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Des outils de piratage d'iPhone conçus par les États-Unis finissent chez les cybercriminels

Par : Korben
4 mars 2026 à 14:24

Google et une société de cybersécurité, iVerify, ont découvert un puissant outil de piratage d'iPhone baptisé Coruna. Visiblement développé par le gouvernement américain, il a fuité et se retrouve aujourd'hui entre les mains d'espions russes et de cybercriminels chinois. Plus de 42 000 iPhone ont été piratés à cause de lui.

Comment ça marche ?

Coruna est un programme capable d'exploiter 23 failles de sécurité différentes dans iOS, le système d'exploitation de l'iPhone. Il suffit qu'un utilisateur visite un site web piégé pour que l'outil analyse automatiquement son téléphone (modèle, version du système, réglages de sécurité) et choisisse la bonne méthode pour en prendre le contrôle. C'est Google qui l'a repéré en premier, en février 2025, quand un vendeur de logiciels espions a tenté de pirater un iPhone pour le compte d'un gouvernement. De son côté, iVerify a analysé le code source et estime qu'il a été développé aux États-Unis. Plusieurs indices pointent dans cette direction : Rocky Cole, le patron d'iVerify, décrit un code "superbe" et "élégamment écrit", truffé de blagues internes en anglais américain dans les commentaires. Et surtout, le kit partage des éléments communs avec l'Opération Triangulation, une campagne de piratage d'iPhone que le spécialiste en cybersécurité Kaspersky avait attribuée aux services de renseignement américains en 2023.

Des espions russes aux arnaqueurs chinois

Le vrai problème, c'est que Coruna a fuité bien au-delà de ses créateurs. Google a retracé la circulation de l'outil sur plus d'un an. Il a d'abord été récupéré par un groupe d'espions russes, qui l'a utilisé pour piéger des sites web fréquentés par des Ukrainiens : les visiteurs qui s'y connectaient avec un iPhone se faisaient pirater sans le savoir. L'étape suivante est encore plus préoccupante : un groupe de cybercriminels chinois a mis la main sur l'outil complet et l'a utilisé pour créer de faux sites d'échange de cryptomonnaies. Résultat : plus de 42 000 iPhone compromis, un chiffre qualifié de "massif" par les chercheurs. Google parle même d'un "marché de seconde main" pour ce type d'outils, ce qui rappelle d’ailleurs la fuite en 2017 d'un outil similaire de la NSA, qui avait permis des cyberattaques mondiales comme WannaCry.

Votre iPhone est-il concerné ?

Apple a travaillé avec Google pour corriger les failles et les mises à jour sont disponibles. Tous les iPhone sous iOS 18 ou plus récent ne sont plus vulnérables, et Apple indique que 74 % des iPhone compatibles sont déjà à jour. Le mode Isolement (Lockdown Mode) et la navigation privée dans Safari bloquent aussi l'attaque. En fait, Coruna cible les versions d'iOS sorties avant décembre 2023, ce qui veut dire que si vous n'avez pas mis à jour votre iPhone depuis un moment, il est potentiellement exposé.

C’est quand même assez pénible qu’un outil d'espionnage lié à un état se retrouve dans une arnaque aux cryptos, ça montre bien que personne ne contrôle la prolifération de ces trucs. Et Coruna n'est probablement pas le seul à circuler comme ça. Bref, si vous avez un vieil iPhone pas à jour, vous pouvez vous inquiéter (ou juste le mettre à jour).

Sources : Wired , Google

YggTorrent hacké et fermé - L'arroseur arrosé

Par : Korben
4 mars 2026 à 10:59

C'est la grosse actu du jour ! YggTorrent, le plus gros tracker torrent francophone, a fermé DÉFINITIVEMENT ses portes après une cyberattaque survenue le 3 mars 2026. Un site de piratage qui se fait... pirater. Oups !

Un hacker du nom de Gr0lum a revendiqué l'opération baptisée YGGLeak. D'après lui, il aurait exfiltré la base de données complète du site, soit environ 6,6 MILLIONS de comptes utilisateurs. Il s'agit d'emails, de mots de passe hashés en bcrypt, d'adresses IP, d'historiques de navigation... genre, le package complet. Donc pas exactement le genre de truc que vous voulez voir traîner dans la nature.

De leur côté, l'équipe d'Ygg a publié un long communiqué où ils se posent en victimes. Selon eux, un ancien admin viré aurait gardé des accès et orchestré le sabotage de l'intérieur. Ils parlent de "trahison" et jurent que les mots de passe étaient "hashés et salés" (en gros, pas en clair... mais bon, ça rassure moyen quand toute votre base est dans la nature).

Sauf que la version de Gr0lum raconte une toute autre histoire. Le hacker accuse la plateforme d'avoir stocké pas moins de 54 776 numéros de cartes bancaires (sans qu'on sache si c'est des numéros complets ou tronqués), d'avoir mis en place du tracking comportemental poussé et même du fingerprinting de wallets crypto via un script (Sci.js) qui détectait Phantom, MetaMask ou Trust Wallet sur les machines des visiteurs. On est donc carrément loooooiiiiin du petit tracker communautaire sur lequel vous téléchargiez vos ISO Linux ^^.

Et le dossier complet publié par Gr0lum va encore plus loin. Un module baptisé Security.php aurait collecté les données de cartes bancaires COMPLÈTES... numéro, CVV, date d'expiration, nom du porteur, le tout relayé via un processeur de paiement tiers. Plusieurs utilisateurs sur Reddit ont d'ailleurs signalé des prélèvements frauduleux après avoir payé sur le site. En bonus, Ygg utilisait un service de DDoS (stresscat.ru) pour matraquer des trackers concurrents comme la-cale.space et sharewood.tv.

D'ailleurs, faut remettre un peu de contexte. Le 21 décembre 2025, Ygg avait lancé son fameux "Mode Turbo" qui limitait les utilisateurs gratuits à 5 téléchargements par jour... sauf si vous passiez à la caisse (86 euros). Résultat, d'après les données exfiltrées, le chiffre d'affaires a carrément TRIPLÉ en janvier 2026 pour atteindre ~490 000 euros sur le seul mois. Sur l'ensemble, on parle de 5 à 8,5 millions d'euros de revenus, avec près de 250 000 commandes traitées. Du coup, pour un site soi-disant "bénévole", ça fait beaucoup, j'avoue.

Côté technique, le hack est un cas d'école. Gr0lum a trouvé un port SphinxQL (9306) exposé sans authentification sur un serveur de pré-production. De là, lecture de fichiers arbitraires, récupération d'un mot de passe admin en clair dans un fichier sysprep, puis rebond de serveur en serveur via SMB et SSH. Trois jours seulement et 19 Go de données exfiltrées. Contrôle total. Le serveur de pré-prod tournait sous Windows Server 2019 avec le pare-feu désactivé et Defender coupé. Du grand art !

Pour le blanchiment des revenus crypto, ça passait par Tornado Cash avec conversion en Monero via ChangeNOW... le combo parfait pour disparaître de la blockchain. L'équipe avait même acheté le domaine warezfr.com fin décembre 2025 et bossait sur un nouveau tracker baptisé RageTorrent. Ils voyaient loin.

Si vous aviez un compte sur Ygg, surtout si vous utilisiez le même email et le même mot de passe sur d'autres services (oui, on sait que c'est votre cas ^^), changez le ailleurs, car même avec du hash salé, sur 6,6 millions de comptes y'a forcément des mots de passe type "123456" qui vont tomber en quelques secondes. Vérifiez aussi sur Have I Been Pwned si votre adresse a fuité.

Ah et bonne nouvelle, y'a déjà un successeur. Un collectif nommé Utopeer a récupéré le catalogue et lancé ygg.gratis. Attention, aucune garantie de fiabilité là non plus, hein.... Comme d'hab, méfiance.

C'est un peu comme Bato.to en janvier dernier... les géants du piratage tombent les uns après les autres... après T411 en 2017, après Zone-Téléchargement, après Bato.to, c'est donc au tour d'Ygg de tirer sa révérence, sauf que cette fois, c'est pas la police qui a frappé, mais visiblement un de leurs propres utilisateur avec quelques compétences...

Des sous-traitants de Meta pourraient regarder vos vidéos captées avec les Ray-Ban Meta

Par : Korben
4 mars 2026 à 09:05

Savez-vous que Meta a vendu 7 millions de paires de Ray-Ban Meta l'an dernier ? Le succès commercial est dingue, mais une enquête du quotidien suédois SVD montre que des sous-traitants basés au Kenya visionnent certaines vidéos privées, enregistrées par les lunettes pour entraîner l'IA de Meta. La CNIL a ouvert une enquête.

7 millions de paires en un an

EssilorLuxottica a confirmé le chiffre : plus de 7 millions de lunettes connectées vendues en 2025. C'est trois fois plus que les 2 millions écoulés entre le lancement fin 2023 et début 2025. La gamme s'est élargie avec les Oakley Meta et un modèle haut de gamme à 800 dollars, le Ray-Ban Meta Display, qui ajoute un affichage tête haute. Le marché des lunettes connectées n'est clairement plus un sujet de niche, et Meta domine le segment.

Des sous-traitants qui voient tout ?

Selon l'enquête du quotidien suédois SVD, des milliers d'annotateurs de données basés au Kenya, employés par le sous-traitant Sama pour le compte de Meta, visionnent les vidéos captées par les Ray-Ban Meta pour entraîner ses modèles d'IA. Et ce qu'ils voient n'est pas toujours anodin. Les travailleurs rapportent être tombés sur des scènes de salle de bain, des moments intimes et des cartes bancaires filmées par les utilisateurs. Un employé raconte qu'un utilisateur portait ses lunettes pendant que son partenaire se trouvait dans la salle de bain. Les conditions d'utilisation de Meta précisent que les interactions avec l'IA peuvent être "examinées de façon automatique ou manuelle", mais on doute que les utilisateurs aient bien compris ce que "manuelle" veut dire dans ce contexte.

La CNIL et la LED qui ne sert à rien

Côté protection des personnes filmées, la situation n'est pas mieux. Les Ray-Ban Meta ont une petite LED blanche qui s'allume pendant l'enregistrement, censée prévenir les gens autour. Sauf que certaines bidouilles permettent de la masquer, et la CNIL l'a bien noté. L'autorité française a ouvert une enquête après une plainte et considère que l'intrusion dans la vie privée est "possiblement énorme". Des créateurs de contenu ont d'ailleurs utilisé ces lunettes pour filmer des passants à leur insu, la BBC ayant documenté le cas de pick-up artists filmant des femmes dans des lieux publics. Et puisque filmer dans un espace public reste légal en France, les victimes n'ont quasiment aucun recours. Des étudiants de Harvard ont aussi démontré qu'on pouvait coupler les lunettes à un système de reconnaissance faciale pour identifier des inconnus dans la rue et accéder à leurs données personnelles.

On ne va pas se mentir, j'adore mes Ray-Ban Meta que j'utilise quotidiennement, mais 7 millions de caméras portées sur le nez de gens qui se baladent partout, avec des vidéos qui finissent chez des sous-traitants au Kenya, c'est quand même un problème. La politique de confidentialité de Meta reste volontairement floue sur ce qui est collecté et sur qui regarde ces images. La petite LED de sécurité qui se neutralise facilement n'aide en rien.

Sources : Clubic , UCStrategies

Le fisc sud-coréen publie carrément ses mots de passe crypto dans un communiqué de presse

Par : Korben
4 mars 2026 à 08:24

Le Service national des impôts sud-coréen a publié par erreur les phrases de récupération de portefeuilles crypto saisis lors d'une opération contre la fraude fiscale. Résultat, un inconnu a siphonné l'équivalent de 4,8 millions de dollars en quelques heures. Les fonds ont finalement été restitués, mais l'affaire fait quand même pas mal jaser.

La photo de trop

Il y a quelques jours, le fisc sud-coréen annonçait avoir mené des perquisitions chez 124 contribuables soupçonnés de fraude fiscale, pour un butin total de 8,1 milliards de wons, soit environ 5,6 millions de dollars en espèces, montres et biens de luxe. Pour communiquer sur l'opération, l'agence a partagé des photos des saisies avec la presse. On y voyait des liasses de billets, des objets de valeur, et plusieurs portefeuilles Ledger posés bien en évidence sur une table.

Sauf que sur au moins deux d'entre eux, la seed phrase, cette suite de mots qui donne le contrôle total d'un portefeuille crypto, était parfaitement lisible. Un inconnu a repéré l'aubaine, déposé un peu d'Ethereum sur le wallet pour couvrir les frais de transaction, puis exécuté trois transferts pour vider les 4 millions de tokens Pre-Retogeum qui s'y trouvaient. Valeur estimée : 4,8 millions de dollars quand même.

Un vol pour rien

Une vingtaine d’heures plus tard, les tokens ont été renvoyés à leur portefeuille d'origine. Pourquoi ? Parce que le Pre-Retogeum est un token quasiment invendable. Le volume de transactions quotidien sur les plateformes décentralisées ne dépassait pas 332 dollars au moment des faits. Concrètement, le voleur s'est retrouvé avec des millions en poche, mais sans aucun acheteur potentiel en face. Et comme toutes les transactions sont enregistrées sur la blockchain, toute tentative de revente aurait été immédiatement grillée.

Pas une première

C'est le deuxième incident du genre en Corée du Sud. En 2021, la police de Séoul avait perdu 22 bitcoins, soit environ 1,5 million de dollars, après les avoir confiés à un prestataire externe. Le vice-Premier ministre a donc ordonné un examen en urgence de la façon dont les administrations gèrent les actifs numériques saisis. Le fisc a présenté ses excuses, expliquant avoir voulu "fournir une information plus vivante au public", et a promis de revoir ses procédures de A à Z. La police a quand même été chargée de retrouver l'auteur du vol.

Franchement, publier la seed phrase d'un portefeuille crypto dans un communiqué de presse, il fallait quand même oser. C'est la deuxième boulette crypto du gouvernement sud-coréen, et visiblement, la gestion des actifs numériques par les administrations publiques est un sujet complexe pour les autorités.

Sources : the register , coindesk

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