Eric Specq : « Ma candidature dérange les deux listes, chacun se voyait favori de ce duel »
Eric Specq, 56 ans, fonctionnaire territorial depuis 33 ans, « j’ai connu six maires dans différentes localités du Valenciennois », précise-t-il. C’est pourquoi, ce dernier estime connaître les rouages d’une gestion municipale de plus en plus abscons. Sa motivation et celle de ses colistières/colistiers est simple, ils ne se retrouvent pas dans l’offre sur la table. « On veut nous connoter Rassemblement National, mais ce n’est pas le cas. Cette liste rassemble toutes les convictions confondues, tous les horizons politiques ». La tête de liste commente aussi son arrivée sur l’échiquier local : « En fait, ma candidature dérange les deux listes, chacun se voyait favori de ce duel », commente Eric Specq.
Bien sûr, l’idée traverse l’esprit d’une liste RN, déjà en 2020, contre le duo Saligot/Mercier, sauf que l’intéressé dément avec force. Dans les personnes présentes à cet entretien, Leila Duhem, ex colistière de la liste de Catherine Mercier en 2020, assume « complètement être de gauche. Pour autant, je ne connais même pas la couleur politique d’Eric. » Après, l’histoire serait trop simple, comme pour LFI où tout ce qui n’est pas de sa couleur est de droite, voire la gauche fléchant le RN chez tous ceux qui ne sont pas de gauche. Ce portait manichéen de la politique amène plus de radicalité que de solutions sur le terrain.
En effet, ancien basketteur reconnu dans le fameux club de basket d’Escaudain, connu partout dans le tissu associatif de la commune, Eric Specq sent le bon moment (local et politique) pour briguer le fauteuil majoral : « Nous avons perdu encore de la population, nous sommes à peine au dessus de 9 000 habitants ! »
« Un maire absent pendant 5 ans et demi », Eric Specq
La première critique à l’endroit du maire sortant est spontanée : « C’est un maire absent pendant 5 ans et demi, un manque de présence même pour un 13 ou 14 juillet… ! » Pour sa part, Corrine Marie dénonce « une ville morte. Il n’y a plus d’animations ou d’évènements organiséspar la municipalité. Seule les associations sportives, voire culturelles, portent la ville ! »
Concernant la dernière actualité forte en date, l’installation d’un Data Center, via DATA 4, Eric Specq est très « positif sur ce projet. C’est un dossier important pour Escaudain. Ensuite, cela peut nous permettre de récupérer de nouveaux habitants. »
«Il faut une police municipale », Eric Specq
Sur le sujet traversant toutes les obédiences politiques, la sécurité du quotidien, la tête de liste est sans concessions. Sur Escaudain, comme Onnaing, vous avez un commissariat de la Police Nationale, mais « il n’y a qu’une personne pour prendre les plaintes. Ce n’est pas assez, nous devons créer une police municipale de 3 ou 4 agents. C’est tout à fait possible financièrement (données qu’il connaît parfaitement). De plus, il faudrait muscler les investissements dans la vidéo-surveillance, notamment en entrée et sortie de ville. »
Comme tous les opposants, les colistières et colistiers soulignent « une ville bien gérée. » Donc, la critique n’est pas sur le volet financier, mais sur une dynamique générale atone, une commune moins attractive année après année.
Les autres projets de cette liste apolitique ou toutes les politiques !
Outre le volet sécuritaire, la réalisation d’un nouveau Groupe scolaire est dans les tuyaux de tous les candidats. Il existe du foncier disponible et ce projet « est important pour l’éducation de nos enfants », souligne Leila Duhem.
Sur une commune de plus de 9 000 habitants, il n’y a plus d’église disponible et par suite les cérémonies se réalisent dans les communes voisines. En effet, la seule existante sur la collectivité locale, malgré des travaux intérieurs et extérieurs, est victime d’une toiture en souffrance. De fait, elle impose une fermeture de ce bâtiment communal (église construite avant 1905). « C’est un sujet à mettre sur la table. La rénovation de la toiture de l’église doit s’étudier. L’avis des gens compte ! », explique Eric Specq.
Sur le volet sportif si cher à la tête de liste : « Les sports comme le basket, le foot, l’athlétisme sont déjà très soutenus. Il faudrait subventionner d’autres disciplines comme le tennis, etc. »
Pascal Pupilli, ex membre de la majorité sortante, a démissionné en juillet 2025 et rejoint la liste en question. « C’est un manque de confiance de la part du maire », commente-t-il. Joëlle Lalisse Senez, retraitée du Ministère de la Défense, sera également de cette campagne singulière sur Escaudain où de nombreux scénarios sont possibles.
Bruno Saligot : « Apolitique est un moyen de ratisser large, c’est de la démagogie ! »
Elu depuis 1989, 1er adjoint aux finances en 2001 et en 2008, puis maire en 2014, reconduit en 2020, Bruno Saligot, 66 ans en mars 2026, a cogité durant l’année 2025. Bien sûr, il y a déjà un fossé énorme entre la fonction d’adjoint et celle de Premier magistrat, mais tous les maires ont goûté difficilement ce mandat 2020/2026 à la fois corseté entre la Covid, la crise énergétique pour les collectivités locales sans protection tarifaire, la hausse du coût de tous les projets, sans oublier la réduction de la dette publique pour laquelle les communes sont fléchées comme les mauvais élèves de la classe France, injuste sur le fond. Malgré tout cela, Bruno Saligot constate aussi « un dernier mandat transformé avec une extrême lourdeur administrative et de l’autre une population plus exigeante (depuis La Covid), les attentes sont très fortes même si la commune ne peut pas tout, mais je reste au service de la population. Je veux demeurer en cohérence avec la politique locale et les projets lancés pour ce prochain mandat (éventuel), car il y a encore beaucoup de travail. »
Enfin, sur son engagement, il rappelle qu’en 2014, il a fait un choix professionnel fort : « J’ai mis un terme à ma profession pour me consacrer exclusivement à la commune et à l’agglo (vice- présidence en charge du climat à La Porte du Hainaut), et je ne suis toujours pas pensionné. Je rappelle que l’électeur vote pour une liste locale et ses élus communautaires. »
« Se préoccuper des politiques de l’Etat comme de la Sécurité et de l’Education sur son sol, c’est faire de la politique ! », Bruno Saligot
Certes, s’occuper des politiques locales constitue le ferment de ce vote de proximité, mais l’édile est confronté chaque jour aux choix nationaux sur certains sujets régaliens. « Se préoccuper des politiques de l’Etat comme de la Sécurité et de l’Education sur son sol, c’est faire de la politique », commente Bruno Saligot. Vue d’un drone sur les 35 000 communes françaises, lorsque le gouvernent décide de diviser les classes, en zone REP + pour alléger les classes, initiative saluée par tous les maires, l’exécutif laisse à la charge des communes l’aménagement intérieur des écoles. Sur la sécurité du quotidien, lorsque les polices de proximité ont disparu sous Nicolas Sarkozy, l’impact est réel sur une commune, en l’occurrence sur une cité de plus de 9 000 habitants… ! En résumé, lorsque vous êtes candidate ou candidat, maire ou dans l’opposition, vous agissez comme acteur politique ce qui n’est pas à mélanger avec l’adhésion stricto sensu à un parti… Plus sèchement, Bruno Saligot observe que se revendiquer « apolitique est un moyen de ratisser large, c’est de la démagogie ! Je la dénonce. Bien sûr, on peut critiquer une politique locale, mais ne pas répandre des fausses informations. »
« Ceux qui ne veulent pas me voir ne me voient pas », Bruno Saligot
Taxer d’une indisponibilité pour ses administrés, d’un mandat éloigné de ses habitants, il répond tout de go : « Je suis ouvert et accessible, mais je sais déléguer à mes adjoints un sujet de leur compétence. Lorsque cela concerne un problème de travaux, l’adjoint en charge reçoit les Escaudinois, de santé, de sécurité, etc. Ceux qui ne veulent pas me voir ne me voient pas, on trouvera toujours des administrés avec un problème de rendez-vous. Par contre, même en m’adaptant, je note dans le sens contraire que des rendez-vous planifiés avec le maire ne sont pas honorés, il n’y a plus le respect de la fonction. » Sur les autres critiques, il tacle par sa surprise « compte tenu que l’opposition a voté 98 % des délibérations durant le mandat. Evidemment, le travail en commission est très important. L’opposition est présente, ou pas, et le débat a lieu. Nous écoutons tout le monde, mais Mme Mercier voudrait que toutes ses idées soient reprises, mais il faut qu’elle gagne les élections pour cela ! », poursuit-il.
« Nous sommes taillés pour plus de 10 000 habitants », Bruno Saligot
En amont de cette thématique, il ne faut pas balayer d’un trait de plume la densité de la population, car à tout le moins le seuil des 10 000 habitants est une frontière imposante en terme de dotations de l’Etat. Aujourd’hui, Escaudain est recensé à 9 100 habitants « contre 13 000 à l’époque d’USINOR », rappelle le maire. Toutefois, le choix de la majorité municipale, comme des précédentes, a été de maintenir tous les services à la population : « Nous avons une médiathèque, une piscine, 9 écoles, et nous avons maintenu tous les services à la population même si pour l’Etat, nous sommes dans une strate de subventions entre 5 000 à 10 000 habitants. En fait, nous sommes taillés pour plus de 10 000 habitants. »
« Une politique du logement est possible grâce à une bonne maîtrise du foncier… », Bruno Saligot
Pour atteindre ce niveau de population « raisonnée et pas 15 000, nous avons travaillé en amont sur les espaces urbains à vendre. Aujourd’hui, notre politique du logement est possible grâce à une bonne maîtrise du foncier en amont. » Par contre, il tient à préciser que derrière chaque préemption, il y a un projet concret à venir même « pour une simple maison, il y a un dossier comme récemment dans une impasse où nous avons racheté une habitation, détruite cette dernière, et aménagé un parking pour les riverains qui avaient des difficultés de stationnement. »
En fond de toile, ce choix de scruter tout foncier disponible permet à la municipalité d’Escaudain de « faire baisser les prix pour un investisseur. La ville apporte dans la corbeille de la mariée le terrain afin de maîtriser l’atterrissage pour les locataires ou acquéreurs ! », mentionne le maire.
La déclinaison se traduit aujourd’hui avec un rendu de 32 logements (programme le Clos du Terril) à proximité du centre ville « attribués la semaine dernière et 32 autres en mars prochain via le bailleur social Clesence. C’est une belle opération ! »
Ensuite, un programme lourd et ambitieux est dans les tuyaux pour 229 logements « dont la majorité sont des habitations, plus une résidence senior. Les premiers maisons pourraient être livrées fin 2028 », commente le maire.
Comme pour le quartier Schneider, où le dispositif ERBM (Engagement pour le Renouveau du Bassin Minier) est achevé, mais la partie Lourchoise est en cours, Bruno Saligot martèle « que les dossiers sont trop longs. Heureusement, la Préfecture a validé le passage d’une étude environnementale de 18 mois à 12 mois (avant tout démarrage de chantier). » L’édile profite de l’occasion pour piquer le Gouvernement : « Lorsque vous réduisez le nombre de fonctionnaires, vous allongez les délais d’instructions, d’une mise en oeuvre d’un investissement…, tout est lié. Le temps des travaux est une réalité locale à gérer. »
L’écologie de proximité n’est pas oubliée avec des projets de liaisons douces comme « entre la Médiathèque et le centre-ville (ruelle Gambetta) dont le foncier (vieux garages) a été acquis par l’EPF (Etablissement Public Foncier). Pour une voie douce de qualité, cela représente un coût de 600 000 à 800 000 euros. Toutefois, comme pour un nouveau groupe scolaire, j’attends que les finances soient au rendez-vous. »
Toujours sur cette idée du coup d’après, le maire indique que « nous avons acquis un foncier à côté de la maison médicale et en face. Nous espérons un nouveau bâtiment avec des acteurs pluridisciplinaires. A ce stade, deux nouveaux médecins libéraux, en sus de l’offre existante, et un cardiologique sont venus sur Escaudain dans cette maison de santé. »
Le développement économique comme rebond local…
Vue d’un drone du raccordement à l’autoroute avec l’espace réservé à DATA 4 au nord de ce visuel.
L’édile sortant insiste sur une gestion des finances locales avec prudence. « Il existe 4 moyens de faire rentrer de l’argent public pour une commune, les impôts locaux qui n’ont pas bougé depuis 20 ans, sur notre partie, les dotations de l’Etat en baisse comme celles des autres partenaires comme la région et le département, et l’économie avec l’installation de nouvelles entreprises (taxe foncière, taxe d’aménagement), sans oublier l’agglo (La Porte du Hainaut) et sa politique forte de solidarité pour des communes avec des administrés aux revenus modestes », explique Bruno Saligot.
Par suite et la volonté du maire de ne point solliciter le portefeuille des Escaudinois et Escaudinoises, le développement économique, croisée en l’occurrence avec l’occupation d’une friche industrielle historique, constitue une aubaine pour Escaudain. En effet, l’annonce très médiatique de l’installation d’un Data Center assorti d’un campus, par l’entreprise spécialisée DATA 4, est quasi providentielle pour cette collectivité locale. Face à l’étonnement affiché par Mme Mercier en conseil communautaire, il réplique… « elle n’est pas suivi les conseils communautaires précédents, car l’arrivée de la bretelle de l’autoroute était conditionnée au développement économique de la zone des Soufflantes, comme les Six Mariannes, et les Pierres Blanches sur Denain. » La seule inconnue était de fait le nom de l’heureux élu.
Pour autant, le choix du candidat maintenu dans le plus grand secret par le trio, Aymeric Robin, Ali Benamara, et Bruno Saligot, aurait pu correspondre à une industrie lourde, plus classique. Que nenni, car l’installation d’un grand faiseux français dans l’économie numérique est promu par l’Etat et la région, et par capillarité les autorisations tombent… plus vite !« Nous voyons déjà RTE travailler sur ce chantier afin de raccorder le réseau électrique. Non, il n’y aura aucune coupure d’électricité, et d’ailleurs DATA 4 vient aussi chez nous, car l’alimentation électrique sera assurée sans problème », déclare le maire/candidat.
Ensuite, ce chantier inclus une qualité environnementale avec notamment 6,5 hectares dédiés à un espace de biodiversité et la création d’un campus, « nous avons encore beaucoup de boulot sur ce dossier. Le volet campus est primordial, car ce dernier pourra assurer la formation continue de tous les salariés dans le numérique au niveau territorial, voire au delà ! Bien sûr, sur les 5 bâtiments prévus, un sera consacré uniquement au stockage des données. »
Enfin, sur ce dossier sensible, le maire réfute les critiques sur le nombre d’emplois in fine. « C’est d’abord 600 emplois et 2 400 au final, sur 3 à 4 ans, directs ou indirects. Je n’ai jamais dit que cela serait2400 emplois pour les Escaudinoises et Escaudinois. Pour autant, de nouveaux arrivants vont chercher des logements sur Escaudain. C’est pourquoi, nous avons travaillé une offre de logements en amont », ajoute-t-il. Nous observons cette problématique sur Onnaing où le futur complexe du Groupe « Action » génère une demande de logements que la commune ne peut pourvoir à ce stade.
A ce stade, outre la candidature d’une liste emmenée par Catherine Mercier, une 3ème liste serait dans les coulisses, à suivre, car cela changerait le profil de cette élection inévitablement.