pas sortir de la dissociation, de la logique sacrificielle, avec des méthodes comme l'hypnose ou la PNL.^1

Pourquoi ? Parce que toutes ces méthodes reposent sur l'idéal du moi : « devenir une meilleure version de vous-même », définir des objectifs. À court terme, ça peut faire du bien « comme un rituel peut faire du bien à très court terme », mais « au bout d'un moment, il faut augmenter les doses, et à terme, c'est une voie sans issue ».^1

On ne peut pas dépasser un certain niveau de conscience avec ces méthodes. Elles peuvent être une « béquille », tout comme l'alcool après une rupture, « mais vous rendez-vous compte de la qualité de la béquille ? »^1

La Franc-Maçonnerie : Rituel et Fragmentation

Bascar dénonce la franc-maçonnerie comme exemple type de logique sacrificielle. Les francs-maçons pratiquent des « rituels, des rituels, des rituels par-dessus des rituels, et encore des rituels derrière ».^1

Dès l'initiation, on demande aux nouveaux membres de prêter serment : « Si jamais vous révélez les secrets de l'ordre, vous consentez à ce qu'on vous coupe la gorge [...] à avoir la langue arrachée et la gorge coupée ».^1

C'est « une aliénation de l'individu de sa propre pulsion de vie ». Dès le départ, « on se coupe de soi, on accepte de rentrer en transe, on n'est pas un être humain rassemblé, unifié, mais dès le départ on coupe en deux ». Le symbole du yin-yang avec le blanc et le noir illustre cette logique : « tout est fait pour couper, pour splitter, pour... on est dans le diable, on est dans la dualité ».^1

L'Hypnose : Ontologiquement Sacrificielle

Bascar affirme que « l'hypnose est ontologiquement sacrificielle et qu'on pouvait faire autrement ». Le problème n'est pas la magie en tant que pratique ésotérique, mais le fait qu'elle soit pré-rationnelle, qu'elle nie l'altérité en créant systématiquement une dualité (Belzébuth/le diable vs. le bien).^1

« Dès que vous êtes dans un truc avec une dualité, vous avez forcément un sacrifice ».^1

IX. Dialectique vs. Trialectique

Le Piège de la Pensée Dualiste

Bascar a eu des « problèmes » au bac parce qu'il faisait de la trialectique là où on demandait de la dialectique (thèse/antithèse/synthèse).^1

Le modèle dialectique hégélien reste enfermé dans la dualité : oui/non, bien/mal, pour/contre. C'est un modèle « un peu stérile », conditionné par les « fameux plans dialectiques de la philosophie ».^1

La Pensée Trialectique

La trialectique, c'est « une manière de déconstruire », « une forme de déconstruction, mais pas au sens postmoderne uniquement ». On utilise le trilème d'Agrippa pour « pousser notre investigation », voir « ce qu'il y a derrière les concepts ».^1

Résultat : « Il n'y a rien derrière les concepts, par définition, il n'y a que du vent derrière les concepts, puisqu'en fait tous les concepts sont des manières de parler, qui sont des façons de parler sur les façons d'exprimer quelque chose. Et si on reste bloqué sur le doigt, on perd la lune ».^1

L'Exemple du "Soi"

Bascar prend l'exemple philosophique classique : « La conscience de soi suppose-t-elle autrui ? »

En trialectique, on répond : « Mais la différence entre soi et autrui ne sont que des façons de parler. En réalité, il n'y a pas de soi, il n'y a pas d'autrui, en réalité il y a une monade ». La problématique « s'évapore d'elle-même », la réponse est dans la question elle-même.^1

Un autre exemple : l'égoïsme. Fred Ben Ari disait : « Ne pas penser à soi, c'est ça être égoïste ». Où s'arrête l'égoïsme ? « Ça s'arrête là où on croit au soi », car « le soi, c'est juste un modèle, ce n'est qu'une façon de parler ».^1

X. Les Objections à Girard

1. « Ça Marche Trop Bien Partout »

Bascar qualifie cet argument d'« hallucinant ». Personne ne dit jamais : « La gravité marche partout sur le globe, alors bon, c'est quand même suspect, ça veut dire qu'elle est sûrement falsifiée ».^1

Le propre d'une bonne théorie, c'est qu'elle marche bien, « a priori un peu partout ». « 2+2=4 sur les cinq continents, et pourtant on n'est pas en train de se dire 'waouh, c'est vraiment louche' ». Cet argument est une « rationalisation de personnes qui avaient envie de remettre en selle un contenu mimétique avec Girard, qui voulaient s'opposer pour s'opposer ».^1

2. « C'est Controversé »

Bascar répond : « Tu m'étonnes, vu le pavé dans la mare que représente la théorie mimétique ! » C'est normal que ça crée des résistances, « vu que c'est quand même regarder tous nos automatismes dans ce qu'ils ont de plus grégaire et de moins extraordinaire ».^1

La vraie question : pourquoi ça freine ? Est-ce que les objections sont rationnelles (système 2), ou seulement émotionnelles (système 1) ? Bascar n'a eu « silence radio total » au niveau des arguments rationnels.^1

Girard lui-même disait que « les gens ne comprennent pas sa théorie, ou alors parfois il y a des gens qui comprennent intellectuellement mais qui peinent à lâcher prise ». Pourquoi ? Parce qu'ils sont « identifiés à leur stratégie mimétique », et lâcher prise les mettrait « directement dans leur vide de même ».^1

3. « Mélange Foi et Science »

Objection fréquente : Girard mélangerait religion et science. Mais Bascar rappelle que ce n'est pas parce qu'il était croyant qu'il a étudié ça, mais parce qu'il a étudié ça qu'il s'est reconverti. Il a grandi en milieu catholique, a abandonné sa foi, puis est revenu par ses recherches.^1

Et « quand bien même il le ferait, on s'en fout, si ça lui permet de proposer un savoir réfutable et qu'on peut remettre en question scientifiquement ».^1

La réponse de Girard est « extrêmement élégante » : « Ou alors on considère que la religion n'est rien au sens des Lumières, que ce sont des espèces de délires pré-rationnels, superstition, et c'est vrai qu'aujourd'hui on a fait mieux, ou alors on considère qu'elle est à la base de tout. Si elle n'est rien, comment expliquer son absolue omniprésence dans l'histoire de l'humanité ? »^1

Bascar ajoute que les zones cérébrales activées par la croyance religieuse pré-rationnelle et par la croyance en la science sont « relativement proches », et beaucoup plus éloignées de la configuration cérébrale de l'individu « qui se pose avec lui-même dans son vide de lui-même, de sorte à ressentir sa plénitude et son ignorance ».^1

4. « Comment Ça a Commencé ? »

L'objection : si chaque désir naît d'un conflit avec le désir d'un autre, « comment est-ce que tout ça a commencé ? » C'est l'œuf et la poule.^1

Bascar trouve cet argument « extrêmement faible ». La théorie mimétique parle du désir, pas des besoins. Parmi les besoins de base (boire, manger, chaleur), on peut « avoir besoin de manger objectivement » et « avoir le désir de manger ». C'est un continuum, pas deux catégories séparées.^1

Cet argument ne tient que si « on croit que la carte est le territoire et que besoins et désirs sont deux catégories ontologiques essentialisées ». On est « encore dans des gens qui regardent le doigt au lieu de regarder la lune ».^1

XI. L'Évolution de Girard

Du Oui au Doute

Bascar observe un changement chez Girard : « Lorsqu'il avait une quarantaine d'années, il était plutôt pour le fait qu'on puisse sortir [de la logique sacrificielle], et puis à la fin de sa vie, il avait beaucoup plus de doutes ».^1

Deux hypothèses pour expliquer ce changement :

  1. Manque de moyens techniques : Girard ne connaissait probablement pas la « théorie des niveaux de réalité ». Les stratégies non-sacrificielles ne sont accessibles que dans « des niveaux de réalité extrêmement complexes », touchés du doigt par « très peu de personnes sur la planète » (1-2%, ponctuellement). Sans moyens techniques concrets pour transmettre ces stratégies, il est normal qu'il ait commencé à douter.^1
  2. Passage yang → yin : Au début de la vie, on est dans une « énergie yang », montante, « plein d'énergie, on a envie d'avoir des objectifs, d'accomplir des trucs ». En vieillissant, on prend conscience de son impuissance, de ses limites, et on passe vers « une forme d'écoute, de réception ».^1

Bascar conclut : « Je crois qu'au final ça nous renseigne plus sur René Girard lui-même que sur la possibilité que nous avons de sortir de la logique sacrificielle ».^1

Une Foi Humble

Malgré ce doute final de Girard, Bascar maintient sa position : « Ça invite à une forme d'humilité profonde [...] et ça invite à une forme de foi, mais une foi humble, pas une foi aveugle, pas une foi pleine de certitudes alors qu'on n'en a pas fait l'expérience soi-même ».^1

Ce qu'il « croit savoir pour l'avoir expérimenté de façon vraiment redondante », c'est « qu'il est possible d'avoir des relations non-sacrificielles », et qu'« il est possible de mettre en place des apprentissages de stratégies », comme la Communication Non Violente (CNV).^1

XII. Au-Delà du Mental

La CNV : Une Porte d'Entrée Insuffisante

La Communication Non Violente (girafe vs. chacal) est « une bonne première approche ». Mais elle reste souvent sacrificielle : en coupant le monde en deux (girafe/chacal), on « recrée un conflit mimétique ».^1

Même quand la CNV évolue (« un chacal, c'est simplement une girafe qui a un petit défaut d'élocution »), on reste dans le jugement (« défaut »). Cependant, si elle est « bien intégrée », elle peut « ouvrir ce que j'appellerai une transe vers la non-sacrificialité ». Elle prépare « le cerveau, le système nerveux, un terrain, un terreau fertile pour des approches réellement non-sacrificielles ».^1

Le Piège du « Oui Mais »

Le « oui mais » est « un énorme piège qui bloque quasiment toute chance de faire ce type de travail ». Quand on dit « oui mais », « le cerveau n'est pas dans une configuration qui permet à une logique non-sacrificielle de pouvoir avoir lieu ».^1

Le « oui mais », c'est « recréer rituellement cette exclusion symbolique fondamentale », « ritualiser sa communication avec l'autre sur base sacrificielle ». C'est une variante du « rac temps » (réaction automatique).^1

Le Système 1 vs. le Système 2

Bascar est clair : « Vous pensez bien qu'on ne fait pas de logique non-sacrificielle avec le système 1 ». La logique non-sacrificielle est « tellement complexe qu'elle demande d'utiliser aux êtres humains leur plein potentiel, les couches cérébrales qui les séparent justement des mammifères ».^1

Certains disent : « Oui mais, quand tu fais ça, tu recrées un conflit mimétique avec les mammifères non... » Bascar répond : « Justement, c'est bel et bien ce week-end, je fais référence. C'est pas possible, c'est passé à côté du message. C'est clair qu'avant d'entendre ce message, il faut déjà créer un cerveau qui est en capacité, en condition de pouvoir l'entendre, et ça, c'est déjà un énorme travail ».^1

La Peur Gégaire Fondamentale

Toutes les peurs psychologiques proviennent « essentiellement de la peur de la violence mimétique, de la peur de la violence des autres ». On peut distinguer deux types de peur :^1

  • Peur physique : peur du prédateur, des forces de la nature. Elle est « dans l'ordre des choses », hors sujet.^1
  • Peur psychologique : peur de la violence mimétique potentielle des autres membres de la communauté.^1

Cette peur crée les tabous (mot polynésien désignant le flux menstruel). C'est une « double contrainte fondatrice de toute culture » : « J'ai peur de la violence mimétique, donc je me groupe avec les autres » pour me protéger, mais c'est précisément ce regroupement qui crée la violence.^1

Cette double contrainte est prétendument « résolue » par le mécanisme du bouc émissaire, « alors qu'en fait ça ne résout rien ». C'est « un des plus gros mensonges fondamentaux ». Comme disait Gurdjieff : « La psychologie, c'est l'étude des mensonges de l'homme ».^1

XIII. L'Arbre de la Connaissance du Bien et du Mal

Une Invitation à Ne Pas Juger

Bascar souligne qu'on parle souvent de l'« arbre de la connaissance », mais c'est une simplification. Le texte biblique dit : « l'arbre de la connaissance du bien et du mal ».^1

Ce n'est donc pas une interdiction de connaître, mais une invitation à ne pas juger le monde en termes de bien et de mal. Cela rejoint d'autres passages : « Ne juge pas », « Ne perdre est rejet ». C'est une invitation à « se libérer du limbique ».^1

Lucifer : Porteur de Lumière

Lucifer est souvent présenté comme « le porteur de lumière, celui qui amène la connaissance mentale ». On serait « encore dans une dualité entre le limbique et le mental ».^1

Bascar propose une autre lecture : Lucifer est « le porteur de lumière de celui qui apporte la pensée qui est suffisante pour cesser de penser ». Cela rejoint le zen, le taoïsme, les traditions orientales : « Le but de la pensée, c'est de ne plus penser ».^1

À ce stade, « il n'y a plus de dualité entre le blanc, le noir, la lumière, l'ombre, entre Dieu et Lucifer. On est au-delà de ce clivage pré-rationnel ».^1

L'Étoile de David et l'Hermétisme

Le symbole de l'étoile de David ou certains principes hermétiques (« ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ») expriment cette idée : « Il n'y a pas de mieux, il n'y a pas de moins bien, c'est l'art de la connaissance du bien et du mal, c'est justement reposer la pomme ».^1

« C'est ce qui est », point. « Ce que sinon, on est en enfer ». Si on est dans cette comparaison, « on est en enfer ». Le mot « enfer » vient de inferno, « ce qui est en dessous ». C'est « d'arrêter de mettre des choses au-dessus et des choses en dessous ».^1

Bascar précise : « Je ne suis pas en train de dire qu'on n'a pas le droit d'avoir des échelles de valeur. Les échelles de valeur, c'est très bien, c'est ce qui crée de la valeur et qui va créer de la dualité. Bon, c'est ok. On peut être unifié avec sa division ».^1

XIV. Citations Fondamentales de Girard

Bascar termine en partageant des citations de Girard qui résument l'enjeu :

« Aucune démarche seulement intellectuelle, aucune expérience de type philosophique ne pourra jamais procurer à un individu la moindre victoire sur le désir mimétique et la passion victimaire. Il ne se produit que des déplacements et des phénomènes de substitution. »^1

C'est le déplacement de symptômes en psychologie. Girard insiste sur « le caractère illusoire du fait de vaincre le désir mimétique ». Bascar reconnaît : « Il est tout à fait possible que je sois totalement perdu dans cette illusion grandiloquente [...] ou alors peut-être que tout ceci ne sont que des narrations ».^1

Mais lorsqu'on reconnaît la présence du conflit mimétique en nous et dans le monde, et qu'on soupèse « tout ce que cela implique au niveau psychologique, au niveau sociétal », voici ce qui se produit, selon Girard :

« Le mensonge fait place à la vérité, l'angoisse au souvenir, l'agitation au repos, la haine fait place à l'amour, l'humiliation fait place à l'humilité, le désir selon l'autre fait place au désir selon soi [...] et la transcendance déviée fait place à la transcendance verticale. »^1

Conclusion : Une Pratique Non Sacrificielle

Bascar conclut que la théorie de Girard n'est pas qu'un système intellectuel, c'est « une pratique qui se transmet », une pratique « non sacrificielle des textes », qui « par définition veut réconcilier la science et la mystique ».^1

Il espère que cette vidéo permettra d'établir un socle commun, même s'il sait qu'il continuera à voir dans les commentaires des personnes qui « réintroduisent de la mimesis dans les rapports humains », qui utilisent le « oui mais », qui restent dans l'opposition dualiste plutôt que de demander : « Comment est-ce qu'on pourrait faire ensemble pour que ça coexiste ? »^1

Pas un seul commentateur, dit-il, ne lui a demandé : « Dans quelle mesure ce que tu dis est compatible avec ce que je pense ? » Car « si vous comprenez mon travail, en fait ce que je dis n'est incompatible avec absolument rien de ce que vous pensez ».^1

C'est une invitation à dépasser le mental, à sortir de la dialectique pour entrer dans la trialectique, à reconnaître en soi le conflit mimétique, et à avoir le courage d'explorer une logique non sacrificielle, même si cela demande de « regarder en face sa propre violence, la violence du monde ».^1


Glossaire des Termes Complexes

Vocabulaire de Bascar \& Philosophie

Amphibologie (ou amphibologie)
Figure de rhétorique désignant une phrase ou un discours qui présente un double sens, une ambiguïté structurelle. Bascar l'utilise pour qualifier son travail qui peut être entendu sur plusieurs plans simultanés (psychologique, théologique, anthropologique, politique) et qui joue sur l'ambiguïté pour révéler des vérités cachées.^1

Dialectique
Méthode de pensée héritée de Hegel, structurée en thèse/antithèse/synthèse. Elle fonctionne par opposition binaire (oui/non, pour/contre). Bascar la juge insuffisante car elle maintient la dualité et la logique sacrificielle.^1

Trialectique
Méthode de pensée proposée par Bascar qui va au-delà de la dialectique. Elle déconstruit les concepts en montrant qu'il n'y a « que du vent » derrière eux, que ce sont « des façons de parler » et non des réalités ontologiques. Elle utilise le trilème d'Agrippa pour pousser l'investigation jusqu'à ce que « la problématique s'évapore d'elle-même ».^1

Trilème d'Agrippa
Problème philosophique soulevé par Agrippa le Sceptique : toute justification d'une croyance mène soit à une régression infinie, soit à un raisonnement circulaire, soit à un arrêt arbitraire. Utilisé en trialectique pour montrer que les concepts n'ont pas de fondement ultime.^1

Système 1 / Système 2
Distinction issue de la psychologie cognitive (Daniel Kahneman) :

  • Système 1 : Pensée rapide, automatique, émotionnelle, limbique. Fonctionne par agréable/désagréable.^1
  • Système 2 : Pensée lente, réflexive, rationnelle, néocorticale. Nécessaire pour comprendre la logique non-sacrificielle.^1

Pré-rationnel / Rationnel / Trans-rationnel
Trois niveaux de pensée :

  • Pré-rationnel : Pensée magique, superstitieuse, émotionnelle, qui précède la raison.
  • Rationnel : Pensée logique, scientifique, analytique.
  • Trans-rationnel : Pensée qui dépasse la raison sans la nier, qui intègre l'intuition, la mystique, sans tomber dans le pré-rationnel. C'est le niveau où se situe la logique non-sacrificielle.^1

Limbique
Système cérébral des émotions et des réflexes de survie. Fonctionne en binaire (agréable/désagréable, ami/ennemi). Il déteste la solitude car, évolutivement, solitude = danger.^1

Néocortex
Partie la plus récente du cerveau humain, siège de la pensée abstraite, de la planification, du langage complexe. Nécessaire pour accéder à la logique non-sacrificielle.^1

Rose Chip Neurons
Neurones inhibiteurs spécifiques aux humains (absents chez les grands singes et dauphins). Ils inhibent de larges réseaux neuronaux. Bascar suggère que cette capacité d'inhibition (de sacrifice d'un pan du réel) pourrait avoir permis l'émergence des civilisations humaines.^1

Fortclusion (ou forclusion)
Terme lacanien désignant le mécanisme spécifique de la psychose : le rejet primordial d'un signifiant maître (comme le Nom-du-Père) hors de l'univers symbolique du sujet.^1

Idéal du moi
Concept psychanalytique désignant l'image idéale que le sujet voudrait atteindre. Bascar critique toutes les méthodes de développement personnel (PNL, hypnose, coaching) qui reposent sur cet idéal (« devenir une meilleure version de soi »), car elles sont intrinsèquement sacrificielles.^1

Sfumato
Terme pictural italien désignant une technique de contours flous (utilisée notamment par Léonard de Vinci). Bascar l'emploie pour critiquer le « flou » de Lacan, qui masquerait l'absence du Père dans sa théorie.^1

Concepts de René Girard

Mimésis (ou mimesis)
Du grec mimēsis, « imitation ». Désigne la dimension imitative fondamentale de l'être humain. Chez Girard, ce n'est pas une simple copie, mais l'imitation du désir de l'autre.^3^1

Désir mimétique
Concept central de Girard : le désir humain n'est pas spontané ni linéaire (sujet → objet), mais triangulaire (sujet → médiateur → objet). On désire ce que l'autre désire, parce qu'il le désire.^2^1

Conflit mimétique (ou rivalité mimétique)
Lorsque deux individus désirent le même objet par imitation réciproque, ils entrent en conflit. Plus ils se ressemblent (jumeaux mimétiques), plus le conflit est intense et insupportable.^5

Meurtre fondateur
Selon Girard, toute culture humaine repose sur un meurtre originel qui met fin à la spirale de violence mimétique. Ce meurtre, en étant sacralisé et refoulé, devient le socle de l'ordre social, des mythes et des rituels.^5

Bouc émissaire
Victime désignée (souvent marginale : étranger, malade, difforme) sur laquelle la communauté projette tous ses maux. Son sacrifice (réel ou symbolique) transforme la violence de « tous contre tous » en « tous contre un », restaurant la paix sociale.^6^1

Violence fondatrice
La violence collective originelle qui fonde la société en éliminant un bouc émissaire. Cette violence est ensuite sacralisée et ritualisée.^5

Le sacré
Pour Girard, « le sacré, c'est la violence ». Le sacré naît de la violence fondatrice refoulée. Tous les rituels religieux sont des réactualisations symboliques du meurtre fondateur.^7^1

Rituel sacrificiel
Répétition symbolique du meurtre fondateur. En sacrifiant une victime (animale ou humaine selon les cultures), la communauté croit apaiser les tensions et prévenir le retour de la crise mimétique.^5

Logique sacrificielle
Toute structure sociale, psychologique ou cognitive qui fonctionne par exclusion, inhibition ou sacrifice d'un élément pour maintenir l'ordre ou l'identité. C'est le mode de fonctionnement « par défaut » de l'humanité selon Girard et Bascar.^1

Logique non sacrificielle
Paradigme que Bascar défend : une manière d'être au monde qui n'exclut, ne nie, ne sacrifie aucun pan de la réalité. Elle nécessite un niveau de conscience élevé et ne peut être atteinte par des méthodes basées sur l'idéal du moi.^1

Conversion (sens girardien)
Reconnaissance consciente du mécanisme du désir mimétique en soi. Ce n'est pas une conversion religieuse au sens classique, mais une prise de conscience de sa propre violence et de sa participation à la logique sacrificielle.^1

Vendetta
Cycle de vengeance infini où chaque meurtre appelle un meurtre en représailles. Dans les sociétés primitives sans justice institutionnelle, la vendetta mène à la destruction du groupe, d'où la nécessité du bouc émissaire pour l'arrêter.^5

Triangle du désir
Schéma géométrique représentant la structure du désir mimétique : le sujet (A) désire l'objet (C) parce que le médiateur/modèle (B) le désire. Le désir ne va jamais directement de A à C, il passe toujours par B.^4^2

Autres Concepts

TOC (Troubles Obsessionnels Compulsifs)
Pathologie caractérisée par des rituels répétitifs censés apaiser l'angoisse. Bascar y voit une illustration de la logique sacrificielle : plus le rituel est inefficace, plus on « augmente les doses », sans jamais résoudre la peur sous-jacente.^1

CNV (Communication Non Violente)
Méthode de communication développée par Marshall Rosenberg, utilisant les métaphores de la « girafe » (communication empathique) et du « chacal » (communication violente). Bascar la considère comme une bonne introduction, mais encore sacrificielle dans sa structure binaire.^1

Tabou
Mot d'origine polynésienne désignant initialement le flux menstruel. Désigne tout ce qui est interdit, sacralisé, intouchable dans une culture. Pour Bascar, les tabous naissent de la peur de la violence mimétique.^1

Double contrainte (ou double bind)
Concept de Gregory Bateson : situation où un individu reçoit deux injonctions contradictoires qu'il ne peut ni satisfaire ni fuir. Bascar identifie une double contrainte fondatrice : « J'ai peur de la violence des autres, donc je me groupe avec eux », alors que c'est précisément le groupe qui génère la violence mimétique.^1

Aversion à la perte
Biais cognitif (étudié par Daniel Kahneman) : nous détestons perdre quelque chose que nous possédons plus que nous n'aimons gagner quelque chose de valeur équivalente. Cela explique pourquoi les rituels persistent même quand ils sont inefficaces : on a trop « investi » pour les abandonner.^1

Dissonance cognitive
État psychologique inconfortable lorsque nos actions contredisent nos croyances. Face à l'inefficacité d'un rituel, plutôt que de l'abandonner (ce qui créerait une dissonance), on « augmente les doses » en se persuadant qu'il fonctionne.^1

Pensée autovalidante (ou prophétie autoréalisatrice)
Logique circulaire typique de la pensée magique : « C'est justement parce que le rituel n'a aucune efficacité qu'il est efficace ». Toute issue confirme la croyance initiale.^1

Biais de confirmation
Tendance à rechercher, interpréter et privilégier les informations qui confirment nos croyances préexistantes. Bascar identifie ce biais chez ceux qui pratiquent des rituels magiques ou ésotériques malgré leur inefficacité.^1

Cloisonnement (ou compartementalisation)
Mécanisme de défense psychologique où l'on sépare mentalement des idées contradictoires pour éviter la dissonance. Typique des sociétés secrètes (franc-maçonnerie) : « Si on ne vous le dit pas, c'est que vous n'avez pas le droit de le connaître ».^1

Splitting (ou clivage)
Mécanisme de défense consistant à diviser la réalité en catégories absolues (bon/mauvais, pur/impur). Bascar voit le symbole du yin-yang maçonnique comme illustration de ce clivage.^1


Bibliographie Recommandée par Bascar

« Les Origines de la Culture » - René Girard
Ouvrage conseillé en fin de vidéo. Bascar le trouve « rafraîchissant » par rapport aux autres livres de Girard, qui ont tendance à se répéter. Ce livre aborde :

  • Les thèses de Merlin Donald sur le fait que le mythe précède le langage^1
  • Les nuances entre imitation, duplication et mimésis
  • Une critique de Bruno Latour, qui n'aurait pas compris Girard « au-delà d'un certain point » car il reste dans une « grille trans-rationnelle sacrificielle » alors que Girard propose une « grille trans-rationnelle non-sacrificielle »^1

Note finale : Bascar insiste sur le fait que cette théorie n'est pas qu'intellectuelle. C'est une invitation à l'expérience, à observer en soi le « maître intérieur », à reconnaître les mécanismes mimétiques dans sa propre vie, et à explorer, avec « une infinie douceur, une infinie humanité », la possibilité d'une existence non sacrificielle.^1
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Le complot le plus grave de la tech française - YouTube

5 janvier 2026 à 11:45

Gemplus : Comment les États-Unis ont pris le contrôle du leader mondial des cartes à puces
Une entreprise française au sommet du monde

En 1988, alors que les États-Unis et le Japon s'affrontaient dans une guerre économique sans merci pour la maîtrise des nouvelles technologies, la France possédait une pépite d'ingénierie que le monde a peu remarquée : Gemplus. Fondée par Marc Lassus, un fils d'instituteur béarnais, et cinq autres ingénieurs venus de Thomson-CSF, cette petite entreprise provençale allait devenir le leader incontesté de la fabrication de cartes à puces.

Marc Lassus n'était pas l'inventeur de la puce dorée – cet honneur revient à Roland Moreno – mais il a perçu quelque chose que personne d'autre ne voyait à l'époque : le potentiel colossal de cette technologie pour sécuriser les transactions, les authentifications et les communications du monde numérique. À une époque où les cartes magnétiques dominaient et pouvaient être clonées en quelques secondes, Lassus était convaincu que la carte à puce était l'avenir.

Dès le départ, il s'entoure stratégiquement. Il convainc France Télécom, qui perdait des millions à cause des fraudes sur cartes magnétiques, d'investir. Roland Moreno, l'inventeur, participe aussi au capital. Cette diversification signifie que dès le début, Marc Lassus ne contrôle pas seul sa propre entreprise – il en possède environ 20% – mais il conserve la présidence et le leadership visionnaire.
La croissance fulgurante d'un champion français

Entre 1988 et 1998, Gemplus se transforme d'une start-up à peine concevable en géant mondial. La croissance est spectaculaire : 50% par an. L'entreprise vend 3 millions de cartes à puces par mois en Europe et équipe déjà plus de 400 millions de cartes SIM à travers le monde.

Le véritable trésor gardé jalousement : le savoir-faire en cryptographie. Dans les laboratoires ultra-sécurisés de Marseille, des ingénieurs parmi les meilleurs au monde développent des systèmes de chiffrement réputés inviolables. Chaque carte à puce contient une clé cryptographique secrète, connue uniquement de la carte et de l'opérateur, qui ne quitte jamais la puce. Grâce à cette clé, le réseau authentifie le téléphone et génère les clés de chiffrement qui protègent les communications.

Celui qui contrôle ces clés contrôle les secrets de milliards de personnes. Gemplus en garde des centaines de millions dans ses laboratoires, chacune infiniment précieuse. Ces clés sont ce que les services de renseignement appellent « le Graal du renseignement ». Avec elles, on peut lire en clair toutes les communications entre un téléphone et le réseau. Les technologies de Gemplus équipent les cartes bancaires, les passeports électroniques, les systèmes de communication chiffrés, la télévision cryptée, les abonnements téléphoniques – pratiquement tous les secteurs demandant une authentification sécurisée.
Le rêve américain impossible

Cependant, il existe un trou béant : les États-Unis. Malgré la domination mondiale, le marché américain reste fermé. Les raisons en sont simples : d'abord, les États-Unis n'utilisent pas la norme GSM pour leurs réseaux mobiles – ils ont leurs propres standards qui ne nécessitent pas de cartes SIM. Ensuite, les cartes bancaires et les télécartes américaines fonctionnent avec des bandes magnétiques. Pour les Américains, investir dans une technologie étrangère semble trop cher, trop risqué, et surtout : ce n'est pas américain.

Pour Marc Lassus, c'est insupportable. Les États-Unis ne sont pas juste un marché supplémentaire – c'est le marché, celui qui valide votre statut de leader mondial. Sans lui, vous restez un acteur régional, peu importe votre taille. Lassus sait qu'une seule solution existe : s'associer à une entreprise américaine puissante.

Il cible d'abord Datacard, le leader américain des terminaux de paiement. Refus sec. Il remonte alors la chaîne et contacte l'actionnaire majoritaire de Datacard : la famille Quandt, l'une des plus riches dynasties industrielles allemandes – puissante, discrète, propriétaire de BMW et d'usines partout en Europe. Cette fois, ça fonctionne. Les Quandt acceptent d'entrer au capital de Gemplus. Lassus récupère la branche carte de Datacard et une usine à Philadelphie.

Sur le papier, c'est un coup de maître. Dans les faits : rien ne change. Avoir une usine sur le sol américain ne suffit pas.
L'arrivée du loup dans la bergerie

En 1999, Marc Lassus quitte la direction opérationnelle quotidienne de Gemplus. Il garde la présidence du conseil d'administration mais Daniel Legal, co-fondateur, dirige au quotidien. Lassus, exilé à Londres pour des raisons fiscales, se concentre sur la stratégie : ouvrir le marché américain. Jusqu'à présent, sans succès.

Puis arrive ce coup de fil : Daniel Legal appelle Marc, gêné. Gemplus a reçu une troisième offre d'un fonds d'investissement américain : Texas Pacific Group (TPG). Le montant : 550 millions de dollars pour 26% du capital. Légal l'avait refusée deux fois sans en parler à Marc.

Marc explose. Comment Légal a-t-il pu refuser sans le consulter ?

Mais Légal n'est pas idiot. Il est méfiant. Et il a raison. Avec 40% de croissance annuelle, Gemplus est tout l'inverse d'une entreprise en difficulté – le profil classique des cibles de TPG. De plus, TPG n'est pas spécialisé en technologies. Et 550 millions de dollars ? C'est quadruple ce que TPG investit habituellement. C'est anormalement généreux.

Il y a une raison plus profonde encore : TPG demande 33% du capital. Ce n'est pas anodin. 33%, c'est la minorité de blocage – la part qui suffit pour bloquer toutes les décisions importantes. C'est presque donner les clés à quelqu'un d'autre.

Gemplus développe des technologies extrêmement sensibles. Les secrets ne doivent pas tomber entre de mauvaises mains. Même si les États-Unis sont des alliés, c'est une question de principe : Gemplus doit rester sous contrôle français.

Mais pour Marc Lassus, qui a consacré une décennie à accéder au marché américain, la pilule a du mal à passer. Il est conscient des risques, mais il a tout essayé et tout a échoué. Il décide de prendre le dossier en main.
David Bonderman et le mirage du marché américain

David Bonderman accueille Marc Lassus dans son ranch du Colorado – le Wildcat Ranch avec 19 chambres, un lac privé, une vue imprenable sur les Rocheuses – comme un roi. Bonderman est un avocat brillant, milliardaire, collectionneur d'art et de deals audacieux.

Il ouvre à Marc Lassus des perspectives inespérées. Il raconte être proche d'Hillary Clinton (ministre de la santé à l'époque), que toutes les cartes vitales vont passer à la technologie de la carte à puce, que les 200 millions de permis de conduire vont suivre. Un boulevard vers la conquête du marché américain.

Marc tient enfin son marché. Il a des dollars dans les yeux. Il rentre convaincu.

Chez Gemplus, c'est la guerre. Les co-fondateurs sont catégoriques : TPG, c'est non. Trop risqué. Ils n'ont pas besoin d'eux. Légal et les autres traitent Marc de naïf. Marc les trouve peureux. Ils laissent passer la chance de leur vie.

Marc a deux possibilités : convaincre les co-fondateurs, ou monter d'un niveau et faire valider directement par les actionnaires. La seconde option est plus simple, notamment parce que les Quandt allemands semblent très enthousiastes.

Marc négocie une entrée de TPG à hauteur de 26%. En échange, TPG obtient le droit de nommer le directeur général et cinq des neuf sièges du conseil d'administration. Le deal se fait enfin. Pour Marc, c'est la libération. Enfin, pas tout à fait.
Les premiers signes troublants

Au début 2001, 6 mois après l'arrivée de TPG, l'ambiance change. Dans les couloirs, des Américains arrivent partout. Un nouveau directeur général : Antonio Perez. Un nouveau directeur financier. Puis toute l'équipe dirigeante historique se fait remplacer un par un.

Pourtant, la croissance de Gemplus continue. L'arrivée sur le marché américain réussit. Les nouveaux managers ont été formés dans des écoles de management américaines. Tout irait bien jusqu'au jour où ils décident de s'immiscer dans des décisions stratégiques apparemment stupides.

La première alerte : Antonio Perez multiplie les communiqués maladroits aux investisseurs exactement quand les marchés financiers sont en fébrilité. Marc Lassus voit horrifié le cours de Gemplus baisser en bourse – une première.

Pire encore : la décision d'abandonner les télécartes. Perez les traite de « produit de merde ». C'était l'épicerie historique. Gemplus générait des milliards avec pratiquement aucun frais. La marge était très intéressante. Pourquoi abandonner une vache à lait ?

Marc monte au créneau et s'oppose de toutes ses forces. Il parvient à faire revenir Perez sur sa décision. Mais quelques mois plus tard, Perez revend Skiata, une pépite technologique acquise par Gemplus qui ouvrait l'accès au marché très juteux des terminaux de parking. Pour des raisons obscures.

Des choses vicieuses commencent à se passer.
La surveillance et les cambriolages

Les objections de Marc ne restent pas sans conséquences. Des réactions commencent – discrètes, puis inquiétantes.

Un dimanche matin, Marc travaille tôt. Il voit un homme fouiller ses poubelles. C'est le chef des gardiens. Il soutient une histoire sur les odeurs, mais Marc sait : quelqu'un cherche ses papiers.

À mesure que la situation devient tendue avec TPG, les signes inquiétants s'accumulent. Marc découvre qu'il est suivi. C'est un marchand de smartphones turc qui le signale à sa femme : « Quand vous sortez de chez vous, il y a des gens qui vous suivent. »

Marc constate que c'est vrai. Il prend le métro et comprend que des professionnels le surveillent. Quand il descend du train au dernier moment pour en prendre un autre, ils le suivent. Quand il change de ligne et se déplace à toute vitesse, ils sont toujours là. Il n'a jamais réussi à les semer.

Il est cambriolé trois fois en 6 mois. Il déménage – on le recambrole. À chaque fois, rien n'est volé, mais sa maison est entièrement saccagée. C'est une mise en scène, une démonstration.
Le coup de fil de Landis & Gear

C'est à ce moment que Gemplus reçoit un coup de fil décisif. Il provient de Landis & Gear, une autre société technologique. Le message : troublant.

« Faites attention. On s'est fait racheter par TPG il y a 3 ans. Maintenant, la boîte est en faillite. Ils ont tout liquidé. Il y a une filiale criblée de dettes qu'ils veulent vous refiler. »

Quelques semaines plus tard, Marc découvre, stupéfait, qu'Antonio Perez rachète effectivement cette filiale mourante de Landis & Gear. TPG se débarrasse de ses poubelles en les vendant à Gemplus. Pour Marc Lassus, c'est le déclic.

Le cours de Gemplus continue de s'effondrer. Les investisseurs paniquent. Les analystes s'alarment. Le champion français est en crise. Les licenciements commencent. C'est surréaliste. La colère monte parmi les salariés.

Parmi les rumeurs : Antonio Perez aurait des liens avec les services de renseignement américain. Tout cela ne serait pas hasard, mais une opération coordonnée. À l'époque, cela ressemble à une théorie du complot.

Marc Lassus n'y croit pas du tout. Pour lui, Perez est simplement incompétent.
La convocation à Washington

Quelques jours plus tard, Marc reçoit une convocation à Wildcat Ranch. David Bonderman veut le voir avec Antonio Perez.

Marc part persuadé qu'il ne sera pas difficile de convaincre Bonderman de l'incompétence de Perez. Mais pas de tapis rouge cette fois. Bonderman les reçoit froidement. Il leur dit que tous les deux sont responsables de la crise.

Bonderman joue au « John Wayne ». Il les réprimande sévèrement : s'ils ne sont pas capables de travailler ensemble, il les vire tous les deux. Perez, visiblement, est très bien payé et comprend qu'il y a complicité entre lui et Bonderman. C'est pour calmer Marc.

Marc rentre à Londres désemparé. Il commence à réaliser qu'il n'a plus le soutien de TPG. Mais il refuse encore de faire le lien. Il se dit que Bonderman protège simplement son directeur général. C'est normal. TPG veut juste que Gemplus réussisse.
Les démissions forcées et la perte de contrôle

La situation devient lunaire. Marc reçoit une convocation pour un conseil d'administration extrêmement urgent à Washington. Lui, le président du conseil – c'est normalement lui qui convoque – doit répondre à une convocation mystérieuse.

Stéphane Kan l'appelle – quelqu'un qui l'appelait rarement. Des managers qu'il connaissait à peine l'appellent : « Marc, il faut absolument que tu viennes. »

Il arrive de vacances à Roatán, une petite île des Caraïbes où il avait acheté une propriété pour sa retraite. Pas de costume – il était en vacances. C'était censé être un repos avec juste un vieux fax pour les urgences.

À Washington, c'est le piège. Tout est organisé à l'américaine. Le conseil d'administration est présent, mais aussi tous les directeurs de Gemplus – bien qu'ils ne devraient pas être là. Une agence de communication, des avocats, des piles de documents, des imprimantes qui tournent à plein régime.

Un homme n'a aucun rôle officiel, mais gère tout. Logistique, conseil d'administration, communiqués de presse, bureau de presse. C'est David Bonderman. Il a organisé le show.

Marc comprend que le scénario est déjà écrit. Parmi les documents, il voit deux ébauches de protocoles de révocation – les conditions de fin de mandat de deux dirigeants. Les noms sont déjà écrits : Antonio Perez et Marc Lassus.

C'est le choc. Le fondateur, forcé par son propre conseil d'administration à démissionner. Marc peut rester au conseil, mais il perd toute autorité. Il n'a plus le droit de communiquer avec le personnel. Plus de pouvoir. Plus rien.

Écœuré et épuisé, Marc Lassus signe sa démission. Il vient de perdre Gemplus.


La révélation : In-Q-Tel et la CIA

Fin 2001, TPG semble avoir pris le contrôle total de Gemplus. David Bonderman obtient un siège au conseil. Il est nommé vice-président.

Mais la bataille n'est pas terminée. Marc Lassus a des cartes à jouer. Pendant ces années, il a rencontré Ziad Takieddine et Thijs d'Asso, deux actionnaires de Gemplus prêts à le soutenir face aux Américains. Un front français se constitue.

Au printemps 2002, ils enchaînent les victoires. Takieddine et d'Asso sont élus au conseil. Ils font passer le conseil à 13 sièges, diluant le pouvoir de TPG. Ils font élire un nouveau président français : Dominique Vignon.

Mais ils sont en retard. Et ils vont bientôt découvrir contre qui ils jouent vraiment.

La première mission : nommer un nouveau directeur général. Takieddine et d'Asso interviewent un candidat excellent – un Français formé aux États-Unis, parfait. Au dernier moment, Bonderman impose Alex Mandl – un Autrichien ayant travaillé chez AT&T et Bell. Un très bon pédigrée. Pourquoi pas ?

Ce qu'on ne savait pas, c'est la suite.

Un journaliste à la Tribune, le quotidien économique, suit l'affaire depuis le début. Ça le fascine. Il sent quelque chose de plus gros. Il se retrouve sans emploi mais avec maintien de salaire. Il a du temps. Il creuse.

Il tombe sur Alex Mandel. Un type imposé de nulle part. C'est bizarre. Il tape Alex Mandel sur Google.

En 2002, Google n'a que 4 ans. Chez Gemplus, visiblement, on n'avait pas fait cette recherche. Au milieu des résultats, il voit un nom qui change tout.

In-Q-Tel.

Un fonds d'investissement créé par l'Agence Centrale de Renseignement américaine pour investir dans les nouvelles technologies – cryptographie, cybersécurité, intelligence artificielle, tout ce qui touche au renseignement du futur. Et Alex Mandel, le nouveau directeur général de Gemplus, siège au conseil d'administration d'In-Q-Tel.

Le journaliste relit trois fois. Il n'arrive pas à y croire. Le mec nommé pour diriger Gemplus travaillait pour la CIA.

Il continue. Plus il cherche, plus les connexions apparaissent. Alex Mandel ne travaille pas que pour In-Q-Tel. Il fait partie du BENS – Business Executives for National Security – un think tank qui promeut les intérêts économiques et sécuritaires des États-Unis. David Bonderman a travaillé au cabinet Arnold & Porter – le même qui conseille In-Q-Tel.

TPG, In-Q-Tel, BENS, Arnold & Porter. Tout ce beau monde gravite dans les mêmes cercles.

Quand Marc Lassus apprend ça, il refuse d'abord d'y croire. Puis tout s'éclaircit.

TPG avec 550 millions. Antonio Perez et ses décisions absurdes. L'abandon de la télécarte. Les acquisitions stupides. La surveillance. La poubelle fouillée. Les cambriolages. Bonderman orchestrant l'éviction. Alex Mandel, l'homme de la CIA, placé à la tête de Gemplus.

Depuis le début, il avait été la cible d'une opération de renseignement. Menée par la CIA pour prendre le contrôle de Gemplus. Et il avait ouvert la porte lui-même.
Pourquoi la CIA voulait Gemplus

Pourquoi ? Pourquoi la CIA voulait-elle Gemplus ?

À l'intérieur de chaque carte SIM, il existe une clé cryptographique secrète connue uniquement de la carte et de l'opérateur. Elle ne quitte jamais la puce. Grâce à cette clé, le réseau authentifie le téléphone et génère les clés de chiffrement qui protègent les communications.

Celui qui contrôle cette clé peut tout entendre.

Gemplus, dans ses laboratoires ultra-sécurisés, stockait toutes ses clés – des centaines de millions. En 2000, Gemplus équipait plus de 400 millions de cartes SIM plus les cartes bancaires, plus les passeports électroniques.

Gemplus détenait les clés du monde. C'était une entreprise française.

Pour les États-Unis, c'était intolérable. Les Américains considèrent que la cryptographie est un enjeu de sécurité nationale. Ils ne pouvaient pas accepter qu'une entreprise étrangère contrôle l'accès aux communications mondiales. Gemplus devait tomber.


Les conséquences dévastatrices pour Marc Lassus

Pour Marc Lassus, les conséquences ont été dévastatrices. Au moment de l'introduction en bourse de Gemplus, TPG lui avait fait un prêt de 70 millions de dollars pour qu'il achète des stock options, pour donner un bon signal aux investisseurs.

Sauf que la crise que Gemplus a traversée rend les actions sans valeur. L'AMF le condamne, prétendu qu'il avait trafiqué les cours. Marc dit que c'est scandaleux. Il se sent très mal défendu. Il a baissé les bras.

Ses actions de 18% dans Gemplus n'avaient plus aucune valeur. Quand Gemplus demande à Marc de rembourser les 70 millions, il est insolvable. Ses biens sont saisis. Son bateau est piqué.

« J'en pouvais plus. Je me suis trouvé ruiné. J'ai touché ma retraite tard et elle est amputée encore par l'État français. »

Aujourd'hui, Marc Lassus vit modestement. L'homme qui a créé la première licorne française est endetté et brisé.


L'après : Gemalto et les révélations de Snowden

Gemplus est rachetée en 2006 par Axalto, un autre fabricant français. Le nouvel ensemble s'appelle Gemalto. En 2019, Gemalto est racheté par Thales, le géant français de la défense. Gemplus redevient française.

Mais trop tard. Les Américains ont eu 4 ans – de 2002 à 2006 – pour siphonner tout ce qu'ils voulaient. Les technologies, les clés, les brevets. C'était l'objectif depuis le début.

La preuve arrive en 2013. Edward Snowden, analyste de la NSA, révèle l'ampleur de la surveillance américaine. Parmi les documents, une présentation de la NSA révèle que l'agence a piraté Gemalto pour voler les clés de chiffrement des cartes SIM.

Selon les documents de Snowden, la NSA et le GCHQ britannique ont infiltré les réseaux de Gemalto pour dérober des milliers de clés de chiffrement à la source. Un document daté de 2010 indique : « [nous] avons implanté avec succès plusieurs machines Gemalto et nous pensons que nous avons l'ensemble de leur réseau. »

Les agences pouvaient décoder les données passant entre téléphones mobiles et tours de transmission. Elles pouvaient espionner appels, textos, emails sans permission et sans laisser de trace.

Quand la France découvre l'espionnage – Hollande auprès d'Obama, accompagné de Merkel, dénoncent publiquement à Paris être espionnés. Obama est gêné, mais sans plus. Ça continue.
Une opération planifiée du début à la fin

Il n'y a pas de doute pour Marc Lassus : on ne monte pas une opération de cette ampleur avec autant de coordination, autant de surveillance, autant de moyens, juste par hasard. C'était planifié. Orchestré du début à la fin.

« Ce sont des ennemis. C'est la CIA. C'est sûr », déclare Marc Lassus.

Ce n'était pas une première. Dans les années 1990, d'autres cas similaires existaient – des entreprises européennes de cryptographie infiltrées, rachetées, sabotées. Gemplus, c'est l'opération la plus aboutie.

Les États-Unis, qui avaient pris du retard dans les années 1990, ont rattrapé. Bill Clinton inaugure la première carte bancaire américaine en 2003, juste après l'arrivée d'Alex Mandel chez Gemplus.
Leçons pour l'Europe : une naïveté coûteuse

En Europe et en France, on croyait au libre-échange, à la loyauté entre alliés. Mais les Américains protégeaient leurs intérêts par tous les moyens – y compris le renseignement offensif.

L'affaire Gemplus est devenue un cas d'école, symbole de la naïveté européenne face à la guerre économique menée par les grandes puissances. C'était il y a 25 ans. Qu'est-ce qui a vraiment changé ?

Il est impensable que l'Europe continue à se faire avoir de la sorte... n'est-ce pas ?

Pas certainement. D'autres champions français se marient avec des Américains. Latécoère et Photonism ont vu un fonds américain prendre le contrôle. Alstom a été racheté par General Electric. Et on ne pose pas de questions.

Si la France a longtemps été indépendante sur tous les secteurs stratégiques, qu'en est-il maintenant ? Quand sera-t-il à l'avenir ? Que se passera-t-il si les États-Unis décident que nous ne sommes plus leurs alliés ? Que nous n'avons plus besoin des turbines alimentant nos sous-marins ? Que nous n'avons plus besoin d'entretenir nos centrales nucléaires ?

Le prochain Gemplus existe peut-être déjà. Il développe de l'IA générative, des composants quantiques, des puces de nouvelle génération. Des bureaux à Paris, des investisseurs à San Francisco. Et personne ne pose de questions.

Enfin, personne sauf vous.
Références

Wikipedia - Gemplus, entreprise française de fabrication de cartes à puces ; croissance annuelle et chiffres d'affaires documentés.

Structure cryptographique des cartes SIM et rôle des clés de chiffrement dans l'authentification et la protection des communications.

In-Q-Tel, fonds d'investissement créé par la CIA en 1999 ; Alex Mandl siégea au conseil d'administration avant nomination en tant que PDG de Gemplus en 2002.

Connexions entre David Bonderman (TPG), In-Q-Tel, BENS et Arnold & Porter documentées dans les archives.

Explication technique de la structure cryptographique des cartes SIM et de l'importance stratégique des clés de chiffrement.

Approche américaine historique vis-à-vis de la cryptographie comme enjeu de sécurité nationale.

Marc Lassus, compte Le Monde 2002 : ruine financière suite à l'éviction et au remboursement du prêt de stock options.

Révélations de Snowden en 2013 sur le piratage de Gemalto par la NSA et le GCHQ ; rapports The Intercept et médias internationaux.


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