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De la BI à la DI, un glissement surtout terminologique ?

16 février 2026 à 17:03

Le descriptif d’un côté, le presciptif de l’autre.

Dans le jargon de l’informatique décisionnelle, une opposition terminologique s’est structurée sur ce fondement, entre BI (business intelligence) et DI (decision intelligence). Le premier trouvant une continuité dans le second, avec la promesse de combler l’écart entre les insights et les actions qui en découlent.

Gartner a fini par s’emparer de ce glissement lexical, publiant son premier Magic Quadrant dédié à la DI. Le cabinet américain estime que ce segment se trouve « sur la fin de sa phase d’émergence », accompagnant un basculement du « data-driven » au « decision-centric ». Il y inclut un bouquet de technologies – moteurs de règles, machine learning, préparation de données, graphes, agents, optimisation, simulation… – susceptibles d’accompagner la modélisation, l’orchestration, la gouvernance et l’amélioration des décisions.

17 fournisseurs, 6 « leaders »

L’axe « exécution » du Magic Quadrant de la DI reflète la capacité à répondre à la demande (qualité des produits/services, tarification, expérience client…). La situation est la suivante :

Rang Fournisseur
1 FICO
2 SAS
3 Aera Technology
4 IBM
5 Decisions
6 ACTICO
7 Quantexa
8 Pegasystems
9 o9 Solutions
10 Oracle
11 Sapiens
12 InRule Technology
13 Faculty
14 FlexRule
15 Rulex
16 RelationalAI
17 CRIF

Sur l’axe « vision », qui reflète les stratégies (sectorielle, géographique, R&D, commerciale, marketing…) :

Rang Fournisseur
1 Quantexa
2 IBM
3 FICO
4 Aera Technology
5 ACTICO
6 SAS
7 Sapiens
8 Faculty
9 Pegasystems
10 o9 Solutions
11 FlexRule
12 Decisions
13 InRule Technology
14 Rulex
15 RelationalAI
16 Oracle
17 CRIF

Six fournisseurs se trouvent dans le carré des « leaders ». Quatre sont américains (Aera Technologies, FICO, IBM, SAS) ; un, allemand (ACTICO) ; un, anglais (Quantexa).

Ils sont trois à être également classés dans le dernier Magic Quadrant de la BI : Oracle (« leader »), IBM et SAS (tous deux « visionnaires »).

FICO et IBM ne se distinguent pas sur l’approche sectorielle…

Quantexa et SAS ont droit à des remarques positives concernant leur stratégie sectorielle. Chacun pour sa feuille de route claire et ses partenariats.

On ne peut pas en dire autant pour FICO et IBM. Le premier, parce qu’il s’adresse essentiellement à l’industrie bancaire, touchant d’autres secteurs via des solutions sur lesquelles des partenaires ont le lead. Le second, parce que les dernières améliorations qu’il a apportées à sa plate-forme ne ciblaient pas de verticales spécifiques.

… ni sur le pricing, comme SAS

Quantexa se distingue aussi par sa tarification. Entre modèles à la consommation et axés sur la valeur, elle est flexible, comme d’ailleurs la contractualisation. Même constat chez Aera, plus globalement salué pour son exécution commerciale, marquée par une adoption croissante sur les différentes plaques géographiques. Quant à ACTICO, il sait adapter son approche aux profils d’acheteurs.

Chez FICO, le pricing à la consommation peut devenir complexe à mesure que l’usage vient couvrir des dimensions comme le stockage, les transactions et les modules complémentaires. Cette complexité peut également se retrouver chez IBM, avec qui la marge de négociation s’avère limitée. Ce dernier point vaut aussi pour SAS, qui n’a pas non plus une politique tarifaire des plus souples.

Des « anciens » à la forte assise financière

SAS, qui fête ses 50 ans en 2026, dispose d’une assise financière (croissance + profits) qui lui permet de maintenir un niveau d’investissement R&D sur le DI.
ACTICO (11 ans en 2026) aussi est profitable, avec une croissance constante de son chiffre d’affaires. Et Gartner salue également ses investissements R&D. Il n’en dit pas moins concernant FICO (70 ans en 2026), qui se distingue aussi par son taux de rétention client.

Aera (9 ans en 2026) n’a pas encore atteint la rentabilité. Et ses perspectives de croissance apparaissent plus restreintes que chez les concurrents, sa clientèle étant moins diversifiée en termes de secteurs d’activité.

ACTICO et Quantexa, pas salués pour leur marketing

Aera se distingue plus positivement sur sa stratégie marketing : les investissements sont importants, avec un message clair et cohérent et une capacité à quantifier les bénéfices métier.

ACTICO, au contraire, investit moins dans ce domaine que ses concurrents. Et son positionnement n’apparaît pas aligné sur les tendances du marché à moyen terme (2 à 5 ans).
Du côté de Quantexa, on a du mal à démontrer la valeur de manière consistante et à s’aligner sur les profils d’acheteurs. Les investissements dans le channel sont plus bas que la moyenne des fournisseurs classés dans ce Magic Quadrant.

Des roadmaps globalement robustes

Non salué sur le marketing, Quantexa l’est en revanche pour sa compréhension du marché, traduite par des éléments différenciants dans son offre.
Bon point aussi pour Aera, que sa feuille de route positionne idéalement tant pour capter de nouveaux clients que remplacer des solutions concurrentes.
Roadmap également robuste pour IBM, avec de l’expérience sur l’orchestration agentique et une distinction claire opérée entre DI et data science/analytics. Le groupe américain a aussi tendance à livrer des fonctionnalités en avant sur le marché (langage naturel, agentique, simulation).
Chez ACTICO, Gartner apprécie la cadence de livraison de fonctionnalités et le respect constant des échéances de la feuille de route.

FICO, au contraire, a tendance à comparer sa plate-forme à des technologies relevant de segments annexes. Il la positionne en tout cas sur des appels d’offres qui touchent, par exemple, au CRM. En servant ainsi ces besoins adjacents, il est mal aligné avec certains besoins DI critiques, considère Gartner.

Aera et SAS, classés peu innovants

FICO a droit à un bon point sur le volet innovation. En première ligne, ses fonctionnalités d’automatisation et de simulation portées par un modèle de fondation. Ainsi que ses technologies brevetées pour l’explicabilité et l’atténuation des biais.

L’innovation est un point noir chez Aera, en tout cas au vu du peu de fonctionnalités distinctives incluses dans ses dernières releases.
Chez SAS, des capacités-clés (modélisation par GenAI, frameworks agentiques…) restent en développement ou ne sont pas encore disponibles globalement.

IBM et SAS ont l’avantage de l’empreinte géographique…

SAS a pour lui son empreinte globale, son écosystème de partenaires, son support multilingue, ses certifications de conformité régionales et ses options de déploiement flexibles.
IBM aussi se distingue par son réseau de partenaires, ainsi que par le niveau de régionalisation de ses investissements avant-vente.

Aera n’a pas la même présence géographique, jugée même « minimale » en Amérique du Sud et en Asie-Pacifique. Ses investissements avant-vente sont sous la moyenne. Son réseau en Amérique du Nord et en EMEA comprend surtout des partenaires globaux plutôt que locaux.

… mais laissent un point d’interrogation

Les deux « anciens » que sont IBM et SAS font l’objet d’un avertissement concernant leur modèle économique. Le premier, parce qu’il ne met, dans le spectre de ses activités, que modérément l’accent sur le DI, laissant un point d’interrogation sur son investissement à long terme. Le second, parce que lui aussi ne priorise que modestement la DI, tendant parfois à la confondre avec la BI.

ACTICO et Quantexa peuvent progresser sur l’expérience client

Deux « leaders » ont droit à un mauvais point sur l’expérience client.
Chez ACTICO, les études de cas et plus globalement les preuves de ROI manquent, en plus d’une clientèle parfois moins satisfaite des fonctionnalités que chez les concurrents.

Chez Quantexa, la satisfaction est variable sur des capacités critiques (optimisation, simulation…), en plus d’un turnover plus important tant dans les fonctions techniques que dans celles qui interagissent avec le client.

Illustration © kwanchaift – Adobe Stock

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Comment ServiceNow se construit par croissance externe

16 février 2026 à 12:23

Les fonctionnalités d’Integration Hub et d’Automation Engine, la base de données maison RaptorDB, un catalogue de connecteurs enrichi grâce à l’acquisition de Raytion, une techno zero copy… Sur cette base, ServiceNow avait officiellement pris, à l’automne 2024, le virage data fabric.

Après s’être concentrée sur les aspects catalogue et gouvernance, l’entreprise américaine vise l’ajout d’une couche d’analytics. Elle recourt pour cela à de la croissance externe. Dans son viseur, l’éditeur néerlandais Pyramid Analytics, régulièrement classé ces dernières années dans le Magic Quadrant de la BI. Un accord d’acquisition a été signé.

Près de 3 Md$ pour Moveworks et 8 pour Armis

Une autre acquisition est en attente : celle d’Armis, officialisée en décembre 2025, pour un montant de 7,75 Md$ en numéraire. Il est question de la finaliser au deuxième semestre 2026.
Les capacités d’Armis en matière de gestion de la surface d’attaque IT/OT seront intégrées avec la CMDB de ServiceNow. Qui compte ainsi renforcer son segment d’activité « sécurité et risque », sur lequel la valeur moyenne des contrats a récemment passé le milliard de dollars.

Mi-décembre, ServiceNow avait bouclé une autre acquisition majeure : celle de Moveworks, annoncée 9 mois plus tôt. Montant : 2,85 Md$, en cash et en actions. Elle lui apporte une technologie de recherche d’entreprise… et un assistant IA voué à constituer un point d’entrée unique pour les utilisateurs de la plate-forme.

Cuein, Raytion et UltimateSuite, d’autres acquisitions « couleur IA »

En janvier 2025, ServiceNow avait annoncé une autre opération destinée à renforcer sa data fabric. Il a mis la main sur Cuein. Cette entreprise américaine née en 2021 s’était spécialisée dans l’analyse des données d’interactions client.

L’annonce de l’accord avec Raytion était tombée en juillet 2024. ServiceNow avait absorbé cette entreprise allemande née en 2001 pour ses technologies de recherche d’information, qu’il entendait intégrer à sa plate-forme, notamment dans le cadre de l’offre Now Assist.

En janvier 2024 était intervenue une autre manœuvre contribuant à la stratégie data/IA : l’acquisition d’UltimateSuite (République tchèque) et sa technologie de task mining.

Mission Secure et Veza, pour le volet sécurité

Plus récemment (décembre 2025), ServiceNow a mis la main sur Veza. Cette entreprise américaine née en 2020 donne dans la gouvernance des identités, à l’appui d’un graphe d’accès. ServiceNow s’en est emparé dans une perspective de gestion des agents IA, tout en promettant plus globalement d’ajouter du contexte dans ses solutions de sécurité (réponse aux incidents, gestion intégrée des risques).

Autre acquisition touchant à la sécurité : Mission Secure (novembre 2024). Cette entreprise américaine fondée en 2014 a développé une solution de cartographie des actifs OT.

La société israélienne Atrinet est quant à elle à l’origine de NetACE, solution de gestion du cycle de vie des réseaux télécoms. ServiceNow la lui a achetée en février 2024.

Quality 360, Intella, 4Industry… ServiceNow pêche dans le vivier des applications natives

Logik.ai est la dernière application métier dont ServiceNow a fait l’acquisition. C’était en avril 2025. Il s’agit d’un outil de gestion commerciale. Plus précisément un logiciel CPQ (Configure, Price, Quote ; configuration, tarification et édition de devis). On le doit à un entreprise américaine créée en 2017.

À l’occasion de cette annonce, ServiceNow avait rappelé que son activité « CRM & Industry Workflows » était la plus en croissance de son portefeuille. Il ne se présentait alors pas encore comme « la tour de contrôle IA pour réinventer l’entreprise » (c’est le cas désormais), mais comme « la plate-forme IA pour la transformation de l’entreprise ». C’était aussi le cas en février 2025, lorsqu’il avait acheté un logiciel à Advaia (ESN d’origine suédoise). En l’occurrrence, Quality 360, dédié au management de la qualité. Il a rejoint l’offre MCO (Manufacturing Commercial Operations).

Quality 360 était un logiciel bâti sur la plate-forme ServiceNow. Même chose pour Intella, solution de recrutement signée de l’ESN américaine Advance Solutions. Et pour 4Industry, solution de gestion de la production signée d’une entreprise néerlandaise. ServiceNow s’est emparé de la première en mai 2024. Il avait acquis la seconde en mars de la même année, parallèlement à Smart Daily Management, achetée à EY.

Dans cette catégorie « ServiceNow-native », on peut ajouter ToolBox OH&S. Cette solution de gestion des processus de santé et sécurité au travail émane d’Enable Professional Services, un spécialiste ServiceNow australien qui évolue dans le giron de Fujitsu.

La première acquisition annoncée sous l’ère ChatGPT avait porté sur G2K. C’était en juillet 2023. Cette entreprise allemande née en 2013 ciblait le retail avec une technologie d’activation des données en ligne et en magasin. ServiceNow comptait la décliner sur des segments comme les transports, la santé et le divertissement. Il se présentait alors non comme une « plate-forme IA », mais comme une « digital workflow company »…

Illustration © agsandrew – Shutterstock

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