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OpenAI vs Anthropic : comment les géants de la tech financent les deux rivaux

27 février 2026 à 15:45

C’est un chiffre qui donne, une nouvelle fois, le vertige. OpenAI a finalisé un tour de table de 110 milliards $, propulsant sa valorisation à 730 milliards, et même 840 milliards post-money. De quoi faire de l’inventeur de ChatGPT, l’une des entreprises les mieux valorisées au monde, avant même une éventuelle introduction en bourse.

Amazon en tête, suivi de SoftBank et Nvidia

Le clou de l’opération, c’est Amazon qui injecte 50 milliards $ dans le tour, soit de loin son plus grand chèque jamais signé pour une seule entreprise. SoftBank et Nvidia complètent le podium avec 30 milliards chacun.

Mais au-delà des chiffres bruts, c’est la nature stratégique de l’accord avec Amazon qui retient l’attention. OpenAI s’engage à utiliser les puces maison d’AWS, les Trainium, et à développer conjointement des modèles sur mesure pour les équipes d’ingénierie d’Amazon. Cerise sur le gâteau : OpenAI promet de dépenser 100 milliards $ supplémentaires sur AWS au cours des huit prochaines années, un engagement colossal qui vient s’ajouter à un précédent accord de 38 milliards signé en novembre dernier.

Microsoft n’est pas écarté

La montée en puissance d’Amazon dans l’orbite d’OpenAI soulève une question naturelle : qu’en est-il de Microsoft, jusqu’ici partenaire historique en matière d’infrastructure ? Les deux entreprises ont tenu à rassurer le marché dans un communiqué commun : « Rien dans les annonces d’aujourd’hui ne modifie en quoi que ce soit les termes de la relation entre Microsoft et OpenAI. » Un message de stabilité qui sonnait presque comme une mise au point.

La guerre des valorisations fait rage

Cette levée intervient dans un contexte de surenchère généralisée entre OpenAI et son grand rival Anthropic qui a levé 30 milliards $ ce mois-ci, auprès d’investisseurs comprenant Nvidia et Microsoft, pour une valorisation de 380 milliards $.

Les deux concurrents ont désormais en commun un même réseau d’investisseurs, un même besoin frénétique de GPUs et de datacenters, et une même logique de financements croisés qui interroge les analystes.

Ces « circular deals », où les fournisseurs de cloud et de semi-conducteurs investissent dans les startups d’IA qui s’engagent en retour à consommer leurs services, sont perçus comme un moyen efficace de sécuriser une infrastructure rare. Mais ils amplifient aussi les risques : si la demande pour l’IA ne justifie pas les valorisations actuelles, les pertes pourraient se propager en cascade.

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De l’intuition à l’analyse, une taxonomie des erreurs de raisonnement des LLM

27 février 2026 à 08:21

A=B donc B=A ? Pour les LLM, ça ne coule pas de source.

En 2023, nous nous étions fait l’écho d’une étude à ce sujet. Laquelle démontrait, dans les grandes lignes, que les modèles auxquels on n’avait pas appris une relation d’équivalence « dans les deux sens » (« A=B » et « B=A ») avaient du mal à la déduire.

Ce phénomène, dit reversal curse (littéralement, « malédiction de l’inversion »), figure dans une taxonomie que proposent trois universitaires américains. Ils y synthétisent l’état de la recherche sur les erreurs de raisonnement des LLM.

Leur ontologie distingue le raisonnement « incarné » (embodied, dépendant d’interactions avec des environnements physiques) et « non incarné » (qui met en jeu des processus cognitifs n’exigeant pas ces interactions). Dans le « non incarné », elle sépare raisonnement formel (qui implique la manipulation de symboles sur la base de règles) et informel (qui relève du jugement intuitif).

Les erreurs sont réparties en trois catégories :

  • Fondamentales (intrinsèques aux architectures et à l’entraînement des modèles)
  • Spécifiques à des applications
  • De robustesse (sensibilité à des variations mineures)

Face aux limites cognitives, imiter l’attention humaine

En matière de raisonnement informel, les erreurs peuvent découler d’un manque d’aptitudes cognitives. Les limites de la mémoire de travail en font partie (notamment le fait qu’une information ancienne peut perturber l’acquisition d’une nouvelle). Le contrôle inhibiteur aussi. Les LLM n’ont pas tous cette faculté à contenir une réaction impulsive. En tout cas au sens où peu importe l’évolution du contexte, ils s’en tiennent souvent à des patterns appris. Dans le même esprit, ils peuvent manquer de flexibilité cognitive. En d’autres termes, d’une capacité à s’adapter à de nouvelles règles et/ou à basculer efficacement entre des tâches. Le raisonnement abstrait – capacité à reconnaître des motifs dans des concepts – peut aussi leur faire défaut (déduction de règles à partir d’exemples, gestion des abstractions temporelles…).

Tous ces éléments se manifestent par des problèmes de robustesse. Ils découlent de limites d’architecture et d’entraînement : dispersion de l’attention, prédiction de tokens qui privilégie les statistiques au raisonnement, etc. S’y ajoute, pour les LLM entraînés exclusivement sur du texte, un manque d’ancrage avec le monde physique et social. Parmi les solutions explorées : insertion des chaînes de pensée dans les prompts, enrichissement de la récupération, fine-tuning avec injection d’interférences et mécanismes imitant l’attention humaine.

Des personnalités pour atténuer les biais

Au-delà du manque d’aptitudes cognitives, il y a les biais. Le contenu de l’information joue. Les LLM tendent à favoriser celle alignée sur leurs croyances ou sur le contexte précédent (reflet du biais de confirmation). Ils se révèlent également sensibles aux biais d’attribution et de négativité. Qui priorisent respectivement le contenu « populaire » et les inputs négatifs.

La présentation de l’information influe aussi. Le biais d’ordre n’épargne effectivement pas les LLM, comme le biais d’ancrage (les données présentées en premier influencent démesurément le raisonnement). S’y ajoute l’effet de cadrage (des prompts équivalents d’un point de vue logique mais formulés différemment produisent des résultats différents).La perspective narrative a également un certain poids.

Au sein de la taxonomie proposée, les erreurs relevant de biais cognitifs sont de l’ordre du fondamental. Résultant des architectures et de l’entraînement/alignement, elles se manifestent par des problèmes de robustesse. Parmi les solutions étudiées : entraînement antagoniste, filtrage des outputs et attribution de personnalités aux modèles.

La difficile acquisition des « soft skills »

Certaines erreurs de raisonnement cognitif ne se manifestent que dans des contextes sociaux spécifiques. Les LLM ne parviennent pas toujours à comprendre les normes sociales et l’état d’esprit d’autrui.

Sur ce dernier point, les difficultés tiennent autant à la compréhension des perceptions qu’à la prédiction des croyances. Le raisonnement que les modèles ont à ce propos apparaît d’autant plus fragile que des modifications mineures dans la formulation d’une tâche suffisent à le perturber. C’est sans compter les déficits sur le plan émotionnel, avec une tendance aux biais d’affect et une compréhension limitée des variations culturelles.

Sur le volet des normes sociales, il arrive que les LLM produisent des jugements contradictoires d’un point de vue éthique. Là aussi, ils se révèlent sensibles à la formulation des tâches, y compris en fonction des langues. Le fine-tuning a tendance à exacerber cette sensibilité.

Dans l’un et l’autre cas, on est sur des limites spécifiques à des applications (tâches relevant de la sûreté et de la confidentialité, en particulier). Elles se traduisent par des problèmes de robustesse – en première ligne, les risques de manipulation. Fine-tuning et apprentissage par renforcement ne constituent souvent des solutions que pour des contextes simples.

Dans les systèmes agentiques, des palliatifs durs à généraliser

Des limites, les LLM en ont aussi au niveau du raisonnement social explicite. Elles se manifestent dans les systèmes de planification agentique. Tendant à trop s’appuyer sur des informations locales ou récentes, les modèles peuvent échouer à développer des stratégies coordonnées sur le long terme.

Ces limites tiennent à la fois à leurs capacités individuelles et à la conception des systèmes agentiques. Ils se manifestent souvent par des problèmes de robustesse. Et sont accentués par les faiblesses de raisonnement social implicite comme par le manque d’aptitudes cognitives.

Parmi les solutions explorées, il y a l’enrichissement des représentations internes (suivi des croyances, validation des hypothèses). Il y a aussi des protocoles de communication avec vérification obligatoire et des agents qui « challengent » les outputs contestables. Toutes ces approches sont néanmoins difficiles à généraliser. L’ingénierie de contexte apparaît comme une méthode alternative plus robuste dans les systèmes agentiques.

Les graphes pour donner des chemins de raisonnement

En matière de raisonnement logique formel, le reversal curse est essentiellement attribué aux objectifs d’entraînement unidirectionnels des modèles transformeurs. Ils induisent en effet un asymétrie structurelle dans les poids. La principale solution explorée dans la littérature scientifique consiste à « augmenter » les données d’entraînement – entre autres par inversion syntaxique de faits et permutation d’unités sémantiques – pour restaurer une symétrie.

La raisonnement compositionnel (combinaison de connaissances) pose aussi des problèmes. On les doit aux incapacités de planification holistique et aux limites de pensée profonde. En guise de solution, outre le prompting à base de chaînes de pensée, est exploré l’entraînement à base de « chemins de raisonnement » structurés en graphes.

La syntaxe peut tout changer

L’exploitation des structures logiques implicites contenues dans les benchmarks peut révéler des problèmes de robustesse. Ce fut l’objet d’études qui ont introduit des modifications préservant la sémantique, comme changer l’ordre des réponses dans un QCM, réorganiser des prémisses ou éditer des éléments secondaires (noms de personnages, par exemple).

Ces transformations structurelles ont été appliquées aux problèmes de mathématiques comme aux benchmarks de code (édition syntaxique de docstrings, renommage de fonctions et de variables, altération de la logique de contrôle de flux…). Pour pallier les limites qu’elles ont fait ressortir, la principale solution consiste à appliquer des perturbations pour diversifier les données d’entraînement. Une technique toutefois difficile à généraliser.

Dans le domaine de l’arithmétique, les limites tiennent beaucoup à l’architecture des modèles (encodage positionnel, tokenisation…). La précision numérique limitée n’aide pas. Comme la tendance à l’usage du raisonnement heuristique (pattern matching).

Une des solutions explorées passe par des jeux de données plus précis, détaillant les étapes de traitement. Une autre imite les stratégies de calcul humaines, par exemple en focalisant l’attention sur le chiffre des unités dans le cadre des multiplications.

Le défi de l’ancrage dans le monde réel

Quantité d’analyses ont démontré le manque de bon sens des LLM sur la physique du monde réel : lois fondamentales, attributs des objets, relations spatiales… Il en résulte des erreurs fondamentales.
Même lorsqu’ils ont les compétences, les modèles échouent souvent à les appliquer à des domaines concrets. On tombe là dans les limites spécifiques à des applications.

Le fine-tuning sur des corpus qui encodent explicitement des connaissances de la physique du monde réel est une solution. L’insertion des chaînes de pensée dans les prompts en est une autre, destinée à stimuler la découverte de relations causales et spatiales plus nuancées. Piste alternative : le recours à des outils externes, tels des simulateurs.

Le manque de « bon sens physique » se reporte sur l’analyse d’images statiques, et plus encore d’environnements 3D. Les LLM ont souvent du mal à dénombrer les objets, décrire leurs relations spatiales et à détecter des anomalies. Ils ont globalement tendance à s’appuyer démesurément sur les données textuelles de leur corpus d’entraînement et sur les scénarios communs qu’ils y ont détectés. On touche là à des problèmes de robustesse, en plus de ceux spécifiques à des applications.
Les solutions étudiées incluent la modification des données d’entraînement pour réduire le biais vers le texte, les mécanismes d’attention à ancrage spatial et l’apprentissage par renforcement pour inculquer ce fameux « bon sens ».

À l’échelle des systèmes agentiques, les plans d’action comprennent parfois des actions impossibles du point de vue de la physique. On tombe là dans des erreurs fondamentales, découlant notamment d’un déficit d’affordance (raisonnement sur ce qui peut arriver à des objets).

Illustration © maylim – Adobe Stock

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