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Fusion Broadcom-VMware : le CISPE muscle son recours en annulation

12 décembre 2025 à 09:09

La structure de financement de la fusion Broadcom-VMware et les engagements de croissance associés auraient-ils dû alerter la Commission européenne ?

C’est l’opinion du CISPE, qui vient d’en faire part publiquement. En toile de fond, un recours que le lobby des fournisseurs cloud européens a introduit cet été auprès du Tribunal de l’UE. Il entend, par ce biais, faire annuler la décision de juillet 2023 par laquelle Bruxelles a autorisé Broadcom à acquérir VMware.

À ces fins, trois moyens sont invoqués. Selon le premier, la Commission européenne a omis d’examiner le risque de création ou de renforcement d’une position dominante – ainsi que d’une réduction significative de concurrence – sur le marché des logiciels de virtualisation des serveurs. Alors même, prétend le CISPE, qu’elle avait les éléments pour. Notamment des « avertissements remarquablement clairs » de personnes interrogées dans le cadre de son enquête de marché.

Le deuxième moyen dénonce une autre omission : l’analyse des risques de ventes groupées des logiciels VMware et des produits (software/hardware) de Broadcom. Le CISPE l’admet : la Commission européenne a affirmé que ces offres n’étaient pas complémentaires et qu’elles n’avaient pas les mêmes acheteurs. Il considère toutefois qu’elle n’en a pas donné de preuve concrète, sinon un renvoi à l’étude de marché. Elle n’aurait, par ailleurs, pas expliqué en quoi l’opération se distinguerait des acquisitions de CA Technologies et de Symantec, « qui ont toutes deux entraîné des ventes groupées et d’autres effets anticoncurrentiels similaires ».

Le troisième moyen pointe une omission d’enquête de manière approfondie au sujet des éventuels effets négatifs sur l’innovation sur tous les marchés affectés par l’opération.

Dette et promesses de croissance, d’indéniables indicateurs ?

Pour financer l’acquisition, Broadcom a levé environ 28,4 Md$ de dette, en plus de reprendre celle de VMware (autour de 8 Md$). Cette situation a engendré une « forte motivation » à monétiser rapidement la base VMware installée, assure le CISPE.

Pour ce qui est des engagements de croissance, le lobby se réfère à la promesse de Hock Tan de faire passer l’EBITDA de VMware d’une fourchette de 4,7-5Md$ à 8,5 Md$ dans un horizon de 3 ans après la fusion. Sur un marché en progression de seulement 5 à 8 % par an, une telle ambition ne pouvait raisonnablement être atteinte sans la stratégie commerciale agressive qui s’est ensuivie, estime-t-il.

672 jours pour publier la décision

Parallèmement à ce recours, le CISPE a déposé plainte début décembre auprès du Médiateur européen. Motif : Bruxelles a pris beaucoup trop de temps pour publier le texte complet de sa décision (672 jours en l’occurrence), qui n’a été attaquable qu’à partir de ce moment-là.

La Commission européenne a justifié ce délai par le droit des parties concernées à exiger la confidentialité de données commerciales sensibles. Et par le temps ainsi nécessaire pour s’accorder sur une version « épurée » du texte de la décision. Le CISPE rétorque que Broadcom en a profité pour jouer la montre.

La Commission européenne s’est concentrée sur le cas Marvell

Broadcom et VMware avaient signé leur accord de fusion le 26 mai 2022. Le 15 novembre, ils en avaient formellement notifié la Commission européenne. Cette dernière avait ouvert une enquête approfondie le 20 décembre.

Son avis préliminaire d’avril 2023 avait tracé les grandes lignes : le coeur du dossier porterait sur les effets de conglomérat au niveau des marchés des contrôleurs hôtes de bus Fibre Channel et des adaptateurs de stockage.

Sur les contrôleurs FC, le seul concurrent était Marvell. Bruxelles craignait que Broadcom ait la capacité de l’exclure en dégradant l’interopérabilité de ses contrôleurs FC et des logiciels de virtualisation serveur de VMware. Mais que ce dernier n’en aurait pas forcément la motivation, vu le risque de voir sa réputation de neutralité affectée.

Concernant les adaptateurs de stockage, les fabricants de serveurs seraient capables d’absorber les effets d’une certification retardée, avait jugé la Commission européenne. Un tel scénario n’affecterait pas significativement la concurrence, avait-elle ajouté ; tout comme d’ailleurs une dégradation de l’interopérabilité, d’autant plus que Broadcom ne jouissait pas d’une position dominante.

L’enquête a également englobé le marché des NIC et l’éventualité d’une vente liée des solutions logicielles de Broadcom et de VMware. Conclusion sur le premier point : le nouvel ensemble n’aurait pas la motivation économique de pratiquer une stratégie d’exclusion. Sur le second, il n’en aurait pas la capacité, les acheteurs étant distincts comme d’ailleurs les cycles d’achat.

Les engagements qui ont fait mouche

Face aux craintes exprimées, Broadcom avait proposé des engagements pour 10 ans. Principalement :

  • Garantir à Marvell un accès à ses API, à son kit de développement de pilotes, à sa suite de certification et à du support technique, au même niveau que pour sa propre division FC
  • Lui donner une visibilité complète sur ses pilotes de contrôleurs FC et lui permettre de les réutiliser et de les modifier, y compris pour développer ses propres pilotes
  • Opérer une séparation organisationnelle entre l’équipe chargée des contrôleurs FC et celle assurant certification et support technique

Soumis à un test de marché, ces engagements avaient convaincu. Broadcom avait  néanmoins dû en affiner quelques aspects. Dont :

  • Clarification de définitions et/ou élargissement de leur périmètre
  • Garantie de frais modiques pour l’accès aux éléments susmentionnés
  • Promesse d’octroyer cet accès en temps opportun
  • Pas de traitement de faveur pour les produits Broadcom dans le guide de compatibilité VMware
  • Suppression d’une clause qui donnait au nouvel ensemble la possibilité de développer des API pour usage interne de dev/test

Illustration générée par IA

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Trois ans après, que devient le catalogue Gaia-X du CISPE ?

5 décembre 2025 à 11:47

Pour accéder au catalogue Gaia-X du CISPE, attention à ne pas suivre le lien que l’association affiche sur la page d’accueil de son site.

Nous en avons fait l’amère expérience. Ledit lien pointe vers une ancienne version du catalogue… qui n’est que partiellement fonctionnelle. Certains filtres sont inopérants (localisation des services, par exemple) tandis que d’autres ne renvoient aucun résultat (tri par fournisseur, par certification, par label Gaia-X). De nombreuses fiches sont par ailleurs en doublon voire plus ; et sur chacune, le JSON source est inaccessible (erreur 503). Les contenus mêmes ne sont plus à jour, reflétant les principes de Gaia-X tels qu’ils étaient essentiellement fin 2022.

Une maintenance depuis la France

À la « bonne » adresse, la spécification Gaia-X référente est celle de mars 2025. L’enregistrement des services passe toujours par le CISPE (démarche gratuite pour les membres et les affiliés). L’exploitation et la maintenance du catalogue restent à la charge de Cloud Data Engine, SASU francilienne née en 2023, quelques semaines avant le passage en prod.

Les services listés respectent un socle minimal d’exigences – dit « conforité standard » – attendues pour pouvoir participer à l’écosystème Gaia-X. Ils peuvent être labellisés à trois niveaux supplémentaires.
Le premier comporte des exigences en matière de droit applicable, de gouvernance et de transparence. Il est obtenu sur la base d’une autocertification.
Le deuxième requiert une possibilité de traiter les données en Europe uniquement. Le troisième ajoute des critères pour assurer l’immunité aux lois extra-européennes. L’un et l’autre impliquent un audit tiers sur la protection des données et la cybersécurité ; pas sur la portabilité et la soutenabilité.

De premières offres labellisées Gaia-X niveau 3

À l’occasion du Sommet Gaia-X 2025, le CISPE a mis en lumière l’intégration d’un premier bouquet d’offres de services labellisées au niveau 3. Au nombre de 9, elles émanent de 5 fournisseurs. Dont 3 français :

  • Cloud Temple (IaaS open source, IaaS bare metal et PaaS OpenShift)
  • OVHcloud (Hosted Private Cloud by VMware)
  • Thésée Datacenter (hébergement dans ses deux datacenters des Yvelines)

Les étiquettes désignant les autres niveaux de conformité n’ont encore été attachées à aucun service (elles l’étaient pour quelques-uns dans l’ancienne version du catalogue).

Cloud Temple rejoint Ikoula, OVHcloud et Thésée Data Center

Côté certifications, certaines étiquettes n’ont, là aussi, pas encore été massivement attribuées. Illustration avec le code de conduite SWIPO, actuellement associé à seulement 4 services.

D’autres étiquettes, à l’instar de C5 (le « SecNumCloud allemand »), ne retournent quasiment pas de résultats, faute de fournisseurs nationaux référencés dans le catalogue. Pour le moment ils sont 13 :

  • Quatre français (Cloud Temple, Ikoula, OVHcloud, Thésée Data Center)
  • Deux espagnols (Gigas Hosting, Jotelulu)
  • Cinq italiens (Aruba, CoreTech, Netalia, Opiquad, Seeweb)
  • Un néerlandais (Leaseweb)
  • Un américain (AWS)

Cloud Temple – non membre du CISPE, comme OVHcloud et Thésée Data Center – et Seeweb étaient les seuls de ces fournisseurs à ne pas figurer dans l’ancienne version du catalogue*.

Les quelque 600 services référencés sont presque tous localisés dans l’UE. Les 15 exceptions (États-Unis, Canada, Australie, Singapour) sont liées à OVHcloud.

Les tags relatifs aux catégories de services visent large. « Authentification », par exemple, est attribué autant au remote desktop et au PBX virtuel de Jotelulu qu’à l’hébergement web et au Veeam d’OVHcloud.

* Son intégration « a posteriori » se ressent : elle ne respecte par l’ordre alphabétique (Cloud Temple est positionné après CoreTech dans la liste déroulante du filtre fournisseurs).

Illustration générée par IA

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