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Arthur Mensch relance le débat : le replatforming par l’IA va-t-il engloutir le logiciel d’entreprise ?

19 février 2026 à 13:43

C’est une déclaration qui va faire frémir les grands éditeurs du logiciel déjà éprouvés par le désamour des analystes financiers. Dans une interview accordée à CNBC, Arthur Mensch, PDG de Mistral AI, affirme que plus de 50 % des logiciels d’entreprise actuels seraient, à terme, remplaçables par des applications bâties sur l’IA générative.

Dans le viseur ? Les outils de productivité, de workflows et les CRM légers : autrement dit, le cœur de métier de Salesforce, Workday ou ServiceNow.

La promesse du « replatforming »

Pour l’expliquer, Arthur Mensch utilise le concept de « replatforming « , soit un basculement en profondeur des architectures IT d’entreprise, qui délaisseraient les abonnements SaaS standardisés au profit d’applications sur mesure, construites directement sur des API de modèles d’IA. L’argument commercial est séduisant avec la réduction des coûts de licences, une meilleure adéquation aux processus internes, des délais de développement compressés à quelques jours là où il fallait autrefois compter en mois.

Le mouvement a déjà ses précurseurs. Klarna, la fintech suédoise, a ainsi tourné le dos à certaines briques Salesforce et Workday pour construire son propre stack dopé à l’IA. Un cas d’école qu’Arthur Mensch cite volontiers pour illustrer la faisabilité concrète de ce grand saut technologique.

Tout ne sera pas emporté dans la vague

Le patron de Mistral prend soin de nuancer. L’infrastructure de données – stockage, sauvegarde, sécurité, data platforms – n’est pas menacée. Elle sortira même renforcée de la transition, car c’est elle qui alimente les modèles.

Bipul Sinha, PDG de Rubrik, partage ce diagnostic : le « front office logiciel » sera remodelé, quand le « back office data » se consolidera comme couche critique et incontournable.

Ce basculement suppose toutefois des prérequis sérieux : des données propres et unifiées, une infrastructure cloud moderne, et des équipes capables de gouverner ces nouveaux agents. On est bien loin du confort du SaaS clé en main.

Une opportunité taillée pour Mistral

Evidemment, la sortie du patron de Mistral AI sert son business modèle. Il revendique déjà plus d’une centaine de clients grands comptes en quête de modernisation. Sa plateforme – modèles ouverts et propriétaires, assistants personnalisés, recherche d’entreprise – se positionne précisément comme l’outillage de ce « replatforming « .

La prédiction reste néanmoins contestée. Les sceptiques pointent l’inertie considérable des systèmes d’information existants, les contraintes réglementaires, et les nombreuses désillusions de projets d’IA en production. Pour beaucoup d’observateurs, l’IA s’intégrera d’abord comme une couche d’augmentation au-dessus des outils existants, plutôt que comme un bulldozer.

Mais le message envoyé aux éditeurs traditionnels est sans ambiguïté : se transformer en plateformes d’IA, ou risquer de devenir eux-mêmes les logiciels à remplacer.

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Après la RAM et les CPU, le spectre d’une pénurie de disques durs

19 février 2026 à 12:41

Cette année, il sera difficile de se procurer des disques durs neufs chez Western Digital comme chez Seagate.

Les deux fabricants ont annoncé la couleur fin janvier, lors de la présentation de leurs résultats trimestriels. Le premier a déclaré que ses stocks pour 2026 étaient quasiment écoulés (« pretty much sold out »). Le deuxième a expliqué avoir « totalement alloué » sa capacité de production de disques durs pour serveurs – lesquels représentent 89 % de sa capacité vendue.

Western Digital dit merci à l’inférence

Western Digital affirme que ses 7 principaux clients ont des commandes fermes pour 2026. Trois d’entre eux ont des accords « robustes » pour 2027 ; un pour 2028.

La tendance est à signer les contrats plus en amont, et pour une durée plus longue. La conséquence d’une tension sur l’approvisionnement que Western Digital impute essentiellement à l’IA. En particulier à l’heure où la valeur bascule de « l’entraînement à l’inférence » : il faut stocker les données produites.

Sur le dernier trimestre fiscal, les 10 principaux clients ont représenté 76 % du chiffre d’affaires (contre 67 % un an plus tôt). En première ligne, les hyperscalers, sur lesquels Western Digital a d’ailleurs centré son organisation.

Sur le trimestre en question, le chiffre d’affaires a dépassé 3 milliards $ (dont 89 % grâce à l’activité datacenter), en progression annuelle de 25 %. La croissance est encore plus nette si on exclut l’activité de Sandisk, séparée en février 2025 (elle représentait alors environ un quart du CA).

D’autres indicateurs sont au vert : + 800 points de base pour la marge brute (45,7 %), + 680 pour la marge opérationnelle (30 %, notamment en conséquence d’une amélioration de la structure de coûts sur les nouvelles générations de disques durs) et + 62 % pour le résultat d’exploitation (908 M$). Le résultat net (1,84 Md$) est « gonflé » par un reliquat de participation dans Sandisk valorisé à 1,1 Md$ – il est question de l’exploiter pour réduire la dette. La capacité livrée a atteint 215 exaoctets (+ 22 % sur un an).

Les prévisions pour le trimestre encore font état d’une hausse de 40 % du CA (milieu de fourchette) et d’une marge brute de 47 à 48 %.

Seagate prévoit « un bon profit » sur les éventuels disques durs supplémentaires

Seagate aussi constate que ses clients – à commencer par les fournisseurs cloud – projettent leur demande à plus long terme. Ce qui « démontre qu’assurer l’approvisionnement reste leur priorité ».

Le fabricant n’exclut pas de produire un peu plus de disques. Mais il ne cache pas qu’il les commercialisera « avec un bon profit », dans un contexte de « demande exceptionnellement forte », en particulier pour les datacenters.

Les indicateurs financiers progressent dans des échelles comparables à celles de Western Digital. Sur le dernier trimestre fiscal de Seagate, le chiffre d’affaires a crû de 22 %, atteignant 2,83 Md$ (dont 79 % sur le segment datacenter). La marge brute a augmenté de 670 points de base (42,2 %) ; la marge opérationnelle, de 880 points (29,9 %) ; le résultat d’exploitation, de 72 % (843 M$).

La capacité livrée s’élève à 190 Eo (+ 26 % sur un an), dont 87 % pour le datacenter. La capacité moyenne des disques durs serveur livrés a augmenté de 22 %, avoisinant 23 To (26 To pour ceux vendus aux fournisseurs cloud).

Les prévisions pour le trimestre en cours situent le chiffre d’affaires autour de 2,9 Md$. Et la marge opérationnelle autour de 35 %. « La demande dictera le prix », a affirmé Seagate, qui estime que ses revenus et profits devraient croître de trimestre en trimestre.

La demande se reporte sur les SSD

Ces éléments confirment les signaux perçus au moins depuis l’automne dernier. Face aux difficultés d’approvisionnement en disques durs, une partie de la demande a basculé sur les SSD… dont les prix se sont envolés. A fortiori dans le contexte de la pénurie de puces mémoire.

Cette dernière découle essentiellement de la « course à l’IA » que se livrent les hyperscalers. Et de la demande en GPU qui en résultent. Pour faire tourner des modèles, ils ont besoin de mémoire à large bande passante. À mesure que la fabrication se réoriente sur ce type de DRAM, les autres modules se raréfient.

En parallèle, divers signaux accréditent l’hypothèse d’une future pénurie de CPU, notamment pour serveurs. Depuis quelques mois, Intel emploi, dans sa communication publique, le mot shortage. Qu’on peut traduire par « manque »… ou « pénurie ». Il ne le projette pas tant sur le marché dans son ensemble que sur sa propre incapacité à suivre la demande. Avant tout en processeurs Xeon (son activité datacenter vient de connaître une croissance séquentielle « sans précédent depuis plus d’une décennie »). Le phénomène est renforcé par un yield en dessous des attentes. Il l’est aussi par la difficulté des fabricants de processeurs à alterner entre les processus de gravure. Quant à TSMC, il a possiblement donné la priorité aux puces IA par rapport aux CPU. CPU sur lesquels l’IA elle-même tend à se déporter, vu la rareté et la cherté des GPU.

Illustration générée par IA

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