Vue normale

ESN : la fin de l’âge d’or des valorisations, l’IA générative comme nouvel eldorado

11 février 2026 à 15:26

Le réveil est un peu brutal pour les Entreprises de Services Numériques (ESN) françaises. Selon le dernier baromètre réalisé par la banque d’affaires Crescendo Finance en partenariat avec le cabinet PAC, le secteur entre dans une phase de normalisation après des années de surchauffe.

Après un pic d’activité M&A (fusions-acquisitions) en 2022 avec 73 opérations recensées, le marché montre des signes de fatigue : la croissance des services IT en France devrait même se contracter de 2,1% en 2025.

Le blues des multiples

Le temps où les vendeurs dictaient leurs conditions semble s’éloigner. Les multiples d’EBITDA *, qui avaient grimpé jusqu’à 13,9x en 2022 pour les acquéreurs stratégiques, sont retombés à 9,2x en 2024. « Le contexte économique affecte de façon symétrique les multiples », tempère l’étude, notant que pour la première fois depuis 2021, la valorisation des ESN françaises est repassée légèrement sous l’indice Argos des PME non cotées.

Pourtant, cette moyenne cache de profondes disparités. C’est un marché à deux vitesses : d’un côté, l’infogérance classique, dont les multiples plafonnent péniblement à 6,3x EBITDA. De l’autre, les « chouchous » des investisseurs : la cybersécurité et la Data/IA, qui continuent d’afficher des valorisations insolentes, dépassant parfois les 15x l’EBITDA pour les cibles les plus pointues.

IA générative : 3,2 milliards € en ligne de mire

Si le marché global ronronne, l’IA générative (IAGen) agit comme un booster de croissance. PAC estime que les dépenses externes liées à l’IAGen en France vont littéralement exploser, passant de 425 millions € en 2024 à 3,2 milliards € dès 2028.
« 72% des entreprises font de l’adoption de l’IA générative une priorité absolue», souligne l’étude. Cette « frénésie » pousse les grands prédateurs du secteur à sortir le carnet de chèques pour ne pas rater le train de l’IA agentique.

Accenture et Capgemini sont en première ligne, avec des budgets d’investissement se comptant en milliards de dollars pour renforcer leurs compétences via des acquisitions ciblées.

Les fonds d’investissement à l’affût des ETI

Le paysage des transactions reste dominé à 75% par les « corporates » (les ESN elles-mêmes), qui privilégient les petites cibles de moins de 15 millions € de chiffre d’affaires pour muscler leurs expertises locales. Les fonds d’investissement, bien que représentant seulement 25% des volumes, jouent les arbitres sur les dossiers plus matures : 47% de leurs jetons sont misés sur des entreprises réalisant plus de 50 millions € de CA.

Pour 2025, les experts prévoient une stabilisation. L’assouplissement des conditions de financement et la nécessité impérieuse de souveraineté numérique devraient soutenir un volume d’opérations honorable. Mais pour séduire les acheteurs, il faudra désormais plus qu’une simple croissance organique : la récurrence des revenus (modèle SaaS) et la maîtrise de la data sont devenues les nouveaux juges de paix de la valorisation.

*EBITDA est l’abréviation de « bénéfice avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement ».

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Capgemini : un plan de 2 400 suppressions de postes en France

21 janvier 2026 à 14:48

Capgemini envisage jusqu’à 2 400 suppressions de postes, soit environ 7% de ses quelque 35 000 salariés dans l’Hexagone. Le groupe de servicesIT, qui emploie près de 355 000 personnes dans le monde, concentre donc l’effort de réduction sur la France, où l’activité souffre d’un ralentissement dans plusieurs secteurs.

Selon le communiqué transmis à l’AFP, la première ESN de France explique ce projet par un environnement économique marqué par une croissance modérée et par les difficultés de certains marchés, notamment l’automobile et d’autres industries en mutation. Capgemini insiste également sur la nécessité de se « transformer » face aux évolutions technologiques rapides, citant explicitement l’essor de l’IA, du SaaS, de l’offshore et de l’internalisation croissante de certaines compétences chez les clients.

Selon la CFDT, ​les entités du groupe concernées sont Altran, Apps, CIS, Engineering, FS, Fonctions Support, I&D et Sogeti.

Volontariat, reconversions et ruptures conventionnelles

Capgemini insiste sur le caractère volontaire du dispositif, structuré autour de deux grandes options. D’une part, une reconversion interne proposée aux salariés concernés, avec des parcours de formation et de certification vers des « métiers d’avenir », notamment dans l’IA, le cloud et la data. D’autre part, un dispositif de rupture conventionnelle collective (RCC) permettant des départs volontaires assortis de mesures d’accompagnement spécifiques.

L’ESN précise que ce plan doit encore être présenté aux instances représentatives du personnel et fera l’objet d’une négociation avec les organisations syndicales, afin de définir par accord collectif les modalités détaillées, les critères d’éligibilité et les compensations.

Les syndicats, de leur côté, dénoncent une restructuration d’ampleur dans une entreprise qui reste bénéficiaire, et s’inquiètent du risque de dégradation des conditions de travail pour les équipes restant en place.

« Nous allons aussi analyser le rapport entre mobilité interne (nombre d’ouverture de postes) et la mobilité externe (Rupture Conventionnelle Collective) dans ce projet. En clair, quelle est la réduction d’effectif visée par la Direction (ce n’est pas clairement indiqué).» indique la CFTC.
Quant à la CGT,elle dénonce notamment « une communication diffusée par voie de presse avant même l’information des CSE et du CSEC, provoquant inquiétude et stress chez les salarié·es » .

Un signal pour l’écosystème des ESN

Dans sa communication, Capgemini met en avant l’accélération des mutations technologiques, « notamment l’intelligence artificielle », comme un moteur central de cette réorganisation. Le groupe cherche à se repositionner sur des activités jugées plus porteuses à moyen terme, en s’appuyant sur les investissements réalisés ces dernières années dans l’IA générative et l’IA dite agentique, ainsi que dans les services cloud et data.

Cette dynamique s’inscrit dans un mouvement plus large qui touche l’ensemble des ESN, confrontées à la fois à la pression sur les prix, à la généralisation de l’offshore et à l’automatisation de certaines tâches traditionnellement réalisées par des consultants et développeurs.

Le plan Capgemini intervient après une année 2025 marquée, dans le secteur numérique français, par un ralentissement des recrutements et une montée du recours au nearshore et à l’offshore, passés à près de 18% des effectifs externalisés contre 15,5% un an plus tôt selon les données de Numeum. Les grandes ESN, qui avaient massivement embauché après la pandémie, réajustent désormais leurs effectifs face à une demande moins dynamique et plus volatile.

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Marché numérique français : reprise en trompe-l’œil ou vrai rebond ?

8 janvier 2026 à 15:37

Après une année 2025 en demi-teinte (+2 %), le marché du numérique français devrait retrouver des couleurs en 2026 avec une croissance prévue de 4,3 %, selon les dernières projections de Numeum, le syndicat des entreprises du secteur.

Un chiffre qui pourrait rassurer, si l’on s’en tenait aux apparences. Mais la réalité est plus contrastée : cette reprise masque des trajectoires divergentes selon les segments, et pose une question lancinante sur la répartition de la valeur créée.

Un marché qui se désolidarise

Le premier constat tient en trois chiffres. Les éditeurs de logiciels et plateformes affichent une croissance vigoureuse de 8,4 % en 2026, prolongeant leur dynamique de 2025 (+8,2 %), pour atteindre 31,6 milliards €. À l’inverse, les entreprises de services du numérique (ESN) peinent à retrouver leur rythme : après un recul de 1,8 % en 2025 (34,3 milliards), elles ne progresseraient que de 1,4 % en 2026, à 35 milliards. Quant aux sociétés d’ingénierie et de conseil en technologies (ICT), elles reviennent tout juste en territoire positif (+1 %) après une baisse de 2,5 % l’an dernier.

Cette divergence n’est pas anecdotique. Elle illustre un basculement structurel : le passage d’un modèle fondé sur les projets et les prestations intellectuelles vers un modèle de consommation récurrente, porté par le SaaS et les plateformes cloud.

En 2025, 77 % des nouveaux projets des éditeurs ont été réalisés en mode SaaS, contre 53 % en 2021. Cette migration accélérée capte une part croissante des budgets IT, au détriment des services d’intégration traditionnels.

L’IA générative, accélérateur… de quoi exactement ?

L’intelligence artificielle générative est présentée comme le grand moteur de la reprise. Près de 40 % des acteurs du secteur constatent déjà un impact positif sur leurs marges ou leur chiffre d’affaires.

Les gains de productivité sont tangibles : 12,5 % en moyenne en 2025, avec une perspective de 17 % en 2026. Les éditeurs l’utilisent pour accélérer leurs cycles de développement, créer de nouvelles offres (63 % des répondants) et personnaliser leurs solutions.

Mais pour les ESN, le tableau est plus ambigu. L’IA permet certes de répondre plus rapidement aux appels d’offres (54 % des acteurs) et de livrer davantage de projets dans l’année (58 %), mais elle introduit aussi une pression déflationniste. Si l’on délivre plus vite, pourquoi facturer autant ? Certains clients commencent à renégocier leurs contrats à la baisse, pointant les gains de productivité pour justifier une compression des tarifs. Résultat : 15 % des entreprises interrogées évoquent une pression accrue sur les prix, 10 % une réduction du temps facturable.

Cette dynamique pose une question centrale : qui capte la valeur générée par l’IA ? Les gains de productivité se traduisent-ils en marges supplémentaires pour les prestataires, en tarifs réduits pour les clients, ou en nouvelles capacités qui justifient un niveau de facturation stable ? Pour l’instant, la réponse n’est pas tranchée. Et c’est précisément ce flou qui inquiète.

La souveraineté numérique, du discours à la réalité

Autre thème en vogue : la souveraineté numérique.

Numeum relève que 42 % des entreprises du secteur accompagnent leurs clients sur des projets liés à cette thématique. Mais la dynamique reste embryonnaire : 80 % des acteurs ont réalisé moins de dix projets en 2025, avec un panier moyen compris entre 100 000 et 150 000 euros. Loin, donc, des grands programmes structurants.

Ce concept, longtemps cantonné aux discours politiques, commence néanmoins à se matérialiser sous la pression de plusieurs facteurs : obligations réglementaires (NIS2, IA Act), tensions géopolitiques et méfiance croissante envers les solutions américaines dominantes. Mais le passage de l’intention à l’investissement reste lent, freiné par la complexité technique et les arbitrages budgétaires.

Un retour de la croissance… sans l’emploi ?

Derrière les prévisions optimistes, un angle mort persiste : l’emploi. En 2024, le secteur a perdu 7 500 postes. L’année 2025 s’est inscrite dans une logique de stabilisation, sans réelle reprise des embauches.

Or, si la croissance de 2026 se matérialise, il n’est pas certain qu’elle se traduise par une dynamique d’emploi comparable à celle des deux dernières décennies, où les effectifs avaient progressé de 50 % en dix ans pour atteindre environ 666 000 salariés.

Plusieurs facteurs expliquent cette déconnexion. D’abord, l’automatisation : les gains de productivité liés à l’IA réduisent mécaniquement les besoins en main-d’œuvre sur certaines tâches. Ensuite, la géographie du « delivery » : l’offshore progresse quand l’optimisation devient le maître-mot. Enfin, la réallocation des budgets vers les modèles récurrents (SaaS, cloud) diminue la part des projets nécessitant une mobilisation humaine intensive.

Ce que les DSI doivent retenir

Pour les directions des systèmes d’information, cette reconfiguration du marché impose trois vigilances.

D’abord, une cartographie rigoureuse des dépenses récurrentes. Les abonnements SaaS et les factures cloud deviennent incompressibles, grignotant les marges de manœuvre budgétaires. Anticiper leur évolution est crucial pour préserver la capacité d’investissement dans des projets de transformation.

Ensuite, une réflexion sur la mesure de la valeur. Les gains de productivité liés à l’IA ne doivent pas se traduire uniquement par une réduction des jours-hommes facturables. Il faut définir des unités de valeur pertinentes : qualité, délai, couverture fonctionnelle, réduction des risques. Faute de quoi, la pression déflationniste des fournisseurs se fera au détriment de la qualité des livrables.

Enfin, une attention accrue aux enjeux de souveraineté et de dépendance. La concentration sur quelques hyperscalers américains fragilise la capacité de négociation et la liberté de choix. Sans tomber dans le dogmatisme, diversifier les sources d’approvisionnement et privilégier des solutions offrant des garanties de réversibilité devient un enjeu stratégique.

Une reprise, oui. Mais pour qui ?

Numeum table sur une accélération en 2026, portée par l’IA, la cybersécurité et les investissements dans la modernisation des systèmes. Les indicateurs opérationnels se redressent, les carnets de commandes se remplissent, les taux d’occupation des ESN remontent. Mais cette reprise ne ressemble pas aux précédentes.

Elle se construit sur fond de réallocation de valeur vers les éditeurs et les plateformes, de pression déflationniste sur les services, et d’incertitudes persistantes sur l’emploi. La croissance peut revenir sans recréer les postes perdus, surtout si elle s’alimente d’automatisation et d’arbitrages de localisation.

Dans un contexte d’instabilité économique et géopolitique, Numeum souligne lui-même la complexité d’anticiper précisément l’évolution du secteur.

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