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Reçu — 6 janvier 2026

28) Vers une épistémologie non dualiste : qu'est ce que l'on perd quand on gagne un débat - YouTube

5 janvier 2026 à 22:59

Vers une Épistémologie Non Dualiste : Qu'est-ce que l'on Perd quand on Gagne un Débat ?

D'après l'analyse de Bascar (Hypnomachie)

Avertissement : Bascar annonce d'emblée qu'il s'agit « probablement de la vidéo la plus complexe de la chaîne ». Elle traite essentiellement d'épistémologie (la science de la connaissance, les fondements de notre manière de penser) et un peu d'anthropologie. L'objectif est de « faire péter les structures du bas », c'est-à-dire de remettre en cause les briques de base dont on se sert pour penser le chaos et le monde.


Introduction : Penser le Changement, Pas Changer le Pansement

Bascar commence par une citation : « Face au monde qui change, il faut mieux penser le changement que changer le pansement. »

L'objectif de cette vidéo est de remettre en cause certains allants de soi épistémologiques, ces évidences structurantes que nous utilisons pour appréhender le réel sans même nous en rendre compte. Pour ce faire, Bascar s'appuie principalement sur les travaux de Bruno Latour, anthropologue et philosophe des sciences, et son ouvrage « Nous n'avons jamais été modernes ».

Bascar prévient : ce livre n'est pas celui qu'il conseillerait en premier aux débutants. Il est « un petit peu difficile d'accès », avec des métaphores parfois étranges, une certaine « aridité ». Mais pour les fans d'épistémologie qui n'ont pas peur de la complexité, « ça vaut largement le coup ».


I. L'Évolution des Modèles de Pensée : Du Simple au Complexe

Les Modèles Archétypaux Simplistes

Nos ancêtres ont commencé à penser le monde avec des modèles assez simplistes, ce qui est normal. Bascar rappelle l'étymologie du mot « modèle » : il vient de « mettre en selle », avec la même racine qu'on retrouve dans :

  • Média (ce qu'il y a entre vous et le réel)
  • Médecin
  • Modeste
  • Mode
  • Mesure (le « maître » de la chose, ce qu'il y a entre toi et le monde)

Nos ancêtres pensaient le monde à l'aide de modèles archétypaux simplistes qui sont, en fait, ce que Bascar appelle dans d'autres vidéos des heuristiques de pensée : des raccourcis cognitifs qui permettent une forme d'économie cognitive.

Encore aujourd'hui, la plupart d'entre nous utilisons des modèles archétypaux extrêmement simplistes qui contiennent de grosses doses de logique sacrificielle, spécialement lorsqu'on considère que « l'autre est un con », « parce qu'il est con », qu'on le « reconnaît ».

L'Émergence de la Pensée Systémique

Tout au long de l'histoire, et spécialement après les Lumières et au XXe siècle, tout s'est accéléré. De plus en plus de gens ont complexifié les modèles humains. On s'est mis à avoir accès à la pensée systémique, typiquement avec l'École de Palo Alto en psychologie et en sociologie.

C'est-à-dire qu'on a commencé de plus en plus à essayer d'expliquer les phénomènes non pas par une cause ontologique (liée à la nature de la chose), mais par un ensemble de facteurs.

Exemple : l'obésité

Avant, on expliquait : « On est gros parce qu'on manque de volonté. » C'est une espèce de cause ontologique : « Je ne suis pas gros, je suis jovial et épanoui. »

Avec la pensée systémique, on s'est rendu compte qu'il y avait des corrélations très importantes entre la pauvreté et l'obésité. Quand on est pauvre, on a plus de chances d'être gros. L'explication devient multifactorielle : niveau socio-économique, accès à l'alimentation de qualité, stress, éducation nutritionnelle, facteurs psychologiques, etc.

Le Modèle à Deux Piliers

Ce mode de pensée systémique amène naturellement à complexifier la pensée. Très vite, dès qu'on étudie un sujet, on arrive à des explications multifactorielles, complexes. En gros, « c'est très, très compliqué, plein, plein de causes différentes ». Mais en tout cas, ça amène à des explications nuancées, complexes, dynamiques, assez éloignées des explications monolithiques et simplistes du café du commerce ou de nos politiques.

Bascar parodie le discours politique binaire : « Ceux qui ne veulent pas de changement, ce sont des feignasses, les connards... » On n'est pas bien là, avec nos deux gros piliers :

  1. Pilier 1 : Système rapide / Cerveau limbique / Pensée ontologique
    • Attribution d'une cause intrinsèque aux choses
    • « Le gros, il est gros parce qu'il n'a pas de volonté »
    • Simple, binaire, réactif
  2. Pilier 2 : Système lent / Néocortex / Pensée systémique
    • Causes multifactorielles complexes
    • Permet de saisir le monde dans toute sa complexité
    • Réfléchi, analytique

Bascar ironise : « Là, on a un bon gros système avec nos deux piliers qui nous permet de bien comprendre, de bien appréhender le monde. Là, c'est bien, fini, on peut presque s'arrêter de réfléchir. »

Puis, après une pause : « Non. On va tout faire péter. Je vous l'avais promis. »


II. La Critique de Bruno Latour : Le Tour de Passe-Passe des « Modernes »

Rationnel vs. Pré-rationnel : Qui Gagne le Débat ?

Une chose qui a beaucoup plu à Bascar dans l'approche de Latour, c'est comment il « torpille » ce qu'il appelle les « modernes », ou ce que Bascar appelle la « rationalité ».

Dans un débat argumenté, en général, la personne qui utilise des arguments ontologiques (qui se réfèrent à la nature des choses) perd quasi systématiquement face à quelqu'un qui utilise une approche rationnelle. C'est normal : quand le rationnel rencontre le pré-rationnel, ça donne ça.

Mais — et c'est là que ça devient intéressant — comme souvent, il y a ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas. Quand on gagne un conflit mimétique (car l'opposition pré-rationnel/rationnel, vue du point de vue rationnel, est un conflit mimétique), on perd autre chose.

La Narcose Narcissique

En général, quand on plafonne dans un paradigme rationnel, on ne se rend pas compte qu'on perd quelque chose. On ne réalise qu'on perd quelque chose que quand on sort de ce que Marshall McLuhan appelle la « narcose narcissique ».

La narcose narcissique, c'est cette espèce de torpeur dans laquelle on tombe lorsqu'on a quelque chose qui est une extension de soi-même. Exemple : quand on vient d'avoir une nouvelle console de jeu vidéo et qu'on se dit « Ouais, j'ai la dernière machin ! » Parce qu'en fait, on vit l'objet comme une extension de soi.

De manière plus subtile, on a un phénomène de narcose narcissique quand on gagne un débat. C'est le moment du « Ouais, j'ai raison, l'autre est un couillon, et la raison est de mon côté. » On retrouve bien sûr le conflit mimétique. On a aussi une espèce d'endormissement de la conscience à ce moment-là.

Ce n'est que lorsqu'on sort de cette narcose narcissique, lorsqu'on se met dans cet état que Levinas appelle très justement « entièrement dessaoulé », qu'on commence à se rendre compte de ce qui nous arrange pas.

Le Tour de Passe-Passe Épistémologique

Ce que nous dit Latour — et c'est très intéressant — c'est que pour gagner ces frottements au niveau des idées, le moderne effectue, malgré lui, souvent à son insu, une espèce de petit tour de passe-passe épistémologique. Il triche un petit peu sur la méthode.

Ça lui permet de gagner dans un duel à une seule dimension où il y a :

  • D'un côté, les arguments ontologiques (qui tiennent en « c'est comme ça, c'est la nature des choses »)
  • De l'autre côté, les arguments systémiques, complexes

Mais ce qui est fascinant, c'est que c'est sous son propre seuil de conscience qu'il arnaque l'autre, et que, quelque part, il s'arnaque lui-même.


III. L'Exemple de Star Wars : Ontologie vs. Rationalité

Pour expliquer avec plus de clarté cette petite arnaque épistémologique, Bascar utilise un exemple culturel que beaucoup connaissent : Star Wars.

La Force dans la Trilogie Originale : Explication Ontologique

Dans les tout premiers films (années 1980), on assiste à une explication purement ontologique de ce qu'est la Force, un phénomène très complexe.

« La Force qui donne aux chevaliers Jedi leur pouvoir, c'est une sorte de fluide créé par tout être vivant, une énergie qui nous entoure et nous pénètre, et qui maintient la galaxie en un tout unique. »

Mais ça n'explique rien. Ça veut dire que dans une discussion argumentée, ça n'a aucun poids, aucune valeur, mise à part si on se planque derrière « l'identité culturelle et son respect ». Mais sans ça, ça n'a aucun poids dans une discussion argumentée.

La Force est présentée comme une espèce de mythe pré-rationnel structurant, un absolu et indépassable, un peu à la manière de certains hommes qui, autrefois, imaginaient que le monde reposait sur une tortue qui elle-même flottait dans le vide. C'est pré-rationnellement correct.

Les Midichloriens dans la Prélogie : Tentative de Rationalisation

Dans la prélogie (sortie après, mais qui parle d'avant dans la saga, début des années 2000), on assiste à une espèce de débauche d'explication qui se voudrait moderne ou rationnelle via l'arrivée d'une notion : les midichloriens.

« Les midichloriens sont des organismes microscopiques qu'on rencontre dans toute cellule vivante. Ils sont à l'intérieur de moi, dans ces cellules. Sans les midichloriens, il n'y aurait pas de vie, et on n'aurait pas connaissance de la Force. »

Bascar ironise : « Au début des années 80, ça parlait à tout le monde, un grand mystère cosmique transcendantal. Alors qu'au début des années 2000, avec Internet et la culture scientifique, il leur faut du scientifique, du prouvable, sinon ils n'accrochent pas. C'est normal. »

Le Conflit Mimétique

On a vraiment l'archétype d'un phénomène qui est expliqué :

  • D'un côté, avec des modèles ontologiques (la Force comme mystère)
  • De l'autre côté, avec des modèles systémiques/rationnels (les midichloriens comme organismes mesurables)

Comme Bascar l'a dit, dans un débat, quand les deux s'affrontent, la personne qui défend le monde de façon ontologique « repart directement la queue entre les jambes ».

Mais prenons le temps, dit Bascar, de climatiser Latour (comprendre : de digérer Latour à petites doses).


IV. La Question Fondamentale : Nature ou Culture ?

La Science est-elle un Construit Social ?

Bruno Latour, en s'appuyant sur Schapin et Schaffer, qui eux-mêmes s'appuient sur Robert Boyle, pose une question fondamentalement intéressante :

La science — la démarche scientifique — appartient-elle au monde ontologique ou au monde systémique ?

Dit autrement : est-ce que la science est un construit social, ou est-ce que la science est une chose en soi ?

Pendant très longtemps, on a fonctionné avec un modèle en opposition entre :

  • La nature (justement, la nature, c'est l'ontologie)
  • La culture (aspect systémique par excellence)

Avec la découverte de l'épigénétique, on commence à arriver tout doucement à un modèle :

Nature → Épigénétique → Culture

Sous forme d'un continuum.

La Proposition de Bascar : Un Modèle Plus Fin

Bascar propose une modélisation « un petit peu plus fine ». Il affirme :

La nature est à la fois naturelle ET culturelle.

La nature est naturelle

C'est assez intuitif. Une chose est une chose. Un chien est un chien. Pas de problème.

La nature est également culturelle

Notre rapport à la nature, la manière même que nous avons de concevoir ce qu'est la nature, dépend totalement de notre culture, de notre socio-culture.

Bascar fait référence à l'hypothèse de Sapir-Whorf (très controversée, prévient-il). C'est le fameux mythe (légende urbaine) selon lequel les Eskimos auraient 50 mots différents pour qualifier la neige.

C'est extrêmement controversé, mais Bascar utilise cette légende pour illustrer que selon les mots qu'on emploie, selon la langue et comment notre socio-culture façonne notre système nerveux, nous allons avoir des représentations très différentes de ce qu'est la nature.

Donc on a une nature qui est à la fois nature et à la fois culture. Petit clin d'œil à Spinoza et au concept de natura naturans et natura naturata (« la nature naturante » et « la nature naturée »), qu'il n'a d'ailleurs fait que reprendre.

Culture Naturelle et Culture Culturelle

De la même façon, en face, on a une culture qui va être à la fois naturelle ET culturelle.

La culture est culturelle

Par essence, c'est intuitif. Oui, la culture, c'est culturel. Pas de problème.

La culture a une composante naturelle

Bascar prend l'exemple de la Suède. Dans certains pays nordiques, ils ont fait un gros travail pour déconstruire les représentations sociales et notamment essayer d'encourager :

  • Les hommes à aller vers les métiers du care (infirmiers, médecins, tous les métiers où on prend soin)
  • Les femmes à aller vers des métiers perçus comme plus masculins (BTP, par exemple)

Ils ont fait passer, dès le départ, sur des années et des années, chez les enfants, des stéréotypes dans les dessins, les livres : « Georges, enfin, Hugues (probablement) va au travail », etc., de façon à ce que les enfants intègrent des stéréotypes qui leur donnaient toute latitude et toute permission d'aller faire ces métiers.

Le Résultat Surprenant

Malgré ces incitations, les chercheurs ont eu la surprise de voir qu'on avait tout de même :

  • Une majorité d'hommes dans les métiers du BTP
  • Une majorité de femmes dans les métiers du care

Et ce, malgré les fortes incitations à déconstruire les stéréotypes culturels, à donner un maximum de permission aux gens.

Certains chercheurs font l'hypothèse de causes plus ou moins génétiques et/ou hormonales. D'autres disent « Non, non, non, tout est culturel. »

Bascar ne tranche pas, mais il dit : « En tout cas, ce qui est clair, c'est que ce n'est pas absurde de penser que les différents stéréotypes culturels se basent, à un moment donné, sur la génétique et sur la nature. On ne vient pas de nulle part, on n'a pas été créés ex nihilo. »

Conclusion Provisoire

Ce qui est clair, c'est que :

  • Les modèles 100% ontologiques (tout est naturel)
  • Les modèles 100% systémiques (tout est culturel)

Ne sont pas, à eux seuls, satisfaisants.

L'un nourrit l'autre, un petit peu à la manière du yin et du yang. Et tant mieux, puisque chacun possède des zones d'impensé que l'autre permet de penser. Tout l'intérêt est donc de ne pas être sectaire dans les modèles qu'on emploie pour appréhender les choses.


V. Les Hybrides : Menace pour les Systèmes de Pensée

Qu'est-ce qu'un Hybride ?

On va alors assister à l'émergence de ce que Bruno Latour appelle des « hybrides » (Bascar fait un jeu de mots avec « hybride/vampire » : « plus fort que les deux espèces réunies à la fois »).

Pour Bruno Latour, un hybride, on pourrait dire que c'est un phénomène qui ne peut pas être appréhendé de manière satisfaisante ni avec un filtre ontologique, ni avec un filtre systémique.

Ce sont des phénomènes qui échappent à la dichotomie nature/culture.

Les Hybrides dans le Monde Traditionnel

Dans un monde traditionnel, la plupart du temps, les hybrides sont encadrés dans le meilleur des cas, voire même très souvent purement et simplement niés, voire exterminés.

Pourquoi ? Parce que l'existence même des hybrides menace les mythes fondateurs des sociétés et de la socio-culture.

Bascar illustre avec une parodie : « Je me bats, c'est prêt d'une part, vouloir se marier. » (Référence au débat sur le mariage homosexuel, où certains milieux traditionalistes voient l'homosexualité comme une « hybridité » menaçant l'ordre naturel.)

Les Hybrides chez les Modernes

De l'autre côté, chez les modernes, les rationalistes, les progressistes, on va plutôt donner dans l'autre sens : des explications systémiques jusqu'à la négation pure et simple du moindre facteur ontologique.

Bascar parodie un dialogue sur l'identité de genre :

— « Vous n'êtes pas un homme ? »
— « Non, non, je ne sais pas ce qui vous fait dire que je suis un homme, mais je ne le suis pas. »
— « De votre apparence ? »
— « Ah bon ? Ah, il ne faut pas confondre identité de genre et expression de genre. Donc on va déjà mal partir. »

La Prolifération des Hybrides

La prolifération des hybrides menace autant les modèles conservateurs que les modèles progressistes. Même si, effectivement, les modèles progressistes sont peut-être un tout petit peu plus souples, un tout petit peu plus adaptables, « c'est peanuts ».

Cette prolifération entraîne des blagues du genre : « Moi, je m'identifie à un concombre sur de la moussaka. » Bascar répond : « Oui, d'accord, mais... »

Le Sophisme de Vol de Concepts

Ce qui semble fondamental de comprendre, notamment du point de vue progressiste, c'est qu'on ne fait jamais que du systémique sur une base ontologique.

Faire de la pensée systémique, de la pensée multifactorielle complexe, ce n'est jamais qu'un énorme agrégat de différentes pensées ontologiques qui vont se répondre les unes aux autres, avec des relations. On est d'accord.

Mais : si jamais on oublie et qu'on nie l'ontologique quand on fait du systémique, on rentre dans ce qu'on appelle un sophisme de vol de concepts.

C'est-à-dire qu'on utilise des concepts (homme, femme, nature, etc.) qui reposent sur une base ontologique, tout en niant cette base. On se sert des briques conceptuelles tout en prétendant qu'elles n'existent pas.


VI. Le Postmodernisme et le Nihilisme

La Déconstruction Postmoderne

Cette prolifération des hybrides entraîne donc une déconstruction qu'on va appeler postmoderne, où l'homme se retrouve seul, seul face à son ignorance du monde et son incapacité à le penser efficacement.

Ça demande un certain lâcher-prise qui est très difficile à faire pour des gens qui sont « en vie de moi » (qui ont un ego fort, qui s'identifient à leur capacité de penser).

Parce que quand on lâche prise sur sa capacité à connaître le monde, il ne reste que soi. Et si soi n'est pas bien installé, s'il n'y a personne, « il n'y a rien ». Un certain nombre de personnes sombrent alors dans le nihilisme le plus complet.

Bascar cite un dialogue de film :

— « Tu n'as pas encore remarqué ? Tout est fini. Ça n'a plus aucune importance. Plus rien n'a d'importance. »
— « Vous avez peut-être envie d'abandonner, mais moi pas. »
— « Eh bien, au moins tu es cohérente. Seulement, tu es... tu resteras une conne. »


VII. Le Retour à Latour : Au-delà de la Dialectique

La Dialectique Ontologique ↔ Systémique

Bascar revient à Bruno Latour (avec une blague : « Gustave Eiffel avait tout prévu en construisant en 1889 une tour dont l'alignement des structures... Non, je parle de Bruno Latour, l'anthropologue »).

Latour nous décrit bien comment l'homme, par des concepts ontologiques (le mystère de la Force, la génétique, la nature des choses) vers les facteurs systémiques (les midichloriens, l'éducation, les facteurs culturels, etc.), chemin faisant, pensait que dans une synthèse de ces deux manières de faire, l'homme, passant son temps à faire un aller-retour entre les deux, finirait par trouver une espèce de juste milieu.

Un peu comme peut l'être l'épigénétique aujourd'hui : une espèce de synthèse des connaissances humaines entre ces deux grands pôles dialectiques (ontologique/systémique). Ça génère quasiment une espèce d'harmonie épistémologique.

La Logique Sacrificielle Cachée

Dans ce modèle qui plafonne en rationnel, ce modèle progressiste rationnel plafonné, il y a une forme subtile de logique sacrificielle.

Latour nous invite à penser une chose très simple. Il cite : « Il n'y a aucune raison de limiter à deux les variétés ontologiques, ou à trois si on considère l'intermédiaire (l'épigénétique). »

En fait, tant qu'on est là-dedans, on reste prisonnier d'un mode de pensée fondamentalement dualiste.

Il ajoute ensuite : « Toutes ces questions ne sont plus coincées justement entre la nature et la société, puisqu'elles redéfinissent tout : qu'est-ce que c'est que la nature, et qu'est-ce que c'est que la société ? »

Là, on en revient à :

  • La nature qui est culturelle ET naturelle
  • La culture qui est naturelle ET culturelle

La Science Pure n'Existe Pas

Latour nous invite à remarquer que nous avons des centaines de mythes qui racontent comment le sujet fait l'objet, et presque aucun mythe qui nous raconte l'inverse.

Il cite également Michel Serres : « Il n'est de pur mythe que l'idée d'une science pure de tout. »

En fait, il n'y a pas de science pure, détachée de tout contexte culturel, social, humain. La science elle-même est un hybride.


VIII. Le Tour de Passe-Passe du Moderne Révélé

Le Double Standard

Alors, quel est ce tour de passe-passe qu'utilise le moderne pour avoir raison à tous les coups ?

C'est très simple :

Face au Pré-rationnel

Quand le moderne (le rationnel plafonné) va observer le pré-rationnel (le « sauvage »), il va voir des gens qui adorent des dieux, qui adorent des idoles. Il va simplement poser une question simple :

« Quels sont vos preuves ? »

Par définition, dans un monde pré-rationnel, il n'y a pas de preuve. Donc le moderne va utiliser le rasoir d'Ockham et va amener logiquement, au niveau du débat, à préférer des facteurs systémiques à un facteur ontologique non démontré.

C'est le principe même du rasoir d'Ockham. Donc il va avoir raison à tous les coups dans la discussion.

Mais Derrière...

Mais : si vous regardez bien, le moderne, le rationnel, va aussi, derrière, proposer un ordre social qui est, lui, par contre, à 100% construit socialement, mais qui va paradoxalement être présenté comme absolu et indépassable.

Citation parodique : « On ira ensemble vers ce nouvel ordre mondial, et personne, je dis bien personne, ne pourra s'y opposer. »

L'Amoralité Revendiquée

Le moderne rationnel plafonné se vante de son amoralité. La morale, justement, ne peut pas être déduite scientifiquement.

Eh bien, justement, du coup, il se place sur le terrain de l'amoralité, à côté de la morale, et ainsi il peut dire une chose et son contraire par absence de « surmoi ».

Le Double Jeu

Si vous critiquez en disant que la nature est un monde construit de main d'homme, ils vous montreront qu'elle est transcendante et qu'ils n'y touchent pas, qu'ils ne font que suivre les lois naturelles de la nature (darwinisme social, par exemple).

Si vous leur dites que la société est transcendante et que ces lois les dépassent infiniment, ils vous diront que nous sommes libres et que notre destin est entre nos seules mains.

Vous voyez ? Le moderne peut jouer sur les deux tableaux. Il peut agir en conquérant et vanter votre liberté.

Citation parodique d'un dialogue colonial :

— « Vous parlez comme s'il était toujours une puissance coloniale. »
— « Mais moi, je ne veux pas m'en occuper de l'électricité dans les universités. C'est le travail du président. »

C'est le fameux « Vous êtes libres », cher aux fans de psychologie de la manipulation. Le moderne joue vraiment sur les deux tableaux.


IX. Le Prix à Payer : L'Incapacité à Se Penser Soi-Même

La Thèse de Latour

Latour propose une thèse que Bascar trouve extrêmement intéressante :

Pour avoir raison et avoir cette espèce de fluidité conceptuelle, le moderne doit payer un prix. Et ce prix, c'est l'incapacité à se penser lui-même.

Il y aurait donc une espèce de vide, d'impensé conceptuel, entre justement l'ontologique, l'hybride et le systémique.

Ce vide, c'est le discours. Le discours au sens de logos.

Bascar rappelle : Logos, c'est « raison », c'est « discours ».

Le Discours comme Fondement

Si vous regardez bien :

  • C'est le discours qui sous-entend la nature
  • C'est le discours qui sous-entend la culture
  • C'est le discours qui sous-entend la nature naturelle, la nature culturelle, la culture naturelle, et la culture culturelle

Bref, c'est la brique de base de tout ce qu'on vient d'exposer tout au long de cette vidéo.

Du coup, Latour nous invite à nous demander : « Mais au fond, qu'est-ce qui fonde fondamentalement un discours ? »


X. La Légitimité du Discours : L'Être Comme Seul Fondement

L'Enculage de Mouches ?

Bascar sait que, à ce stade de la vidéo, certains vont trouver qu'on commence un peu à « enculer des mouches ».

Mais lui, il a trouvé ça génial épistémologiquement. En plus, ça rejoint, dans certains points de vue, la notion de droit naturel.

La Seule Légitimité

La seule légitimité fondamentale d'un discours, ce qui légitime un discours, c'est sa simple existence.

Si toi, tu viens de penser « Oui, mais quelque chose », c'est à cet endroit-là, exactement, qu'il y a un reste de logique sacrificielle. Exactement à cet endroit.

En fait, ce qui justifie l'être d'un être, c'est justement le fait même de son être. Et le discours d'un être se justifie également par la simple existence de cet être.

Heidegger et le Langage de l'Être

Il y a chez Heidegger cette idée que « le langage sera le langage de l'être, comme les nuages sont les nuages du ciel ».

Ça rejoint Kurt Gödel quand il affirme, de façon cataphatique — la cataphase, c'est l'art de définir le divin par l'affirmative : « Dieu est ceci, Dieu est cela, il a telle qualité, etc. » (Ça s'oppose à l'apophase, qui est le fait de définir de façon négative.)

Bascar fait le lien avec les métaprogrammes en PNL : est-ce qu'on est en recherche ou en évitement ? Est-ce qu'on est proactif ou réactif ?

Le Bouddhisme et la Négation

Ça rejoint aussi la notion tibétaine de « ni ceci, ni cela » (en sanskrit : neti neti, « pas ceci, pas cela »).

Bascar revient à l'idée que disait Gödel, de façon cataphatique, et que disait aussi Ludwig Wittgenstein : « De la négation, rien ne correspond à la réalité. »

Eh oui, dans la réalité, vous ne croisez pas un « non-chien » ou un « non-arbre », ou un « non-Jean-Marie Le Pen ». Ça n'existe pas. Vous ne croisez que des individus ou des choses clairs. Vous n'avez pas « je ne sais pas », un truc barré qui se balade dans la nature. Ça n'existe pas.


XI. La Logique Aristotélicienne Ne Parle Pas du Réel

L'Axiome de Non-Contradiction

Ça pose une question fondamentale : la logique aristotélicienne, qui est à la base de notre civilisation, se base sur l'axiome que une chose ne peut pas être une chose et son contraire.

Dire que si une chose est A, alors elle ne peut pas être non-A, c'est un des axiomes fondamentaux de la logique aristotélicienne.

Une Logique qui Ne Décrit Pas le Réel

Donc, du coup, ça signifierait que la logique aristotélicienne ne parle pas du tout du réel, puisque dans la réalité, il n'y a pas de « non-quelque chose ».

Mais alors, si elle ne parle pas du réel, de quoi parle-t-elle ?

On peut se poser la question. Et on a des pâtures de penser que ça pourrait justement parler davantage du conflit mimétique et du désir mimétique de celui qui utilise la logique aristotélicienne, plus que du réel.

Bascar trouve ça « assez intéressant » comme pensée.


XII. Complexité et Lâcher-Prise

Bascar a bien conscience que cette vidéo est « probablement une des plus complexes » qu'il a pu produire à ce jour. Il fait confiance à son public pour « s'accrocher un petit peu ».

Certains lui ont dit que ça faisait le même effet que la physique quantique quand on ne comprend pas la première fois. « Et ça fonctionne », dit Bascar.

Pourquoi ? Parce que, par définition, on remet en cause les fondements de notre réflexion habituelle. C'est extrêmement inconfortable. Ça demande beaucoup, beaucoup, beaucoup de lâcher-prise.

Réponse aux Commentaires

C'est aussi un élément de réponse à certaines personnes dans certains commentaires sur des vidéos précédentes qui disaient : « Ouais, mais bon, avec soin, tu peux envisager le fait que tu as tort, etc. »

Bascar répond : Ces personnes « ne se rendent même pas compte que tant qu'on est dans une notion de tort ou de raison, en fait, on est encore coincés dans le conflit mimétique, et on passe complètement à côté de mon travail. »


XIII. Le Non-X Relève de l'Idéologie Pure

Ça nous amène à penser que toute notion de « non-quelque chose », de « non-A », de « non-X », relève en fait de l'idéologie pure et simple.

Naturellement, ces différents éléments transrationnels que Bascar vient de proposer seront récupérés et amalgamés par le pré-rationnel. C'est évident. Peut-être dans une moindre mesure par le rationnel.

« Ça a toujours été comme ça. » Tout comme il y a des gens qui vont vendre de la poudre de perlimpinpin en marquant dessus « c'est de la poudre quantique ».

Bascar conclut avec humour : « Je suis complètement impuissant à ça. »


XIV. Conclusion : Invitation au Dialogue

Cette vidéo est maintenant terminée. Bascar espère qu'elle a plu, qu'elle a enrichi « malgré sa relative complexité ».

Il invite à :

  • Rejoindre la page Facebook Hypnomachie pour échanger
  • Laisser un commentaire pour donner un retour : est-ce que des vidéos de ce niveau de complexité plaisent, ou est-ce que c'est « complètement évitable » ?
  • Soutenir Hypnomachie sur Tipeee, d'autant qu'en ce moment « la petite caméra est morte et on rachète tout le matos »

Bascar laisse ensuite la parole à « Alain » (lui-même, en voix off) qui dit : « Un pouce bleu, ça fait toujours plaisir. S'abonner, mais si tu veux pousser plus loin ta réflexion, je te conseille quand même de lire le livre. C'était assez compliqué, et le livre est disponible sur le site hypnomachie.com. »

« Voilà, ce qui te permet peut-être de te développer, de te forger une vraie culture. Il faut savoir que moi, je ne suis pas né comme ça, maître du logos. C'est du travail. Voilà, j'ai fourni un effort. Et donc, si ça t'intéresse toi-même d'aller plus loin, tu sais où aller. »


Glossaire des Termes Complexes

Épistémologie

Science de la connaissance. L'épistémologie étudie les fondements, les méthodes et les limites de la connaissance. Elle se demande : « Comment sait-on ce qu'on sait ? », « Qu'est-ce qui rend une connaissance valide ? », « Quelles sont les conditions de la connaissance scientifique ? » Dans cette vidéo, Bascar s'intéresse aux structures mentales et aux modèles conceptuels que nous utilisons pour penser le monde.

Ontologie / Ontologique

Branche de la métaphysique qui étudie l'être en tant qu'être, la nature des choses en elles-mêmes. Une explication ontologique se réfère à ce qu'une chose est par nature, à son essence. Exemple : « Le gros est gros parce qu'il manque de volonté » (on attribue l'obésité à une qualité intrinsèque de la personne). Chez Bascar, « ontologique » renvoie souvent aux explications simplistes, essentialistes, qui attribuent une cause unique et intrinsèque aux phénomènes.

Systémique

Approche qui étudie les phénomènes non pas de manière isolée, mais comme des systèmes composés d'éléments en interaction. La pensée systémique cherche à comprendre les relations, les boucles de rétroaction, les émergences. Elle s'oppose au réductionnisme (qui cherche à tout expliquer par des causes simples). Exemple : expliquer l'obésité par un ensemble de facteurs (génétique, environnement socio-économique, éducation, stress, etc.).

Modèle

Représentation simplifiée de la réalité qui permet de la comprendre, de la prédire ou de la manipuler. Selon l'étymologie donnée par Bascar, « modèle » vient de « mettre en selle », c'est-à-dire ce qu'on place entre soi et le réel pour le saisir. Un modèle n'est jamais la réalité elle-même, mais une carte qui aide à naviguer dans le territoire.

Heuristique

Méthode de résolution de problèmes qui ne garantit pas une solution optimale, mais qui permet d'arriver rapidement à une solution suffisamment bonne. Une heuristique est un raccourci mental, une règle empirique. Exemple : « Si ça a des plumes et que ça vole, c'est probablement un oiseau. » Les heuristiques permettent une économie cognitive (on ne réfléchit pas à tout depuis zéro à chaque fois), mais peuvent aussi mener à des biais.

Économie Cognitive

Principe selon lequel le cerveau humain cherche à minimiser l'effort mental en utilisant des raccourcis, des automatismes, des catégories toutes faites. Cela permet de traiter rapidement l'information, mais au prix d'une perte de nuance et de précision.

Système 1 / Système 2

Distinction popularisée par le psychologue Daniel Kahneman (Prix Nobel d'économie) :

  • Système 1 : Pensée rapide, automatique, intuitive, émotionnelle. Siège dans le cerveau limbique. Fonctionne par association, stéréotype, heuristique. Peu coûteux en énergie, mais source de biais.
  • Système 2 : Pensée lente, réfléchie, analytique, consciente. Siège dans le néocortex. Demande un effort, consomme de l'énergie cognitive, mais permet une pensée plus précise, nuancée, complexe.

Cerveau Limbique

Partie ancienne du cerveau (partagée avec les autres mammifères), siège des émotions, de la mémoire émotionnelle, des réflexes de survie (peur, colère, plaisir, désir). Réagit de manière binaire : agréable/désagréable, ami/ennemi, sûr/dangereux.

Néocortex

Partie la plus récente du cerveau humain (d'un point de vue évolutif), siège de la pensée abstraite, du raisonnement logique, du langage complexe, de la planification, de la conscience de soi. Permet une vision « grand-angle », nuancée, systémique.

Bruno Latour

Anthropologue, sociologue et philosophe français (1947-2022), spécialiste des sciences studies (études des sciences). Il a développé la théorie de l'acteur-réseau (Actor-Network Theory) et remis en question la distinction traditionnelle entre nature et culture, science et société. Son livre « Nous n'avons jamais été modernes » (1991) critique la prétention de la modernité à séparer radicalement la nature (objective) de la culture (subjective).

Les Modernes

Chez Latour, désigne ceux qui croient en la Grande Séparation entre :

  • D'un côté, la Nature (objective, universelle, accessible par la science)
  • De l'autre, la Société/Culture (subjective, relative, construite)

Les Modernes pensent que la science découvre des vérités objectives détachées de tout contexte social. Latour montre que cette séparation n'a jamais vraiment existé : les objets scientifiques sont toujours des hybrides de nature et de culture.

Hybride

Chez Latour, un hybride est un phénomène qui mélange inextricablement nature et culture, fait et valeur, objet et sujet. Exemples : le trou dans la couche d'ozone (à la fois phénomène naturel et produit de l'activité industrielle humaine), un vaccin (à la fois molécule biologique et objet social chargé de controverses), l'identité de genre (à la fois biologie et construction sociale). Les hybrides prolifèrent dans le monde contemporain et mettent en crise les catégories modernes.

Rasoir d'Ockham (ou Occam)

Principe de parcimonie attribué au philosophe médiéval Guillaume d'Ockham : « Les entités ne doivent pas être multipliées sans nécessité. » En d'autres termes : entre deux explications, il faut préférer la plus simple, celle qui fait le moins d'hypothèses inutiles. Ce principe est fondamental en science. Cependant, Bascar montre que le « moderne » l'utilise de manière asymétrique : il l'applique aux croyances des autres (« prouvez vos dieux ! »), mais pas à ses propres constructions sociales.

Narcose Narcissique

Concept de Marshall McLuhan, théoricien des médias. La narcose narcissique désigne l'engourdissement de la conscience provoqué par une extension de soi (outil, technologie, idée). Quand on adopte une nouvelle technologie ou une nouvelle croyance, on entre dans une sorte de transe où on ne voit plus les effets secondaires ou les limitations de cette extension. On est « narcotisé » par notre propre reflet dans l'outil. Exemple : quand on gagne un débat, on est dans la narcose narcissique (« j'ai raison ! »), et on ne voit pas ce qu'on a perdu en gagnant.

Entièrement Dessaoulé

Expression empruntée à Emmanuel Levinas, philosophe. Désigne l'état de quelqu'un qui sort de l'ivresse, de la transe, de l'illusion, et qui voit enfin les choses avec lucidité. Bascar l'utilise pour désigner le moment où on sort de la narcose narcissique et où on prend conscience de ce qu'on avait sacrifié sans le savoir.

Conflit Mimétique

Concept central de René Girard (voir vidéo précédente sur Girard). Désigne le conflit qui naît entre deux individus (ou deux groupes) qui désirent la même chose parce qu'ils s'imitent mutuellement. Ici, Bascar montre que l'opposition pré-rationnel/rationnel est elle-même un conflit mimétique : chacun veut avoir raison, imposer son modèle, vaincre l'autre.

Logique Sacrificielle

Toute structure de pensée ou d'action qui fonctionne par exclusion, négation ou sacrifice d'un élément pour maintenir l'ordre ou l'identité. C'est le mode de fonctionnement « par défaut » de l'humanité, selon Girard et Bascar. Exemple : pour que mon groupe soit uni, je dois désigner un ennemi commun (bouc émissaire). Pour que mon système de pensée soit cohérent, je dois nier ou exclure ce qui ne rentre pas dedans.

Pré-rationnel / Rationnel / Trans-rationnel

Trois niveaux de pensée :

  • Pré-rationnel : Pensée magique, mythique, émotionnelle, qui précède la raison. Fonctionne par croyances, récits, symboles. Ne demande pas de preuves. (Exemples : animisme, religions traditionnelles, superstitions.)
  • Rationnel : Pensée logique, analytique, scientifique. Demande des preuves, des démonstrations. Se méfie des émotions et des croyances. (Exemples : sciences modernes, philosophie des Lumières.)
  • Trans-rationnel : Pensée qui dépasse la raison sans la nier. Intègre raison ET intuition, science ET mystique, logique ET paradoxe. Comprend les limites de la raison sans retomber dans le pré-rationnel. (Exemples : certaines philosophies orientales, épistémologies non dualistes, pensée complexe.)

Épigénétique

Branche de la biologie qui étudie comment l'environnement peut modifier l'expression des gènes sans changer la séquence de l'ADN elle-même. L'épigénétique montre que l'opposition nature/culture est trop simpliste : l'environnement (culturel, social) influence directement la biologie. C'est un exemple parfait d'hybride au sens de Latour.

Hypothèse de Sapir-Whorf (ou relativité linguistique)

Hypothèse (très débattue) selon laquelle la langue que l'on parle influence, voire détermine, la façon dont on pense et perçoit le monde. Version forte (déterminisme linguistique) : notre langue détermine notre pensée. Version faible : notre langue influence notre pensée. Le mythe des « 50 mots pour la neige chez les Eskimos » illustre cette idée (bien que ce mythe soit largement exagéré).

Natura Naturans / Natura Naturata

Concepts de Spinoza, philosophe du XVIIe siècle :

  • Natura naturans : « La nature naturante », c'est-à-dire Dieu ou la Nature en tant que cause active, force créatrice.
  • Natura naturata : « La nature naturée », c'est-à-dire la Nature en tant qu'effet, ensemble des choses créées.

Pour Spinoza, Dieu = Nature. Il n'y a qu'une seule substance. Bascar utilise cette distinction pour montrer que la nature est à la fois sujet (elle agit) et objet (elle est créée par notre regard).

Sophisme de Vol de Concepts (Concept Stealing Fallacy)

Erreur logique qui consiste à utiliser un concept tout en niant les fondements qui le rendent possible. Exemple classique en philosophie libertarienne : affirmer que « les droits n'existent pas » tout en revendiquant ses droits. Dans le contexte de cette vidéo : nier toute base biologique/ontologique à l'identité tout en utilisant des catégories (homme, femme) qui reposent sur cette base.

Postmodernisme

Courant philosophique et culturel (XXe siècle) qui remet en question les grands récits de la modernité (progrès, raison universelle, vérité objective). Le postmodernisme insiste sur la relativité des connaissances, la déconstruction des discours de pouvoir, la pluralité des perspectives. Bascar montre que le postmodernisme, en déconstruisant tout, peut mener à un nihilisme (« plus rien n'a de sens ») si on n'a pas la maturité spirituelle pour supporter l'incertitude.

Nihilisme

Position philosophique selon laquelle rien n'a de sens, de valeur ou de but intrinsèque. Tout est vide, arbitraire, absurde. Le nihilisme est souvent vécu comme une crise existentielle (« à quoi bon ? »). Bascar montre que c'est le risque du postmodernisme sans lâcher-prise spirituel.

Cataphase / Cataphatique (Théologie Cataphatique)

En théologie, méthode qui consiste à affirmer ce que Dieu est : « Dieu est bon », « Dieu est tout-puissant », « Dieu est amour », etc. On définit le divin par des attributs positifs.

Apophase / Apophatique (Théologie Apophatique)

En théologie, méthode qui consiste à dire ce que Dieu n'est pas : « Dieu n'est pas limité », « Dieu n'est pas matériel », « Dieu n'est pas compréhensible », etc. On définit le divin par la négation. La théologie apophatique insiste sur le fait que Dieu est au-delà de toute catégorie humaine. Très présente dans la mystique chrétienne orientale, le soufisme, le bouddhisme.

Neti Neti

Expression sanskrite signifiant « ni ceci, ni cela ». C'est une méthode de la philosophie indienne (notamment dans l'Advaita Vedanta) pour écarter tout ce qui n'est pas le Soi ultime (Atman/Brahman). Par élimination successive (« je ne suis pas mon corps », « je ne suis pas mes pensées », « je ne suis pas mes émotions »), on arrive à ce qui reste : la conscience pure, le Soi. Bascar utilise ce concept pour montrer que les négations (« non-X ») ne correspondent à rien dans le réel, elles sont des outils conceptuels, pas des choses.

Logique Aristotélicienne

Système logique développé par Aristote (IVe siècle av. J.-C.), fondement de la logique occidentale. Repose sur trois principes (axiomes) :

  1. Principe d'identité : A est A.
  2. Principe de non-contradiction : Une chose ne peut pas être A et non-A en même temps et sous le même rapport.
  3. Principe du tiers exclu : Soit A, soit non-A ; il n'y a pas de troisième possibilité.

Bascar souligne que cette logique ne parle pas du réel (où il n'y a que des entités positives), mais plutôt de nos catégories mentales et de nos conflits mimétiques.

Darwinisme Social

Application (souvent abusive) de la théorie de l'évolution de Darwin à la société humaine : « la survie du plus apte » devient « les riches/puissants sont naturellement supérieurs ». Utilisé historiquement pour justifier le capitalisme sauvage, le colonialisme, l'eugénisme. C'est un exemple de naturalisation d'un ordre social (on présente un construit social comme une « loi naturelle »).

Logos

Mot grec aux multiples sens :

  • Raison, logique
  • Parole, discours
  • Principe organisateur de l'univers (dans la philosophie stoïcienne et néoplatonicienne)
  • Verbe (dans la théologie chrétienne : « Au commencement était le Verbe »)

Chez Bascar, le logos désigne cette brique fondamentale qu'est le discours, le langage, qui sous-tend à la fois la nature et la culture, l'ontologique et le systémique. C'est l'impensé du moderne : il utilise le discours pour séparer nature et culture, sans réaliser que le discours lui-même est avant cette séparation.

Heidegger (Martin)

Philosophe allemand (1889-1976), figure majeure de la phénoménologie et de l'existentialisme. A travaillé sur la question de l'Être (Sein), le rapport entre langage et être, la technique moderne. Citation célèbre : « Le langage est la maison de l'Être. » Chez Heidegger, l'être se dévoile dans le langage. Bascar cite cette idée pour montrer que le discours (logos) n'est pas un outil neutre qu'on applique au réel, mais le lieu même où le réel se manifeste.

Kurt Gödel

Logicien et mathématicien autrichien (1906-1978), auteur des théorèmes d'incomplétude qui ont révolutionné la logique mathématique. Il a montré qu'aucun système formel cohérent et suffisamment puissant ne peut démontrer sa propre cohérence. Autrement dit : il y aura toujours des vérités qu'on ne peut pas prouver à l'intérieur du système. Bascar le mentionne dans un contexte théologique, mais Gödel est surtout connu pour avoir montré les limites de la rationalité formelle.

Ludwig Wittgenstein

Philosophe autrichien (1889-1951), l'un des plus influents du XXe siècle. Dans son premier ouvrage, le Tractatus Logico-Philosophicus, il affirme : « Ce dont on ne peut parler, il faut le taire. » Il montre les limites du langage : le langage ne peut décrire que des faits positifs, pas des négations absolues. Bascar s'appuie sur lui pour dire que les négations (« non-X ») ne correspondent à rien dans le réel, elles sont purement linguistiques.

Michel Serres

Philosophe français (1930-2019), spécialiste de l'histoire des sciences et de l'épistémologie. A travaillé sur les relations entre sciences dures et sciences humaines, sur la communication, sur l'émergence. Citation : « Il n'est de pur mythe que l'idée d'une science pure. » Serres montre que la science est toujours mêlée à l'humain, au social, au mythique. Il n'y a pas de connaissance détachée de tout contexte.

Emmanuel Levinas

Philosophe français d'origine lituanienne (1906-1995), figure majeure de la phénoménologie et de l'éthique. A mis l'altérité (l'Autre) au centre de sa philosophie : l'Autre est infiniment autre, et c'est dans la rencontre avec son visage que naît l'éthique. Bascar le cite pour l'expression « entièrement dessaoulé », qui évoque un état de lucidité radicale après avoir été dans l'illusion.

Droit Naturel

Doctrine philosophique et juridique selon laquelle il existe des droits universels, inaliénables, qui découlent de la nature humaine elle-même, et non d'une loi positive (créée par les hommes). Exemples : droit à la vie, à la liberté, à la propriété (selon Locke). Le droit naturel s'oppose au positivisme juridique (le droit est ce que la loi dit). Bascar fait référence au droit naturel pour dire que la seule légitimité d'un discours, c'est son existence : on n'a pas besoin d'une autorité extérieure pour justifier le fait qu'on pense ou qu'on parle.


Note finale : Cette vidéo est une invitation à sortir de la dialectique nature/culture, ontologie/systémique, pour entrer dans une pensée non dualiste. Bascar montre que les deux camps (traditionalistes et progressistes, pré-rationnels et rationnels) sont enfermés dans un conflit mimétique où chacun sacrifie une part du réel pour avoir raison. La véritable épistémologie trans-rationnelle consiste à accueillir les hybrides, à reconnaître que le réel ne se laisse pas enfermer dans nos catégories, et à accepter que tout discours se justifie par sa simple existence, sans avoir besoin de « prouver » quoi que ce soit à un tribunal externe. C'est vertigineux, déstabilisant, mais c'est précisément ce lâcher-prise épistémologique qui ouvre la voie à une pensée vraiment libre.
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