Pasqal lève 340 millions € et vise le Nasdaq
Pasqal, la start-up spécialisée dans les ordinateurs quantiques à atomes neutres, née en 2019 dans le sillage des travaux du Prix Nobel Alain Aspect, vient d’annoncer une levée de fonds d’au moins 340 millions €. Une somme qui la propulse d’un coup dans la cour des grandes licornes mondiales du secteur quantique.
Le montage est aussi ingénieux que la technologie qu’il finance. Le tour se décompose en deux volets d’environ 170 millions € chacun : d’un côté, une levée privée classique ; de l’autre, un financement convertible adossé à une fusion avec Bleichroeder Acquisition Corp. II, un SPAC américain coté. Au total, depuis sa création, Pasqal aura levé près de 600 millions €, un chiffre qui résume l’ampleur des ambitions.
Une valorisation à 2 milliards $
La transaction valorise Pasqal à 2 milliards $, faisant de la start-up de Palaiseau l’une des rares « licornes quantiques » au monde. Une marche franchie au pas de charge, qui s’explique autant par la maturité technologique de son offre ( des processeurs quantiques accessibles sur site ou via le cloud) que par son carnet de clients impressionnant : CMA CGM, OVHcloud, Thales, IBM, NVIDIA, Sumitomo.
Le tour d’investisseurs rassemble un plateau d’acteurs industriels et financiers qui reflète la dimension internationale prise par Pasqal : Parkway, Quanta Computer, LG Electronics, Temasek, l’European Innovation Council Fund, Saudi Aramco Entrepreneurship Ventures ou encore ISAI figurent parmi les nouveaux entrants, aux côtés de Bpifrance, fidèle au capital depuis 2021.
Nasdaq d’abord, Euronext ensuite
La stratégie boursière est doublement ambitieuse. Pasqal prévoit une première introduction au Nasdaq en 2026, via la fusion avec le SPAC Bleichroeder, avant de préparer une cotation sur Euronext Paris entre 2026 et 2027. Ce double ancrage vise à capter la liquidité des marchés américains, incontournables pour une deeptech qui se bat à armes égales avec des géants comme IBM Quantum ou IonQ, tout en maintenant une base actionnariale et décisionnelle en Europe.
L’opération, soumise aux approbations réglementaires habituelles et au dépôt d’un Form F-4 auprès de la SEC, n’est pas sans risques. Le marché des SPACs a connu ses turbulences ces dernières années, et la concurrence dans la course au quantique industriel s’intensifie. Pasqal mise sur la singularité de son approche — les atomes neutres — pour se différencier face aux architectures à base d’ions piégés ou de qubits supraconducteurs.
L’Essonne, QG mondial du quantique
Malgré l’envergure américaine de l’opération, Pasqal entend investir la majeure partie des fonds en France, et plus précisément à Palaiseau, dans l’Essonne, où est déjà implanté son site principal.
L’entreprise annonce vouloir doubler ses capacités de production en 24 mois et recruter 50 personnes supplémentaires sur 18 mois, soit une hausse des effectifs d’environ 20 % pour atteindre plus de 325 collaborateurs. La R&D sera également renforcée, avec un objectif affiché : disposer d’un ordinateur quantique tolérant aux pannes avant la fin de la décennie.
Un message politique autant qu’industriel, qui s’inscrit dans la logique du plan quantique national et des ambitions de souveraineté technologique européenne. Le futur ensemble issu de la fusion avec Bleichroeder restera d’ailleurs une entité de droit français, présidée par un ressortissant hexagonal, et Bpifrance conservera son siège au conseil d’administration.
Un test grandeur nature pour la deeptech européenne
La trajectoire de Pasqal sera scrutée bien au-delà du seul secteur quantique. Pour l’ensemble de l’écosystème deeptech européen, cette double cotation représente un test inédit : celui de la capacité d’un champion continental à lever des capitaux à l’échelle des exigences technologiques du moment, sans sacrifier son ancrage et ses valeurs.
Si l’opération réussit, elle démontrera qu’il est possible de rivaliser avec les poids lourds américains et asiatiques depuis Palaiseau et que le quantique européen n’est plus seulement une promesse de laboratoire. La balle est désormais dans le camp des marchés.
Photo : © DR
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