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L’Europe tient son programme CVE décentralisé

22 janvier 2026 à 16:47

Ceci n’est pas un concurrent du programme CVE de MITRE, mais un complément.

En façade, telle a toujours été la position du CERT luxembourgeois depuis l’annonce du projet GCVE (Global CVE Allocation System). C’était en avril 2025. On nous promettait alors le développement d’un système décentralisé : les autorités de numérotation allaient pouvoir attribuer des identifiants et gérer la divulgation sans passer par un organisme central.

Neuf mois plus tard, l’initiative, cofinancée par l’UE, a effectivement pris corps… dans une certaine mesure. Une base de vulnérabilités vient notamment d’y être adossée. Plusieurs bonnes pratiques ont par ailleurs été publiées pour assurer le fonctionnement du système. Et une vingtaine d’entités, de natures assez diverses, ont été désignées autorités de numérotation.

Autorité Identifiant
CIRCL (CERT luxembourgeois) 1
EUVD 2
Red Hat 3
Swisscom 79
VulDB 100
Ericsson 101
EAGC 102
Schutzwerk 103
AboutCode Europe 104
OPC Foundation 105
SK-CERT 106
Thales PSIRT 107
Securin 108
Concinnity Risks 109
Vulnetix 110
Mogwai Labs 111
CERT-QC 112
VulnCheck 404
DFN-CERT Services 680
Austin Hackers Anonymous 1337
Pentagrid 2342
Cisco Talos 31337

Cette diversité reflète les critères d’admission : en théorie, quiconque a une politique de divulgation publique de vulnérabilités peut prétendre devenir autorité de numérotation.

L’identifiant 1 a été réservé au CIRCL, porteur du projet. Le 2, à la base EUVD (EU Vulnerability Database), opérée par l’ENISA (Agence européenne pour la sécurité). L’identifiant 0 est quant à lui dédié au mapping des CVE.

GCVE, contre les aléas géopolitiques

L’annuaire des autorités de numérotation est publié au format JSON. Ces dernières ont deux options pour communiquer les données sur les vulnérabilités. D’un côté, un endpoint statique fournissant un fichier. De l’autre, une API REST avec des points de terminaison recent et latest, éventuellement assortis de filtres (sources et nombre de résultats). Le projet GCVE n’impose pas de format, mais recommande de s’aligner sur CVE Record.

Les bonnes pratiques publiées concernent la vérification de l’intégrité du fichier d’annuaire, la divulgation coordonnée de vulnérabilités et l’attribution d’identifiants. Trois autres sont à l’état de brouillon. Elles abordent les formats de déclaration des vulnérabilités et le protocole de publication décentralisée.

Un outil open source sert d’implémentation de référence pour ces bonnes pratiques : vulnerability-lookup… qu’on doit aussi au CIRCL. C’est sur lui que repose la base GCVE*. L’EUVD aussi, d’ailleurs.

Pas d’opposition frontale avec MITRE, donc, mais un enjeu de résilience non dissimulé. Il s’agit à la fois d’éviter le « point de défaillance unique »… et de moins dépendre des aléas géopolitiques. En toile de fond, l’avenir un temps très incertain du programme CVE. L’an dernier, le gouvernement américain l’avait refinancé in extremis.

* Base hébergée dans les datacenters du CERT luxembourgeois.

Illustration générée par IA

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Thoma Bravo : le géant qui redessine la carte du logiciel mondial

22 janvier 2026 à 14:43

Oubliez les levées de fonds de quelques millions dans la Silicon Valley. Chez Thoma Bravo, on joue dans la catégorie des poids lourds mondiaux. Au 1er janvier 2026, les chiffres donnent le vertige : le fonds gère 184 milliards $ d’actifs et a réalisé plus de 565 acquisitions depuis sa création (en 2003), pour une valeur transactionnelle cumulée dépassant les 285 milliards $.

Cette puissance de feu est le fruit d’une spécialisation monomaniaque : le logiciel d’entreprise. Contrairement aux fonds de Venture Capital qui diversifient leurs prises de participation, Thoma Bravo – du nom de ses deux co-fondateurs Carl Thoma et Orlando Bravo – a bâti un empire sur un constat simple : le logiciel est le business model le plus prévisible et le plus rentable de l’histoire.

La trajectoire est fulgurante : en 2016, Thoma Bravo gérait  « seulement » 9 milliards $. Moins de dix ans plus tard, il affiche une multiplication par vingt de ses actifs.

En 2025, le fonds a encore frappé un grand coup en levant 34,4 milliards $ pour ses nouveaux véhicules d’investissement : Fund XVI (24,3 milliards, le plus grand fonds tech de l’histoire), Discover Fund V (8,1 milliards) et un fonds Europe inaugural de 1,8 milliard €. Tous ont dépassé leurs objectifs initiaux, prouvant que même dans un contexte de taux élevés et de difficultés généralisées de collecte dans le private equity, l’appétit des investisseurs pour la méthode Bravo reste insatiable.

Le « buy and build » : construire des forteresses par l’acquisition

La stratégie de Thoma Bravo ne s’arrête pas au rachat d’une entreprise mais repose sur le concept de « plateforme ». Le fonds identifie un leader de secteur, le rachète pour plusieurs milliards, puis s’en sert comme d’un aimant pour absorber ses concurrents plus petits. Avec plus de 40 sociétés de logiciels en portefeuille générant 30 milliards $ de revenus annuels dont 90% récurrents via le SaaS, Thoma Bravo s’est transformé en véritable « banque centrale » du logiciel B2B.

Le rythme s’est d’ailleurs intensifié : 36 acquisitions réalisées en 2024 contre 22 en 2023, et une cadence soutenue en 2025 avec des deals majeurs comme Olo (2 milliards de dollars), Dayforce (12,3 milliards) et Verint (2 milliards). Sans oublier l’acquisition spectaculaire de l’activité Digital Aviation Solutions de Boeing pour 10,55 milliards $ démontrant que le fonds joue désormais dans la même cour que les grands groupes cotés.

La cybersécurité et le SaaS en étendard

Axe central de ses investissements : la cybersécurité. L’idée est de. créer un guichet unique de la cyber capable de verrouiller un marché mondial attendu à plusieurs milliers de milliards de dollars d’ici la fin de la décennie.

Après avoir racheté Sophos pour 3,9 milliards $ en 2019, le fonds a multiplié les « add-ons » (acquisitions complémentaires) comme Barracuda Networks, SailPoint, Darktrace ou encore Proofpoint (payé 12,3 milliards en 2021). Aujourd’hui, plus de 20 plateformes de cybersécurité représentent environ 60 milliards $ de valeur d’entreprise cumulée dans son portefeuille.

L’idée : créer un guichet unique de la sécurité informatique capable de verrouiller un marché mondial attendu à plusieurs milliers de milliards de dollars d’ici la fin de la décennie.

Thoma Bravo agit avec la même frénésie pour la conquête du SaaS d’entreprise. Dans la relation client et le go-to-market, il assemble progressivement un quasi-géant caché. L’acquisition d’Anaplan (10,7 milliards), Coupa Software (8 milliards en 2022), Conga, Hyland, et plus récemment de PROS (1,4 milliard $pour ce spécialiste de la tarification dynamique) dessine une stratégie pour contrôler toute la chaîne des « revenue operations », du CPQ à la gestion des prix en passant par le contenu et la donnée client.

La « Méthode Bravo » : l’alchimie de la rentabilité opérationnelle

Ce qui distingue Thoma Bravo, c’est ce qu’il se passe après la signature du rachat. Le fonds déploie ses Operating Partners, des anciens directeurs opérationnels qui appliquent un « playbook » (manuel de gestion) ultra-standardisé. La méthode est de maximiser la génération de cash à partir de revenus récurrents, puis le recycler dans des acquisitions ciblées. Les recettes sont rodées : rationalisation des coûts, recentrage produit, hausse des prix là où l’élasticité le permet, et intégration de briques complémentaires pour densifier la plateforme.

Ellie Mae est sans doute le coup le plus fumant de l’histoire du fonds. Thoma Bravo rachète ce spécialiste des logiciels de crédit immobilier pour 3,7 milliards $. Dix-huit mois plus tard, il le revend pour 11 milliards $ à Intercontinental Exchange. Le secret : en un an et demi, les marges d’EBITDA sont passées de 18% à 60%. Une transformation chirurgicale des coûts et du modèle de vente.

Un autre cas d’école est celui de Compuware/Dynatrace. En 2014, Thoma Bravo rachète Compuware pour 2,2 milliards $, isole Dynatrace, accélère son positionnement sur le cloud puis l’introduit en Bourse avec un multiple largement supérieur à celui payé sur l’ensemble du groupe initial. L’éditeur de solutions de monitoring applicatif (APM) est entièrement reconfiguré, passant d’un modèle de vente de licences à un modèle d’abonnement (SaaS), avant d’être réintroduit avec succès au Nasdaq avec une marge opérationnelle dépassant les 30%.

Le fonds ne se contente pas de couper dans les budgets ; il force ses entreprises à adopter la « Règle des 40 » (la somme de la croissance du chiffre d’affaires (en %) et de la marge mesurée en EBITDA (en %) doit être supérieure à 40%). Pour Thoma Bravo, une entreprise IT qui ne génère pas de cash-flow massif est une erreur de casting. Et quand la discipline opérationnelle l’exige, le fonds n’hésite pas : les coupes de 40 à 50% des effectifs annoncées début 2026 dans les actifs de Boeing Digital Aviation Solutions en témoignent.

Une machine à sorties qui défie les cycles

Même avec un marché des IPO atone, Thoma Bravo continue d’encaisser. Entre 2023 et 2025, la firme a généré entre 25 et 35 milliards $ de cessions cumulées, via des ventes secondaires, des exits industriels ( comme le rachat d’Imperva par Thales) ou des introductions en Bourse sélectives.

Son bilan historique parle de lui-même : 131 acquisitions, 82 exits réalisées, dont 4 en 2024 (Greenphire, ServiceTitan, Solifi). Cette capacité à liquider ses participations avec profit dans tous les environnements de marché fait de Thoma Bravo un cas unique dans le private equity tech.

C’est même devenu un faiseur de rois, capable d’orienter à lui seul les valorisations et les consolidations dans des pans entiers de l’IT mondiale. Chaque opération de Thoma Bravo pèse sur les multiples et les attentes de rendement : les valorisations offertes, les plans de restructuration et les arbitrages entre Bourse et marché privé.

Le « Grand Bond » européen : 1,8 milliard € pour le continent

Avec le lancement d’un fonds Europe de 1,8 milliard d’euros, l’offensive s’étend au Vieux Continent, avec en ligne de mire des éditeurs allemands et français, notamment dans la conformité et la cybersécurité. C’est ainsi que Vade, le spécialiste français de la sécurité de la messagerie, est tombé dans son escarcelle via son rachat par l’allemand Hornet Security, lui même repris par Proofpoint.

Le bureau de Londres n’est plus une simple antenne, c’est devenu le poste de commandement d’une conquête méthodique qui redessine la carte de la souveraineté numérique européenne. Orlando Bravo a identifié une faille structurelle : un continent sous-numérisé par rapport aux États-Unis, mais qui regorge d’ingénieurs de talent et d’éditeurs de niche à valorisation déprimée.

Le marché européen de l’IT croît à 8,7% par an, soit trois fois plus vite que le PIB de la zone euro, créant un terreau idéal pour sa méthode. La cible : des entreprises de logiciels valorisées entre 500 millions et 2 milliards € trop grandes pour le capital-risque classique, mais trop petites pour les géants industriels.

Le cas Darktrace illustre parfaitement cette approche. En 2024, Thoma Bravo a déboursé 5,3 milliards $ pour racheter ce fleuron britannique de la cybersécurité. Objectif : appliquer le  » playbook américain » en basculant 100% des revenus vers un modèle d’abonnement pur et forcer l’entrée sur le marché américain, là où les marges sont les plus élevées.

Autre exemple révélateur : EQS Group en Allemagne. Racheté pour environ 400 millions €, ce spécialiste de la conformité réglementaire et de l’ESG incarne la stratégie du fonds qui vise les logiciels que les régulateurs rendent obligatoires. En sortant EQS de la bourse de Francfort, le fonds peut désormais le fusionner avec d’autres acteurs de la RegTech (Regulatory Technology) pour bâtir un champion paneuropéen de la conformité, un marché promis à une croissance exponentielle avec le durcissement des normes européennes.

En France, la sonnette d’alarme du CESIN

La puissance de Thoma Bravo n’est pas passée inaperçue en Europe. En juillet 2024, le CESIN (Club des Experts de la Sécurité de l’Information et du Numérique), qui regroupe plus d’un millier de CISO français, a publiquement tiré la sonnette d’alarme.

Pour Alain Bouillé, son délégué général, outre les inquiétudes sur la méthode, l’aspect le plus sensible concerne les données. Ces solutions de cybersécurité sont par nature extrêmement intrusives : elles collectent et analysent les flux réseau, les emails, les données applicatives. Une concentration de cette ampleur entre les mains d’un fonds américain pose la question de la souveraineté numérique.

Outre-Atlantique, les critiques se multiplient également. Le Department of Justice américain a ouvert plusieurs enquêtes approfondies sur les acquisitions du fonds, notamment sur le rachat de ForgeRock en 2022. Les régulateurs antitrust craignaient qu’en combinant ForgeRock avec Ping Identity, déjà dans le portefeuille de Thoma Bravo, le fonds ne contrôle une part excessive du marché stratégique de la gestion d’identités.

L’affaire a même poussé plusieurs directeurs de Thoma Bravo à démissionner de conseils d’administration pour éviter une violation du Clayton Act, qui interdit les administrateurs communs entre entreprises concurrentes. En 2022, l’éditeur britannique Mimecast a refusé une offre de Thoma Bravo pourtant supérieure de 16% à celle d’un concurrent, estimant que la fusion avec Proofpoint créerait une position dominante de plus de 50% sur le marché de la sécurité email, avec un risque réglementaire trop élevé.

Le « Frankenstein » de la cyber

Dans l’industrie IT elle-même, les avertissements se font entendre. Nir Zuk, fondateur de Palo Alto Networks, a qualifié la stratégie de Thoma Bravo de construction d’un monstre de Frankenstein dans la cybersécurité. Avec un portefeuille représentant environ 58 milliards de dollars de valeur d’entreprise, 6,5 milliards de revenus annuels et 19 000 employés le fonds pourrait du jour au lendemain créer un géant capable de concurrencer les trois leaders historiques du marché (Cisco, Check Point et Palo Alto Networks).

Mais c’est peut-être l’affaire RealPage qui cristallise le plus les critiques. Cette entreprise de gestion locative, rachetée par Thoma Bravo en 2021, fait face à plus de 30 class actions et à des poursuites du Department of Justice et de huit États pour pratiques anticoncurrentielles. Son algorithme de tarification est accusé de permettre aux propriétaires de coordonner leurs prix et d’éviter la concurrence, contribuant à l’inflation des loyers. San Francisco, Minneapolis, San Diego et Philadelphie ont même banni l’utilisation du logiciel sur leur territoire.

Matt Stoller, auteur de « Goliath: The 100-Year War Between Monopoly Power and Democracy« , résume la critique dans une formule cinglante : Thoma Bravo augmente les prix et réduit la qualité, mais personne n’écoute les responsables IT qui lancent des alertes sur les risques et la dégradation des logiciels. Le scandale SolarWinds en 2020, où une faille de sécurité massive a permis à des hackers russes d’infiltrer des agences gouvernementales américaines, a ravivé ces inquiétudes. SolarWinds, propriété de Thoma Bravo, aurait sous-investi dans la sécurité pour maximiser ses marges.

Orlando Bravo à Davos : « L’IA est une opportunité, pas une menace »

Pas de quoi ébranler la confiance d’Orlando Bravo dans. son modèle. Lors du Forum économique mondial de Davos, il a expliqué au Financial Times que la récente correction des valorisations des éditeurs de logiciels, provoquée par les peurs autour de l’intelligence artificielle, créait une opportunité d’achat massive.

Sa thèse : les investisseurs surréagissent en imaginant que les grandes entreprises vont remplacer leurs logiciels traditionnels par des outils IA maison. Selon lui, c’est méconnaître la nature même de la valeur du logiciel. Ce qui compte, ce n’est pas le code ou la technologie, c’est la connaissance profonde des métiers. La plupart des éditeurs de logiciels maîtrisent un secteur vertical, un processus ou une fonction si spécifique qu’il n’existe que trois à cinq entreprises au monde capables de le faire, et environ vingt individus qui le comprennent vraiment. Cette expertise irremplaçable constitue la véritable franchise, la valeur réelle que l’IA ne peut pas répliquer.

Une vision qui contraste frontalement avec celle d’autres géants du private equity. Apollo Global a réduit son exposition aux éditeurs de logiciels et a même parié à la baisse sur certaines de leurs dettes par crainte de l’IA. Jonathan Gray, président de Blackstone, a fait de l’évaluation des risques liés à l’IA la priorité absolue du groupe pour les nouveaux investissements.

L’optimisme d’Orlando Bravo n’est pas nouveau. En 2021, alors que les valorisations tech atteignaient des sommets, il déclarait qu’il serait presque irresponsable de se retenir d’investir par peur des prix élevés, ironisant sur ceux qui attendent que le marché devienne bon marché. Quelques mois plus tard, la remontée brutale des taux de la Fed faisait s’effondrer les valorisations tech. Cette année-là, Thoma Bravo avait réalisé une vague de rachats à des multiples que beaucoup de financiers jugent aujourd’hui trop élevés.

L’acquisition de Medallia pour 6,4 milliards $ en est l’illustration : l’opération a depuis tourné au vinaigre, en partie à cause de problèmes liés… à l’IA. Un rappel que même la machine Thoma Bravo n’est pas infaillible.

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ServiceNow et OpenAI embrayent sur le vocal… et le legacy

22 janvier 2026 à 12:33

Pour faire tomber la barrière de la langue, il y a OpenAI.

ServiceNow présente les choses ainsi. En toile de fond, un accord sur 3 ans qui le verra, entre autres, exploiter GPT-5.2 pour développer des technologies de compréhension et de synthèse vocales. Au bout, nous promet-on, il y aura des agents multilingues qui fonctionneront sans passer par la modalité texte.

Les modèles GPT seront également mis à contribution sur la partie computer use (« agent utilisateur d’ordinateur »). En ligne de mire, notamment, l’orchestration des outils bureautiques et l’automatisation des systèmes hérités (ServiceNow évoque les mainframes).

Les modèles OpenAI, déjà bien ancrés dans ServiceNow

Dans la pratique, ServiceNow a déjà établi de multiples passerelles avec OpenAI.

Sur sa plate-forme, les fonctionnalités conversationnelles, génératives et agentiques sont majoritairement regroupées sous la marque Now Assist.

Les produits Now Assist s’installent comme des plug-in. Ils donnent accès à trois types de composantes : des skills génératives, des agents et des flux agentiques. Ces briques ciblent généralement un usage au sein d’une application. Par exemple, pour les skills, la génération de documentation sur la partie gestion du travail collaboratif. Pour les workflows agentiques, l’obtention de conseils de gouvernance dans la CMDB.

Certains flux agentiques opèrent au niveau de la plate-forme : enquêter sur des incidents, créer des tâches à partir d’images, proposer des réponses à un sondage…

Par défaut, Now Assist repose sur un service interne, qui associe des modèles maison spécialisés* et des modèles ouverts « sélectionnés, configurés ou améliorés par ServiceNow, sa communauté ou ses partenaires ».

Pour certaines skills, il est possible de basculer sur des fournisseurs alternatifs : Google (Gemini 2.5 Flash et 2.5 Pro), Anthropic (Claude 3.7 Sonnet sur Amazon Bedrock)… ou OpenAI (GPT-4.1 et GPT-4.1-mini sur Azure OpenAI).

Avec toute application est installé un « contrôleur d’IA générative ». Il permet d’interfacer des LLM externes par API, au niveau des concepteurs de flux, d’agents et de scripts. En standard, cela donne quatre possibilités :

  • Générer du texte à propos d’un topic ServiceNow
  • Résumer un topic
  • Créer un use case et un prompt associé
  • Faire de l’analyse de sentiment

Ce contrôleur fait la passerelle avec OpenAI et Azure OpenAI. Ainsi qu’avec Google, Aleph Alpha, Amazon (Bedrock) et IBM (watsonx). Il inclut aussi un connecteur générique.

* En tête de liste, un modèle 12B à usage général (création de flux, modération, écriture de code…) fondé sur Mistral Nemo Instruct.

Illustration générée par IA

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Comment Saint-Maclou accélère sa transformation data

22 janvier 2026 à 11:06

Avec 132 magasins en France et 1 400 collaborateurs, Saint-Maclou fait face à des enjeux data complexes. Entre la gestion des ventes, du service de pose, de la logistique et des stocks, l’enseigne basée à Lezennes devait jongler avec de multiples sources de données dispersées. Un casse-tête qui freinait considérablement ses ambitions analytiques.

Un système legacy qui bride l’innovation

Le constat de départ était sans appel : le système décisionnel historique de Saint-Maclou reposait sur des flux développés et maintenus manuellement. Chaque nouveau projet d’analyse impliquait d’identifier précisément les bases sources, tables et colonnes pertinentes, puis de développer spécifiquement les flux d’alimentation nécessaires.

Cette approche générait une charge de développement et de maintenance considérable, particulièrement lors des évolutions. Les data engineers passaient l’essentiel de leur temps sur la collecte de données, au détriment des activités à réelle valeur ajoutée comme la transformation et l’analyse. Les coûts de licences s’accumulaient, les délais de projets s’allongeaient, et l’expérimentation sur des cas d’usage avancés ou d’intelligence artificielle devenait quasiment impossible.

« Charge de développement, charge de maintenance, charge d’astreinte, coût de licence pour l’outil… Notre façon de travailler générait auparavant d’importants coûts  », explique Salmane Khamlichi, Responsable data chez Saint-Maclou.

Le virage vers le cloud et l’ELT

Pour sortir de cette impasse, Saint-Maclou a opté pour une refonte progressive de sa plateforme data, en basculant vers une architecture moderne sur le cloud. L’entreprise a d’abord déployé Snowflake comme base de données centrale, puis s’est posé la question cruciale de l’alimentation de cette nouvelle infrastructure.

Exit l’approche ETL (Extract Transform Load) classique. L’enseigne a retenu Fivetran pour sa compatibilité native avec Snowflake, sa robustesse validée lors d’un POC, et sa capacité à gérer de grandes bases SQL Server tout en connectant des sources critiques.

Aujourd’hui, Fivetran synchronise automatiquement les données d’une quinzaine de sources vers Snowflake, qu’elles soient hébergées on-premise ou dans le cloud : l’ERP Microsoft AX, les outils logistiques, les systèmes de vente et de gestion des stocks, ainsi que plusieurs sources marketing, dont le futur CRM Salesforce.

Avec cette approche ELT (Extract Load Transform), la phase de collecte ne constitue plus un goulot d’étranglement. Les données sont chargées brutes dans Snowflake, puis transformées selon les besoins métiers.

Des gains mesurables sur tous les plans

Les résultats sont spectaculaires. La collecte de nouvelles sources, qui prenait auparavant plusieurs jours voire plusieurs semaines, s’effectue désormais en quelques heures. Les projets restent dans un même sprint, évitant les allers-retours coûteux qui ralentissaient leur réalisation.

Côté ressources humaines, l’impact est tout aussi significatif. L’ingestion de données ne nécessite plus d’équivalent temps plein. Les data engineers se consacrent enfin aux opérations à forte valeur ajoutée : la transformation via DBT Core et l’exploitation intelligente des données. Les problématiques de maintenance sont devenues minimes.

La robustesse de la solution apporte également une tranquillité d’esprit appréciable. Les synchronisations sont stables et fiables, les évolutions des schémas sources n’entraînent pas d’interruption de service, et les équipes disposent de données actualisées et exploitables en toute confiance.

Autre bénéfice majeur : la centralisation. Là où les données étaient auparavant éparpillées dans de multiples applications métiers, elles sont désormais regroupées à 100% dans Snowflake. Cette vision unifiée permet d’envisager sereinement les futurs projets analytiques avancés et d’intelligence artificielle. L’équipe data travaille plus étroitement avec les équipes métiers (marketing, ventes, logistique) et gagne en réactivité.

Enfin, la plateforme Fivetran offre une maîtrise fine de la consommation et un monitoring précis des coûts liés aux projets data. « Cela nous permet notamment de travailler sur des sujets de prévision des ventes, d’intégrer rapidement de nouvelles sources pour enrichir les modèles et d’expérimenter à moindre coût de nouveaux cas d’usage data science », résume Salmane Khamlichi.

Photo : © DR

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Accor a écarté Terraform de sa stack data engineering

22 janvier 2026 à 09:07

Terraform est efficace pour gérer de l’infrastructure ; pas des workflows data.

À force de s’en servir en conjonction avec Snowflake, Accor en est arrivé à ce constat. Entre absence de validation locale, gestion manuelle des dépendances et nécessité d’outils externes pour contrôler la qualité des données, la mise à l’échelle et la collaboration s’en trouvaient limitées.

Le groupe hôtelier a fini par basculer vers une stack associant dbt Core pour les transformations et un Airflow managé (Astro) pour l’orchestration, avec la bibliothèque Cosmos – proposée par le fournisseur d’Astro – pour faire la passerelle. Cette dernière déduit automatiquement le lignage des tâches et déclenche les contrôles de data quality immédiatement après la matérialisation d’une table ou d’une vue lors d’un dbt run.

Une déploiement Airflow « léger » qui rafraîchit uniquement les DAG

Le passage au tandem dbt-Airflow a impliqué un changement des pratiques de data engineering. Entre autres, passer d’étapes séparées pour la création et le peuplement de tables à une action unique utilisant exclusivement la commande SQL SELECT.

Chaque équipe possède son repo et déploie indépendamment. Tout part d’un template géré avec Copier. L’ensemble est réconcilié dans le projet principal, poussé vers Astro. Les scripts CI/CD sont centralisés dans un dépôt étiqueté.

Par défaut, Astro reconstruit l’image Docker à chaque modification. Le déploiement : dure alors environ 5 minutes. Il existe toutefois un mode « léger » dont Accor a tiré parti. Celui-ci synchronise simplement les DAG (graphes acycliques dirigés, représentant les tâches à exécuter) et évite ainsi un rebuild.

Pour exploiter ce mécanisme, le pipeline CI/CD place chaque projet dbt dans le répertoire dags/ du projet principal. Le déploiement dure alors environ 1 minute. Il couvre 95 % des exécutions. L’autre option reste utilisée pour l’upgrade des dépendances et les changements sur l’image de base (i.e. modification des fichiers include, requirements.txt ou Dockerfile).

Imbriquer chaque projet dbt dans le répertoire dags/ permet à Cosmo de générer automatiquement les tâches Airflow correspondantes. Et de construire des DAG sans intervention manuelle. Les tests peuvent se faire en local, avec dbt run et dbt test.

Accor vise un pipeline pour chaque équipe

Avec une telle configuration multilocataire, les cycles d’upgrade d’Airflow peuvent ralentir. Il n’y a, par ailleurs, pas moyen de prioriser des jobs. Et l’existence d’un seul chemin CI/CD vers la prod pose la question du point unique de défaillance, en plus des risques de conflit de noms et de bibliothèques.

Accor réfléchit donc à donner à chaque équipe son pipeline et à découpler la propriété du code. Tout en permettant l’hibernation des workflows à faible trafic.

Illustration générée par IA

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