> Depuis des années, les victimes d’Epstein pointent le rôle de la richesse et du pouvoir dans cette affaire et dans la faillite judiciaire. Pourquoi Epstein est-il resté fréquentable ? Parce que tant qu’il servait de donateur et de facilitateur, ses crimes passés pouvaient être relégués dans un angle mort. Pour Giridharadas, l’affaire Epstein raconte l’histoire d’une «élite au pouvoir habituée à ignorer la douleur» qu’elle a souvent contribué à infliger, en particulier au cours des décennies 2000 et 2010 : crises financières, guerres injustifiées, explosion des inégalités, dérives technologiques, désastre climatique. Face à ces dégâts sociétaux et humains, pourquoi la souffrance de quelques dizaines d’adolescentes aurait pesé davantage ?
> Au milieu du chaos documentaire et du déni de justice, c’est peut-être là que se dessine l’enseignement central de l’affaire. Jeffrey Epstein fut un prédateur, mais aussi un miroir : celui d’un système où l’extrême richesse engendre le pouvoir, le pouvoir l’impunité, et l’impunité le crime. Lorsque le 2 février, Todd Blanche, ancien avocat de Trump devenu numéro 2 du ministère de la Justice, martèle que «faire la fête avec M. Epstein n’est pas un crime», il énonce une vérité juridique évidente. Mais moralement, l’argument sonne aussi creux que l’injonction de Trump à «passer à autre chose».
Epstein, ou l'impunité des riches.
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