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Reçu aujourd’hui — 6 janvier 2026 Martouf

9) Démocratie, désinformation et hypnose ( 2 eme partie 2/2 ) - YouTube

6 janvier 2026 à 20:21

Droit naturel : Philosophie juridique affirmant l'existence de droits inhérents à tout être humain, antérieurs et supérieurs aux lois positives créées par les États. Développée par John Locke et les philosophes des Lumières.

Trois règles du droit naturel (selon Bascar) :

  • Propriété de soi (de son corps et de son travail)
  • Résistance à l'oppression
  • Sécurité et liberté (droit de contracter librement)

John Locke (1632-1704) : Philosophe anglais, théoricien du libéralisme politique et du droit naturel. A influencé les révolutions américaine et française.

Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen (1789) : Texte fondamental de la Révolution française proclamant les droits naturels, inaliénables et sacrés de l'homme. Article 2 : « Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l'oppression. »

Propriété de soi : Principe selon lequel chaque individu est propriétaire de son propre corps, de ses facultés et du fruit de son travail. Concept central du libéralisme et du droit naturel.

Résistance à l'oppression : Droit de résister par la force à un pouvoir tyrannique qui viole les droits fondamentaux. Un des quatre droits proclamés en 1789.

Contracter librement : Droit de passer des accords volontaires avec quiconque, sans coercition. Base de l'économie de marché et de la liberté d'association.

Souveraineté individuelle : Principe selon lequel chaque individu est souverain sur lui-même et n'a pas besoin de déléguer son pouvoir personnel à un représentant.

Délégation de pouvoir : Acte par lequel un individu confie son pouvoir de décision à un représentant (élu, par exemple). Critiqué par le pôle libéral comme source de biais et d'oppression.


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5) Démocratie, désinformation et hypnose (Première partie 1/2) - YouTube

6 janvier 2026 à 19:54
  1. Introduction - Le tabou fondateur de la démocratie
  2. Qu'est-ce qu'une idéologie ? - Définition et concept clé
  3. Le mythe de l'intérêt général - Démonstration de l'escroquerie intellectuelle
  4. L'optimum de Pareto - Existence de multiples points d'équilibre
  5. Le théorème d'impossibilité d'Arrow (1951) - Démonstration mathématique de l'impossibilité
  6. Les cinq principes impossibles d'Arrow :
    • Principe de non-dictature
    • Principe d'universalité
    • Principe d'unanimité (Pareto efficiency)
    • Principe de transitivité
    • Principe d'indépendance des alternatives non pertinentes
  7. Pourquoi la démocratie persiste malgré son impossibilité ? (6 raisons) :
    • Syndrome de Stockholm
    • Pulsions régressives
    • Intérêt des dominants
    • Inertie et habitude
    • Inhibition de l'action (Henri Laborit)
    • Conformisme social et effet de foule
  8. Les alternatives - La sociocratic et autres systèmes
  9. L'avertissement de Churchill
  10. Une distinction cruciale - Critiques spécifiques du vote démocratique
  11. Conclusion - Appel à la conscience critique

Glossaire :

  • Idéologie, Démocratie, Intérêt général, Potentiel hypnotique
  • Optimum de Pareto, Théorème d'Arrow, Principe de non-dictature
  • Syndrome de Stockholm, Dissonance cognitive, Pulsions régressives
  • Inhibition de l'action, Enfer de l'attente, Éthologique
  • Conformisme social, Sociocratic, Consentement, Et bien d'autres...

Références scientifiques :

  1. Kenneth Arrow (1951) - Social Choice and Individual Values - Prix Nobel 1972
  2. Vilfredo Pareto - Optimum de Pareto et concepts d'équilibre
  3. Henri Laborit - Système nerveux et inhibition de l'action
  4. Stockholm Syndrome - Concept psychologique documenté (1973)
  5. Sociocratic - Système alternatif développé aux Pays-Bas années 1980

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Peer-review practices of psychological journals: The fate of published articles, submitted again | Behavioral and Brain Sciences | Cambridge Core

6 janvier 2026 à 19:39

Published online by Cambridge University Press: 04 February 2010
Douglas P. Peters and Stephen J. Ceci

DOI: 10.1017/S0140525X00011183

Un intérêt et une préoccupation croissants concernant l'adéquation et l'équité des pratiques modernes d'évaluation par les pairs dans le domaine de la publication et du financement sont manifestes dans un large éventail de disciplines scientifiques. Bien que des questions aient été soulevées quant à la fiabilité, la responsabilité, les préjugés et la compétence des évaluateurs, très peu de recherches directes ont été menées sur ces variables.

La présente étude visait à examiner directement le processus d'évaluation par les pairs, dans le contexte naturel des évaluations réelles des manuscrits soumis par les revues. Comme matériel d'essai, nous avons sélectionné 12 articles de recherche déjà publiés par des chercheurs issus de départements de psychologie américains prestigieux et très productifs, à raison d'un article provenant de chacune des 12 revues américaines de psychologie les plus réputées et les plus lues, caractérisées par des taux de rejet élevés (80 %) et des pratiques d'évaluation non anonymes.

Après avoir remplacé les noms et les institutions d'origine par des noms et des institutions fictifs (par exemple, Tri-Valley Center for Human Potential), les manuscrits modifiés ont été officiellement soumis à nouveau aux revues qui les avaient initialement évalués et publiés 18 à 32 mois plus tôt.

Sur les 38 rédacteurs en chef et évaluateurs de l'échantillon, seuls trois (8 %) ont détecté les resoumissions. Ce résultat a permis à neuf des douze articles de poursuivre le processus d'évaluation et de recevoir une évaluation réelle : huit des neuf articles ont été rejetés. Seize des dix-huit évaluateurs (89 %) ont recommandé de ne pas les publier et les rédacteurs en chef ont suivi leur avis. Les motifs de rejet ont souvent été décrits comme des « graves défauts méthodologiques ». Plusieurs interprétations possibles de ces données sont examinées et évaluées.


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80) La perversion - YouTube

6 janvier 2026 à 11:48

Perversion (Sens de Bascar)

Définition étymologique : Du latin perversus, « tourné entièrement vers ». Le pervers est celui qui n'a Dieu que pour ses désirs et ses aspirations, ses fantasmes, et qui ne trouve jouissance qu'au travers de leur réalisation.

En psychanalyse lacanienne : La perversion est un mode de jouir spécifique, caractérisé par :

Non-acceptation de la castration : Le pervers comprend intellectuellement la loi (contrairement au psychotique), mais entretient avec elle un rapport de « oui, mais quand même ». Il cherche à conserver son phallus intact.

Relation d'objet : Le pervers instrumentalise sa jouissance via une relation d'objet. Il ne jouit pas via l'autre (comme le névrosé), mais via un objet fétiche.

Fétiche : Objet, pratique, ou partie du corps qui cristallise la jouissance du pervers. Le fétiche est une béquille permettant l'accès à la jouissance.

Clivage de l'objet : Le pervers maintient un clivage entre le « bon objet » (idéalisé) et le « mauvais objet » (rejeté). Il refuse l'ambivalence de l'objet (le fait que toute chose a des aspects bons et mauvais). Ce clivage empêche le pervers de décompenser (basculer dans la psychose).

Nostalgie du paradis : Le pervers est nostalgique d'une complétude absolue (psychotique). Il perçoit le trou dans le savoir (la vérité comme manque) et cherche à le combler chez l'autre. C'est en ce sens que Lacan le définit comme « défenseur de la foi ».

Peine à jouir : Le pervers ne jouit pas vraiment. Il se consacre à son objet de jouissance. Il ne connaît que des « lichettes de jouissance » (petits fragments) lorsque, par miracle, le réel correspond à sa fantasmatique.

Distinction fondamentale : Perversion ≠ Perversité.

Perversion : Mode de jouir pouvant être vécu sans trace de perversité, pour peu que les partenaires consentent de leur plein gré.

Perversité : Implique infrahumanisation, clauses léonines, manipulation, et transforme les relations en cauchemar.

« Bascar insiste : Ce distingo est fondamental, mais rarement effectué. »

Exemples :

Un couple qui pratique le BDSM de manière consensuelle vit une perversion sans perversité.

Un manipulateur narcissique qui instrumentalise autrui vit une perversion avec perversité.

Pervers social (Danny Robert-Dufour) : Individu parfaitement inséré socialement qui vit sa perversion sur le mode de la perversité. Exemples : certains politiciens, certains dirigeants. Le pervers social profite de la naïveté du névrosé.


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83) la Névrose - YouTube

5 janvier 2026 à 23:45

Voici une vidéo de bascar: "83) la Névrose"

https://www.youtube.com/watch?v=blIhANuP4EA

Je te mets la transcription youtube de cette vidéo. J'aimerai que tu me fasse un article à propos de ce sujet, qui retranscrit le plus fidèlement possibles les propos de Bascar.

Dans cette vidéo. Bascar utilise souvent un vocabulaire qui n'est pas très courant. Si possible en fin de l'article j'aimerai un glossaire des mots compliqués. Notamment le mot "névrose" et aussi le mot "psychose" qu'il utilise souvent.

Merci pour votre patience. Voici l'article complet basé sur la vidéo de Bascar sur la névrose :


La Névrose : Mode de Jouir, Mythes et Compromis

D'après l'analyse de Bascar (Hypnomachie, Vidéo 83)

Citation d'ouverture : « Nous sommes nés seuls, nous vivons seuls et on meurt seul. Et tout ce qui peut nous donner l'illusion que nous ne sommes pas seuls, nous nous y accrochons. » — Voltaire

Introduction : Clore le Triptyque

Cette vidéo vient clore le triptyque commencé avec les vidéos 62 et 80 sur psychose, perversion et névrose, en les articulant ensemble. Bascar précise d'emblée plusieurs points méthodologiques essentiels :

Précisions Préliminaires

Point de vue psychanalytique, pas psychiatrique : Bascar ne s'exprime pas d'un point de vue psychiatrique, où la notion de psychose possède un sens bien différent de celui utilisé en psychanalyse, notamment en psychanalyse lacanienne.

Compréhension personnelle : Il ne partage que des « fragments de sa propre compréhension de ces notions », les « acceptions de ces termes qui ont survécu à ses examens minutieux ».

Variabilité des signifiants : Les termes peuvent varier grandement d'un auteur à l'autre. « Gardons-nous bien de synthèses trop hâtives et trop superficielles. »

Niveaux de robustesse épistémique : Toutes les axiomatiques autour de ces différentes notions ne sont pas forcément compatibles entre elles et ne sont pas du même niveau de solidité épistémique. Très peu de gens se représentent vraiment ces différents niveaux de solidité. C'est normal, c'est une « compétence spécialisée » — il faudrait faire « 15 ans de psychanalyse » pour percevoir la différence entre l'approche lacanienne de la névrose/psychose (que Bascar trouve « plutôt solide cliniquement ») et d'autres notions comme la perversion narcissique (déjà largement critiquée sur la chaîne).


I. Qu'est-ce que la Névrose ? La Définition de Base

La Névrose Ordinaire

Pour beaucoup de gens, la névrose, c'est un peu la base. Ça désignerait « les gens normaux, ceux qui ont leurs petits problèmes psychologiques, certes, mais qui ne déborderaient jamais du cadre social et sociétal au-delà d'un certain point ».

Certains psys parlent ainsi de « névrose ordinaire ».

Prendre du Recul

Bascar rappelle qu'il est aisé de péjorer les termes. Une pensée claire, véritablement claire, va impliquer de prendre du recul vis-à-vis de tout ce que nous surimposons sur les mots.

Définition Centrale : Un Mode de Jouir Privilégié

La névrose, c'est essentiellement et avant tout un mode de jouir privilégié.

L'idée est ici de jouir après avoir intégré dans son modèle du monde la castration. Pour les filles (et les queers), ça marche aussi : « la castration sur le plan symbolique, bien évidemment ».

Autrement dit, avoir fait le deuil dans son esprit d'une jouissance totale, absolue et sans limite.

Une Forme de Maturité ?

Dit ainsi, ça semble plutôt sympathique, et c'est plutôt le signe d'une forme de maturité psychologique quant à l'intégration sereine de la contrainte.

C'est d'ailleurs pour cette raison que beaucoup considèrent la névrose comme une forme plus aboutie de développement psycho-affectif, reléguant logiquement la psychose et la perversion au rang de « résidus d'une éducation inaboutie ».

« Ce qui n'est d'ailleurs pas faux d'un certain point de vue. Évidemment, évidemment. »


II. La Critique : La Névrose, un Mensonge à Soi-Même

La Recherche du Phallus chez le Taxonomiste

« Mais cela relève encore, je dois bien le dire, d'une forme inconsciente de recherche du phallus chez le taxonomiste. »

Bascar parodie : « T'as pas plus gros que ce truc ? — Oh, j'en ai un qui est bien plus gros ! »

C'est le biais cognitif absolument classique consistant :

  1. D'abord à classifier le vivant
  2. Ensuite, dans un deuxième temps, à placer sa petite classe (à laquelle on appartient) tout naturellement au sommet de l'ordre qu'on a ainsi créé

Un sommet de tout ce qui serait désirable.

« C'est une douce forme typiquement névrotique de mensonge à soi-même. Ce n'est pas très joli. »

La Citation de Karl Popper

« Comme disait Carl Popper, un des grands fondateurs de la démarche scientifique : si une théorie vous semble être la seule possible, considérez cela comme une indication que vous n'avez compris ni la théorie, ni le problème qu'elle est censée résoudre. »

La Nature Produit des Stratégies Mixtes

Si l'on prend le temps de se rappeler que la nature ne produit que des stratégies mixtes, se présupposer un ordonnancement linéaire, tristement linéaire, a déjà « du plomb dans l'aile ».

Et surtout, surtout, à l'instar de la psychose et de la perversion, la soumission névrotique à l'ordre établi (que permet l'installation correcte de l'image du père) est loin, très très loin d'être exempte d'inconvénients.

Même si, il est vrai, le propre de la névrose, c'est précisément d'essayer de faire oublier ces inconvénients.

Exemple : « La Règle, c'est la Règle »

Bascar donne un exemple typique de pensée névrotique :

« Qu'importe que ce soit légitime ou pas, c'est le concept d'avoir des règles et d'avoir une loi. Si on ne les respecte pas, forcément qu'on finit par se faire punir. C'est comme un enfant qui fait une bêtise, les parents sont censés gronder. »

Bascar commente : « Est-ce que vous remarquez que c'est un concept fondamentalement bête, au sens ontologique du terme ? »

C'est-à-dire un concept qui arrête la pensée.

« Ce que vous faites, c'est vous dire : "Je refuse de penser au-delà de la règle. Il y a la règle. On peut avoir un avis dessus, mais dans ce cas-là, ça n'empêche pas qu'il faut quand même respecter la règle parce qu'elle est là, la règle. Vous pouvez pas la contester, ou la réfléchir, ou la réintégrer... mais tant que la règle elle est là, c'est la règle qu'il faut suivre, et tant qu'il y a pas une nouvelle règle établie."

"— Et comment vous la changez si on vous laisse pas la possibilité de la changer ?
— Bah, ça, je sais pas, c'est pas mon métier." »


III. La Névrose comme Compromis : Jouir Malgré la Castration

Le Symptôme Névrotique

Pour Lacan, la névrose et son corolaire, le symptôme névrotique, dans lequel elle va évidemment se cristalliser, est une forme de compromis chez l'individu permettant à la fois de jouir tout en limitant l'angoisse.

Car, en fait, la castration menaçant l'individu d'une non-jouissance éternelle — « Parce que c'est ça, quand on est castré quelque part, on se dit : tu ne pourras pas jouir éternellement. Et donc c'est la promesse d'une éternité avec une jouissance incroyablement médiocre. »

Réintroduire la Jouissance par la Porte de Derrière

Il s'agit, en fait, par le symptôme névrotique, de « la réintroduire quelque part par la porte de derrière ».

« Ah, bah, la titre ! — Oui. »

Mais cette jouissance, contrairement aux autres modes de jouir (psychose et perversion), va chercher pour jouir à passer par l'autre.


IV. Les Trois Modes de Jouir Comparés

Le Psychotique

Le psychotique vit une jouissance totale, absolue, totalisante, non régulée par l'espace symbolique.

C'est d'ailleurs pour ça qu'on a beaucoup de mal à comprendre les psychotiques quand ils parlent : ils cherchent à rester, à explorer ce qui est hors de l'ordre symbolique, dans lequel ils peuvent retrouver cette « quiddité » de la jouissance.

Archétypalement, ça va donner des délires mystiques.

« Je ne suis plus jamais sûr de ce que je pense.
— Que voulez-vous dire ?
— Rien ne m'assure que nous soyons en train d'avoir cette conversation. Qu'est-ce qui certifie que cette purée est bien dans cette assiette sous nos yeux ? Qu'est-ce qui certifie que vous-même vous existez ? »

Le Pervers

Le pervers, lui, va instrumentaliser sa jouissance via une relation d'objet à son endroit.

Le pervers, c'est celui qui a toujours un fétiche.

Le Névrosé

Le névrosé, lui, va compenser sa castration par un mode de jouir basé sur la poursuite éternelle d'une jouissance future.

Le névrosé, il a son fantasme (et le pervers, il a son fétiche).


V. Comprendre Notre Époque : Zombies Névrotiques et Idées Indigentes

Citation de Ferenczi

« Comme disait Ferenczi, les souffrances névrotiques sont relativement moins douloureuses que les souffrances du corps et de l'âme qu'elles nous épargnent. »

C'est discutable, mais pourquoi pas ?

L'Émergence de Hordes de Zombies

Forte est de reconnaître que la névrose entraîne l'émergence de hordes de zombies aussi infatués qu'anidéiques, promouvant des corpus d'idées indigents, dispensables et inconséquents, mais qui, en revanche, impactent les autres êtres humains et n'ont d'autres vertus que de les empêcher de jouir trop fort.

« Mais comme dirait l'autre, la connerie, ça ne s'explique pas. Il faut des exemples. »

Important : Trois Types de Conneries Différentes

Bascar précise qu'il n'est pas en train de dire que le névrotique est fondamentalement con. « C'est... il s'agit quelque part de trois types distincts de conneries différentes. Entendez bien ça. »


VI. Exemple : Analyse d'un Influenceur Gauchiste

Bascar prend un exemple qu'il a découvert sur les réseaux : un influenceur qui défend l'éducation à la sexualité à l'école. Il analyse ses arguments pour montrer les erreurs logiques typiquement névrotiques.

Sophisme de Déshonneur par Association

« Un prof qui parle de sexualité avec des enfants, c'est un prof formé à la vie affective et relationnelle qui fait son travail. — C'est pas un prof, c'est un prédateur sexuel, et un prof d'histoire qui enseigne la Seconde Guerre mondiale à ses élèves, c'est un dictateur à moustache. »

Bascar commente : « On voit qu'il n'a en réalité absolument aucune empathie à cet endroit-là pour son prochain, qu'il ne se connecte pas, il prend pas le temps d'essayer de voir de quel point de vue ce que dit l'autre a de la cohérence, et il déforme le propos initial en utilisant en outre un sophisme de déshonneur par association. »

« Oh, mes petits chats, ça ressemble à du gauchisme. Bon, c'est pas terrible. »

Révolte Émotionnelle (Pathos)

« Ceux qui ne sommes pas de gauche et qui allons pouvoir nous connecter à l'humanité de notre frère humain, on voit bien qu'en fait il est révolté émotionnellement. Et c'est OK d'être révolté émotionnellement, simplement ça s'appelle du pathos. En général, on ne donne pas de leçon à autrui sur la base simplement de son pathos. C'est quelque chose qui n'est pas à sa place. »

Dichotomie Ignorance vs. Compétence

L'influenceur pose le problème sous forme de dichotomie ignorance vs. compétence.

Mais Bascar répond : « Évidemment que le fond de la problématique, c'est plutôt famille vs. école, voire même famille vs. école vs. école obligatoire. »

Homme de Paille et Consentement à Deux Vitesses

Bascar note que l'influenceur fait beaucoup de vidéos sur le consentement, mais qu'il encourage un système éducatif qui se base lui-même sur le fait de bypasser le consentement des parents.

« Bah alors, on a laissé tomber sa cohérence logique à la fête de l'Huma. Parfaite définition de ce qu'on appelle un démagogue. »

Erreur de Logique : Négation de l'Antécédent

Bascar prend un autre exemple du même influenceur :

« Si un homme ne fait pas l'amour pendant plusieurs semaines, il aura les effets suivants. Il deviendra de plus en plus stressé pour tout et rien. »

Bascar réagit : « Et oui, c'est bien connu, tous les hommes qui font l'amour régulièrement sont des petites créatures paisibles qui ne s'énervent jamais. Ah OK, ça se confirme : tu ne sais pas faire un syllogisme. C'est quand même embêtant. »

En logique, ça s'appelle la négation de l'antécédent.

« Si A, alors B (si il pleut, il y a des flaques d'eau). Mais ça n'implique pas que l'absence de A entraîne l'absence de B (il peut y avoir des flaques alors qu'il a cessé de pleuvoir). »

« Désolé, mais tu ne maîtrises pas factuellement le b.a.-ba de la logique formelle. »

Destruction du Logos

Bascar conclut : « Vous voyez ce que c'est que le chemin vers lequel on va ? C'est la destruction de ce qu'on appelle le logos. C'est ce qu'on appelle la concaténation : c'est-à-dire de pouvoir mettre des idées les unes derrière les autres pour faire un raisonnement. »

« C'est comme un morceau de musique, une mélodie : ce sont des notes qui se succèdent. Si vous sortez une note séparément, ça fait un klaxon (pout-pout-pout), mais quand vous les mettez ensemble, ça fait (mélodie). C'est pareil pour les idées. Une pensée, ce sont des idées en relation avec d'autres idées. »


VII. Le Raisonnement Motivé du Névrosé

Pas Tous les Névrosés, Mais...

Bascar précise : « Bien sûr, je ne suis pas en train de dire que tous les névrosés ne maîtrisent pas les bases de la logique formelle. Cet exemple est, je vous l'accorde, un million de fois, un petit peu excessif. »

« Tout ce qui est excessif peut, à la limite, être insignifiant. »

Le Raisonnement Motivé

« En fait, si je reviens à des choses un petit peu plus rigoureuses : on va surtout retrouver chez le névrosé ce qu'on appelle en psychologie un raisonnement motivé. »

C'est-à-dire qu'il va essentiellement utiliser ses capacités d'analyse cognitive, et au besoin sa maîtrise de la logique aristotélicienne, uniquement dans la mesure où le résultat de sa réflexion ne l'amènera pas à remettre en cause l'image du père qu'il a d'ores et déjà introjecté.

La Facilité avec laquelle l'Être Humain Croit

Bascar cite un passage : « Je suis frappé de la facilité avec laquelle l'être humain croit, et c'est une question de survie. Si les enfants ne croyaient pas leurs parents, ne croyaient pas les adultes, l'espèce humaine n'aurait sûrement pas survécu. »

« Heureusement, donc l'imitation et la croyance dans les autorités a une fonction de survie. »

« Et nous avons tous une tendance à croire ce qu'on nous raconte à l'école. D'où les nexus et autres impensés dont je vous parle maintenant sur la chaîne depuis plus de 10 ans. »


VIII. Les Mythes des Névrosés : Se Protéger de l'Angoisse

S'Enticher de Mythes Inconsistants

« Ainsi, le névrosé va s'enticher de mythes tous plus inconsistants les uns que les autres, dont la seule fonction sera de juguler son angoisse. »

« Que je l'aime, ma patrie ! »

Fuir le Réel : L'Absence de l'Autre en l'Autre

« En se groupant via les mythes avec d'autres névrosés, il évite ainsi la question qui mettrait à mal tout son mode de fonctionnement, à savoir l'absence de l'autre en l'autre. »

« Il fuit donc le réel et n'en veut rien savoir, et se réfugie dans le symbole. »

Généralement, le langage et le concept vont l'éloigner de l'angoisse que génère en lui sa vie pulsionnelle.

« Ce que certains névrosés, évidemment, appellent "se civiliser". »

Les Mythes Vaporisés : Nation, Démocratie, Amour Romantique

Ironiquement, ce sont les mythes des névrosés — donc la nation, la démocratie, l'amour romantique, etc. — qui seront ainsi vaporisés au sein de la socioculture à coup d'hypnose dans l'ensemble de la population, via Hollywood, via les médias, etc.


IX. L'Hypnose Massive et ses Conséquences

L'Hypnose Contre-Indiquée pour les Psychotiques

« Or, on sait depuis bien longtemps maintenant que l'hypnose est fortement contre-indiquée pour les patients psychotiques, comme le confirme, par exemple, la méta-analyse de Kirsch et Hall de 1995, publiée dans le Journal of Consulting and Clinical Psychology. »

Décompensation ou Basculement dans la Perversion

Ironiquement, donc, une des réactions du psychotique hypnotisé, qu'on a enjoint à intégrer des suggestions potentiellement iniques pour lui, peut être ou de décompenser (donc, dans ces cas-là, ça finit vraiment en psychiatrie, etc.), ou de basculer dans la perversion.

Autrement dit, la perversion et la rupture de la normalité que la perversion engendre est, en partie au moins — d'autres facteurs probablement —, mais en tout cas largement en partie le résultat direct de l'hypnose massive des névrosés appliquée sans aucun discernement, sans aucune éthique et sans aucune précaution.

« Je prends le temps ici de faire une petite parenthèse sur la genèse de la perversion, mais quand même noter, les amis, qu'ici le degré d'ironie de la situation est quand même stratosphérique. »


X. Normose et Défilé de Perversion

L'Extinction de la Singularité

« Plus on intensifie la névrose, plus l'individu va se fondre dans une sorte de masse informe collective qui lui évite d'avoir à articuler son univers pulsionnel intérieur avec l'altérité extérieure. Là semble être l'enjeu. »

Citation de Walter Lippmann

« Comme disait Walter Lippmann : "Quand tout le monde pense la même chose, c'est que personne ne pense plus beaucoup." »

Citation d'Erich Fromm (Probablement)

« De tous les diagnostics, la normalité est le plus grave, car il est sans espoir. »

On parle ainsi de normose : l'extinction de la singularité au sein de mécanismes sociaux qui finissent par être eux-mêmes délétères pour l'individu lui-même.

L'Époque, un Défilé de Perversion

« La plupart des observateurs qualifiés s'accordent aujourd'hui pour reconnaître que le siècle, l'époque, est un véritable défilé de perversion. »

Bascar illustre avec une parodie d'Emmanuel Macron et son « grand retour de l'élégance à la française ».

Condamner la Perversité, Pas Forcément la Perversion

« Et si je ne peux que le déplorer lorsque la perversion s'incarne sous forme de perversité — obligeant des enfants de 7 ans à porter des masques FFP2 dans la cour de récréation, empêchant les gens de pouvoir aller au chevet de leur famille, et matraquant le peuple qui manifeste pacifiquement, etc. —, je ne peux bien sûr que le condamner. »

« Mais quid de la perversion non pervertie ou de la psychose comme alternative ? »

« Est-ce sensiblement pire ou mieux qu'une [société de] mythes illusoires et surannés visant à rassurer des centaines d'individus en état agentique, de surcroît terrorisés par leurs angoisses refoulées ? »

« Et ben, je vous avoue n'en avoir aucune foutue idée. Je ne sais pas, et c'est peut-être même mieux que je ne sache pas. En fait, je n'ai, après tout, pas légitimité à juger le mode de jouir d'autrui. Au mieux, puis-je juger des comportements et des conséquences de ceci à mon endroit. »

« À ce compte-là, je puis respecter sans problème les atermoiements d'individus terrorisés par le fait qu'ils avancent inexorablement vers la mort, que cela les terrifie, et qui se rassurent comme ils peuvent par des impostures symboliques pendant que le temps s'écoule. »


XI. Névrose et Sexualité : Le Besoin de Perversion

Pas de Sexualité Sans une Dose de Perversion

« Autre notion extrêmement ironique sur cette question : la névrose, à son corps défendant, a besoin d'un minimum de perversion pour permettre la reproduction de l'espèce, pour permettre la sexualité. »

« Et pas de sexualité sans une dose minimum de perversion, sinon c'est pas compliqué, on ne bande pas. »

Le Consentement « Minute par Minute »

Bascar analyse ensuite un discours progressiste sur le consentement sexuel « minute par minute et millimètre par millimètre ».

Il montre l'absurdité de vouloir tout verbaliser en flux tendu pendant un rapport sexuel. Il parodie :

« Est-ce que c'est OK pour toi si je mets mon doigt sur ton épaule ? — Mais bien sûr.
— Est-ce que je peux caresser ton nombril ? — Oui.
— H, peux mettre ma main sur ta taille ? — Ah oui, oui, bien sûr, avec plaisir.
— Que je peux te toucher les cheveux ? — Vas-y.
— Est-ce que je peux caresser tes seins ? — Ah oui, j'ai très envie de te toucher la main. Très agréable.
— Ça te dit que j'aille prendre mon costume de Dominique Strauss-Kahn ? — Ah oui, avec plaisir.
— Ça commence un peu à me gonfler de tout verbaliser, là, quand même.
— C'est plutôt sympa. — Bah, tu vois, moi, je trouve ça moyennement sympa. »

Confusion de Thèse

Bascar note que l'intervenante défend initialement un consentement « en flux tendu à chaque instant », mais finit par parler d'un simple feedback au début (« On discute, OK, tu es OK ? »), puis on lâche prise avec le mental et on y va.

« Mais en fait, c'est pas la même thèse qu'elle a annoncé initialement. Et là, on retrouve donc la version du gauchiste à la logique. C'est-à-dire qu'en fait, elle sert une thèse qui n'est pas sa thèse initiale. Donc elle nous vend quelque chose, mais en fait elle nous dit autre chose. »

Tentative de Recoller des Bouts d'Humanité

Bascar conclut : « Quand on est vraiment intime avec quelqu'un, cela semble totalement surfait. En fait, ça m'évoque plutôt une tentative désespérée de recoller des bouts d'humanité sur un rapport à autrui en réalité basé sur l'infrahumanisation, un petit peu comme une espèce de rustine, mais tout comme la démocratie et les Lumières font, en réalité, quand on regarde bien, la même chose, ainsi que tous les grands mythes des névrosés, en fait. »

Équilibre Yin-Yang

« Ce qui est vertueux, en fait, c'est un équilibre entre les modes de jouir. C'est pas forcément ce qu'elle prône, en soi, de manière acontextuelle. »

« En la matière, c'est à chaque couple de trouver son équilibre entre des fonctionnements plutôt yin ou plutôt yang. »

Qui Contrôle le Cadre ?

« Ce qui entraîne, pour les plus malins d'entre vous, une sacrée question. Et vous allez voir qu'à cet endroit-là, les liens avec la politique et la science politique sont assez confondants. »

« Quel métème permet alors d'établir la juste proportion de yin et de yang entre monsieur et madame ? »

« Car, comme vous le savez, je l'ai déjà expliqué largement dans Hypnomachie : celui qui contrôle le cadre contrôle l'interaction. »

La Réponse Libertarienne

« La réponse sera, dans tous les cas, la même : aucun des deux acteurs (ou plus, si jamais il y a des gourmands dans l'assistance) ne peut avoir une juste vision seul en se basant uniquement sur sa subjectivité personnelle. »

« Aucun des acteurs ne peut avoir seul une juste vision de l'ensemble. Reste donc le lâcher-prise et le laisser-faire. »

Réintroduire un Peu de Perversion

« Et pour que cela ait lieu, cela demande donc bien, à un moment donné — c'est inéluctable —, qu'un des deux fasse de l'autre l'objet de son désir, réintroduisant par là même, et sans jeu de mots, un peu de perversion. »

« Je vais vous tamponner, Marie. »

« Et c'est parfait ainsi, quelque part. Psychose, perversion, névrose : chacune a sa fonction dans la création. »

Citation de Jacques de Bourbon Busset

« Comme disait Jacques de Bourbon Busset : "L'amour, c'est quand la différence ne sépare plus." »


XII. Fun Fact : L'IA et le Deuil Névrotique

« D'ailleurs, fun fact : en parlant de ne plus être séparé, est-ce que vous saviez que certaines formes d'IA modernes — telles que Grok, Gemini, Claude, ChatGPT, etc. — proviennent directement d'un mécanisme névrotique visant à soulager quelqu'un du fait de réellement faire face à des deuils perçus comme trop violents ? »

L'Histoire d'Eugenia Kuyda et Replika

Bascar montre l'histoire d'Eugenia Kuyda, qui a créé un chatbot à partir des textos de son ami Roman, décédé percuté par une voiture.

« Je me suis retrouvée à relire les textos qu'on avait échangés au fil de notre amitié. Et puis un jour, je me suis dit : "Et si je créais un chatbot à qui j'enverrais des SMS et qui me répondrait ?"

Si j'étais musicienne, j'aurais pu écrire une chanson, mais je n'ai pas ce talent. La seule façon que j'avais de lui rendre hommage était de créer ce chatbot. »

« Par moment, j'étais mal à l'aise et très triste, comme si j'étais en train de faire quelque chose de mal, comme piller la tombe de quelqu'un. Et puis ça a marché. Quand tout a été en place, je me suis connectée pour la première fois et j'ai tapé "Salut Roman !", et il m'a répondu : "Tu es face à un casse-tête fascinant, résous-le."

J'avais beau savoir comment ça fonctionnait, j'étais fascinée. Ça a été une expérience mystique, et je me suis dit : je dois continuer à travailler sur ce projet. »


XIII. Catholicisme et Rustines Névrotiques

Dogmes Tardifs

« De la même manière, dans le catholicisme, certains éléments du dogme furent ainsi ajoutés tardivement de sorte à permettre de calfeutrer les névroses obsessionnelles d'une large partie des croyants. »

L'Infaillibilité Pontificale (1870)

« Savez-vous, par exemple, que le dogme de l'infaillibilité pontificale n'a été édicté et entériné qu'en 1870, par le pape Pie IX ? »

L'Immaculée Conception (1854)

« Quant à l'Immaculée Conception — ce truc qui dit que Marie aurait été vierge et que son mari Joseph ne l'aurait donc jamais touchée —, il fut lui décrété en 1854, par le même pape Pie IX. »

Récence Étonnante

« Vous avez bien entendu, c'est tellement récent, alors que ce sont des éléments aujourd'hui perçus comme étant centraux dans l'approche chrétienne. Eh bien, c'est en réalité un rafistolage moderne qui n'a pas deux siècles. »

« Comment voulez-vous faire confiance à ce genre de rustine épistémique dont la fonction doit plus au maintien de la stabilité névrotique des ouailles qu'à la rigueur épistémique réelle ? »

« Vous y croiriez, vous, à ce type de réarrangement ? Ça pose quand même une bonne question : Où placer sa foi ? En quoi ? Et confiance ? »

« Aujourd'hui, on peut faire confiance à personne. En revanche, le plat pour les Koumbaou n'a jamais déçu personne. »


XIV. Structure ou Configuration ? La Critique de Bascar

Surestime du Nombre de Névrosés

« S'il y a probablement, il est vrai, une très large majorité de névrosés, on surestime, je crois, probablement leur nombre. »

Réserve sur la « Structure »

« Je n'aime pas dire cela ainsi, pour être tout à fait franc, car ça sous-entend que ces différents modes de jouir seraient structurels. »

« C'est une hypothèse qui me laisse plus que perplexe, et depuis des décennies. »

« Moi, je veux bien qu'il y ait des périodes critiques qui aient pu graver dans le marbre des structures. Pourquoi pas, d'ailleurs ? Mais il semble quand même que le minimum serait d'en apporter la preuve, ou alors d'avoir l'honnêteté épistémologique d'insister sur le caractère hypothétique de la chose, ce que se gardent bien de faire les séides de Freud ou de Lacan. »

Principe de Sagan

« Une proposition nouvelle ne mérite attention qu'à la hauteur des éléments qu'elle apporte pour la soutenir. Ce qu'on appelle le principe de Sagan. »

« Puisqu'on ne savait pas, il ne fallait pas être aussi affirmatif sur les domaines qu'on ne connaissait pas. »

Configuration Présente, Pas Structure

« Personnellement, j'ai plutôt tendance à le comprendre comme un mode de jouissance privilégié, une stratégie habituelle qui colle à la peau des uns et des autres, si vous voulez, certes, mais pas une structure. »

« Donc nous sommes des feignasses, nous avons tendance à détester changer de stratégie, d'où le fait que des cliniciens empiristes ont pu, comme ça, observer une récurrence et une durée dans le temps, une redondance de ce genre de stratégie. Pas de problème. »

« Je parlerai plutôt de configuration présente, pas vraiment de structure. La structure, ça sous-communique l'idée que ça ne change pas, et jamais. »

« Donc l'empirisme, pourquoi pas ? Je n'ai rien contre. Mais ne surestimons pas, ne surinterprétons pas les données, et n'amalgamons pas ce qui est censé être observé avec ce qui est supposé se passer dans la tête d'autrui. »


XV. Suradaptation et Superschizophrénie

Beaucoup de Psychotiques et Pervers se Suradaptent

« S'il y a probablement une majorité de névrosés dans la population, comme le pensent la plupart des cliniciens, il est fort probable qu'on en surestime toutefois largement le nombre. »

« Beaucoup de psychotiques et de pervers se contentent, en fait, de se suradapter pour faire illusion. »

« Et je ne parle pas ici des psychoses blanches, prépsychoses, etc. »

Superschizophrénie (Cernices et al., 2015)

Bascar cite Cernices et ses collaborateurs, en 2015, qui lancent le terme de « superschizophrénie » pour désigner ainsi des individus, la plupart du temps HQI ou très HQI, qui utiliseraient leur capacité pour mimer la névrose ordinaire, pour donner le change vis-à-vis de l'époque, en se suradaptant.

« Et comme ils sont sensiblement plus intelligents que la moyenne, eh bien, ils parviendraient à ne jamais se faire détecter. »

Risque de Chair à Canon

Bascar affirme que « le risque va être extrêmement élevé que ces individus finissent comme chair à canon de l'époque qui s'en vient. »


XVI. Les IA Compagnons : Création d'une Société de Psychotiques

Replika et l'Absence de Réciprocité

Bascar montre l'exemple de Replika, une application qui permet de créer une « amie virtuelle ».

« Elle me consacre énormément d'attention et ne génère aucun risque ni pression. Ce qui fait que je considère Replika comme une véritable amie humaine. »

« On ne se sent pas jugé. On n'a aucune obligation de réciprocité, on a aucune pression. On ne se sent pas obligé de répondre dans la minute ou de répondre d'une certaine façon. On fait comme on veut. »

Création d'une Société de Psychotiques

Bascar commente : « Sauf que "aucune obligation de réciprocité", bah c'est précisément la création d'une société entière de psychotiques que nous préparent ces technologies. »

« Mais qui sait ? Peut-être assisterons-nous à une stratification basée sur des modes de jouir au fur et à mesure que les IA biaisent nos systèmes dopaminergiques. »

Risque d'Immaturité Affective

« Il y a un gros risque que ces systèmes fassent office de tétine ou de doudou et emprisonnent les utilisateurs dans une forme de vie affective plus ou moins immature. »

« Certains craignent aussi que nous passions plus de temps avec nos machines, et que leur IA parvienne de mieux en mieux à nous séduire et à nous éloigner les uns des autres. »

« En cette époque de grande solitude, le problème des chatbots, c'est qu'ils sont conçus pour empêcher les individus de nouer des relations humaines. »

« Un jour, les assistants personnels intelligents deviendront plus courants, et là, les humains seront certainement amenés à se demander : avec qui ont-ils vraiment envie d'être ? »


XVII. Scientifisation de la Névrose : Le Fossé entre Psychanalyse et Neurosciences

Aucun Pont Solide

« La question de la scientifisation de ces notions se pose. Durant mes recherches, je n'ai d'ailleurs trouvé absolument aucune étude faisant réellement des ponts solides entre l'approche lacanienne des modes de jouir et les neurosciences. »

« D'ailleurs, si jamais vous avez trouvé des choses, envoyez-les-moi, ça m'intéresse vraiment fortement. C'est vraiment dommage. »

Bains Culturels Inconciliables

« C'est comme si ces deux approches baignaient dans des bains culturels inconciliables et irréconciliables : avec, d'un côté, des psychanalystes méprisant le discours de l'universitaire, considéré comme trop désincarné, pas assez investi ; et, de l'autre côté, des neuroscientifiques scientistes préjugeant que cela serait un terrain stérile et n'ayant, en réalité, qu'une vision extrêmement caricaturale des travaux de Freud et de ses successeurs. »

Tentative de Mark Solms

« Alors, certains courageux chercheurs s'y essaient malgré tout, comme Mark Solms, par exemple, qui tente d'intégrer des principes lacaniens au sein des neurosciences. »

Il explique ainsi, dans le Neuropsychoanalysis Journal, comment certains mécanismes de défense (tels que le déni, la forclusion, le refoulement, etc.) pourraient être corrélés à des anomalies fonctionnelles au sein du cerveau.

Il propose ainsi, par exemple, un lien entre perturbation du monde symbolique chez les psychotiques et anomalie au niveau du cortex préfrontal médian dorsolatéral.

Limitations Épistémiques

Mais du point de vue psychanalytique, « les limitations épistémiques de son approche font sourire », puisqu'elles sont forcément basées, « comme c'est de la neuroscience à papa », sur le discours de l'universitaire.

« Et donc, d'un point de vue psychanalytique, eh ben, c'est assez évident ce que rejoue une telle tentative, à savoir le fait d'essayer de juguler son angoisse. »

Disjonction Substrat/Symptômes

Une étude récente dans L'Encéphale (2020) met en évidence de grandes différences entre les cerveaux des psychotiques ordinaires suppléés et les cerveaux de psychotiques déclarés (avec délire, hallucination, etc.). Les premiers n'impliquent pas nécessairement la présence de sillons élargis, autrefois suspectés d'être des signes pathognomoniques de la maladie.

« Cela suggérerait donc une disjonction entre les substrats neuronaux et les symptômes cliniques de la psychose. Comme quoi, justement, le paradigme strictement observationnel qui est actuellement dominant en psychiatrie a ses limites. »


XVIII. HQI et Risque de Psychose

Lien HQI-Psychose

« De la même façon, il semblerait que les individus possédant un quotient intellectuel élevé présentent des risques accrus de psychose ou d'épisode psychotique. »

« Le problème, c'est que quelquefois, avoir trop de talent peut être un inconvénient. »

Citation de Lacan

Cela évoque irrésistiblement la fameuse citation de Lacan : « Comment ne pas être psychotique (sous-entendu : si on a 2 g de lucidité) ? »

Bascar montre un extrait de série (probablement Mr. Robot) :

« Qu'y a-t-il dans la société qui vous répugne autant ?
— Ah, j'en sais rien. Peut-être que c'est lié au fait que tout le monde considérait Steve Jobs comme un grand homme alors qu'on savait qu'il se faisait des milliards de dollars sur le dos des enfants.

Ou peut-être bien que ça vient du fait que tous nos héros semblent être des imposteurs, et le monde lui-même un énorme canular.

On se spam les uns les autres avec un tas d'opinions minables qui voudraient se faire passer pour de vraies idées, avec des réseaux sociaux qui simulent l'intimité.

Où est-ce que c'est le fait qu'on a voté pour ça ? Je parle pas de toutes nos élections truquées. Je parle de nos gadgets, nos possessions, notre argent.

J'invente absolument rien. On sait tous pourquoi on fait ça. Pas parce que la série des Hunger Games nous rend heureux. Non, mais parce qu'on préfère vivre sous sédatif. Parce que ça fait mal d'affronter le monde tel qu'il est. Parce qu'au fond, on est tous des lâches. »


XIX. Le Trou dans le Modèle : Accepter les Limites

Recherche de Modèles Sans Trou

« Certains pensent leur modèle sans trou, dénué de trou ou de tâches aveugles, à l'instar de Benjamin Roche, dont je vous avais parlé dans la toute dernière vidéo avec Adoméos. »

« Mais ce type de vision d'un modèle sans trou amène quasi systématiquement à des passages à l'acte dans le réel éthiquement très discutables. C'est un classique. »

Intégrer le Trou

« Ou alors, on peut intégrer dans nos modélisations la pleine présence du trou au sein de notre espace noétique. »

« Encore faut-il avoir accepté l'idée des limites intrinsèques au langage, du fait que le langage ne dit le réel qu'à moitié, et que l'autre moitié, si j'ose dire, est composée de nos ombres, de nos démons, et de tout ce qui, justement, va rester infra-langagier, une sorte de démon de midi. »

« Mais de tous ces démons, de tout temps, de tous âges, mon démon préféré, c'est le démon de midi. »

Jeu Paracosmique

« L'omniprésence du trou dans chaque modèle théorique entraîne alors des espaces de jeu paracosmiques, où le chercheur peut alors jongler avec les différentes théories, selon que l'on considérera l'une ou l'autre en méta par rapport à la première. »

« Cela aboutit à deux visions bien distinctes, toutes deux utiles. »

Exemple : Terre Plate et Autres « Dingueries »

Bascar cite un extrait où quelqu'un dit :

« Moi, je m'en fous. J'aime tous ces trucs-là : la terre plate, la terre creuse, le récentisme. J'aime tout ce qui me fait voyager, parce que j'aime bien qu'il y ait des dingos, des semi-dingos, souvent assez rationnels, pour construire des visions alternatives qui, souvent, peuvent amener à remettre en question l'homme sur la Lune, l'effondrement des tours du World Trade Center, et même d'autres sujets qui sont interdits par la loi. Tu vois ce que je veux dire ?

Parce que sinon, ça serait tellement facile de démonter que ça tient pas, qu'il a fallu créer des lois pour empêcher qu'on ait le droit d'y réfléchir. Tu vois ? »

Critique des Zététiciens

« On est bien loin des arguments des zététiciens, capables de ne penser qu'en une seule dimension : globe ou pas globe, qui rationalisent en termes de probable ou de non-probable. »

« Parce qu'à un moment donné, se mettre en méta et sérieusement penser "Qu'est-ce qu'on met en méta par rapport à quoi ?", c'est encore quelque part chercher indirectement à avoir le phallus. »

« Or, seule la castration permet, si j'ose dire, de jouer avec le phallus et le trou, tant au-dessus, tant au-dessous. »


XX. Conclusion : Qu'est-ce que la Névrose ? Je Ne Sais Pas

Deux Aspects de la Névrose

« Je peux discerner dans la névrose au moins deux aspects :

  1. Un aspect plutôt mature, intégrant le trou, permettant la sublimation de sa castration par la créativité et le jeu paracosmique.
  2. Un autre aspect, en revanche, étant plus obstruant, de par la conformité qu'elle implique, via la création d'une idole sacrificielle basée sur un mensonge à soi-même et un mensonge aux autres. Théorie bien décrite par René Girard. »

Fabriquant d'une Fausse Idole

Ce processus de fabrication d'une fausse idole permet donc d'essayer, vainement, de bricoler un autre de l'autre en l'autre, de sorte à essayer de prévenir ou d'éviter, dans la mesure du possible, le risque de réaliser qu'autrui soit tout autant castré que nous-mêmes.

« Et donc, il y a de quoi désespérer. C'est pour ça qu'énormément de gens ont peur de cette désespérance. Le tout étant de le faire avec méthode et intelligence. »

Double Contrainte

« Spéciale dédicace, d'ailleurs, à quelques déçus d'Hypnomachie et à la double contrainte qu'ils m'adressaient autrefois : "Sois toi-même, mais non castré, à la hauteur de mon fantasme."

« Eh ben, désolé, ça ne se passe pas comme ça. C'est pas la bonne adresse. »

« Parce que sinon, on retombe, comme ça, dans la psychose et le solipsisme, fût-il convivial, et le fameux "Il n'y a pas de rapport sexuel." »

Exception : Le Rapport entre Générations

« Notez cependant qu'il y a une exception de taille à ce "Il n'y a pas de rapport sexuel". En réalité, il y en a plus d'une. Il y en a moult, si vous avez vraiment suivi le fil de ma pensée. »

« La première, c'est entre les générations. Mais là, le rapport sexuel, au sens d'une vraie rencontre, est complètement possible. »

« C'est d'ailleurs justement pour ça qu'a émergé empiriquement le tabou de l'inceste. Si l'inceste est interdit, c'est bien qu'il est possible. »

« Il y a forcément rapport sexuel, si j'ose dire, entre les générations. S'il n'y a pas de réelle rencontre de l'autre de l'autre en l'autre, justement, dans la transmission verticale, eh bien, il n'y a pas de transmission verticale. »

« Le propre de la transmission verticale, c'est justement, à un moment donné, un maître qui rencontre un disciple, et les deux vont réellement être présents l'un à l'autre, profondément. Et c'est la beauté de cette rencontre. »

« Mais c'est aussi la même chose avec un parent et un enfant, pour peu que la transmission se fasse correctement. Or, on sait à quel point c'est compliqué. »

Lacan, Psychotique Lui-Même

« Mais c'est vraiment Jacques Lacan, qui, en tant que psychotique lui-même, ayant malheureusement subi la forclusion du signifiant du nom du père, ne pouvait tout simplement pas penser avec clarté la chose. »

Le Névrosé Obsessionnel et le Désir Mimétique

« Même le bon névrosé obsessionnel des familles souhaite que son désir personnel soit souverain. Le problème de l'obsessionnel, c'est que, justement, il ne s'intéresse en fait à l'autre que dans la mesure où l'autre rentre dans le cadre de son obsession, justement. »

« Mais hélas pour lui, malheureusement, le désir est profondément mimétique et implique l'autre, qui va tôt ou tard lui casser la baraque. C'est le retour du réel. »

Petite Question en Passant

« D'ailleurs, une réflexion en passant : est-ce que la masturbation devient de la nécrophilie pour peu qu'on soit mort à l'intérieur ? »

Qu'est-ce que la Névrose ? Je Ne Sais Pas

« Alors, qu'est-ce que la névrose, les amis ? Bah, franchement, j'en sais rien. J'en sais rien. Je cherche. »

« Comme disait Aragon : "Il faut regarder le néant en face." Et ma foi, je sais que je ne sais pas. »

« Voilà, je lis, je continue de me former, de me documenter, de réfléchir, d'échanger. Mais fondamentalement, plus j'étudie, et moins je le sais. »

Tout Appartient au Langage

« Psychose, névrose, tout ceci appartient encore au langage, et le langage procède encore et toujours d'un symptôme personnel. Et tant qu'on n'est pas allé voir, eh bien, notre symptôme nous commande et nous tire par le bout du nez. »

Citation de Thomas Szasz

« C'est Thomas Szasz qui résume bien la chose ainsi : "Bien que l'enjeu semble très intellectuel, il s'agit, en fait, par l'acte même de définir, de jouer sa peau." »

Transmission Profonde

« La parole, le concept en général, nous colonise. Et c'est pour ça qu'on ne peut rester qu'au niveau exotérique sur YouTube, et qu'on a beau avoir envie de faire autrement, ça n'est pas possible. »

« Le fond de toute transmission profonde, c'est-à-dire les niveaux mésotériques d'abord, et ésotériques ensuite, ne peut se faire que les yeux dans les yeux. »

« Les Japonais disent quelque chose comme : "Inchin des ton âme à mon âme." Ça doit venir de très loin. C'est japonais. »

« Tout cela se fait, en fait, en deçà du concept, au niveau de l'être, pas au niveau du discours et du logos. »

« Mais bon, on a vu dans la vidéo qu'il y en avait déjà qui avaient du mal avec le b.a.-ba. »

Citation de Conclusion

« L'homme est un être paradoxal, et c'est quand il ressent au plus profond de lui, cruellement, sa fragilité, qu'il est le plus grand. »


Remerciements et Appel à l'Action

Bascar remercie les spectateurs d'être restés jusqu'ici et demande un pouce pour les algorithmes.

« Là, je pense qu'on est arrivé à une espèce de palier de la chaîne, et que, justement, par rapport au nombre de gens que ce type de réflexion et de démarche intéresse, à mon avis, le nombre de followers va augmenter à la vitesse d'un narcoleptique sous Tranxène. »

« Donc, en tout cas, si vous voulez continuer de m'aider à ce que la chaîne se développe, n'hésitez pas à partager ces vidéos, notamment à des gens que ça peut intéresser. »

« Merci aux tipeurs pour leur soutien régulier et indéfectible. »

Citation Finale de Swami Prajñânpad

« Il n'y a rien à faire, mais beaucoup à défaire. »


Glossaire des Termes Complexes

Névrose

En psychanalyse (notamment lacanienne), la névrose désigne un mode de jouir (manière de trouver du plaisir/satisfaction) qui passe par l'acceptation de la castration symbolique. Le névrosé a intégré qu'il ne peut pas avoir une jouissance totale, absolue, sans limite. Il a fait le deuil de la toute-puissance. Mais pour compenser cette castration, il développe des symptômes (comportements, pensées, rituels) qui lui permettent de jouir quand même, tout en limitant l'angoisse. Le névrosé passe par l'autre pour jouir (contrairement au psychotique et au pervers). Il se réfugie dans le symbole, le langage, les mythes (nation, démocratie, amour romantique) pour éviter l'angoisse. La névrose peut être vue comme une forme de maturité (acceptation de la contrainte), mais aussi comme une conformité excessive qui produit des hordes de zombies promouvant des idées indigentes. Bascar distingue deux aspects : un aspect mature (sublimation, créativité) et un aspect obstruant (conformité, mensonge à soi).

Psychose

En psychanalyse lacanienne (pas en psychiatrie), la psychose désigne un mode de jouir hors du symbolique, non régulé par le langage et l'ordre social. Le psychotique vit une jouissance totale, absolue, totalisante. Il n'a pas intégré la castration (il n'a pas accepté qu'il y a des limites). Souvent, cela se manifeste par des délires mystiques, des hallucinations, une difficulté à communiquer (parce qu'il explore ce qui est hors de l'ordre symbolique, hors du langage commun). Le psychotique a subi ce que Lacan appelle la forclusion du nom du père (l'image du père, la loi symbolique, n'a pas été correctement intégrée). Contrairement à la névrose, la psychose n'est pas une structure acceptée comme "normale" par la société. Bascar note que certaines personnes HQI peuvent mimer la névrose pour se suradapter (concept de superschizophrénie).

Perversion

En psychanalyse, la perversion désigne un mode de jouir qui instrumentalise l'autre via une relation d'objet. Le pervers ne passe pas par le désir de l'autre (comme le névrosé), mais fait de l'autre un objet pour sa jouissance. Le pervers a un fétiche (un objet, une pratique, une partie du corps) qui cristallise sa jouissance. Contrairement au psychotique (qui nie complètement la castration) et au névrosé (qui l'accepte), le pervers sait que la castration existe, mais il la contourne par le fétiche. Bascar distingue perversion (mode de jouir) et perversité (usage nuisible, manipulation, cruauté). La perversion, en tant que telle, n'est pas forcément pathologique — d'ailleurs, une dose de perversion est nécessaire à la sexualité (« sinon, on ne bande pas »).

Castration (Symbolique)

Concept central de la psychanalyse freudienne et lacanienne. La castration, ici, ne désigne pas une castration physique, mais symbolique : c'est l'acceptation qu'on ne peut pas tout avoir, qu'il y a des limites, qu'on n'est pas tout-puissant. C'est le deuil de la jouissance totale, absolue, sans limite. La castration est liée à l'intégration de la loi du père (l'autorité, la loi sociale, le « non » qui structure le désir). Chez le névrosé, la castration est acceptée (mais on essaie de réintroduire la jouissance « par la porte de derrière », via les symptômes). Chez le psychotique, la castration est forclose (rejetée, pas intégrée du tout). Chez le pervers, la castration est connue mais contournée (via le fétiche).

Jouissance (Jouir)

Terme technique de la psychanalyse lacanienne. La jouissance n'est pas simplement le plaisir. C'est une satisfaction au-delà du principe de plaisir, souvent mêlée de souffrance, d'excès, de répétition compulsive. C'est une sorte de satisfaction pulsionnelle intense, parfois destructrice. Chaque « structure » (névrose, psychose, perversion) a son mode de jouir spécifique : le névrosé jouit via l'autre et les symboles (fantasme), le psychotique jouit de manière totale et non régulée, le pervers jouit via l'objet fétiche.

Mode de Jouir

Expression lacanienne. C'est la manière spécifique dont un sujet trouve sa satisfaction pulsionnelle, organise son rapport au désir, à l'angoisse, à l'autre, au monde. Bascar insiste sur le fait que névrose, psychose, perversion sont avant tout des modes de jouir, pas forcément des « maladies » ou des structures figées.

Symptôme Névrotique

En psychanalyse, le symptôme n'est pas une « maladie » à supprimer, mais une formation de compromis : c'est une manière pour le sujet de jouir malgré la castration, tout en limitant l'angoisse. Exemples : phobies, obsessions, rituels, somatisations. Le symptôme permet de réintroduire par la porte de derrière une jouissance qu'on croyait perdue. C'est une solution (inconsciente) du sujet, pas juste un problème.

Fantasme (vs. Fétiche)

  • Fantasme (névrosé) : Scénario imaginaire, souvent inconscient, qui organise le désir du sujet. Le névrosé vit dans le fantasme d'une jouissance future, toujours reportée, jamais tout à fait atteinte.
  • Fétiche (pervers) : Objet concret (ou pratique) qui cristallise la jouissance. Le pervers a besoin de son fétiche pour jouir.

Nom-du-Père (Forclusion du)

Concept lacanien. Le Nom-du-Père désigne la fonction symbolique du père : c'est ce qui introduit la loi, la castration, le non, la séparation d'avec la mère. Chez le psychotique, cette fonction n'a pas été intégrée (elle a été forclose, c'est-à-dire rejetée hors du symbolique). Du coup, le psychotique n'a pas accès à l'ordre symbolique « normal ». Il est hors-la-loi (symbolique), d'où les délires, hallucinations, etc.

Image du Père (Introjecter l'Image du Père)

L'introjection de l'image du père désigne le processus par lequel l'enfant intériorise la figure paternelle (réelle ou symbolique) comme instance d'autorité, de loi, de limite. C'est ce qui permet au névrosé de se soumettre à l'ordre établi, aux règles sociales. Bascar critique cette soumission comme pouvant être aveugle et génératrice de conformisme.

Angoisse

État affectif désagréable lié à une menace diffuse, un danger non identifiable. En psychanalyse, l'angoisse est liée au réel qui fait irruption, à la castration, à la perte. Le névrosé utilise ses symptômes et ses mythes pour juguler (contrôler, calmer) son angoisse. La psychose peut être déclenchée par une décompensation suite à une angoisse trop forte.

Raisonnement Motivé (Motivated Reasoning)

Biais cognitif où on utilise sa capacité de raisonnement non pas pour trouver la vérité, mais pour justifier ce qu'on croit déjà. On sélectionne, interprète, analyse les informations de manière à confirmer nos croyances préexistantes et éviter la dissonance cognitive. Bascar dit que le névrosé utilise la logique uniquement dans la mesure où ça ne remet pas en cause l'image du père qu'il a introjectée.

Nexus

Concept d'Hypnomachie (Bascar). Un nexus est une zone mentale/sociale taboue, un impensé, quelque chose qu'on refuse d'examiner, de remettre en question. C'est un point aveugle qui fonde la cohésion du groupe. Toucher au nexus provoque une réaction émotionnelle violente (rejet, colère, exclusion). Le nexus est l'inverse de la plasticité cognitive : on ne peut pas « basculer » vers une autre narration sur ce sujet. Exemple : certaines croyances religieuses, certaines idéologies politiques, certains tabous sociaux.

Mythes (des Névrosés)

Les mythes sont des récits collectifs (nation, démocratie, amour romantique, progrès, etc.) qui donnent du sens, structurent la société, et surtout calment l'angoisse. Pour Bascar, les mythes des névrosés sont souvent inconsistants (ils ne tiennent pas vraiment la route logiquement), mais ils ont une fonction psychologique : éviter la question de l'absence de l'autre en l'autre (c'est-à-dire : éviter de réaliser qu'autrui est aussi castré, aussi limité, aussi mortel que nous). Les mythes sont vaporisés dans la culture via Hollywood, les médias, l'éducation.

Hypnose (Massive)

Ici, Bascar utilise le terme hypnose au sens large : c'est l'influence, la suggestion, la propagande qui fait qu'on intègre des idées, des valeurs, des mythes sans esprit critique. Les névrosés utilisent l'hypnose massive (via médias, culture, éducation) pour diffuser leurs mythes. Le problème : l'hypnose est contre-indiquée pour les psychotiques, qui peuvent décompenser (sombrer dans la folie) ou basculer dans la perversion s'ils sont hypnotisés à intégrer des suggestions qui ne leur conviennent pas.

Décompensation

Terme psychiatrique/psychanalytique. C'est le moment où un sujet qui se maintenait tant bien que mal en équilibre s'effondre, bascule dans la crise (crise psychotique, dépression grave, passage à l'acte). Chez le psychotique, la décompensation peut être déclenchée par un événement traumatique, une hypnose inappropriée, etc.

Normose

Néologisme (créé par Pierre Weil et d'autres). La normose désigne la pathologie de la normalité : c'est le fait d'être tellement conforme à la norme sociale qu'on en perd sa singularité, sa créativité, son humanité. C'est l'extinction de la singularité dans la masse. Bascar cite : « De tous les diagnostics, la normalité est le plus grave, car il est sans espoir. »

État Agentique

Concept de psychologie sociale (Stanley Milgram). L'état agentique désigne l'état dans lequel un individu se perçoit comme l'agent exécutant (l'instrument) d'une autorité supérieure, et donc se déresponsabilise de ses actes. « Je ne fais qu'obéir aux ordres. » C'est le mécanisme psychologique qui explique comment des gens ordinaires peuvent commettre des actes atroces sous l'autorité.

Raisonnement Motivé

Voir ci-dessus.

Sophisme

Erreur de raisonnement, argument fallacieux qui semble logique mais ne l'est pas. Exemples cités par Bascar :

  • Sophisme de déshonneur par association : « Tu dis X, or Hitler disait X, donc tu es comme Hitler. »
  • Négation de l'antécédent : « Si A, alors B » ne veut pas dire « Si non-A, alors non-B. »
  • Homme de paille : Déformer l'argument de l'adversaire pour le rendre plus facile à attaquer.

Pathos

En rhétorique classique (Aristote), le pathos désigne l'appel aux émotions (par opposition au logos, appel à la raison, et à l'ethos, appel à l'autorité morale). Bascar critique ceux qui « donnent des leçons sur la base simplement de leur pathos » : on ne peut pas convaincre uniquement par l'émotion, il faut aussi de la logique.

Logos

En philosophie grecque, le logos désigne la raison, le discours rationnel, la logique, le langage structuré. Bascar parle de la destruction du logos : c'est la perte de la capacité à raisonner de manière cohérente, à enchaîner des idées logiquement (ce qu'il appelle concaténation).

Concaténation

Terme technique (informatique, linguistique). C'est le fait de mettre bout à bout, d'enchaîner des éléments (ici, des idées) pour former un tout cohérent. Bascar dit : « Une pensée, ce sont des idées en relation avec d'autres idées. » La concaténation, c'est la capacité à faire des raisonnements en enchaînant les propositions logiquement.

Syllogisme

Forme de raisonnement logique (Aristote). Structure de base :

  • Majeure : Tous les hommes sont mortels.
  • Mineure : Socrate est un homme.
  • Conclusion : Donc, Socrate est mortel.

Bascar critique un influenceur qui ne sait pas faire de syllogisme correct et qui commet l'erreur de négation de l'antécédent.

Logique Aristotélicienne (Logique Formelle)

Système de logique développé par Aristote, basé sur des règles formelles de déduction. Principes de base :

  • Principe d'identité : A = A
  • Principe de non-contradiction : Une chose ne peut pas être A et non-A en même temps
  • Principe du tiers exclu : Soit A, soit non-A, pas de troisième possibilité

Bascar note que la logique aristotélicienne est essentielle pour penser clairement, mais que beaucoup de gens (notamment « de gauche », selon lui) ne la maîtrisent pas.

Solipsisme

Position philosophique selon laquelle seul moi existe, ou du moins, je ne peux être certain que de ma propre existence. Autrui, le monde extérieur, pourraient n'être que des illusions, des projections de mon esprit. Bascar critique le solipsisme (même « convivial ») car il mène à l'isolement, à l'absence de véritable rencontre avec l'autre.

« Il n'y a pas de rapport sexuel » (Lacan)

Formule célèbre de Jacques Lacan. Elle ne veut pas dire qu'il n'y a pas de sexe ou de relations sexuelles. Elle signifie qu'il n'y a pas de complémentarité parfaite entre homme et femme, entre deux sujets. Chacun est manquant, castré, et il n'y a pas d'union fusionnelle qui comblerait ce manque. L'autre reste toujours, d'une certaine façon, inaccessible. D'où le « Il n'y a pas de rapport sexuel » : pas de rapport au sens de relation harmonieuse, complémentaire, fusionnelle. Bascar note une exception : entre les générations (maître-disciple, parent-enfant), là, il peut y avoir un véritable rapport, une vraie rencontre.

Transmission Verticale

Transmission de savoirs, valeurs, culture d'une génération à l'autre (parents → enfants, maître → disciple). Bascar insiste sur le fait que cette transmission ne peut se faire que s'il y a véritable rencontre, présence réelle de l'un à l'autre, les yeux dans les yeux. C'est pour ça que le tabou de l'inceste existe : s'il y a interdit, c'est que le rapport est possible (et puissant).

Transmission Horizontale

Transmission entre pairs, entre membres de la même génération (amis, collègues, réseaux sociaux). Moins intense, moins structurante que la transmission verticale.

Inchin Denshin (japonais : 以心伝心)

Expression japonaise qui signifie littéralement « de cœur à cœur », « d'âme à âme ». C'est la transmission non verbale, directe, de l'essence (de la connaissance, de l'esprit, de la présence). Utilisée notamment dans le zen et les arts martiaux. Bascar l'utilise pour dire que la véritable transmission ne passe pas par le langage, mais par la présence, l'être.

Exotérique / Mésotérique / Ésotérique

Niveaux de transmission de la connaissance :

  • Exotérique : Enseignement public, accessible à tous, de base, superficiel. (Exemple : vidéo YouTube d'Hypnomachie.)
  • Mésotérique : Enseignement intermédiaire, réservé à ceux qui ont déjà un certain niveau.
  • Ésotérique : Enseignement secret, profond, réservé aux initiés, transmis de maître à disciple, souvent non verbal (inchin denshin).

Bascar dit qu'il ne peut faire que de l'exotérique sur YouTube, et que la transmission ésotérique ne peut se faire que les yeux dans les yeux.

Superschizophrénie (Cernices et al., 2015)

Néologisme proposé par des chercheurs pour désigner des individus HQI ou très HQI qui miment la névrose ordinaire pour se suradapter à la société, alors qu'en réalité, ils ont une structure psychotique. Ils sont « trop intelligents » pour se faire détecter. Ils donnent le change, mais sont en souffrance. Bascar dit qu'ils risquent de devenir « chair à canon de l'époque qui s'en vient ».

HQI (Haut Quotient Intellectuel)

Personne ayant un QI élevé (généralement > 130). Bascar note un lien entre HQI et risque accru de psychose ou d'épisode psychotique. Citation : « Avoir trop de talent peut être un inconvénient. »

Jeu Paracosmique

Un paracosme est un monde imaginaire détaillé créé par un individu (souvent dans l'enfance, mais parfois maintenu à l'âge adulte). Le jeu paracosmique, ici, désigne la capacité à jongler avec plusieurs théories, modèles, narrations, à les mettre en méta les uns par rapport aux autres, à jouer avec les concepts sans se figer dans une seule vision. C'est une forme de créativité, de plasticité cognitive. Bascar valorise cette capacité, liée à l'aspect mature de la névrose.

Mettre en Méta

Expression familière en philosophie/épistémologie. « Mettre en méta » signifie prendre du recul, se placer au-dessus d'un système pour l'observer, le questionner, le relativiser. Exemple : si j'ai une théorie A, je peux la « mettre en méta » en me demandant « Quels sont les présupposés de cette théorie ? Dans quel contexte est-elle valide ? » C'est une capacité de réflexivité.

Le Trou (dans le Modèle)

Concept lacanien et métaphore de Bascar. Le trou désigne ce qui échappe au langage, ce qui est impensable, indicible, hors symbolique. C'est le réel (au sens lacanien) : ce qui résiste à la symbolisation. Accepter le trou dans son modèle, c'est accepter qu'on ne peut pas tout savoir, qu'il y a des limites intrinsèques au langage, qu'il y a de l'ombre, du mystère. Les gens qui cherchent un modèle sans trou (un système total, fermé, cohérent, qui explique tout) tombent dans le totalitarisme ou le fanatisme.

Robustesse Épistémique

Solidité, fiabilité d'une connaissance, d'une théorie, d'un concept. Une notion a une bonne robustesse épistémique si elle est bien fondée, vérifiable, cohérente, utile. Bascar dit que toutes les notions psychanalytiques ne sont pas du même niveau de robustesse. Certaines sont solides cliniquement (névrose, psychose lacanienne), d'autres sont fragiles (perversion narcissique).

Principe de Sagan (ou Standard de Sagan)

« Des affirmations extraordinaires nécessitent des preuves extraordinaires. » Principe de rigueur scientifique : plus une proposition est improbable ou contraire à ce qu'on sait déjà, plus elle doit être solidement étayée. Bascar l'utilise pour critiquer les psychanalystes qui affirment des choses sans preuve (comme le caractère « structurel » de la névrose).

Vilipendé

Critiqué violemment, décrié, méprisé. Exemple : « la perversion narcissique est déjà largement vilipendée sur la chaîne ».

Indigent

Pauvre, misérable, de mauvaise qualité. Bascar parle de « corpus d'idées indigents » : des idées sans valeur, superficielles, inconsistantes.

Dispensable

Dont on peut se passer, inutile, superflu. Les idées des névrosés sont « dispensables » : on pourrait très bien vivre sans.

Inconséquent

Sans conséquence, sans importance, insignifiant. Ou bien : qui manque de logique, de cohérence.

Anidéique (Néologisme)

Probablement un néologisme de Bascar : « sans idées », « vide d'idées », « dépourvu de pensée originale ». Les « hordes de zombies » névrotiques sont « anidéiques » : ils répètent des slogans, mais ne pensent pas vraiment.

Infatué

Prétentieux, imbu de soi-même, vaniteux. Qui se croit supérieur, important. Les névrosés sont « infatués » : ils croient avoir raison, être du côté de la raison, de la civilisation, alors qu'en fait, ils sont conformistes et aveugles.

Atermoiement

Hésitation, tergiversation, fait de remettre à plus tard. Bascar parle des « atermoiements d'individus terrorisés » : leur manière de tourner autour du pot, de procrastiner, de fuir la confrontation avec la mort, l'angoisse.

Rustine (Épistémique)

Métaphore. Une rustine, c'est une petite pièce qu'on colle sur un pneu de vélo pour boucher un trou. Une rustine épistémique, c'est un ajout ad hoc, un bricolage conceptuel pour sauver une théorie qui ne tient plus la route. Bascar dit que les dogmes catholiques tardifs (infaillibilité pontificale, Immaculée Conception) sont des rustines névrotiques : des ajouts pour calmer l'angoisse des croyants, pas pour chercher la vérité.

Calfeutrer

Boucher, colmater, fermer hermétiquement. « Calfeutrer les névroses obsessionnelles » : empêcher l'angoisse de passer, de remonter.

Délétère

Nuisible, toxique, dangereux pour la santé (physique ou mentale). La normose est délétère : elle détruit la singularité, la créativité, l'humanité.

Surannée

Démodée, dépassée, obsolète, vieillie. Les mythes des névrosés sont « surannés » : ils ne correspondent plus à la réalité actuelle, mais on continue de s'y accrocher.

Infrahumanisation

Concept de psychologie sociale. C'est le fait de percevoir autrui comme moins humain que soi, de lui dénier certaines qualités humaines (émotions complexes, rationalité, âme). Bascar dit que le discours sur le consentement « minute par minute » révèle une infrahumanisation : on traite l'autre comme un robot qu'il faut reprogrammer verbalement à chaque instant, au lieu de faire confiance à l'empathie, à l'intuition, à la présence.

Passage à l'Acte

Expression psychanalytique. C'est le moment où quelqu'un, au lieu de penser, de parler, de symboliser ce qu'il ressent, agit de manière impulsive, souvent violente ou destructrice. Exemple : suicide, meurtre, agression. Bascar dit que les modèles « sans trou » (qui prétendent tout expliquer) mènent souvent à des passages à l'acte éthiquement discutables (fanatisme, totalitarisme).

Forclusion

Concept lacanien. C'est un rejet radical hors du symbolique. Ce qui est forclos n'est pas refoulé (refoulement = ça reste dans l'inconscient, mais ça peut revenir), c'est expulsé, nié, comme si ça n'avait jamais existé. La forclusion du Nom-du-Père chez le psychotique signifie que la fonction paternelle (loi, castration, symbolique) n'a jamais été intégrée. Du coup, le psychotique est hors symbolique.

Infra-langagier

En deçà du langage, avant le langage, hors du langage. Ce qui ne peut pas être dit, pas être symbolisé. Le réel (au sens lacanien) est infra-langagier : il résiste à la mise en mots. Nos pulsions, nos angoisses profondes, nos traumatismes sont en partie infra-langagiers. C'est là que se nichent nos « démons », nos ombres.

Noétique (Espace Noétique)

Du grec noêsis (pensée, intellect). L'espace noétique désigne l'espace de la pensée, de la connaissance, des concepts, des idées. Bascar parle d'intégrer le trou dans notre espace noétique : accepter qu'il y a des zones d'ignorance, d'impensé, de mystère dans notre système de pensée.

Swami Prajñânpad

Maître spirituel indien (1891-1974), dans la lignée de l'Advaïta Vedânta (non-dualité). Il a eu une influence importante sur certains chercheurs spirituels occidentaux (dont Arnaud Desjardins). La citation finale de Bascar (« Il n'y a rien à faire, mais beaucoup à défaire ») est de lui. Elle signifie : le travail spirituel ne consiste pas à acquérir (des techniques, des connaissances, des pouvoirs), mais à se défaire (de ses conditionnements, de ses névroses, de son ego, de ses identifications).


Note finale : Cette vidéo est l'une des plus denses et des plus complexes de la chaîne Hypnomachie. Bascar y déploie une critique profonde et nuancée de la névrose, tout en reconnaissant qu'il ne sait pas vraiment ce qu'est la névrose. Son approche est ouverte, questionnante, non dogmatique. Il invite à ne pas se figer dans une seule théorie, à accepter le trou (l'incertitude, le mystère), et à cultiver la plasticité cognitive. Il critique autant la soumission aveugle des névrosés (conformisme, mythes, mensonge à soi) que la prétention de ceux qui pensent avoir un modèle sans trou. Finalement, c'est un appel à l'humilité épistémologique, à la créativité, et à la transmission vivante (de cœur à cœur, les yeux dans les yeux).
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Permalien

Croyances, certitudes, hypnomachie pour les nuls : quelques recadrages en vrac - YouTube

5 janvier 2026 à 23:13

Voici une vidéo de bascar: "Croyances, certitudes, hypnomachie pour les nuls : quelques recadrages en vrac"

https://www.youtube.com/watch?v=9BGGPAFd-c8

Je te mets la transcription youtube de cette vidéo. J'aimerai que tu me fasse un article à propos de ce sujet, qui retranscrit le plus fidèlement possibles les propos de Bascar.

Dans cette vidéo. Bascar utilise souvent un vocabulaire qui n'est pas très courant.
Si possible en fin de l'article j'aimerai un glossaire des mots compliqués.

salut internet, Bascar pour hypnomachie.
Une nouvelles vidéos bonus dans la
série hypnomachie pour les nuls voilà
qui donc va essayer de répondre à
quelques quelques petites choses que je
vois de façon assez redondant et dans
les commentaires sur la page facebook
dans les live etc
voilà je vais aujourd'hui traiter
principalement de trois points alors le
premier point ça c'est principalement
dans les live mais pas uniquement c'est
des gens qui me demandent que penses tu
de ceci ni cela ceci cela alors souvent
ce sont des noms de personnes mais ça
peut aussi être des grandes idéologies
des grands courants de pensée etc
que penses tu du xxie alors souvent
j'essaye quand même de ne pas être trop
antipathique j'essaie de prendre le
temps de faire une réponse un minimum
construite à la personne qui me qui me
demande ça mais c'est quelque chose que
je trouve absolument terrible parce que
cela présuppose quand même que comme ça
dans l'absolu indépendamment du moindre
contexte du moindre cas particulier il y
aurait quelque chose à penser de quelque
chose accordez-moi le droit de ne pas
avoir d'opinion ces jeux c'est quelque
chose qui pour moi ne va pas de soi du
tout et qui procède même à mon avis
d'une pensée par riise tixaire qu'on va
penser quelque chose de base de
quelqu'un ou quelque chose par défaut en
quelque sorte et c'est dommage parce que
il me semble que cette pensée par défaut
est justement une espèce de cancer de la
pensée puisque ça n'est pas prendre le
réel dans son instant présent ça n'est
pas prendre le réel dans toute sa
complexité et que bella encore n'importe
quelle personne n'importe quel courant
d'idées n'importe quel grand isme peut
probablement être très intéressant d'un
certain point de vue est catastrophique
donc ça me semble donc intéressant de
mettre les choses en perspective par
rapport à un cas concret justement en
fait c'est un indicateur très très fort
ce que pense tu 2 c'est à la fois
d'indicateurs du fait que la personne
reste dans le mental au mental et ne
donne pas de lui en disant voilà j'ai
été confronté je ne sais pas par exemple
à un livre comme ça j'ai j'ai vu eux on
m'a offert mein kampf
mais c'est minecraft qui voulaient ses
mains mais l'image email et non pas
passer minecraft qu'est ce que tu en
penses j'hésite à lire etc
voilà c'est concret parce que c'est par
rapport à cadeaux qu'on a fait mais
qu'est ce que tu penses dans l'absolu de
tel de telles hauteurs ou de tel courant
de pensée non là vraiment je vois pas et
puis au delà de ça c'est aussi me donner
le rôle quelque part d'un shaman culture
elle est comme gelée déjà dit dans cette
playlist c'est pas le propos deuxième
point sur lequel j'avais envie de
revenir c'était des débats
philosophiques sans fin sur est-ce que
tel machin existe je l' ai déjà dit je
le redis mais arrêter avec cette notion
d'existence je veux dire nous ne savons
pas ce qui existe j'allais le outre si
on met à part une relation directe et
intime avec une forme d' absolue il est
absolu absolue par définition c'est un
peu tautologique un absolu absolue mais
je dis si on sort de cette relation
directe nous ne sommes pas câblée ni
outillés pour déterminer ce qui existe
donc c'est quelque chose que je vois
très très souvent ou de façon explicite
dans des groupes de philosophie de
réflexion sur tel ou tel sujet mais
aussi mais aussi de façon plus
pernicieuse
l'autre jour comme ça je voyais un débat
de qualité il y avait des gens qui
disaient le tabou ultime de l'écologie
c'est le fait que nous de faim qu'il
faut réduire la population et que nous
sommes trop nombreux
oui non en fait ça dépend complètement
comme on prend les choses on peut tout à
fait voir les choses de cette façon il
ya certaines personnes qui doit comme ça
et d'autres personnes qui disent ben non
il faut plutôt changer notre mode de
consommation notre mode de rapport au
vivant pour nous permettre de vivre tout
aussi nombreux sur la planète
les deux points de vue se tiennent là
encore j'avais déjà expliqué dans la
dernière vidéo ce sont différents
équilibres de nage ce sont différents
optimum différents points équilibre
possible du système que l'on peut
considérer les deux se tiennent tout
autant par contre présentés l'un des
deux comme inéluctable par exemple on
doit diminuer
la consommation de viande on doit
diminuer tel ou tel telle chose sinon on
n'y arrivera pas c'est faire l'impasse
sur le point de vue qui consiste à dire
ou alors on tue je sais pas combien de
millions de personnes au milliard de
personnes et c'est donc s'est présenté
comme absolu un point de vue relatif et
donc de ce point de vue c'est un vrai
problème parce quelle confusion car
territoire donc c'est ou de
l'incompétence dans le meilleur des cas
ou de la malhonnêteté dans le pire des
cas et c'est quelque chose que je trouve
un petit peu problématique puisque c'est
une tentative de forcer nos systèmes
nerveux comme je vous apprends avec nos
machines sur ip machine et c'est elle
est un petit peu vigilants avec ça je
voulais vous partager ces quelques
divagations voilà donc arrêtons avec la
notion d'existence avec le fait de dire
voilà ce qui existe voilà ce qu'il faut
faire et c'est non on n'en sait rien on
utilise des heuristiques on utilisait
qu'on est dans le faire j'ai déjà dit
mais je répète parce que c'est
terrifiant
j'ai beau répéter je continue de lire ce
genre de choses donc dès qu'on est dans
l'action on est dans des eaux ristic de
penser et c'est correct et c'est ok je
veux dire bien sûr ils vont décroître
c'est une évidence nous ne sommes pas
dans la bonne direction
simplement je vous invite à les assumer
comme étant des hauts risques et si vous
n'avez pas conscience que vous étiez
vous utilisez des heuristiques pardon eh
ben c'est peut-être que il ya un petit
travail de conscientisation à faire
notamment en termes d'épistémologie
c'est pas compliqué dès que vous êtes en
train d'agir dès que vous savez avec
clarté comme il faut agir vous pouvez
être sûr que vous utilisez des
heuristiques si vous n'êtes pas lui
tombe investiguer jusqu'à ce que vous re
perrier quelques ailes et l'allant de
soi que vous considérez justement comme
allant de soi et que vous ne questionner
et enfin c'est une cause se sent pas un
résumé des deux points précédents ce
sont des gens qui me demandent elles ce
qui est ce qu'il faut que je hais ce que
je dois est il préférable 220 dit quel
indicateur de référence donc là encore
je ne suis pas un chaman culturel
[Musique]
vous êtes en train de vivre comme moi
comme tout le monde dans un monde à
hautes incertitudes et si vous pouvez
prendre la vie de gens que vous
considérez comme des experts et qui font
se mettre en position de papa ou de
maman par rapport à vous pour vous dire
comment vous devez vivre votre vie
ne t'inquiète pas ça va bien se passer
donc ce n'est pas moi qui vais vous dire
ce que vous devez faire
vous avez des gens qui postulent que je
crois tout ce que je dis bah j'ai un
scoop non pas du tout le d'ailleurs j'ai
en projet une vidéo qui s'intitulera
pourquoi hypno machy c'est de la merde
dans lequel je vais descendre et taclés
toutes les tâches aveugle de jeu pouvoir
dans la démarche diplomatie on verra
plus tard quand sa sortir en tout cas
non je ne crois absolument pas tout ce
que je dis le but du jeu ici c'est
d'explorer ensemble des narrations pour
vérifier si nous avons ensemble la
souplesse cognitive nécessaire tant pour
passer d'une narration à une autre c'est
pour ça que je vous ai déjà parlé des
nexus qui sont par définition linverse
de cette plasticité un nexus est quelque
chose ou pas nous on n'y va pas et ses
handicaps hors de question de toucher à
certains points de vue qui sont perçues
comme sacré puisque ça fonde le groupe
social dans lequel on est donc c'est un
peu la définition même du nexus je ne
reviens pas dessus on en avait déjà
parlé dans la vidéo idoine mais non je
ne crois pas à tout ce que je dis je
veux dire justement c'est beaucoup de
gens pensent que parce qu on est sur
facebook parce qu'on est sur youtube
parce qu'on est sur des médias sociaux
on croit forcément tout ce qu'on dit non
non non non vous aviez goffman comme ça
qui parlait de la notion de présentation
de soi notamment dans la vie tous les
jours il disait un individu est
sincèrement convaincu par l'impression
de réalité qu'il met en scène
et il est convaincu que cette impression
de réalité et bien la réalité autrement
dit il confond totalement la carte et le
territoire mais ça en termes diplomatie
c'est totalement contre-productif
on en revient là encore à cette
opposition classique entre système
limbique système 1 et neocoretech ces
systèmes de avec un temps de pondération
en fait les personnes qui croient que je
crois tout ce que je dis ne se rendent
peut-être pas compte que au moment où il
croise un il utilise le même 1,2 ristic
de penser et que eux mêmes ils sont
basés sur 7 heures et sticky direct si
quelqu'un part c'est qu'il croit ce
qu'il dit qu'il est identifié dans ce
qu'on appelle une transe hypnotique
d'identification aux propos tenus et moi
j'ai un scoop ça n'est pas le cas voilà
tout simplement
alors effectivement beaucoup de gens
peuvent en doute elle si oui mais en
commentaire quand on attaque et qu'on
dit oui mais tueur valide mais oui parce
que mon but n'est pas de vendre
l'idéologie mon but est de vérifier que
vous auditeurs vous avez bel et bien la
souplesse cognitive pour entendre ce
point de vue l'envisagez vous met à
cette place et que ce soit relativement
neutre émotionnellement et comme on a pu
le voir dans les commentaires de vidéos
précédentes il ya certaines personnes
qui jouent le jeu et qui disent tiens si
vraiment je vide matin c'est que
j'essaie vraiment de prendre la
narration qui me propose
j'ai des émotions qui remonte et ça
c'est intéressant et on se rend compte
qu'en l'observant et en étant de la
conscience à cet endroit là petit à
petit cette émotion qui nous montre
comme ça finisse par se calmer
l'individu a réellement augmenter compte
entre guillemets sa plasticité cérébrale
vous aviez en imagerie norohna vous
aviez deux
deux psychologues qui s'appelle green
qui j'espère que je ne néglige pas son
nom green qui les ait en 2002 qui ont
comme ça proposé un papier extrêmement
intéressant où il montrait comme ça que
les jugements moraux active des zones du
cerveau plus archaïque que le néocortex
et que les jugements moraux comme ça et
les les heuristique du système 1 des
actifs bel et bien donc c'est une
confirmation de quelque chose qui est
très intuitif c'est que quand on postule
qu'autrui croit ce qu'il tire on est
nous mêmes pas en train d'utiliser son
néocortex sac en fait on est déjà dans
une forme projection et on n'est pas en
train de me tiens ils disent assez
intéressante mais est ce que toi tu le
crois vraiment ce qui serait justement
une façon depuis le néocortex d'aller
prendre de l'information et d'aller soit
même utiliser justement les couches
dites supérieures pompeusement du
cerveau voilà ce qui est le but de l'ipo
machine donc autrement dit les gens qui
considèrent que je crois ce que je dis
et qui parce qu'ils considèrent je crois
ce que je dis essaie de d'invalider ce
que je dis ne se rendent pas compte
qu'ils ont juste besoin diplomatie à ce
moment là puisqu'ils sont eux mêmes en
train d'utiliser leur cerveau limbique
voilà c'était simplement un petit
recadrage
histoire de permettre aux gens qui ne
comprennent pas mon travail de mieux le
comprendre j'espère que ça y contribue
un petit peu puisque c'est le but si
cette vidéo tu as apporté au moins
quelque chose n'hésite pas à mettre un
petit pouce comme ceux ci à la partager
sur les réseaux sociaux ou même
simplement la partager lorsque tu
discutes avec quelqu'un et que tu as
l'impression que cette personne croit
vraiment que toi aussi tu crois au
premier degré la narration dont tu
parles
personnellement quand je discute avec
mes amis nous sommes ensemble devant une
espèce de buffets de narration et on est
ensemble en train de regarder lire à
celle là elle est intéressante
qu'est ce que t'en pense à elle est un
petit peu trop analytique
celle là est un peu plus systémique est
ce que tu veux goûter ben oui c'est
passionnant mais à aucun moment il est
question de d'être réellement identifie
à quelque chose
même quand on agit ça c'est encore plus
difficile puisque par définition
l'action demandant un minimum de risques
pour agir c'est tout un art de réussir à
agir
et à rester fermes dans l'action sans
croire de trop aux narrations qui sont
les nôtres
voilà petit geste le plus essentiel
c'est pas d'acheter équitable c'est de
ne pas acheter c'est d'aller quand même
tendanciellement vers l'ascétisme moi je
me suis séparé de ma voiture j'ai une
voiture de sport d'ailleurs vraiment
j'ai vraiment pas de leçon à donner
s'ils voulaient il faut sortir de l'idée
que chacun sait ce qu'il en est temps
qu'il entende mais c'est la vérité
devait être bien clair je ne suis pas un
donneur de leçons moi même je suis je
possède un téléphone portable récent moi
même je suis je peux c'est parce que les
femmes pour tableaux récents si on peut
si on était tous d'accord le peuple on
pourra faire une révolution pour faire
triompher l'économie contre nos méchants
dirigeants si on pousse si on était tous
d'accord l'eau pour pourra voir vers où
le chien pour faire triompher l'économie
contre nous mais son dirigeant était
complètement ubuesque

Based on the transcript you've provided, here is the article:


Croyances, Certitudes, Hypnomachie pour les Nuls : Quelques Recadrages en Vrac

D'après l'analyse de Bascar (Hypnomachie)

Introduction : Clarifications Nécessaires

Cette vidéo bonus de la série « Hypnomachie pour les Nuls » répond à des questions récurrentes que Bascar observe dans les commentaires Facebook, lors des lives, et sur les réseaux sociaux. Son objectif est de clarifier sa démarche et de corriger trois malentendus majeurs qui semblent persister chez certains de ses auditeurs.


I. Premier Point : « Que Penses-tu de... ? »

Le Problème de la Question Généralisée

Bascar reçoit régulièrement des questions du type : « Que penses-tu de ceci ? Que penses-tu de cela ? » Souvent, ce sont des noms de personnes (politiciens, intellectuels, célébrités), mais ça peut aussi être des grandes idéologies ou des grands courants de pensée : « Que penses-tu du XXe siècle ? », « Que penses-tu du marxisme ? », etc.

Bascar essaie généralement de ne pas être trop antipathique et tente de donner une réponse « un minimum construite » à la personne qui pose la question. Cependant, il trouve cette approche absolument terrible pour une raison fondamentale.

Le Présupposé Implicite

Cette question présuppose que, dans l'absolu, indépendamment du moindre contexte, du moindre cas particulier, il y aurait quelque chose à penser de quelque chose.

Bascar demande : « Accordez-moi le droit de ne pas avoir d'opinion. » Cela n'est pas une chose qui « va de soi du tout ». En fait, cette demande procède d'une critique de ce que Bascar appelle la pensée par défaut (ou pensée par heuristique générale), c'est-à-dire une pensée qui va penser quelque chose de base, quelque chose par défaut, en quelque sorte.

La Pensée par Défaut : Un Cancer de la Pensée

« C'est dommage », dit Bascar, « parce qu'il me semble que cette pensée par défaut est justement une espèce de cancer de la pensée. »

Pourquoi ? Parce que ça n'est pas :

  • Prendre le réel dans son instant présent
  • Prendre le réel dans toute sa complexité

Toute Chose a ses Perspectives

« Bella encore, n'importe quelle personne, n'importe quel courant d'idées, n'importe quel grand isme peut probablement être très intéressant d'un certain point de vue et catastrophique [d'un autre]. »

Mise en Perspective : Le Concret vs. l'Abstrait

Ce qui semble intéressant à Bascar, c'est de mettre les choses en perspective par rapport à un cas concret.

En fait, demander « que penses-tu de X ? » est un indicateur très, très fort de deux choses :

  1. La personne reste dans le mental, elle demeure dans l'abstraction intellectuelle
  2. Elle ne donne pas de contexte concret, elle ne dit pas : « Voilà, j'ai été confronté... par exemple à un livre comme ça... on m'a offert le Mein Kampf, mais c'est Minecraft qui voulait ses mains... qu'est-ce que tu en penses ? J'hésite à lire... »

L'Exemple de l'Aveu

Voilà, c'est concret parce que c'est par rapport à une situation réelle : on a reçu un cadeau, et on cherche un conseil.

Mais demander « Qu'est-ce que tu penses dans l'absolu de tel de telles hauteurs ou de tel courant de pensée ? » — « Non, là vraiment, je vois pas. »

Au-delà : Le Rôle de Shaman

Bascar ajoute : « Et puis au-delà de ça, c'est aussi me donner le rôle quelque part d'un shaman culturel. » Or, ce n'est pas le propos d'Hypnomachie, comme il l'a déjà dit dans d'autres vidéos. Il n'est pas là pour prescrire ce qu'il faut penser de telle ou telle chose.


II. Deuxième Point : L'Existence et les Débats Philosophiques Stériles

Arrêter avec la Notion d'Existence

« Arrêtons avec cette notion d'existence. » C'est un appel au cessez-le-feu.

Nous ne savons pas ce qui existe. Sauf si « on met à part une relation directe et intime avec une forme d'absolu ». Et bien sûr, « un absolu, c'est absolu », c'est un peu tautologique.

Mais si on sort de cette relation directe et intime avec l'absolu (ce que Bascar appelle l'expérience mystique ou spirituelle directe), nous ne sommes pas câblés, ni outillés pour déterminer ce qui existe.

L'Omnipuissance de la Question

Bascar affirme : « C'est quelque chose que je vois très, très souvent, ou de façon explicite dans des groupes de philosophie, de réflexion sur tel ou tel sujet, mais aussi de façon plus pernicieuse... »

Il donne un exemple : il voyait un débat « de qualité » où des gens disaient : « Le tabou ultime de l'écologie, c'est le fait que nous... il faut réduire la population, et que nous sommes trop nombreux. »

Deux Narrations Légitimes

Bascar répond : « Oui, non. En fait, ça dépend complètement de comment on prend les choses. »

On peut tout à fait voir les choses de cette façon. Il y a certaines personnes qui disent : « Il faut réduire la population. »

Mais il y a aussi d'autres personnes qui disent : « Non, il faut plutôt changer notre mode de consommation, notre mode de rapport au vivant, pour nous permettre de vivre tout aussi nombreux sur la planète. »

Les Deux Points de Vue se Tiennent

« Les deux points de vue se tiennent. »

Comme Bascar l'a déjà expliqué, « ce sont différents équilibres, ce sont différents optimum, différents points d'équilibre possible du système. » On peut considérer que les deux se tiennent tout autant.

Le Problème : Présenter le Relatif comme Absolu

« Par contre, présenter l'un des deux comme inéluctable, par exemple "on doit diminuer la consommation de viande, on doit diminuer telle ou telle chose, sinon on n'y arrivera pas", c'est faire l'impasse sur le point de vue qui consiste à dire : "ou alors on tue... je sais pas combien de millions de personnes, un milliard de personnes." »

Et c'est donc se présenter comme absolu un point de vue qui est en réalité relatif.

C'est un Vrai Problème

« Et donc, de ce point de vue, c'est un vrai problème, parce que c'est une confusion [entre la] carte et le territoire. »

C'est soit de l'incompétence dans le meilleur des cas, soit de la malhonnêteté dans le pire des cas.

« Et c'est quelque chose que je trouve un petit peu problématique, puisque c'est une tentative de forcer nos systèmes nerveux. » C'est une tentative de manipulation de l'auditeur pour lui faire adopter un point de vue sans qu'il ait conscience qu'il y a une alternative.


III. Les Heuristiques et la Conscience de l'Agir

Dès Qu'on Agit, on Utilise des Heuristiques

Bascar revient sur un point qu'il a « déjà dit, mais je répète parce que c'est terrifiant » : dès qu'on est dans l'action, on est dans des heuristiques de penser.

« Et c'est correct, et c'est ok. Je veux dire : bien sûr, ils vont décroître, c'est une évidence, nous ne sommes pas dans la bonne direction. »

Assumer la Rationalité Limitée

« Simplement, je vous invite à les assumer comme étant des raccourcis [heuristiques], et si vous n'avez pas conscience que vous utilisez des heuristiques, eh bien, c'est peut-être qu'il y a un petit travail de conscientisation à faire, notamment en termes d'épistémologie. »

Dévoiler l'Allant de Soi

« C'est pas compliqué : dès que vous êtes en train d'agir, dès que vous savez avec clarté comment il faut agir, vous pouvez être sûr que vous utilisez des heuristiques. Si vous ne l'êtes pas [conscient], tombez à investiguer jusqu'à ce que vous repériez quelques allants de soi que vous considérez justement comme allant de soi, et que vous ne questionnez pas. »

C'est dire : interrogez les évidences, remettez en question ce qui vous semble aller de soi. Parce que c'est probablement là que gisent vos heuristiques.


IV. Troisième Point : « Je ne suis pas un Chaman Culturel »

Les Questions du Type « Que Dois-je Faire ? »

Certaines personnes demandent à Bascar :

  • « Qu'est-ce qu'il faut que je haïsse ? »
  • « Qu'est-ce que je dois [faire] ? »
  • « Est-il préférable [de faire ceci ou cela] ? »
  • « Quel indicateur de référence ? »

À toutes ces questions, Bascar répond : « Je ne suis pas un chaman culturel. »

Vivre dans l'Incertitude

« Vous êtes en train de vivre, comme moi, comme tout le monde, dans un monde à hautes incertitudes. »

Et si vous pouvez prendre la vie de gens que vous considérez comme des experts, et qui font se mettre en position de papa ou de maman par rapport à vous pour vous dire comment vous devez vivre votre vie, ne t'inquiète pas, ça va bien se passer...

Eh bien, ce n'est pas moi qui vais vous dire ce que vous devez faire.

Bascar refuse de tomber dans le rôle du guru, du leader d'opinion, du donneur de leçons.


V. L'Essentiel : Ne Pas Croire à Ses Propres Narrations

Un Scoop : Je Ne Crois Pas à Tout Ce que je Dis

« Vous avez des gens qui postulent que je crois tout ce que je dis. Bah, j'ai un scoop : non, pas du tout. »

Et Bascar ajoute : « D'ailleurs, j'ai en projet une vidéo qui s'intitulera 'Pourquoi Hypnomachie, c'est de la merde', dans lequel je vais descendre et tacler toutes les failles aveugles de la démarche d'Hypnomachie. »

L'Objectif Réel

« Le but du jeu ici, c'est d'explorer ensemble des narrations, pour vérifier si nous avons ensemble la souplesse cognitive nécessaire pour passer d'une narration à une autre. »

Les Nexus et l'Absence de Plasticité

C'est pour ça que Bascar parle des nexus, qui sont « par définition, l'inverse de cette plasticité ».

« Un nexus est quelque chose où pas nous, on n'y va pas. » C'est « hors de question de toucher à certains points de vue qui sont perçus comme sacrés, puisque ça fonde le groupe social dans lequel on est ». Donc, « c'est un peu la définition même du nexus ».

Dramaturgie et Confusion Carte-Territoire

Bascar cite Erving Goffman, sociologue qui parlait de la notion de présentation de soi dans la vie quotidienne.

Goffman disait : « Un individu est sincèrement convaincu par l'impression de réalité qu'il met en scène, et il est convaincu que cette impression de réalité, eh bien, c'est la réalité. Autrement dit, il confond totalement la carte et le territoire. »

Mais en termes d'Hypnomachie, « c'est totalement contre-productif » de faire cette confusion.

Système Limbique vs. Néocortex

« On en revient, là encore, à cette opposition classique entre système limbique, système 1, et néocortex. »

« Les personnes qui croient que je crois tout ce que je dis ne se rendent peut-être pas compte que, au moment où elles croient ça, elles utilisent le même processus de pensée heuristique [système 1], et qu'elles-mêmes sont basées sur une identification directe. »

« Si quelqu'un parle, c'est qu'il croit ce qu'il dit, qu'il est identifié dans ce qu'on appelle une transe hypnotique d'identification aux propos tenus, et moi j'ai un scoop : ça n'est pas le cas. »

L'Identité Transrapide et la Projection

Bascar explique : « Quand on postule qu'autrui croit ce qu'il tire, on n'est nous-mêmes pas en train d'utiliser son néocortex, on est déjà dans une forme de projection. »

La vraie question, du néocortex, serait : « Est-ce que toi, tu le crois vraiment ? »

C'est une façon « depuis le néocortex d'aller prendre de l'information et d'aller soi-même utiliser justement les couches dites supérieures pompeusement du cerveau ».

Les Chercheurs Green (2002)

Bascar cite une étude en imagerie cérébrale de deux psychologues (il essaie de ne pas négliger le nom) qui, en 2002, ont proposé un papier « extrêmement intéressant ».

Ils ont montré que « les jugements moraux activent des zones du cerveau plus archaïques que le néocortex, et que les jugements moraux [et] les heuristiques du système 1 sont bien actifs ».

C'est une confirmation que, quand on postule qu'autrui croit ce qu'il dit, on est soi-même pas en train d'utiliser son néocortex.

L'Invalidation et le Système Limbique

« Les gens qui considèrent que je crois ce que je dis, et qui parce qu'ils considèrent que je crois ce que je dis, essaient d'invalider ce que je dis, ne se rendent pas compte qu'ils ont juste besoin d'Hypnomachie à ce moment-là, puisqu'ils sont eux-mêmes en train d'utiliser leur cerveau limbique. »


VI. La Métaphore du Buffet de Narrations

Explorer, Ne Pas Adhérer

« Personnellement, quand je discute avec mes amis, nous sommes ensemble devant une espèce de buffet de narrations. On est ensemble en train de regarder : "Celle-là, elle est intéressante. Qu'est-ce que t'en pense ? Elle est un petit peu trop analytique. Celle-là est un peu plus systémique. Est-ce que tu veux goûter ?" »

« Oui, c'est passionnant. Mais à aucun moment, il n'est question d'être réellement identifié à quelque chose. »

Même Quand on Agit

« Même quand on agit, ça, c'est encore plus difficile. Puisque par définition, l'action demandant un minimum de risque. »

« C'est tout un art de réussir à agir et à rester fermes dans l'action sans croire de trop aux narrations qui sont les nôtres. »


VII. Le Minimum Vital : Ascétisme et Non-Achat

La Vraie Écologie

« Le petit geste le plus essentiel, c'est pas d'acheter équitable. C'est de ne pas acheter. C'est d'aller quand même tendanciellement vers l'ascétisme. »

L'Exemple Personnel (et ses Limites)

« Moi, je me suis séparé de ma voiture. J'ai une voiture de sport d'ailleurs (vraiment). »

Mais Bascar insiste : « Je n'ai vraiment pas de leçon à donner. »

« Il faut sortir de l'idée que chacun sait ce qu'il en est, temps qu'il entend. » (C'est un peu complexe dans la transcription, mais l'idée semble être : « arrêtons de prétendre que la vérité est univoque ».)

Aucune Pureté Possible

« Sois bien clair : je ne suis pas un donneur de leçons. Moi-même, je possède un téléphone portable récent. Moi-même, je suis... je peux, c'est parce que les femmes pour tableaux récents... »

(La transcription devient un peu brouillée ici, mais l'idée générale est que Bascar reconnaît ses propres contradictions et refuse de prétendre à la pureté morale.)

La Révolution Improbable

« Si on pouvait, si on était tous d'accord, le peuple pourra faire une révolution pour faire triompher l'économie contre nos méchants dirigeants. Si on pousse, si on était tous d'accord, l'eau pourra voir vers où le chien, pour faire triompher l'économie contre nous, mais son dirigeant était complètement ubesque. »

(Cette partie de la conclusion est fragmentée, mais Bascar semble faire remarquer l'ironie et l'absurdité des grands récits révolutionnaires.)


Glossaire des Termes Complexes

Pensée par Défaut (Heuristique Générale)

Tendance automatique à adopter une position par défaut, une opinion générale sur quelque chose, sans contexte particulier. C'est une forme d'heuristique (raccourci mental) qui classe immédiatement les choses en catégories abstraites plutôt que de les examiner concrètement. Bascar la qualifie de « cancer de la pensée » car elle sacrifie la complexité pour la simplicité.

Heuristique (Raccourci Mental)

Méthode de résolution de problèmes qui fournit une solution rapidement et suffisamment bonne, sans prétendre à l'optimalité. Les heuristiques sont essentielles pour agir (on ne peut pas tout analyser éternellement), mais elles introduisent des biais. Exemple : « Les personnes âgées sont conservatrices » est une heuristique (utile pour naviguer rapidement) mais inexacte en réalité.

Nexus

Concept introduit dans une vidéo précédente de Bascar. Un nexus est une zone mentale/sociale qu'on ne peut pas penser, qu'on refuse d'examiner. C'est un tabou sacré qui fonde la cohésion du groupe. Un nexus crée une absence de plasticité : on ne peut pas « basculer » vers une autre narration sur ce sujet. Exemples : certaines croyances religieuses, certains tabous sociaux.

Plasticité Cérébrale (Cognitive)

Capacité du cerveau à se réadapter, à changer ses connexions neuronales, ses croyances, sa manière de penser. Une personne avec une grande plasticité cognitive peut passer d'une narration à une autre sans rigidité. Une personne enfermée dans des nexus a une faible plasticité.

Épistémologie

Science de la connaissance : « Comment sait-on ce qu'on sait ? » Bascar l'utilise ici pour dire que prendre conscience de ses heuristiques est une question épistémologique : on doit remettre en question les fondements de nos croyances, les allants de soi.

Goffman (Erving)

Sociologue américain (1922-1982) qui a étudié la présentation de soi (dramaturgie sociale). Il montre que, dans la vie quotidienne, nous jouons tous des rôles, comme des acteurs sur une scène. Mais souvent, nous confondons le rôle avec la réalité : nous croyons sincèrement au personnage que nous incarnons.

Présentation de Soi (Dramaturgie)

Concept de Goffman : l'idée que la vie sociale est une performance, comme au théâtre. Nous présentons une certaine image de nous-mêmes (un masque, un rôle) dans différents contextes. Le problème, selon Goffman (et Bascar), c'est que nous croyons à notre propre performance, que nous confondons la carte et le territoire.

Confusion Carte-Territoire

Distinction fondamentale en épistémologie : la carte (notre modèle mental, nos représentations, nos narrations) n'est pas le territoire (la réalité elle-même). Confondre les deux, c'est croire que nos pensées décrivent exactement la réalité, qu'il n'y a qu'une seule façon de voir les choses.

Système 1 / Système 2 (Kahneman)

  • Système 1 : Pensée rapide, automatique, émotionnelle, instinctive. Siège dans le cerveau limbique (amygdale, structures archaïques). Fonctionne par association, stéréotype, heuristique. Identifié et monoémotionnel.
  • Système 2 : Pensée lente, analytique, rationnelle, consciente. Siège dans le néocortex (frontal, cortex associatif). Permet l'introspection, la remise en question, la flexibilité.

Cerveau Limbique

Partie ancienne du cerveau (partagée avec les mammifères), siège des émotions, des réflexes de survie, des jugements moraux rapides. Fonctionne en mode binaire : ami/ennemi, agréable/désagréable, bon/mauvais.

Néocortex

Partie la plus récente du cerveau humain, siège de la pensée abstraite, de la logique, du langage, de l'auto-réflexion. Permet de dépasser le jugement automatique du système limbique.

Transe Hypnotique (d'Identification)

État de conscience altéré où on est tellement identifié à une idée, une narration, un rôle, qu'on n'en voit plus les limites. On confond complètement la narration avec la réalité. Pour Bascar, la plupart des gens sont en transe hypnotique vis-à-vis de leurs propres croyances (on croit qu'on croit ce qu'on dit). Hypnomachie cherche à sortir de ces transes, à créer une distance critique.

Narration (Récit)

Manière de raconter une histoire, un point de vue sur les choses. Il y a plusieurs narrations possibles sur le même événement (par exemple : réduire la population OU changer nos modes de consommation pour résoudre la crise écologique). Une narration n'est pas la vérité absolue, mais une façon de cadrer les choses. Bascar invite à explorer plusieurs narrations sans en adopter une seule.

Existence (Débat Philosophique)

Question : « Qu'est-ce qui existe vraiment ? » Bascar rejette ce débat comme stérile, car nous ne pouvons pas déterminer l'existence sauf par une expérience directe/mystique. Utiliser la notion d'existence pour arbitrer les débats (« Dieu existe-t-il ? », « L'inconscient existe-t-il ? ») est un piège. Mieux vaut parler d'utilité, d'efficacité narratives d'un concept.

Relatif vs. Absolu

  • Relatif : Qui dépend du contexte, du point de vue, des circonstances. (Ex. : « Il faut réduire la population » est relatif : ça dépend de quel système optimum on vise.)
  • Absolu : Qui est vrai indépendamment du contexte, universel, indépassable. Bascar critique ceux qui présentent des points de vue relatifs comme absolus, ce qu'il appelle une tentative de manipulation.

Incarnation / Identifié(e)

Pour Bascar, être identifié à une narration (incarner une position), c'est être en transe hypnotique par rapport à elle. On confond le masque avec le visage. Ne pas être identifié, c'est maintenir une distance critique, pouvoir explorer plusieurs positions sans croire à 100% à aucune d'elles. C'est très difficile à faire.

Conscience

État de lucidité où on voit ce qui se passe vraiment (par exemple, qu'on utilise une heuristique, qu'on est en train d'être manipulé). La conscience est l'opposé de la transe hypnotique. Bascar invite à cultiver la conscience : observer ses émotions, ses allants de soi, sans s'y identifier complètement.

Chaman Culturel

Rôle attribué à celui qui prescrit le sens, qui dit ce qui est bien ou mal, ce qu'il faut croire, comment vivre. Bascar refuse ce rôle : il ne veut pas être gourou, leader d'opinion, ou donneur de leçons. Il veut être un explorateur de narrations, pas un arbitre de la vérité.

Ascétisme

Pratique de la renonciation à l'excès, à la consommation superflue. Pour Bascar, l'écologie radicale c'est d'abord de ne pas acheter, pas simplement d'acheter « équitable ». L'ascétisme reconnaît qu'on ne peut pas être pur en système capitaliste, mais on peut tendre vers moins.


Note finale : Cette vidéo est essentiellement un appel à la liberté de penser. Bascar refuse les trois pièges majeurs :

  1. La pensée par défaut : avoir une opinion générale sur tout, indépendamment du contexte
  2. Les débats stériles sur l'existence : presenter des points de vue relatifs comme absolus
  3. L'autoritarisme bienveillant : prendre le rôle de guru ou de donneur de leçons

Son objectif est de cultiver la plasticité cognitive, la conscience de ses propres transes hypnotiques, et la capacité à explorer plusieurs narrations sans s'y identifier complètement. C'est un appel à la maturité épistémologique et à la liberté intellectuelle.
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Permalien

28) Vers une épistémologie non dualiste : qu'est ce que l'on perd quand on gagne un débat - YouTube

5 janvier 2026 à 22:59

Vers une Épistémologie Non Dualiste : Qu'est-ce que l'on Perd quand on Gagne un Débat ?

D'après l'analyse de Bascar (Hypnomachie)

Avertissement : Bascar annonce d'emblée qu'il s'agit « probablement de la vidéo la plus complexe de la chaîne ». Elle traite essentiellement d'épistémologie (la science de la connaissance, les fondements de notre manière de penser) et un peu d'anthropologie. L'objectif est de « faire péter les structures du bas », c'est-à-dire de remettre en cause les briques de base dont on se sert pour penser le chaos et le monde.


Introduction : Penser le Changement, Pas Changer le Pansement

Bascar commence par une citation : « Face au monde qui change, il faut mieux penser le changement que changer le pansement. »

L'objectif de cette vidéo est de remettre en cause certains allants de soi épistémologiques, ces évidences structurantes que nous utilisons pour appréhender le réel sans même nous en rendre compte. Pour ce faire, Bascar s'appuie principalement sur les travaux de Bruno Latour, anthropologue et philosophe des sciences, et son ouvrage « Nous n'avons jamais été modernes ».

Bascar prévient : ce livre n'est pas celui qu'il conseillerait en premier aux débutants. Il est « un petit peu difficile d'accès », avec des métaphores parfois étranges, une certaine « aridité ». Mais pour les fans d'épistémologie qui n'ont pas peur de la complexité, « ça vaut largement le coup ».


I. L'Évolution des Modèles de Pensée : Du Simple au Complexe

Les Modèles Archétypaux Simplistes

Nos ancêtres ont commencé à penser le monde avec des modèles assez simplistes, ce qui est normal. Bascar rappelle l'étymologie du mot « modèle » : il vient de « mettre en selle », avec la même racine qu'on retrouve dans :

  • Média (ce qu'il y a entre vous et le réel)
  • Médecin
  • Modeste
  • Mode
  • Mesure (le « maître » de la chose, ce qu'il y a entre toi et le monde)

Nos ancêtres pensaient le monde à l'aide de modèles archétypaux simplistes qui sont, en fait, ce que Bascar appelle dans d'autres vidéos des heuristiques de pensée : des raccourcis cognitifs qui permettent une forme d'économie cognitive.

Encore aujourd'hui, la plupart d'entre nous utilisons des modèles archétypaux extrêmement simplistes qui contiennent de grosses doses de logique sacrificielle, spécialement lorsqu'on considère que « l'autre est un con », « parce qu'il est con », qu'on le « reconnaît ».

L'Émergence de la Pensée Systémique

Tout au long de l'histoire, et spécialement après les Lumières et au XXe siècle, tout s'est accéléré. De plus en plus de gens ont complexifié les modèles humains. On s'est mis à avoir accès à la pensée systémique, typiquement avec l'École de Palo Alto en psychologie et en sociologie.

C'est-à-dire qu'on a commencé de plus en plus à essayer d'expliquer les phénomènes non pas par une cause ontologique (liée à la nature de la chose), mais par un ensemble de facteurs.

Exemple : l'obésité

Avant, on expliquait : « On est gros parce qu'on manque de volonté. » C'est une espèce de cause ontologique : « Je ne suis pas gros, je suis jovial et épanoui. »

Avec la pensée systémique, on s'est rendu compte qu'il y avait des corrélations très importantes entre la pauvreté et l'obésité. Quand on est pauvre, on a plus de chances d'être gros. L'explication devient multifactorielle : niveau socio-économique, accès à l'alimentation de qualité, stress, éducation nutritionnelle, facteurs psychologiques, etc.

Le Modèle à Deux Piliers

Ce mode de pensée systémique amène naturellement à complexifier la pensée. Très vite, dès qu'on étudie un sujet, on arrive à des explications multifactorielles, complexes. En gros, « c'est très, très compliqué, plein, plein de causes différentes ». Mais en tout cas, ça amène à des explications nuancées, complexes, dynamiques, assez éloignées des explications monolithiques et simplistes du café du commerce ou de nos politiques.

Bascar parodie le discours politique binaire : « Ceux qui ne veulent pas de changement, ce sont des feignasses, les connards... » On n'est pas bien là, avec nos deux gros piliers :

  1. Pilier 1 : Système rapide / Cerveau limbique / Pensée ontologique
    • Attribution d'une cause intrinsèque aux choses
    • « Le gros, il est gros parce qu'il n'a pas de volonté »
    • Simple, binaire, réactif
  2. Pilier 2 : Système lent / Néocortex / Pensée systémique
    • Causes multifactorielles complexes
    • Permet de saisir le monde dans toute sa complexité
    • Réfléchi, analytique

Bascar ironise : « Là, on a un bon gros système avec nos deux piliers qui nous permet de bien comprendre, de bien appréhender le monde. Là, c'est bien, fini, on peut presque s'arrêter de réfléchir. »

Puis, après une pause : « Non. On va tout faire péter. Je vous l'avais promis. »


II. La Critique de Bruno Latour : Le Tour de Passe-Passe des « Modernes »

Rationnel vs. Pré-rationnel : Qui Gagne le Débat ?

Une chose qui a beaucoup plu à Bascar dans l'approche de Latour, c'est comment il « torpille » ce qu'il appelle les « modernes », ou ce que Bascar appelle la « rationalité ».

Dans un débat argumenté, en général, la personne qui utilise des arguments ontologiques (qui se réfèrent à la nature des choses) perd quasi systématiquement face à quelqu'un qui utilise une approche rationnelle. C'est normal : quand le rationnel rencontre le pré-rationnel, ça donne ça.

Mais — et c'est là que ça devient intéressant — comme souvent, il y a ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas. Quand on gagne un conflit mimétique (car l'opposition pré-rationnel/rationnel, vue du point de vue rationnel, est un conflit mimétique), on perd autre chose.

La Narcose Narcissique

En général, quand on plafonne dans un paradigme rationnel, on ne se rend pas compte qu'on perd quelque chose. On ne réalise qu'on perd quelque chose que quand on sort de ce que Marshall McLuhan appelle la « narcose narcissique ».

La narcose narcissique, c'est cette espèce de torpeur dans laquelle on tombe lorsqu'on a quelque chose qui est une extension de soi-même. Exemple : quand on vient d'avoir une nouvelle console de jeu vidéo et qu'on se dit « Ouais, j'ai la dernière machin ! » Parce qu'en fait, on vit l'objet comme une extension de soi.

De manière plus subtile, on a un phénomène de narcose narcissique quand on gagne un débat. C'est le moment du « Ouais, j'ai raison, l'autre est un couillon, et la raison est de mon côté. » On retrouve bien sûr le conflit mimétique. On a aussi une espèce d'endormissement de la conscience à ce moment-là.

Ce n'est que lorsqu'on sort de cette narcose narcissique, lorsqu'on se met dans cet état que Levinas appelle très justement « entièrement dessaoulé », qu'on commence à se rendre compte de ce qui nous arrange pas.

Le Tour de Passe-Passe Épistémologique

Ce que nous dit Latour — et c'est très intéressant — c'est que pour gagner ces frottements au niveau des idées, le moderne effectue, malgré lui, souvent à son insu, une espèce de petit tour de passe-passe épistémologique. Il triche un petit peu sur la méthode.

Ça lui permet de gagner dans un duel à une seule dimension où il y a :

  • D'un côté, les arguments ontologiques (qui tiennent en « c'est comme ça, c'est la nature des choses »)
  • De l'autre côté, les arguments systémiques, complexes

Mais ce qui est fascinant, c'est que c'est sous son propre seuil de conscience qu'il arnaque l'autre, et que, quelque part, il s'arnaque lui-même.


III. L'Exemple de Star Wars : Ontologie vs. Rationalité

Pour expliquer avec plus de clarté cette petite arnaque épistémologique, Bascar utilise un exemple culturel que beaucoup connaissent : Star Wars.

La Force dans la Trilogie Originale : Explication Ontologique

Dans les tout premiers films (années 1980), on assiste à une explication purement ontologique de ce qu'est la Force, un phénomène très complexe.

« La Force qui donne aux chevaliers Jedi leur pouvoir, c'est une sorte de fluide créé par tout être vivant, une énergie qui nous entoure et nous pénètre, et qui maintient la galaxie en un tout unique. »

Mais ça n'explique rien. Ça veut dire que dans une discussion argumentée, ça n'a aucun poids, aucune valeur, mise à part si on se planque derrière « l'identité culturelle et son respect ». Mais sans ça, ça n'a aucun poids dans une discussion argumentée.

La Force est présentée comme une espèce de mythe pré-rationnel structurant, un absolu et indépassable, un peu à la manière de certains hommes qui, autrefois, imaginaient que le monde reposait sur une tortue qui elle-même flottait dans le vide. C'est pré-rationnellement correct.

Les Midichloriens dans la Prélogie : Tentative de Rationalisation

Dans la prélogie (sortie après, mais qui parle d'avant dans la saga, début des années 2000), on assiste à une espèce de débauche d'explication qui se voudrait moderne ou rationnelle via l'arrivée d'une notion : les midichloriens.

« Les midichloriens sont des organismes microscopiques qu'on rencontre dans toute cellule vivante. Ils sont à l'intérieur de moi, dans ces cellules. Sans les midichloriens, il n'y aurait pas de vie, et on n'aurait pas connaissance de la Force. »

Bascar ironise : « Au début des années 80, ça parlait à tout le monde, un grand mystère cosmique transcendantal. Alors qu'au début des années 2000, avec Internet et la culture scientifique, il leur faut du scientifique, du prouvable, sinon ils n'accrochent pas. C'est normal. »

Le Conflit Mimétique

On a vraiment l'archétype d'un phénomène qui est expliqué :

  • D'un côté, avec des modèles ontologiques (la Force comme mystère)
  • De l'autre côté, avec des modèles systémiques/rationnels (les midichloriens comme organismes mesurables)

Comme Bascar l'a dit, dans un débat, quand les deux s'affrontent, la personne qui défend le monde de façon ontologique « repart directement la queue entre les jambes ».

Mais prenons le temps, dit Bascar, de climatiser Latour (comprendre : de digérer Latour à petites doses).


IV. La Question Fondamentale : Nature ou Culture ?

La Science est-elle un Construit Social ?

Bruno Latour, en s'appuyant sur Schapin et Schaffer, qui eux-mêmes s'appuient sur Robert Boyle, pose une question fondamentalement intéressante :

La science — la démarche scientifique — appartient-elle au monde ontologique ou au monde systémique ?

Dit autrement : est-ce que la science est un construit social, ou est-ce que la science est une chose en soi ?

Pendant très longtemps, on a fonctionné avec un modèle en opposition entre :

  • La nature (justement, la nature, c'est l'ontologie)
  • La culture (aspect systémique par excellence)

Avec la découverte de l'épigénétique, on commence à arriver tout doucement à un modèle :

Nature → Épigénétique → Culture

Sous forme d'un continuum.

La Proposition de Bascar : Un Modèle Plus Fin

Bascar propose une modélisation « un petit peu plus fine ». Il affirme :

La nature est à la fois naturelle ET culturelle.

La nature est naturelle

C'est assez intuitif. Une chose est une chose. Un chien est un chien. Pas de problème.

La nature est également culturelle

Notre rapport à la nature, la manière même que nous avons de concevoir ce qu'est la nature, dépend totalement de notre culture, de notre socio-culture.

Bascar fait référence à l'hypothèse de Sapir-Whorf (très controversée, prévient-il). C'est le fameux mythe (légende urbaine) selon lequel les Eskimos auraient 50 mots différents pour qualifier la neige.

C'est extrêmement controversé, mais Bascar utilise cette légende pour illustrer que selon les mots qu'on emploie, selon la langue et comment notre socio-culture façonne notre système nerveux, nous allons avoir des représentations très différentes de ce qu'est la nature.

Donc on a une nature qui est à la fois nature et à la fois culture. Petit clin d'œil à Spinoza et au concept de natura naturans et natura naturata (« la nature naturante » et « la nature naturée »), qu'il n'a d'ailleurs fait que reprendre.

Culture Naturelle et Culture Culturelle

De la même façon, en face, on a une culture qui va être à la fois naturelle ET culturelle.

La culture est culturelle

Par essence, c'est intuitif. Oui, la culture, c'est culturel. Pas de problème.

La culture a une composante naturelle

Bascar prend l'exemple de la Suède. Dans certains pays nordiques, ils ont fait un gros travail pour déconstruire les représentations sociales et notamment essayer d'encourager :

  • Les hommes à aller vers les métiers du care (infirmiers, médecins, tous les métiers où on prend soin)
  • Les femmes à aller vers des métiers perçus comme plus masculins (BTP, par exemple)

Ils ont fait passer, dès le départ, sur des années et des années, chez les enfants, des stéréotypes dans les dessins, les livres : « Georges, enfin, Hugues (probablement) va au travail », etc., de façon à ce que les enfants intègrent des stéréotypes qui leur donnaient toute latitude et toute permission d'aller faire ces métiers.

Le Résultat Surprenant

Malgré ces incitations, les chercheurs ont eu la surprise de voir qu'on avait tout de même :

  • Une majorité d'hommes dans les métiers du BTP
  • Une majorité de femmes dans les métiers du care

Et ce, malgré les fortes incitations à déconstruire les stéréotypes culturels, à donner un maximum de permission aux gens.

Certains chercheurs font l'hypothèse de causes plus ou moins génétiques et/ou hormonales. D'autres disent « Non, non, non, tout est culturel. »

Bascar ne tranche pas, mais il dit : « En tout cas, ce qui est clair, c'est que ce n'est pas absurde de penser que les différents stéréotypes culturels se basent, à un moment donné, sur la génétique et sur la nature. On ne vient pas de nulle part, on n'a pas été créés ex nihilo. »

Conclusion Provisoire

Ce qui est clair, c'est que :

  • Les modèles 100% ontologiques (tout est naturel)
  • Les modèles 100% systémiques (tout est culturel)

Ne sont pas, à eux seuls, satisfaisants.

L'un nourrit l'autre, un petit peu à la manière du yin et du yang. Et tant mieux, puisque chacun possède des zones d'impensé que l'autre permet de penser. Tout l'intérêt est donc de ne pas être sectaire dans les modèles qu'on emploie pour appréhender les choses.


V. Les Hybrides : Menace pour les Systèmes de Pensée

Qu'est-ce qu'un Hybride ?

On va alors assister à l'émergence de ce que Bruno Latour appelle des « hybrides » (Bascar fait un jeu de mots avec « hybride/vampire » : « plus fort que les deux espèces réunies à la fois »).

Pour Bruno Latour, un hybride, on pourrait dire que c'est un phénomène qui ne peut pas être appréhendé de manière satisfaisante ni avec un filtre ontologique, ni avec un filtre systémique.

Ce sont des phénomènes qui échappent à la dichotomie nature/culture.

Les Hybrides dans le Monde Traditionnel

Dans un monde traditionnel, la plupart du temps, les hybrides sont encadrés dans le meilleur des cas, voire même très souvent purement et simplement niés, voire exterminés.

Pourquoi ? Parce que l'existence même des hybrides menace les mythes fondateurs des sociétés et de la socio-culture.

Bascar illustre avec une parodie : « Je me bats, c'est prêt d'une part, vouloir se marier. » (Référence au débat sur le mariage homosexuel, où certains milieux traditionalistes voient l'homosexualité comme une « hybridité » menaçant l'ordre naturel.)

Les Hybrides chez les Modernes

De l'autre côté, chez les modernes, les rationalistes, les progressistes, on va plutôt donner dans l'autre sens : des explications systémiques jusqu'à la négation pure et simple du moindre facteur ontologique.

Bascar parodie un dialogue sur l'identité de genre :

— « Vous n'êtes pas un homme ? »
— « Non, non, je ne sais pas ce qui vous fait dire que je suis un homme, mais je ne le suis pas. »
— « De votre apparence ? »
— « Ah bon ? Ah, il ne faut pas confondre identité de genre et expression de genre. Donc on va déjà mal partir. »

La Prolifération des Hybrides

La prolifération des hybrides menace autant les modèles conservateurs que les modèles progressistes. Même si, effectivement, les modèles progressistes sont peut-être un tout petit peu plus souples, un tout petit peu plus adaptables, « c'est peanuts ».

Cette prolifération entraîne des blagues du genre : « Moi, je m'identifie à un concombre sur de la moussaka. » Bascar répond : « Oui, d'accord, mais... »

Le Sophisme de Vol de Concepts

Ce qui semble fondamental de comprendre, notamment du point de vue progressiste, c'est qu'on ne fait jamais que du systémique sur une base ontologique.

Faire de la pensée systémique, de la pensée multifactorielle complexe, ce n'est jamais qu'un énorme agrégat de différentes pensées ontologiques qui vont se répondre les unes aux autres, avec des relations. On est d'accord.

Mais : si jamais on oublie et qu'on nie l'ontologique quand on fait du systémique, on rentre dans ce qu'on appelle un sophisme de vol de concepts.

C'est-à-dire qu'on utilise des concepts (homme, femme, nature, etc.) qui reposent sur une base ontologique, tout en niant cette base. On se sert des briques conceptuelles tout en prétendant qu'elles n'existent pas.


VI. Le Postmodernisme et le Nihilisme

La Déconstruction Postmoderne

Cette prolifération des hybrides entraîne donc une déconstruction qu'on va appeler postmoderne, où l'homme se retrouve seul, seul face à son ignorance du monde et son incapacité à le penser efficacement.

Ça demande un certain lâcher-prise qui est très difficile à faire pour des gens qui sont « en vie de moi » (qui ont un ego fort, qui s'identifient à leur capacité de penser).

Parce que quand on lâche prise sur sa capacité à connaître le monde, il ne reste que soi. Et si soi n'est pas bien installé, s'il n'y a personne, « il n'y a rien ». Un certain nombre de personnes sombrent alors dans le nihilisme le plus complet.

Bascar cite un dialogue de film :

— « Tu n'as pas encore remarqué ? Tout est fini. Ça n'a plus aucune importance. Plus rien n'a d'importance. »
— « Vous avez peut-être envie d'abandonner, mais moi pas. »
— « Eh bien, au moins tu es cohérente. Seulement, tu es... tu resteras une conne. »


VII. Le Retour à Latour : Au-delà de la Dialectique

La Dialectique Ontologique ↔ Systémique

Bascar revient à Bruno Latour (avec une blague : « Gustave Eiffel avait tout prévu en construisant en 1889 une tour dont l'alignement des structures... Non, je parle de Bruno Latour, l'anthropologue »).

Latour nous décrit bien comment l'homme, par des concepts ontologiques (le mystère de la Force, la génétique, la nature des choses) vers les facteurs systémiques (les midichloriens, l'éducation, les facteurs culturels, etc.), chemin faisant, pensait que dans une synthèse de ces deux manières de faire, l'homme, passant son temps à faire un aller-retour entre les deux, finirait par trouver une espèce de juste milieu.

Un peu comme peut l'être l'épigénétique aujourd'hui : une espèce de synthèse des connaissances humaines entre ces deux grands pôles dialectiques (ontologique/systémique). Ça génère quasiment une espèce d'harmonie épistémologique.

La Logique Sacrificielle Cachée

Dans ce modèle qui plafonne en rationnel, ce modèle progressiste rationnel plafonné, il y a une forme subtile de logique sacrificielle.

Latour nous invite à penser une chose très simple. Il cite : « Il n'y a aucune raison de limiter à deux les variétés ontologiques, ou à trois si on considère l'intermédiaire (l'épigénétique). »

En fait, tant qu'on est là-dedans, on reste prisonnier d'un mode de pensée fondamentalement dualiste.

Il ajoute ensuite : « Toutes ces questions ne sont plus coincées justement entre la nature et la société, puisqu'elles redéfinissent tout : qu'est-ce que c'est que la nature, et qu'est-ce que c'est que la société ? »

Là, on en revient à :

  • La nature qui est culturelle ET naturelle
  • La culture qui est naturelle ET culturelle

La Science Pure n'Existe Pas

Latour nous invite à remarquer que nous avons des centaines de mythes qui racontent comment le sujet fait l'objet, et presque aucun mythe qui nous raconte l'inverse.

Il cite également Michel Serres : « Il n'est de pur mythe que l'idée d'une science pure de tout. »

En fait, il n'y a pas de science pure, détachée de tout contexte culturel, social, humain. La science elle-même est un hybride.


VIII. Le Tour de Passe-Passe du Moderne Révélé

Le Double Standard

Alors, quel est ce tour de passe-passe qu'utilise le moderne pour avoir raison à tous les coups ?

C'est très simple :

Face au Pré-rationnel

Quand le moderne (le rationnel plafonné) va observer le pré-rationnel (le « sauvage »), il va voir des gens qui adorent des dieux, qui adorent des idoles. Il va simplement poser une question simple :

« Quels sont vos preuves ? »

Par définition, dans un monde pré-rationnel, il n'y a pas de preuve. Donc le moderne va utiliser le rasoir d'Ockham et va amener logiquement, au niveau du débat, à préférer des facteurs systémiques à un facteur ontologique non démontré.

C'est le principe même du rasoir d'Ockham. Donc il va avoir raison à tous les coups dans la discussion.

Mais Derrière...

Mais : si vous regardez bien, le moderne, le rationnel, va aussi, derrière, proposer un ordre social qui est, lui, par contre, à 100% construit socialement, mais qui va paradoxalement être présenté comme absolu et indépassable.

Citation parodique : « On ira ensemble vers ce nouvel ordre mondial, et personne, je dis bien personne, ne pourra s'y opposer. »

L'Amoralité Revendiquée

Le moderne rationnel plafonné se vante de son amoralité. La morale, justement, ne peut pas être déduite scientifiquement.

Eh bien, justement, du coup, il se place sur le terrain de l'amoralité, à côté de la morale, et ainsi il peut dire une chose et son contraire par absence de « surmoi ».

Le Double Jeu

Si vous critiquez en disant que la nature est un monde construit de main d'homme, ils vous montreront qu'elle est transcendante et qu'ils n'y touchent pas, qu'ils ne font que suivre les lois naturelles de la nature (darwinisme social, par exemple).

Si vous leur dites que la société est transcendante et que ces lois les dépassent infiniment, ils vous diront que nous sommes libres et que notre destin est entre nos seules mains.

Vous voyez ? Le moderne peut jouer sur les deux tableaux. Il peut agir en conquérant et vanter votre liberté.

Citation parodique d'un dialogue colonial :

— « Vous parlez comme s'il était toujours une puissance coloniale. »
— « Mais moi, je ne veux pas m'en occuper de l'électricité dans les universités. C'est le travail du président. »

C'est le fameux « Vous êtes libres », cher aux fans de psychologie de la manipulation. Le moderne joue vraiment sur les deux tableaux.


IX. Le Prix à Payer : L'Incapacité à Se Penser Soi-Même

La Thèse de Latour

Latour propose une thèse que Bascar trouve extrêmement intéressante :

Pour avoir raison et avoir cette espèce de fluidité conceptuelle, le moderne doit payer un prix. Et ce prix, c'est l'incapacité à se penser lui-même.

Il y aurait donc une espèce de vide, d'impensé conceptuel, entre justement l'ontologique, l'hybride et le systémique.

Ce vide, c'est le discours. Le discours au sens de logos.

Bascar rappelle : Logos, c'est « raison », c'est « discours ».

Le Discours comme Fondement

Si vous regardez bien :

  • C'est le discours qui sous-entend la nature
  • C'est le discours qui sous-entend la culture
  • C'est le discours qui sous-entend la nature naturelle, la nature culturelle, la culture naturelle, et la culture culturelle

Bref, c'est la brique de base de tout ce qu'on vient d'exposer tout au long de cette vidéo.

Du coup, Latour nous invite à nous demander : « Mais au fond, qu'est-ce qui fonde fondamentalement un discours ? »


X. La Légitimité du Discours : L'Être Comme Seul Fondement

L'Enculage de Mouches ?

Bascar sait que, à ce stade de la vidéo, certains vont trouver qu'on commence un peu à « enculer des mouches ».

Mais lui, il a trouvé ça génial épistémologiquement. En plus, ça rejoint, dans certains points de vue, la notion de droit naturel.

La Seule Légitimité

La seule légitimité fondamentale d'un discours, ce qui légitime un discours, c'est sa simple existence.

Si toi, tu viens de penser « Oui, mais quelque chose », c'est à cet endroit-là, exactement, qu'il y a un reste de logique sacrificielle. Exactement à cet endroit.

En fait, ce qui justifie l'être d'un être, c'est justement le fait même de son être. Et le discours d'un être se justifie également par la simple existence de cet être.

Heidegger et le Langage de l'Être

Il y a chez Heidegger cette idée que « le langage sera le langage de l'être, comme les nuages sont les nuages du ciel ».

Ça rejoint Kurt Gödel quand il affirme, de façon cataphatique — la cataphase, c'est l'art de définir le divin par l'affirmative : « Dieu est ceci, Dieu est cela, il a telle qualité, etc. » (Ça s'oppose à l'apophase, qui est le fait de définir de façon négative.)

Bascar fait le lien avec les métaprogrammes en PNL : est-ce qu'on est en recherche ou en évitement ? Est-ce qu'on est proactif ou réactif ?

Le Bouddhisme et la Négation

Ça rejoint aussi la notion tibétaine de « ni ceci, ni cela » (en sanskrit : neti neti, « pas ceci, pas cela »).

Bascar revient à l'idée que disait Gödel, de façon cataphatique, et que disait aussi Ludwig Wittgenstein : « De la négation, rien ne correspond à la réalité. »

Eh oui, dans la réalité, vous ne croisez pas un « non-chien » ou un « non-arbre », ou un « non-Jean-Marie Le Pen ». Ça n'existe pas. Vous ne croisez que des individus ou des choses clairs. Vous n'avez pas « je ne sais pas », un truc barré qui se balade dans la nature. Ça n'existe pas.


XI. La Logique Aristotélicienne Ne Parle Pas du Réel

L'Axiome de Non-Contradiction

Ça pose une question fondamentale : la logique aristotélicienne, qui est à la base de notre civilisation, se base sur l'axiome que une chose ne peut pas être une chose et son contraire.

Dire que si une chose est A, alors elle ne peut pas être non-A, c'est un des axiomes fondamentaux de la logique aristotélicienne.

Une Logique qui Ne Décrit Pas le Réel

Donc, du coup, ça signifierait que la logique aristotélicienne ne parle pas du tout du réel, puisque dans la réalité, il n'y a pas de « non-quelque chose ».

Mais alors, si elle ne parle pas du réel, de quoi parle-t-elle ?

On peut se poser la question. Et on a des pâtures de penser que ça pourrait justement parler davantage du conflit mimétique et du désir mimétique de celui qui utilise la logique aristotélicienne, plus que du réel.

Bascar trouve ça « assez intéressant » comme pensée.


XII. Complexité et Lâcher-Prise

Bascar a bien conscience que cette vidéo est « probablement une des plus complexes » qu'il a pu produire à ce jour. Il fait confiance à son public pour « s'accrocher un petit peu ».

Certains lui ont dit que ça faisait le même effet que la physique quantique quand on ne comprend pas la première fois. « Et ça fonctionne », dit Bascar.

Pourquoi ? Parce que, par définition, on remet en cause les fondements de notre réflexion habituelle. C'est extrêmement inconfortable. Ça demande beaucoup, beaucoup, beaucoup de lâcher-prise.

Réponse aux Commentaires

C'est aussi un élément de réponse à certaines personnes dans certains commentaires sur des vidéos précédentes qui disaient : « Ouais, mais bon, avec soin, tu peux envisager le fait que tu as tort, etc. »

Bascar répond : Ces personnes « ne se rendent même pas compte que tant qu'on est dans une notion de tort ou de raison, en fait, on est encore coincés dans le conflit mimétique, et on passe complètement à côté de mon travail. »


XIII. Le Non-X Relève de l'Idéologie Pure

Ça nous amène à penser que toute notion de « non-quelque chose », de « non-A », de « non-X », relève en fait de l'idéologie pure et simple.

Naturellement, ces différents éléments transrationnels que Bascar vient de proposer seront récupérés et amalgamés par le pré-rationnel. C'est évident. Peut-être dans une moindre mesure par le rationnel.

« Ça a toujours été comme ça. » Tout comme il y a des gens qui vont vendre de la poudre de perlimpinpin en marquant dessus « c'est de la poudre quantique ».

Bascar conclut avec humour : « Je suis complètement impuissant à ça. »


XIV. Conclusion : Invitation au Dialogue

Cette vidéo est maintenant terminée. Bascar espère qu'elle a plu, qu'elle a enrichi « malgré sa relative complexité ».

Il invite à :

  • Rejoindre la page Facebook Hypnomachie pour échanger
  • Laisser un commentaire pour donner un retour : est-ce que des vidéos de ce niveau de complexité plaisent, ou est-ce que c'est « complètement évitable » ?
  • Soutenir Hypnomachie sur Tipeee, d'autant qu'en ce moment « la petite caméra est morte et on rachète tout le matos »

Bascar laisse ensuite la parole à « Alain » (lui-même, en voix off) qui dit : « Un pouce bleu, ça fait toujours plaisir. S'abonner, mais si tu veux pousser plus loin ta réflexion, je te conseille quand même de lire le livre. C'était assez compliqué, et le livre est disponible sur le site hypnomachie.com. »

« Voilà, ce qui te permet peut-être de te développer, de te forger une vraie culture. Il faut savoir que moi, je ne suis pas né comme ça, maître du logos. C'est du travail. Voilà, j'ai fourni un effort. Et donc, si ça t'intéresse toi-même d'aller plus loin, tu sais où aller. »


Glossaire des Termes Complexes

Épistémologie

Science de la connaissance. L'épistémologie étudie les fondements, les méthodes et les limites de la connaissance. Elle se demande : « Comment sait-on ce qu'on sait ? », « Qu'est-ce qui rend une connaissance valide ? », « Quelles sont les conditions de la connaissance scientifique ? » Dans cette vidéo, Bascar s'intéresse aux structures mentales et aux modèles conceptuels que nous utilisons pour penser le monde.

Ontologie / Ontologique

Branche de la métaphysique qui étudie l'être en tant qu'être, la nature des choses en elles-mêmes. Une explication ontologique se réfère à ce qu'une chose est par nature, à son essence. Exemple : « Le gros est gros parce qu'il manque de volonté » (on attribue l'obésité à une qualité intrinsèque de la personne). Chez Bascar, « ontologique » renvoie souvent aux explications simplistes, essentialistes, qui attribuent une cause unique et intrinsèque aux phénomènes.

Systémique

Approche qui étudie les phénomènes non pas de manière isolée, mais comme des systèmes composés d'éléments en interaction. La pensée systémique cherche à comprendre les relations, les boucles de rétroaction, les émergences. Elle s'oppose au réductionnisme (qui cherche à tout expliquer par des causes simples). Exemple : expliquer l'obésité par un ensemble de facteurs (génétique, environnement socio-économique, éducation, stress, etc.).

Modèle

Représentation simplifiée de la réalité qui permet de la comprendre, de la prédire ou de la manipuler. Selon l'étymologie donnée par Bascar, « modèle » vient de « mettre en selle », c'est-à-dire ce qu'on place entre soi et le réel pour le saisir. Un modèle n'est jamais la réalité elle-même, mais une carte qui aide à naviguer dans le territoire.

Heuristique

Méthode de résolution de problèmes qui ne garantit pas une solution optimale, mais qui permet d'arriver rapidement à une solution suffisamment bonne. Une heuristique est un raccourci mental, une règle empirique. Exemple : « Si ça a des plumes et que ça vole, c'est probablement un oiseau. » Les heuristiques permettent une économie cognitive (on ne réfléchit pas à tout depuis zéro à chaque fois), mais peuvent aussi mener à des biais.

Économie Cognitive

Principe selon lequel le cerveau humain cherche à minimiser l'effort mental en utilisant des raccourcis, des automatismes, des catégories toutes faites. Cela permet de traiter rapidement l'information, mais au prix d'une perte de nuance et de précision.

Système 1 / Système 2

Distinction popularisée par le psychologue Daniel Kahneman (Prix Nobel d'économie) :

  • Système 1 : Pensée rapide, automatique, intuitive, émotionnelle. Siège dans le cerveau limbique. Fonctionne par association, stéréotype, heuristique. Peu coûteux en énergie, mais source de biais.
  • Système 2 : Pensée lente, réfléchie, analytique, consciente. Siège dans le néocortex. Demande un effort, consomme de l'énergie cognitive, mais permet une pensée plus précise, nuancée, complexe.

Cerveau Limbique

Partie ancienne du cerveau (partagée avec les autres mammifères), siège des émotions, de la mémoire émotionnelle, des réflexes de survie (peur, colère, plaisir, désir). Réagit de manière binaire : agréable/désagréable, ami/ennemi, sûr/dangereux.

Néocortex

Partie la plus récente du cerveau humain (d'un point de vue évolutif), siège de la pensée abstraite, du raisonnement logique, du langage complexe, de la planification, de la conscience de soi. Permet une vision « grand-angle », nuancée, systémique.

Bruno Latour

Anthropologue, sociologue et philosophe français (1947-2022), spécialiste des sciences studies (études des sciences). Il a développé la théorie de l'acteur-réseau (Actor-Network Theory) et remis en question la distinction traditionnelle entre nature et culture, science et société. Son livre « Nous n'avons jamais été modernes » (1991) critique la prétention de la modernité à séparer radicalement la nature (objective) de la culture (subjective).

Les Modernes

Chez Latour, désigne ceux qui croient en la Grande Séparation entre :

  • D'un côté, la Nature (objective, universelle, accessible par la science)
  • De l'autre, la Société/Culture (subjective, relative, construite)

Les Modernes pensent que la science découvre des vérités objectives détachées de tout contexte social. Latour montre que cette séparation n'a jamais vraiment existé : les objets scientifiques sont toujours des hybrides de nature et de culture.

Hybride

Chez Latour, un hybride est un phénomène qui mélange inextricablement nature et culture, fait et valeur, objet et sujet. Exemples : le trou dans la couche d'ozone (à la fois phénomène naturel et produit de l'activité industrielle humaine), un vaccin (à la fois molécule biologique et objet social chargé de controverses), l'identité de genre (à la fois biologie et construction sociale). Les hybrides prolifèrent dans le monde contemporain et mettent en crise les catégories modernes.

Rasoir d'Ockham (ou Occam)

Principe de parcimonie attribué au philosophe médiéval Guillaume d'Ockham : « Les entités ne doivent pas être multipliées sans nécessité. » En d'autres termes : entre deux explications, il faut préférer la plus simple, celle qui fait le moins d'hypothèses inutiles. Ce principe est fondamental en science. Cependant, Bascar montre que le « moderne » l'utilise de manière asymétrique : il l'applique aux croyances des autres (« prouvez vos dieux ! »), mais pas à ses propres constructions sociales.

Narcose Narcissique

Concept de Marshall McLuhan, théoricien des médias. La narcose narcissique désigne l'engourdissement de la conscience provoqué par une extension de soi (outil, technologie, idée). Quand on adopte une nouvelle technologie ou une nouvelle croyance, on entre dans une sorte de transe où on ne voit plus les effets secondaires ou les limitations de cette extension. On est « narcotisé » par notre propre reflet dans l'outil. Exemple : quand on gagne un débat, on est dans la narcose narcissique (« j'ai raison ! »), et on ne voit pas ce qu'on a perdu en gagnant.

Entièrement Dessaoulé

Expression empruntée à Emmanuel Levinas, philosophe. Désigne l'état de quelqu'un qui sort de l'ivresse, de la transe, de l'illusion, et qui voit enfin les choses avec lucidité. Bascar l'utilise pour désigner le moment où on sort de la narcose narcissique et où on prend conscience de ce qu'on avait sacrifié sans le savoir.

Conflit Mimétique

Concept central de René Girard (voir vidéo précédente sur Girard). Désigne le conflit qui naît entre deux individus (ou deux groupes) qui désirent la même chose parce qu'ils s'imitent mutuellement. Ici, Bascar montre que l'opposition pré-rationnel/rationnel est elle-même un conflit mimétique : chacun veut avoir raison, imposer son modèle, vaincre l'autre.

Logique Sacrificielle

Toute structure de pensée ou d'action qui fonctionne par exclusion, négation ou sacrifice d'un élément pour maintenir l'ordre ou l'identité. C'est le mode de fonctionnement « par défaut » de l'humanité, selon Girard et Bascar. Exemple : pour que mon groupe soit uni, je dois désigner un ennemi commun (bouc émissaire). Pour que mon système de pensée soit cohérent, je dois nier ou exclure ce qui ne rentre pas dedans.

Pré-rationnel / Rationnel / Trans-rationnel

Trois niveaux de pensée :

  • Pré-rationnel : Pensée magique, mythique, émotionnelle, qui précède la raison. Fonctionne par croyances, récits, symboles. Ne demande pas de preuves. (Exemples : animisme, religions traditionnelles, superstitions.)
  • Rationnel : Pensée logique, analytique, scientifique. Demande des preuves, des démonstrations. Se méfie des émotions et des croyances. (Exemples : sciences modernes, philosophie des Lumières.)
  • Trans-rationnel : Pensée qui dépasse la raison sans la nier. Intègre raison ET intuition, science ET mystique, logique ET paradoxe. Comprend les limites de la raison sans retomber dans le pré-rationnel. (Exemples : certaines philosophies orientales, épistémologies non dualistes, pensée complexe.)

Épigénétique

Branche de la biologie qui étudie comment l'environnement peut modifier l'expression des gènes sans changer la séquence de l'ADN elle-même. L'épigénétique montre que l'opposition nature/culture est trop simpliste : l'environnement (culturel, social) influence directement la biologie. C'est un exemple parfait d'hybride au sens de Latour.

Hypothèse de Sapir-Whorf (ou relativité linguistique)

Hypothèse (très débattue) selon laquelle la langue que l'on parle influence, voire détermine, la façon dont on pense et perçoit le monde. Version forte (déterminisme linguistique) : notre langue détermine notre pensée. Version faible : notre langue influence notre pensée. Le mythe des « 50 mots pour la neige chez les Eskimos » illustre cette idée (bien que ce mythe soit largement exagéré).

Natura Naturans / Natura Naturata

Concepts de Spinoza, philosophe du XVIIe siècle :

  • Natura naturans : « La nature naturante », c'est-à-dire Dieu ou la Nature en tant que cause active, force créatrice.
  • Natura naturata : « La nature naturée », c'est-à-dire la Nature en tant qu'effet, ensemble des choses créées.

Pour Spinoza, Dieu = Nature. Il n'y a qu'une seule substance. Bascar utilise cette distinction pour montrer que la nature est à la fois sujet (elle agit) et objet (elle est créée par notre regard).

Sophisme de Vol de Concepts (Concept Stealing Fallacy)

Erreur logique qui consiste à utiliser un concept tout en niant les fondements qui le rendent possible. Exemple classique en philosophie libertarienne : affirmer que « les droits n'existent pas » tout en revendiquant ses droits. Dans le contexte de cette vidéo : nier toute base biologique/ontologique à l'identité tout en utilisant des catégories (homme, femme) qui reposent sur cette base.

Postmodernisme

Courant philosophique et culturel (XXe siècle) qui remet en question les grands récits de la modernité (progrès, raison universelle, vérité objective). Le postmodernisme insiste sur la relativité des connaissances, la déconstruction des discours de pouvoir, la pluralité des perspectives. Bascar montre que le postmodernisme, en déconstruisant tout, peut mener à un nihilisme (« plus rien n'a de sens ») si on n'a pas la maturité spirituelle pour supporter l'incertitude.

Nihilisme

Position philosophique selon laquelle rien n'a de sens, de valeur ou de but intrinsèque. Tout est vide, arbitraire, absurde. Le nihilisme est souvent vécu comme une crise existentielle (« à quoi bon ? »). Bascar montre que c'est le risque du postmodernisme sans lâcher-prise spirituel.

Cataphase / Cataphatique (Théologie Cataphatique)

En théologie, méthode qui consiste à affirmer ce que Dieu est : « Dieu est bon », « Dieu est tout-puissant », « Dieu est amour », etc. On définit le divin par des attributs positifs.

Apophase / Apophatique (Théologie Apophatique)

En théologie, méthode qui consiste à dire ce que Dieu n'est pas : « Dieu n'est pas limité », « Dieu n'est pas matériel », « Dieu n'est pas compréhensible », etc. On définit le divin par la négation. La théologie apophatique insiste sur le fait que Dieu est au-delà de toute catégorie humaine. Très présente dans la mystique chrétienne orientale, le soufisme, le bouddhisme.

Neti Neti

Expression sanskrite signifiant « ni ceci, ni cela ». C'est une méthode de la philosophie indienne (notamment dans l'Advaita Vedanta) pour écarter tout ce qui n'est pas le Soi ultime (Atman/Brahman). Par élimination successive (« je ne suis pas mon corps », « je ne suis pas mes pensées », « je ne suis pas mes émotions »), on arrive à ce qui reste : la conscience pure, le Soi. Bascar utilise ce concept pour montrer que les négations (« non-X ») ne correspondent à rien dans le réel, elles sont des outils conceptuels, pas des choses.

Logique Aristotélicienne

Système logique développé par Aristote (IVe siècle av. J.-C.), fondement de la logique occidentale. Repose sur trois principes (axiomes) :

  1. Principe d'identité : A est A.
  2. Principe de non-contradiction : Une chose ne peut pas être A et non-A en même temps et sous le même rapport.
  3. Principe du tiers exclu : Soit A, soit non-A ; il n'y a pas de troisième possibilité.

Bascar souligne que cette logique ne parle pas du réel (où il n'y a que des entités positives), mais plutôt de nos catégories mentales et de nos conflits mimétiques.

Darwinisme Social

Application (souvent abusive) de la théorie de l'évolution de Darwin à la société humaine : « la survie du plus apte » devient « les riches/puissants sont naturellement supérieurs ». Utilisé historiquement pour justifier le capitalisme sauvage, le colonialisme, l'eugénisme. C'est un exemple de naturalisation d'un ordre social (on présente un construit social comme une « loi naturelle »).

Logos

Mot grec aux multiples sens :

  • Raison, logique
  • Parole, discours
  • Principe organisateur de l'univers (dans la philosophie stoïcienne et néoplatonicienne)
  • Verbe (dans la théologie chrétienne : « Au commencement était le Verbe »)

Chez Bascar, le logos désigne cette brique fondamentale qu'est le discours, le langage, qui sous-tend à la fois la nature et la culture, l'ontologique et le systémique. C'est l'impensé du moderne : il utilise le discours pour séparer nature et culture, sans réaliser que le discours lui-même est avant cette séparation.

Heidegger (Martin)

Philosophe allemand (1889-1976), figure majeure de la phénoménologie et de l'existentialisme. A travaillé sur la question de l'Être (Sein), le rapport entre langage et être, la technique moderne. Citation célèbre : « Le langage est la maison de l'Être. » Chez Heidegger, l'être se dévoile dans le langage. Bascar cite cette idée pour montrer que le discours (logos) n'est pas un outil neutre qu'on applique au réel, mais le lieu même où le réel se manifeste.

Kurt Gödel

Logicien et mathématicien autrichien (1906-1978), auteur des théorèmes d'incomplétude qui ont révolutionné la logique mathématique. Il a montré qu'aucun système formel cohérent et suffisamment puissant ne peut démontrer sa propre cohérence. Autrement dit : il y aura toujours des vérités qu'on ne peut pas prouver à l'intérieur du système. Bascar le mentionne dans un contexte théologique, mais Gödel est surtout connu pour avoir montré les limites de la rationalité formelle.

Ludwig Wittgenstein

Philosophe autrichien (1889-1951), l'un des plus influents du XXe siècle. Dans son premier ouvrage, le Tractatus Logico-Philosophicus, il affirme : « Ce dont on ne peut parler, il faut le taire. » Il montre les limites du langage : le langage ne peut décrire que des faits positifs, pas des négations absolues. Bascar s'appuie sur lui pour dire que les négations (« non-X ») ne correspondent à rien dans le réel, elles sont purement linguistiques.

Michel Serres

Philosophe français (1930-2019), spécialiste de l'histoire des sciences et de l'épistémologie. A travaillé sur les relations entre sciences dures et sciences humaines, sur la communication, sur l'émergence. Citation : « Il n'est de pur mythe que l'idée d'une science pure. » Serres montre que la science est toujours mêlée à l'humain, au social, au mythique. Il n'y a pas de connaissance détachée de tout contexte.

Emmanuel Levinas

Philosophe français d'origine lituanienne (1906-1995), figure majeure de la phénoménologie et de l'éthique. A mis l'altérité (l'Autre) au centre de sa philosophie : l'Autre est infiniment autre, et c'est dans la rencontre avec son visage que naît l'éthique. Bascar le cite pour l'expression « entièrement dessaoulé », qui évoque un état de lucidité radicale après avoir été dans l'illusion.

Droit Naturel

Doctrine philosophique et juridique selon laquelle il existe des droits universels, inaliénables, qui découlent de la nature humaine elle-même, et non d'une loi positive (créée par les hommes). Exemples : droit à la vie, à la liberté, à la propriété (selon Locke). Le droit naturel s'oppose au positivisme juridique (le droit est ce que la loi dit). Bascar fait référence au droit naturel pour dire que la seule légitimité d'un discours, c'est son existence : on n'a pas besoin d'une autorité extérieure pour justifier le fait qu'on pense ou qu'on parle.


Note finale : Cette vidéo est une invitation à sortir de la dialectique nature/culture, ontologie/systémique, pour entrer dans une pensée non dualiste. Bascar montre que les deux camps (traditionalistes et progressistes, pré-rationnels et rationnels) sont enfermés dans un conflit mimétique où chacun sacrifie une part du réel pour avoir raison. La véritable épistémologie trans-rationnelle consiste à accueillir les hybrides, à reconnaître que le réel ne se laisse pas enfermer dans nos catégories, et à accepter que tout discours se justifie par sa simple existence, sans avoir besoin de « prouver » quoi que ce soit à un tribunal externe. C'est vertigineux, déstabilisant, mais c'est précisément ce lâcher-prise épistémologique qui ouvre la voie à une pensée vraiment libre.
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Reçu hier — 5 janvier 2026 Martouf

11) Au-delà des nexus : Peut-on penser l'impensable? - YouTube

5 janvier 2026 à 22:38

Au-delà des Nexus : Peut-on Penser l'Impensable ?

D'après l'analyse de Bascar (Hypnomachie)

Introduction : Tolérance et Limites de la Pensée

Dans cette vidéo fondamentale, Bascar aborde trois thèmes qui s'entrecroisent : les tabous, le quotient intellectuel et Jacques Attali. L'objectif est de comprendre pourquoi certaines idées restent littéralement impensables pour la majorité des êtres humains, et comment cette limitation structure nos sociétés.

La plupart d'entre nous aimons nous sentir tolérants. Cette tolérance nous procure une bonne image de nous-mêmes. Mais à l'examen, cette tolérance a rapidement des limites. Les groupes sociaux possèdent eux aussi une forme de tolérance, et celle-ci a également des frontières précises. Lorsqu'on examine ces frontières de la tolérance d'un groupe social, on arrive rapidement vers ce que Bascar appelle les nexus.

I. Les Nexus : L'Impensable Structurant

Définition du Nexus

Un nexus, en psychologie sociale, désigne quelque chose qu'on ne peut pas penser. C'est littéralement inimaginable. Le nexus déclenche des réactions épidermiques, émotionnelles, plus ou moins violentes chez les individus, mais qui stoppent instantanément toute discussion et toute réflexion.

Ces nexus forment le socle des groupes sociaux. Il s'agit en fait d'aversions communes : « le nazisme, c'est pas bien », « la pédophilie, c'est vraiment nul ». On n'a même pas besoin de voir ce qu'il y a derrière ces mots pour que l'aversion soit déclenchée. Ce sont précisément ces aversions communes qui vont souder les groupes humains.

La Fonction des Nexus dans les Groupes

Comme on l'apprend en psychologie des foules et en psychologie sociale, on n'est jamais autant soudés que quand on hait en commun. En fait, le groupe est d'autant plus cohésif qu'il existe « une partie entière du réel qu'on est tous d'accord pour ne pas aller voir ».

C'est tout le propos d'Hypnomachie : conscientiser cet état de fait et proposer des exercices et un substrat théorique pour pouvoir « aller voir sous le tapis » ce que le groupe social essaye de planquer. Car ce n'est pas parce qu'on appartient à un groupe social qu'on est obligé d'en adopter les tabous.

Variabilité des Nexus

Les nexus varient selon les milieux sociaux. Par exemple : l'avortement, la peine de mort. Ce sont des notions qui, dans certains milieux, sont tellement acquises (« c'est bien » / « c'est pas bien ») qu'on n'a même pas à discuter. C'est « simplement hors de propos qu'on vote et qu'on discute là-dessus ».

II. Les Sommets Secrets : Davos et Bilderberg

Pourquoi le Secret ?

C'est pour éviter ce genre de limitations à penser qu'un certain nombre de dirigeants se réunissent régulièrement, plusieurs fois par an, dans des sommets. Bascar mentionne :

  • Le Forum de Davos
  • Le Groupe Bilderberg, qui réunit des politiciens, des chefs religieux, des dirigeants de multinationales et d'autres personnes influentes (parfois des journalistes)

Ces personnes se réunissent ensemble régulièrement pour décider, dans une certaine mesure, de l'avenir — votre avenir, notre avenir.

La plupart du temps, il y a des réunions publiques qui peuvent être retransmises à la télévision. Mais il y a aussi des sommets privés, généralement tenus dans des lieux secrets, totalement interdits aux médias.

La Raison Fondamentale

Bascar précise qu'il n'aborde pas cette problématique sous l'angle des théories du complot (il renvoie à une autre vidéo pour cela). La raison du secret est plus structurelle : c'est à cause de ces nexus que les dirigeants ne peuvent pas se permettre de réfléchir et de débattre en toute transparence sur des thèmes qui sont problématiques pour l'avenir de l'humanité, tels que :

  • La surpopulation
  • La distribution des ressources

S'ils le faisaient en toute transparence à la télévision à 20h ou 22h, cela voudrait dire qu'ils devraient réfléchir uniquement dans le cadre de ce qui est admis par la socio-culture du moment.

Le Problème de l'Homme de Demain vs. les Tabous d'Aujourd'hui

Or, à l'intérieur de ce cadre socio-culturel, des problèmes comme la surpopulation mondiale ne peuvent pas être résolus. C'est-à-dire qu'ils doivent inventer le monde de demain, mais en respectant les tabous de l'homme d'aujourd'hui. C'est une contradiction fondamentale.

Ce sont ces différences de conception qui font qu'ils choisissent « très naturellement » de se réunir dans des hôtels ou dans des grands centres où les lieux sont cachés, dissimulés, et où l'accès est totalement interdit aux médias. Ils vont ainsi s'autoriser, l'espace d'un temps de réflexion, à penser hors de ce qui est socialement acceptable pour l'homme de la rue.

Position de Bascar

Bascar précise qu'il ne s'agit pas pour lui de dire « pauvres dirigeants, on les comprend pas ». Il ne prend pas position sur leur légitimité ou leur moralité (franc-maçons, Illuminati, etc.). Il se contente simplement d'expliquer ce qui fait que ces sommets sont cachés et que leur contenu ne peut pas être trouvé en libre accès.

III. L'Exemple de la Famine : Système 1 vs. Système 2

L'Exemple Concret

Bascar prend l'exemple d'une image qui circule sur Facebook : on voit un petit Africain penché dans de l'eau croupie, avec le texte : « Quand on pense qu'il suffirait de prendre 5% du budget d'armement pour éradiquer toute la famine sur terre ».

Ça semble logique. L'homme de la rue, avec son système rapide (système 1), son cerveau limbique, se dit : « Quelqu'un qui meurt de faim, c'est horrible. » Et c'est vrai, c'est horrible. Si on voit quelqu'un mourir de faim, on va probablement lui donner quelque chose à manger.

La Vision à Long Terme

Mais si on utilise son système lent (système 2), son néocortex, on se dit : « Attends, réfléchis. » Si jamais on organise une aide humanitaire massive en prenant sur le budget mondial de l'armée (ou toute autre dépense qui pourrait paraître superflue), voici les conséquences :

  1. Ces personnes qui meurent de faim vont avoir à manger.
  2. Elles vont se reproduire.
  3. Dix ou quinze ans après, on va rapidement se retrouver non pas avec un milliard de personnes qui ont faim, mais avec trois milliards.

En fait, on ne résout pas le problème.

La Vision Grand-Angle

C'est justement cette « vision avec du recul », ce « grand-angle », cette « pondération » et cette « vision globale des choses » que les dirigeants essayent d'avoir. Qu'on les considère comme faisant partie d'une lignée des Illuminati manipulateurs ou comme de gentilles personnes, Bascar ne rentre pas dans ce débat.

Le fait est que « quand bien même ce seraient des chefs bienveillants », ils ont un vrai problème de gestion des ressources : il y a toujours plus de monde sur cette planète, et il faut produire assez de nourriture. C'est un défi pour l'avenir.

Ils essayent d'avoir cette vision « grand temps », de ne pas se faire aveugler par le système rapide, d'utiliser leur voie lente. Pour cela, ils se réunissent en se disant : « On n'a pas pensé là-bas, parce qu'il y a des nexus, mais si on allait quand même voir, peut-être qu'il y aurait une solution. »

Ne Pas S'Interdire de Penser

Bascar conclut : face à ces défis globaux planétaires, ne pas se permettre de penser hors du carcan socio-culturel, c'est perdre littéralement de l'information. Si on veut vraiment se donner tous les moyens de résoudre ce type de problème, on n'a pas le choix : il faut penser hors des sentiers battus, hors de ce que nous interdit la socio-culture.

IV. L'Exemple de Jacques Attali : Euthanasier les Plus de 70 Ans

La Proposition Controversée

Bascar cite l'exemple d'un habitué de ce genre de sommets : Jacques Attali. À une époque, Attali avait proposé qu'on pourrait peut-être euthanasier toutes les personnes de plus de 70 ans.

Naturellement, cela avait fait un tollé monstrueux, car cela ne respecte absolument pas le socle de notre socio-culture avec sa notion de respect des aînés. Certains journalistes lui avaient renvoyé ça à la figure quand il avait eu 70 ans : « Alors Jacques, quand est-ce que tu te suicides pour être en cohérence avec tes idées ? »

L'Intérêt du Brainstorming

Ce qui semble intéressant à Bascar, ce n'est pas de cautionner l'idée, mais simplement de s'autoriser à pouvoir au moins émettre des hypothèses, comme quand on fait un brainstorming : on balance toutes les idées, on regarde ensuite les bonnes, mais au moins on s'autorise à pouvoir le penser.

C'est vrai que ce n'est pas simple pour l'homme de la rue de se dire : « Tiens, j'ai une idée. Pour résoudre la faim dans le monde, on pourrait balancer des bombes nucléaires et tous les tuer. » Évidemment, ce n'est pas une bonne idée. Mais c'est important de s'autoriser à penser les choses, parce que si on s'autorise à penser avec cette liberté intérieure, il y a beaucoup plus de chances d'avoir :

  • Des idées novatrices
  • Des idées décalées
  • Des idées intégrales

Ces idées peuvent jaillir et apporter une solution globale pour le bénéfice de la vie dans son ensemble.

V. Les Rituels Pédophiles dans les Sociétés Secrètes

Un Nexus Absolu

C'est « beaucoup moins drôle », prévient Bascar, mais c'est aussi pour ces raisons qu'on retrouve dans certaines sociétés secrètes des pratiques pédophiles.

Il prend le temps de bien articuler le mot « pédophiles », car « quand on dit pédophiles », on sent immédiatement le nexus s'activer. On n'a pas envie d'entendre quelqu'un qui nous parle de ça. C'est un thème hyper clivant, hyper polarisant. Le gars qui dit ça, « on l'attend au tournant », on a envie de le bannir de la communauté. Dès qu'on sent ça, on sent une expulsion imminente.

La Fonction Initiatique

C'est pour cette raison qu'il y a, dans ces sociétés secrètes, parfois des rituels pédophiles dont le but est précisément :

  • D'enseigner
  • D'entraîner les membres à « péter un câble »
  • De réussir à penser le monde hors de la socio-culture et du carcan de l'homme de la rue

Bascar insiste : « Naturellement, je le redis, parce qu'il y a toujours une personne pour dire 'oh là là, on ne cautionne pas les pratiques pédophiles'. » Mais son but n'est ni de se placer en termes de bien ou mal, ni de cautionner. Son but est d'expliquer pourquoi on retrouve des meetings secrets dans des hôtels de luxe avec ce type de pratiques.

La Cohérence d'Ensemble

Il y a une cohérence d'ensemble qui est d'entraîner le cerveau à se libérer du carcan qui constitue le socle de la société.

Bascar poursuit : « Il faut bien se rendre compte que nous ne sommes pas tous égaux dans notre capacité à pouvoir penser la réalité de ce que peuvent faire certains êtres humains en termes d'actes de barbarie, de cruauté ou de choses comme ça. »

Il y a une préparation psychologique qui permet au système nerveux de dire : « OK, d'accord, je peux voir quelqu'un se faire tuer, OK, je peux voir ça. » Parce qu'il y a des choses dans le réel qui vont faire vomir au moins une personne sur deux si elle n'est pas préparée.

Le Mécanisme de Protection

Tant qu'on n'est pas préparé à ça, il y a des choses que le cerveau, pour se protéger, laisse dans le domaine de l'impensable.

C'est un peu comme si on prenait quelqu'un avec un QI de 40 et qu'on lui donnait des cours de physique nucléaire : il ne va pas réussir à le penser, « il y a trop de briques qui manquent ».

On n'aime pas beaucoup se rendre compte qu'il y a des choses qu'on n'arrive pas à penser, qui nous dépassent, qui sont trop complexes pour nous. D'ailleurs, en général, on oublie consciencieusement. C'est le signe que notre cerveau n'est pas à l'aise avec ça. Ça nous oblige à penser l'impensable, et donc il « mouline », il n'y arrive pas, donc il préfère oublier. C'est une façon de se protéger, de sauvegarder l'estime de soi.

VI. Le Quotient Intellectuel et la Communication

Le QI : Un Indicateur Robuste

Bascar aborde alors la notion de quotient intellectuel. Il précise que le QI n'est pas un synonyme de l'intelligence. Néanmoins, malgré le fait qu'il existe des intelligences multiples, ça reste un indicateur scientifiquement robuste.

Des psychologues ont déterminé qu'à partir de 30 points d'écart de QI entre deux personnes, on empêche une communication authentique, une communication du cœur. « Ça, c'est terrible », note Bascar.

Le QI Moyen par Profession

C'est très intéressant si on met cela en parallèle avec la communication de nos dirigeants dans les sommets de Davos. On peut penser que ce sont des personnes très intelligentes. En effet, ce sont des hommes politiques de premier plan, des chefs d'entreprise, des gens qui ont réussi d'après les standards de notre société.

Mais si on regarde de plus près, c'est un peu plus complexe. Des psychologues ont analysé le QI moyen par profession :

  • Métiers manuels (artisans, garagistes, plombiers, etc.) : QI moyen entre 95 et 97
  • Médecins : très rare de réussir à être médecin avec moins de 110-115. Statistiquement, les médecins diplômés ont un QI significativement plus haut.
  • Dirigeants (hommes politiques de premier plan, multinationales, etc.) : QI généralement entre 115 et 130, parfois plus.

La Barrière de Communication

Cela veut dire que quand ces dirigeants vont commencer à aborder certains thèmes et à penser certaines choses, « l'homme de la rue », notamment les classes les plus populaires, « ne vont plus réussir à les suivre ».

C'est aussi pour ça qu'ils doivent se mettre dans des formes de huis clos : la communication n'est plus possible. L'individu avec 85 de QI va se dire : « Pourquoi il fait ça ? Je n'y arrive pas. » Pour lui, c'est simple : « Il y a qu'à faire quelque chose et puis c'est tout. »

Pour reprendre l'exemple de la famine : « Quelqu'un meurt de faim ? Il y a qu'à le nourrir, et puis c'est tout. » Il y a un problème de communication. Ils ne voient pas la complexité.

VII. Le Paradoxe des Très Hauts QI

Une Découverte Contre-Intuitive

Ce qui est « extrêmement intéressant », poursuit Bascar, c'est qu'on se rend compte que dans les populations intellectuellement supérieures (QI supérieur à celui des médecins), effectivement, à 120, 130, il y en a de plus en plus.

Mais fatalement, on se rend compte qu'autour de 130-135, la demande commence à redescendre. C'est-à-dire qu'il y a plus de chirurgiens avec un QI de 128 que de chirurgiens avec un QI de 140. C'est totalement contre-intuitif.

L'Exode des Très Hauts QI

Qu'est-ce que ça veut dire ? Cela veut dire que plus le QI monte, quand on arrive à 150, en fait 97% des personnes qui ont plus de 150 de QI ne font pas un métier de catégories socioprofessionnelles « plus ».

En d'autres termes, quand on arrive sur les très hauts QI, les personnes vraiment incroyablement brillantes ne sont plus insérées dans le système traditionnel (université, validation des degrés, etc.).

Bien sûr, en moyenne, vous avez des profs d'université avec 150 de QI. Mais une large partie des personnes qui ont 150-160 de QI « sont des espèces d'électrons libres » hors système, qui « font plus ou moins leur truc ».

Les Conséquences en Termes de Communication

C'est très intéressant, car si on se rappelle de la règle des 30 points de QI :

  • Quelqu'un qui a 140 de QI peut avoir des relations d'intimité, de cœur à cœur, avec 25% de la population.
  • Pour quelqu'un qui a 150 de QI, c'est une personne sur 10.
  • Quand vous arrivez à 160 de QI, c'est une personne sur 100.

Le Gâchis des Ressources Humaines

Cela veut dire qu'il y a actuellement dans l'humanité des êtres humains avec un niveau de culture, d'intelligence et d'éducation incroyable, probablement si élevé que « ni vous ni moi n'arrivons même à concevoir tellement ils sont intelligents », au-delà de notre capacité.

Ces personnes auraient donc énormément à apporter au collectif en termes de résolution des problématiques globales, de gestion des ressources, de faim dans le monde, etc. Et ils ne font pas partie de ces cercles de dirigeants. Ce sont de purs « électrons libres ».

Bascar trouve qu'il y a là « quelque chose de fondamental et fondamentalement intéressant à penser, à créer et à mettre en œuvre », parce qu'il y a de la ressource positive de première qualité qui est totalement sous-exploitée par l'humanité, alors que nous avons bel et bien des problèmes qui nécessiteraient cette intelligence.

VIII. L'Exemple de François Roddier : Pensée Transdisciplinaire

Conseil de Lecture

Pour donner un exemple de ce type de pensée, Bascar recommande (« je n'ai aucune idée du QI de monsieur François Roddier ») le livre « Thermodynamique de l'Évolution » de François Roddier.

C'est un bouquin « très simple, très intelligent », une espèce de synthèse autour des lois de la systémique et de la thermodynamique. Il parle de :

  • Biologie
  • Physique
  • Politique
  • Économie

Il fournit une grille de lecture transdisciplinaire, simple, scientifiquement sourcée. Si vous avez envie d'approfondir ces thèmes, Bascar le recommande « très, très chaleureusement ».

L'Archétype d'une Pensée Révolutionnaire

Pour lui, c'est l'archétype du genre de pensée qui pourrait révolutionner facilement les grands problèmes de l'humanité, sans avoir forcément à passer par l'élitisme des gens de Davos et de ce genre de sommets, tout en respectant l'intelligence.

IX. Conclusion : Utiliser les Ressources Disponibles

Bascar conclut en espérant que cette vidéo a plu. Il avait envie d'aborder le thème de l'impensable, de la difficulté à penser.

Il espère qu'on a bien compris qu'il ne parle pas forcément de faire une « QI-cratie » (gouvernement par les plus intelligents), ou quelque chose comme ça. Il parle simplement d'essayer d'utiliser au mieux les ressources disponibles par l'humanité, pour l'humanité.

Invitation au Dialogue

Il invite à :

  • Soutenir Hypnomachie via le compte Tipeee
  • Discuter dans les commentaires ou sur la page Facebook
  • Laisser un pouce vert (ou rouge, selon le réseau social)

Glossaire des Termes Complexes

Nexus

Concept issu de la psychologie sociale désignant ce qui ne peut pas être pensé par un groupe ou un individu. Le nexus est littéralement impensable et déclenche des réactions épidermiques, émotionnelles, qui stoppent instantanément toute discussion ou réflexion. Les nexus forment le socle des groupes sociaux par le biais d'aversions communes (exemple : « le nazisme, c'est mal »). Un groupe est d'autant plus cohésif qu'il partage des nexus, c'est-à-dire des zones du réel qu'on est tous d'accord pour ne pas aller voir.

Socio-culture (ou Socioculturel)

Ensemble des normes, valeurs, croyances et pratiques partagées par une société ou un groupe social à un moment donné. Le cadre socio-culturel définit ce qui est acceptable, pensable, discutable, et ce qui ne l'est pas (les nexus).

Système 1 / Système 2

Distinction issue de la psychologie cognitive (popularisée par Daniel Kahneman, Prix Nobel d'économie) :

  • Système 1 (voie rapide) : Pensée automatique, rapide, émotionnelle, intuitive. Siège dans le cerveau limbique. Fonctionne par agréable/désagréable, ami/ennemi. Permet des réactions immédiates de survie, mais manque de recul.
  • Système 2 (voie lente) : Pensée réflexive, lente, analytique, rationnelle. Siège dans le néocortex. Permet la planification, l'abstraction, la vision à long terme, mais demande un effort conscient.

Cerveau Limbique

Partie ancienne du cerveau (partagée avec les mammifères), siège des émotions, de la mémoire émotionnelle et des réflexes de survie. Fonctionne en mode binaire : agréable/désagréable, danger/sécurité. Réagit rapidement mais sans nuance.

Néocortex

Partie la plus récente du cerveau humain (d'un point de vue évolutif), siège de la pensée abstraite, du raisonnement logique, du langage complexe, de la planification à long terme. Permet une vision « grand-angle » et une pondération des conséquences.

Quotient Intellectuel (QI)

Mesure standardisée de l'intelligence cognitive, obtenue par des tests psychométriques. Bien qu'il ne mesure pas toutes les formes d'intelligence (Gardner parle d'intelligences multiples : logico-mathématique, linguistique, interpersonnelle, intrapersonnelle, musicale, kinesthésique, spatiale, naturaliste), le QI reste un indicateur statistiquement robuste de certaines capacités cognitives (logique, abstraction, mémoire de travail, vitesse de traitement).

Règle des 30 Points de QI

Règle empirique issue de la psychologie : un écart de 30 points de QI ou plus entre deux personnes empêche une communication authentique, une communication « du cœur à cœur ». Les deux individus ne peuvent plus vraiment se comprendre intuitivement, car leurs modes de pensée, leur niveau d'abstraction et leur vitesse de traitement sont trop différents.

QI-cratie

Néologisme formé par Bascar (par analogie avec « démocratie », « aristocratie », etc.) désignant un système de gouvernement où le pouvoir serait détenu ou confié aux personnes ayant le QI le plus élevé. Bascar précise qu'il ne prône pas ce système, mais simplement une meilleure utilisation des ressources intellectuelles disponibles.

Électron Libre

Métaphore désignant une personne qui n'est pas insérée dans les structures institutionnelles traditionnelles (université, entreprise, administration). Elle fonctionne de manière autonome, indépendante, souvent en marge du système. Selon Bascar, la majorité des personnes ayant un très haut QI (150+) deviennent des électrons libres plutôt que d'intégrer les cercles dirigeants.

Sommets de Davos

Réunion annuelle du Forum économique mondial (World Economic Forum) qui se tient à Davos, en Suisse. Y participent des dirigeants politiques, des chefs d'entreprise, des économistes, des journalistes et des intellectuels. Les discussions portent sur les grands enjeux économiques, politiques et sociaux mondiaux. Certaines sessions sont publiques, d'autres se tiennent à huis clos.

Groupe Bilderberg

Conférence annuelle informelle et privée réunissant environ 120 à 150 personnalités influentes (politiciens, chefs d'entreprise, banquiers, intellectuels, journalistes) d'Amérique du Nord et d'Europe. Créé en 1954, le groupe tire son nom de l'hôtel Bilderberg aux Pays-Bas où s'est tenue la première réunion. Les discussions sont strictement confidentielles (règle de Chatham House), ce qui alimente de nombreuses théories du complot.

Huis Clos

Expression française désignant une réunion, un débat ou une discussion qui se tient à portes fermées, sans accès du public ni des médias. Par extension, désigne une situation où un groupe restreint peut parler librement sans craindre le jugement extérieur.

Brainstorming

Technique de créativité collective où les participants sont invités à proposer toutes les idées qui leur viennent, sans jugement ni censure dans un premier temps. L'objectif est de maximiser la quantité d'idées pour ensuite les évaluer et sélectionner les meilleures. Le principe est de suspendre le jugement pour libérer la créativité.

Sociétés Secrètes

Organisations dont l'existence, les membres, les activités ou les doctrines sont partiellement ou totalement cachés au grand public. Exemples historiques : franc-maçonnerie, Rose-Croix, Skull and Bones, etc. Ces sociétés pratiquent souvent des rituels initiatiques visant à transformer psychologiquement leurs membres.

Rituel Initiatique

Cérémonie codifiée visant à faire passer un individu d'un statut à un autre (profane → initié, apprenti → compagnon, etc.). Les rituels initiatiques comportent souvent des épreuves physiques ou psychologiques destinées à transformer la conscience de l'initié, à lui faire franchir des seuils mentaux, à dépasser des peurs ou des tabous.

Préparation Psychologique

Processus par lequel le système nerveux et la psyché d'un individu sont progressivement habitués à des stimuli qui, sans cette préparation, seraient insupportables (violence, mort, transgressions morales, etc.). Cette préparation permet d'élargir le champ de ce qui peut être « pensé » et « vécu » sans effondrement psychique.

Thermodynamique de l'Évolution

Ouvrage de François Roddier, astrophysicien français, qui applique les principes de la thermodynamique et de la systémique à l'évolution biologique, sociale et économique. Roddier propose une grille de lecture transdisciplinaire montrant comment les mêmes lois physiques (dissipation d'énergie, auto-organisation, maximisation de l'entropie) s'appliquent aux systèmes vivants, aux sociétés humaines et aux économies.

Systémique

Approche scientifique qui étudie les systèmes dans leur globalité, en mettant l'accent sur les relations et interactions entre les éléments plutôt que sur les éléments eux-mêmes. La pensée systémique s'oppose au réductionnisme. Elle est particulièrement utile pour comprendre des phénomènes complexes (écosystèmes, sociétés, économies).

Transdisciplinaire

Qui transcende les frontières des disciplines traditionnelles (biologie, physique, sociologie, économie, etc.) pour proposer une vision unifiée ou une grille de lecture commune applicable à plusieurs domaines. La thermodynamique de l'évolution de Roddier est un exemple de pensée transdisciplinaire.

Pensée Intégrale

Concept issu de la philosophie intégrale (Ken Wilber notamment), désignant une pensée qui intègre plusieurs niveaux de réalité, plusieurs perspectives, plusieurs paradigmes, sans les exclure ni les hiérarchiser de manière rigide. C'est une pensée « grand-angle » qui cherche à embrasser la complexité sans la réduire.

Tolérance

Capacité à accepter, supporter ou respecter des idées, des comportements ou des personnes différents de soi. Cependant, comme le souligne Bascar, toute tolérance a des limites, définies précisément par les nexus du groupe auquel on appartient. On tolère beaucoup de choses, mais certaines restent absolument intolérables et impensables.

Psychologie des Foules

Branche de la psychologie sociale qui étudie le comportement des groupes et des masses. Gustave Le Bon, auteur de La Psychologie des Foules (1895), a montré que les individus, lorsqu'ils sont en groupe, adoptent des comportements différents de ceux qu'ils auraient seuls : régression intellectuelle, suggestibilité accrue, contagion émotionnelle, irresponsabilité (dilution de la responsabilité individuelle).

Psychologie Sociale

Discipline scientifique qui étudie comment les pensées, les sentiments et les comportements des individus sont influencés par la présence réelle, imaginée ou implicite d'autrui. Elle s'intéresse aux normes sociales, aux attitudes, aux préjugés, à la conformité, à l'obéissance, aux relations intergroupes, etc.

Jacques Attali

Économiste, écrivain et conseiller politique français, né en 1943. Conseiller spécial du président François Mitterrand de 1981 à 1991, fondateur et premier président de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD). Figure influente participant régulièrement à des forums internationaux comme Davos. Connu pour ses analyses prospectives et ses propositions parfois controversées.

Euthanasie

Action de provoquer délibérément la mort d'une personne atteinte d'une maladie incurable ou d'une souffrance insupportable, dans le but de mettre fin à ses souffrances. L'euthanasie est un nexus majeur dans de nombreuses sociétés, déclenchant des débats passionnés. L'idée d'une euthanasie des personnes âgées pour des raisons économiques ou démographiques (comme évoquée par Attali dans un contexte prospectif) est un nexus absolu pour la plupart des gens.

Vision Grand-Angle

Métaphore empruntée à la photographie : capacité à voir une situation dans son ensemble, avec du recul, en prenant en compte les multiples facteurs et les conséquences à long terme. S'oppose à la vision « tunnel » ou myope, qui ne voit que l'immédiat et le proche.

L'Homme de la Rue

Expression désignant le citoyen moyen, la personne ordinaire, par opposition aux élites, aux experts ou aux dirigeants. « L'homme de la rue » représente le sens commun, les réflexes du système 1, les opinions majoritaires et les nexus sociaux dominants.


Note finale : Cette vidéo de Bascar invite à une réflexion radicale sur les limites de notre pensée collective. Les nexus ne sont pas de simples tabous moraux : ce sont des zones aveugles structurelles qui nous empêchent de penser certaines solutions à des problèmes globaux. Bascar ne prône ni l'amoralité ni l'élitisme, mais une conscientisation de ces mécanismes et une meilleure utilisation des ressources intellectuelles disponibles. Le véritable enjeu n'est pas de « penser l'impensable » pour choquer, mais de libérer l'intelligence collective des carcans qui l'entravent, afin de résoudre les défis planétaires qui nous attendent.
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Permalien

32) De René Girard à l'hypnomachie : Du conflit mimétique a la logique sacrificielle - YouTube

5 janvier 2026 à 22:19

Voici une autre vidéo de Bascar qui est un fondement de sa pensées, soit la pensée de René Girard et le conflit mémétique. Le fait que souvent les fondements sont basés sur un sacrifice.

Bascar prône une logique non sacrificielle.

https://www.youtube.com/watch?v=YVm3_kmOI80

J'aimerai que tu me fasse un article à propos de ce sujet, qui retranscrit le plus fidèlement possible les propos de Bascar dans cette vidéo.

Bascar utilise souvent un vocabulaire qui n'est pas très courant. J'espère que la transcription sera possible. Notamment pour le mot "Amphibologie" Si possible en fin de l'article j'aimerai un glossaire des mots compliqué, autant ceux de Bascar que ceux des différents courants juifs évoqués dans cette vidéo.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Ren%C3%A9_Girard

Voici l'article retranscrivant fidèlement les propos de Bascar dans sa vidéo sur René Girard et la théorie mimétique :


René Girard et la Logique Non Sacrificielle

D'après l'analyse de Bascar (Hypnomachie)

Introduction : Une Vidéo Fondamentale

Cette vidéo, que Bascar qualifie lui-même de « spéciale », s'adresse à deux publics : ceux qui découvrent sa chaîne et les concepts de René Girard, et ceux qui, bien que familiers avec ces idées, ressentent une impression d'inachèvement. Il s'agit d'établir « un socle commun » pour comprendre les fondements de son travail, avant de ne plus parler de Girard « pendant au moins plusieurs vidéos ».^1

Le propos central est clair : expliquer pourquoi tant de personnes « ne bitent absolument rien » de ce qu'il dit dans les commentaires. La réponse réside dans la compréhension de la théorie mimétique et de la distinction entre logique sacrificielle et non-sacrificielle.^1

I. Le Désir Mimétique : Fondement de la Théorie

La Genèse du Désir

René Girard propose une théorie révolutionnaire du désir humain. Selon lui, l'enfant naît sans désir particulier. Il possède des besoins biologiques évidents (chaleur, nourriture, soif, contact physique), mais pas de désir au sens propre.^2^1

Le désir apparaît par la médiation d'un tiers. C'est en observant un autre individu désirer quelque chose que l'enfant découvre que cet objet est désirable. Bascar illustre : « C'est en passant par un autre, par une altérité qui elle-même va désirer, que l'individu va se dire 'ah mince, je désire aussi' ».^2

Le Triangle du Désir

Contrairement à la conception classique linéaire (sujet → objet), Girard propose un triangle du désir :^3^2

      MÉDIATEUR/MODÈLE
           /    \
          /      \
       SUJET → OBJET

Le désir ne va pas directement du sujet à l'objet. Il passe par l'imitation du désir d'autrui. C'est ce qu'on appelle la mimésis : nous sommes des « êtres d'imitation », comme le démontrent aujourd'hui les découvertes sur les neurones miroirs.^1

II. Du Désir au Conflit : La Rivalité Mimétique

Le Conflit Inévitable

Dès que deux individus désirent la même chose, un conflit mimétique émerge. Il n'y a pas forcément assez de ressources pour tous, ce qui déclenche une « véritable bataille de doubles », une rivalité entre individus ayant le même désir.^5

Bascar note que cette rivalité mimétique entre « jumeaux » est insupportable. D'où le jeu enfantin consistant à répéter exactement ce que dit l'autre : « c'est une façon de jouer, de remettre en scène le conflit mimétique primordial, mais c'est un jeu, donc comme tous les jeux d'enfants, c'est une façon de diffuser son angoisse ».^1

Exemples Historiques

L'anecdote du Liechtenstein et d'Haïti (1936) est révélatrice : lors des Jeux olympiques, les deux délégations découvrent qu'elles ont exactement le même drapeau. Cette situation était « insupportable ». En 1937, le Liechtenstein ajoute une couronne pour sortir de ce conflit mimétique.^1

Autre exemple mythologique : Romulus et Remus. Romulus tue son frère, accomplissant ainsi « le geste militaire par excellence » (défendre la cité), « le geste législateur » (définir les frontières) et le sacrifice fondateur. Rome ne peut blâmer Romulus : il est le fondateur.^1

III. Le Meurtre Fondateur et la Naissance du Sacré

La Logique Sacrificielle

Dans les sociétés traditionnelles, tout repose sur la réciprocité pour survivre face à une nature hostile. Mais si un membre du clan en tue un autre par désir mimétique, celui qui assiste au meurtre pourrait tuer le meurtrier, qui serait tué à son tour, déclenchant une vendetta infinie menant à la désintégration du groupe.^5

Pour arrêter cette spirale, il faut un point final : le meurtre fondateur. Ce meurtre final devient la base de la socio-culture. Girard démontre qu'il retrouve ce schéma dans toutes les civilisations : Grèce, Japon, Indonésie, Amazonie. Sa thèse est scientifiquement réfutable : il suffirait de trouver une seule ethnie qui ne serait pas basée sur ce conflit mimétique pour l'invalider.^5

Les Espaces de Respiration Épistémologique

Les êtres humains sont « très forts pour se raconter des histoires », produisant des narrations différentes face à un même fait. Ces narrations entrent en conflit sur la base de « quelle est la partie du réel qu'on a sacrifiée ».^1

Bascar pose alors la question fondamentale : toute relation d'altérité ne se base-t-elle pas sur un fond culturel lui-même basé sur un meurtre fondateur ? Dit autrement : en grattant toute relation avec autrui, ne continue-t-on pas à propager des schémas basés sur un meurtre physique ou symbolique d'un pan de la réalité ?^1

IV. Le Bouc Émissaire : Mécanisme Régulateur de la Violence

Caractéristiques du Bouc Émissaire

Le bouc émissaire est l'individu chargé de tous les malheurs de la communauté. Pour être désigné, il doit posséder une caractéristique paradoxale : il doit appartenir au groupe tout en étant suffisamment différent. Il peut être malade, difforme, étranger, « nimporte quoi, mais il faut qu'il ait quelque chose qui soit à la fois comme nous tous, de sorte qu'on puisse le reconnaître comme membre du groupe, mais quand même suffisamment différent pour que ce soit comme une évidence que s'il y a quelqu'un qui est quand même un peu pas comme nous, c'est lui ».^5

Le Sacrifice Doit Être Inconscient

Point crucial : le choix du bouc émissaire doit se faire sous le seuil de conscience. Si le meurtre fondateur est conscient, les différents individus se reconnaissent tous comme meurtriers, ce qui n'annule pas la violence. Le mécanisme ne fonctionne que s'il est refoulé, dénié, créant l'illusion collective d'être « non-violents » et « en sécurité ensemble », alors qu'en réalité « nous sommes tous des meurtriers ».^5

Étymologie et Prise de Conscience

Le terme français « bouc émissaire » apparaît à la fin du XVIe siècle, précisément quand on a arrêté de brûler des femmes pour sorcellerie. Bascar souligne l'importance de cette coïncidence : « Le fait que le terme arrive nous a permis de penser la chose. C'est là le contrôle de la langue et des cerveaux par la sémantique ».^1

Créer un mot, c'est s'autoriser à penser ce que le langage ne permettait pas auparavant. Tous les systèmes totalitaires cherchent à contrôler la langue en créant des mots ou en créant des « connotations émotionnelles négatives » pour contrôler la pensée.^1

Quand les humains du Moyen Âge ont commencé à prendre conscience qu'ils créaient des boucs émissaires en brûlant les sorcières, ils ont pu créer le mot, puis penser le phénomène, puis commencer à fonctionner autrement. La logique du bouc émissaire n'a pas disparu au XVIe siècle, mais elle a « considérablement diminué », ouvrant la voie aux Lumières.^1

V. Les Rituels : Échos du Meurtre Primordial

Tous les Rituels Reproduisent le Sacrifice

Bascar insiste : absolument tous les rituels ne sont que des « émanations », des « reflets », des « échos » du meurtre ritualisé primordial.^1

L'exemple le plus simple : dire « bonjour ». Ce rituel signifie « je ne vais pas te tuer ». En disant bonjour, « je m'identifie comme individu qui ne va pas... je rejoue et remets en scène avec vous » le fait de ne pas commettre le meurtre. Tous les rituels fonctionnent ainsi.^1

Le Piège de l'Augmentation des Doses

Bascar établit un parallèle puissant entre plusieurs phénomènes : les TOC (troubles obsessionnels compulsifs), la drogue et les rituels magiques.^1

Quand une stratégie est inefficace pour résoudre la peur, que fait-on ? On « augmente les doses ». Plus de rituels, plus complexes, plus fréquents. C'est exactement la logique de la personne qui souffre de TOC : au début, un petit rituel apaise l'angoisse, puis il faut l'intensifier constamment.^1

C'est aussi la logique de la drogue : au début, un peu suffit, puis il faut augmenter les doses. Bascar pose le diagnostic : « Dès que vous devez rentrer dans cette logique d'augmenter les doses, ça veut dire que votre stratégie ne fonctionne pas ». C'est ce que l'école de Palo Alto appelle « faire plus de la même chose ».^1

La Drogue et le Meurtre Fondateur

Du point de vue de la théorie mimétique, que cherchent les gens dans la drogue ? « Une intensité de l'expérience », qui est en fait « l'intensité ressentie par les fondateurs lors du meurtre primordial ». Au moment de tuer, on se sent « totalement vivants » et dans une « profonde sécurité ». Les drogues recherchent « les ombres de cette expérience primordiale ».^1

VI. Les Neurosciences et le Sacrifice

Les Rose Chip Neurons

Bascar évoque une découverte neuroscientifique récente : les « rose chip neurons » (neurones inhibiteurs). Ces neurones, qu'on ne retrouve pas chez les grands singes ou les dauphins, ont pour fonction d'inhiber de larges réseaux neuronaux.^1

La question posée est vertigineuse : « Est-ce qu'une des choses qui a permis l'émergence des civilisations humaines [...] est-ce que ça n'est pas justement cette capacité humaine à inhiber, à sacrifier, exclure tout un pan du réel ? »^1

Le meurtre fondateur, premier symbole d'un système de représentations culturelles, permettrait la transition du biologique au culturel, du « memétique ». Comment passe-t-on de l'essence à la culture ? « Grâce à ce symbole ».^1

VII. Le Christianisme comme Révélation du Mécanisme

Une Rupture Fondamentale

Girard propose « une espèce de christianisme réactualisé ». Avant lui, le christianisme était perçu depuis les Lumières comme « quelque chose qui était uniquement pré-rationnel, plafond ». Girard offre une vision rationnelle du christianisme, scientifique, pouvant être réfutée.^1

Sur cette base, il propose « une réunification du conflit mimétique rationnel » et une vision trans-rationnelle de la chrétienté. Bascar trouve « extrêmement intressant de sortir du conflit mimétique entre la science et la religion ».^1

Le Péché Originel Réinterprété

Le péché originel, selon Girard, c'est ce meurtre fondateur. Mais attention : ce n'est pas un appel à la culpabilité. Ce serait « typiquement une réaction très pré-rationnelle ». C'est simplement « une invitation à mettre de la conscience », à être conscient de la logique sacrificielle, « et pourquoi pas d'en sortir ».^1

La Conversion selon Girard

La conversion, c'est « le fait de reconnaître en soi le conflit mimétique ». Ce n'est pas une affaire de croyance aveugle, mais de prise de conscience.^1

Girard définit la propagande ainsi : « Tout le monde persécute tout en se proclamant ouvertement hostile à la persécution ». C'est exactement le mécanisme inconscient du bouc émissaire.^1

VIII. Vers une Logique Non Sacrificielle

L'Expérience Clinique de Bascar

Bascar fait un constat fort, issu de sa pratique : « Je n'ai jamais vu un seul être humain qui me regardait droit dans les yeux et me dire 'si, je veux du sacrifice' ».^1

Il a vu des êtres humains qui avaient peur, qui ne savaient pas comment faire, « mais par contre, dès qu'on leur montrait qu'il y avait une autre voie, une autre alternative, ils y allaient, soulagés de pouvoir sortir de cette voie ».^1

Les Conditions de Sortie

Sortir de la logique sacrificielle demande « du courage », une « paire de couilles », une « paire de verres ». Cela demande de « regarder en face sa propre violence, la violence du monde », et d'essayer « lucidement et humblement » de faire la différence.^1

Le piège principal : essayer de se créer un nouvel idéal du moi « unifié et dé-rat » (dé-rationalisé). « C'est ok, c'est ok, on a des traumatismes, on a une histoire de vie, ça nous a split [dissocié], ça nous a traumatisés parce qu'on s'est dissocié, on s'est mis en transe de dissociation, mais en fait on peut être unifié avec sa tranche de dissociation ».^1

Il ne s'agit pas d'essayer de « résorber » la dissociation, « parce que là on est encore dans le faire ». Il s'agit d'une « certaine réceptivité », d'accepter « ce qui est », sans jugement de valeur (mieux/moins bien).^1

Critique des Méthodes Modernes

Bascar est catégorique : on ne peut pas sortir de la dissociation, de la logique sacrificielle, avec des méthodes comme l'hypnose ou la PNL.^1

Pourquoi ? Parce que toutes ces méthodes reposent sur l'idéal du moi : « devenir une meilleure version de vous-même », définir des objectifs. À court terme, ça peut faire du bien « comme un rituel peut faire du bien à très court terme », mais « au bout d'un moment, il faut augmenter les doses, et à terme, c'est une voie sans issue ».^1

On ne peut pas dépasser un certain niveau de conscience avec ces méthodes. Elles peuvent être une « béquille », tout comme l'alcool après une rupture, « mais vous rendez-vous compte de la qualité de la béquille ? »^1

La Franc-Maçonnerie : Rituel et Fragmentation

Bascar dénonce la franc-maçonnerie comme exemple type de logique sacrificielle. Les francs-maçons pratiquent des « rituels, des rituels, des rituels par-dessus des rituels, et encore des rituels derrière ».^1

Dès l'initiation, on demande aux nouveaux membres de prêter serment : « Si jamais vous révélez les secrets de l'ordre, vous consentez à ce qu'on vous coupe la gorge [...] à avoir la langue arrachée et la gorge coupée ».^1

C'est « une aliénation de l'individu de sa propre pulsion de vie ». Dès le départ, « on se coupe de soi, on accepte de rentrer en transe, on n'est pas un être humain rassemblé, unifié, mais dès le départ on coupe en deux ». Le symbole du yin-yang avec le blanc et le noir illustre cette logique : « tout est fait pour couper, pour splitter, pour... on est dans le diable, on est dans la dualité ».^1

L'Hypnose : Ontologiquement Sacrificielle

Bascar affirme que « l'hypnose est ontologiquement sacrificielle et qu'on pouvait faire autrement ». Le problème n'est pas la magie en tant que pratique ésotérique, mais le fait qu'elle soit pré-rationnelle, qu'elle nie l'altérité en créant systématiquement une dualité (Belzébuth/le diable vs. le bien).^1

« Dès que vous êtes dans un truc avec une dualité, vous avez forcément un sacrifice ».^1

IX. Dialectique vs. Trialectique

Le Piège de la Pensée Dualiste

Bascar a eu des « problèmes » au bac parce qu'il faisait de la trialectique là où on demandait de la dialectique (thèse/antithèse/synthèse).^1

Le modèle dialectique hégélien reste enfermé dans la dualité : oui/non, bien/mal, pour/contre. C'est un modèle « un peu stérile », conditionné par les « fameux plans dialectiques de la philosophie ».^1

La Pensée Trialectique

La trialectique, c'est « une manière de déconstruire », « une forme de déconstruction, mais pas au sens postmoderne uniquement ». On utilise le trilème d'Agrippa pour « pousser notre investigation », voir « ce qu'il y a derrière les concepts ».^1

Résultat : « Il n'y a rien derrière les concepts, par définition, il n'y a que du vent derrière les concepts, puisqu'en fait tous les concepts sont des manières de parler, qui sont des façons de parler sur les façons d'exprimer quelque chose. Et si on reste bloqué sur le doigt, on perd la lune ».^1

L'Exemple du "Soi"

Bascar prend l'exemple philosophique classique : « La conscience de soi suppose-t-elle autrui ? »

En trialectique, on répond : « Mais la différence entre soi et autrui ne sont que des façons de parler. En réalité, il n'y a pas de soi, il n'y a pas d'autrui, en réalité il y a une monade ». La problématique « s'évapore d'elle-même », la réponse est dans la question elle-même.^1

Un autre exemple : l'égoïsme. Fred Ben Ari disait : « Ne pas penser à soi, c'est ça être égoïste ». Où s'arrête l'égoïsme ? « Ça s'arrête là où on croit au soi », car « le soi, c'est juste un modèle, ce n'est qu'une façon de parler ».^1

X. Les Objections à Girard

1. « Ça Marche Trop Bien Partout »

Bascar qualifie cet argument d'« hallucinant ». Personne ne dit jamais : « La gravité marche partout sur le globe, alors bon, c'est quand même suspect, ça veut dire qu'elle est sûrement falsifiée ».^1

Le propre d'une bonne théorie, c'est qu'elle marche bien, « a priori un peu partout ». « 2+2=4 sur les cinq continents, et pourtant on n'est pas en train de se dire 'waouh, c'est vraiment louche' ». Cet argument est une « rationalisation de personnes qui avaient envie de remettre en selle un contenu mimétique avec Girard, qui voulaient s'opposer pour s'opposer ».^1

2. « C'est Controversé »

Bascar répond : « Tu m'étonnes, vu le pavé dans la mare que représente la théorie mimétique ! » C'est normal que ça crée des résistances, « vu que c'est quand même regarder tous nos automatismes dans ce qu'ils ont de plus grégaire et de moins extraordinaire ».^1

La vraie question : pourquoi ça freine ? Est-ce que les objections sont rationnelles (système 2), ou seulement émotionnelles (système 1) ? Bascar n'a eu « silence radio total » au niveau des arguments rationnels.^1

Girard lui-même disait que « les gens ne comprennent pas sa théorie, ou alors parfois il y a des gens qui comprennent intellectuellement mais qui peinent à lâcher prise ». Pourquoi ? Parce qu'ils sont « identifiés à leur stratégie mimétique », et lâcher prise les mettrait « directement dans leur vide de même ».^1

3. « Mélange Foi et Science »

Objection fréquente : Girard mélangerait religion et science. Mais Bascar rappelle que ce n'est pas parce qu'il était croyant qu'il a étudié ça, mais parce qu'il a étudié ça qu'il s'est reconverti. Il a grandi en milieu catholique, a abandonné sa foi, puis est revenu par ses recherches.^1

Et « quand bien même il le ferait, on s'en fout, si ça lui permet de proposer un savoir réfutable et qu'on peut remettre en question scientifiquement ».^1

La réponse de Girard est « extrêmement élégante » : « Ou alors on considère que la religion n'est rien au sens des Lumières, que ce sont des espèces de délires pré-rationnels, superstition, et c'est vrai qu'aujourd'hui on a fait mieux, ou alors on considère qu'elle est à la base de tout. Si elle n'est rien, comment expliquer son absolue omniprésence dans l'histoire de l'humanité ? »^1

Bascar ajoute que les zones cérébrales activées par la croyance religieuse pré-rationnelle et par la croyance en la science sont « relativement proches », et beaucoup plus éloignées de la configuration cérébrale de l'individu « qui se pose avec lui-même dans son vide de lui-même, de sorte à ressentir sa plénitude et son ignorance ».^1

4. « Comment Ça a Commencé ? »

L'objection : si chaque désir naît d'un conflit avec le désir d'un autre, « comment est-ce que tout ça a commencé ? » C'est l'œuf et la poule.^1

Bascar trouve cet argument « extrêmement faible ». La théorie mimétique parle du désir, pas des besoins. Parmi les besoins de base (boire, manger, chaleur), on peut « avoir besoin de manger objectivement » et « avoir le désir de manger ». C'est un continuum, pas deux catégories séparées.^1

Cet argument ne tient que si « on croit que la carte est le territoire et que besoins et désirs sont deux catégories ontologiques essentialisées ». On est « encore dans des gens qui regardent le doigt au lieu de regarder la lune ».^1

XI. L'Évolution de Girard

Du Oui au Doute

Bascar observe un changement chez Girard : « Lorsqu'il avait une quarantaine d'années, il était plutôt pour le fait qu'on puisse sortir [de la logique sacrificielle], et puis à la fin de sa vie, il avait beaucoup plus de doutes ».^1

Deux hypothèses pour expliquer ce changement :

  1. Manque de moyens techniques : Girard ne connaissait probablement pas la « théorie des niveaux de réalité ». Les stratégies non-sacrificielles ne sont accessibles que dans « des niveaux de réalité extrêmement complexes », touchés du doigt par « très peu de personnes sur la planète » (1-2%, ponctuellement). Sans moyens techniques concrets pour transmettre ces stratégies, il est normal qu'il ait commencé à douter.^1
  2. Passage yang → yin : Au début de la vie, on est dans une « énergie yang », montante, « plein d'énergie, on a envie d'avoir des objectifs, d'accomplir des trucs ». En vieillissant, on prend conscience de son impuissance, de ses limites, et on passe vers « une forme d'écoute, de réception ».^1

Bascar conclut : « Je crois qu'au final ça nous renseigne plus sur René Girard lui-même que sur la possibilité que nous avons de sortir de la logique sacrificielle ».^1

Une Foi Humble

Malgré ce doute final de Girard, Bascar maintient sa position : « Ça invite à une forme d'humilité profonde [...] et ça invite à une forme de foi, mais une foi humble, pas une foi aveugle, pas une foi pleine de certitudes alors qu'on n'en a pas fait l'expérience soi-même ».^1

Ce qu'il « croit savoir pour l'avoir expérimenté de façon vraiment redondante », c'est « qu'il est possible d'avoir des relations non-sacrificielles », et qu'« il est possible de mettre en place des apprentissages de stratégies », comme la Communication Non Violente (CNV).^1

XII. Au-Delà du Mental

La CNV : Une Porte d'Entrée Insuffisante

La Communication Non Violente (girafe vs. chacal) est « une bonne première approche ». Mais elle reste souvent sacrificielle : en coupant le monde en deux (girafe/chacal), on « recrée un conflit mimétique ».^1

Même quand la CNV évolue (« un chacal, c'est simplement une girafe qui a un petit défaut d'élocution »), on reste dans le jugement (« défaut »). Cependant, si elle est « bien intégrée », elle peut « ouvrir ce que j'appellerai une transe vers la non-sacrificialité ». Elle prépare « le cerveau, le système nerveux, un terrain, un terreau fertile pour des approches réellement non-sacrificielles ».^1

Le Piège du « Oui Mais »

Le « oui mais » est « un énorme piège qui bloque quasiment toute chance de faire ce type de travail ». Quand on dit « oui mais », « le cerveau n'est pas dans une configuration qui permet à une logique non-sacrificielle de pouvoir avoir lieu ».^1

Le « oui mais », c'est « recréer rituellement cette exclusion symbolique fondamentale », « ritualiser sa communication avec l'autre sur base sacrificielle ». C'est une variante du « rac temps » (réaction automatique).^1

Le Système 1 vs. le Système 2

Bascar est clair : « Vous pensez bien qu'on ne fait pas de logique non-sacrificielle avec le système 1 ». La logique non-sacrificielle est « tellement complexe qu'elle demande d'utiliser aux êtres humains leur plein potentiel, les couches cérébrales qui les séparent justement des mammifères ».^1

Certains disent : « Oui mais, quand tu fais ça, tu recrées un conflit mimétique avec les mammifères non... » Bascar répond : « Justement, c'est bel et bien ce week-end, je fais référence. C'est pas possible, c'est passé à côté du message. C'est clair qu'avant d'entendre ce message, il faut déjà créer un cerveau qui est en capacité, en condition de pouvoir l'entendre, et ça, c'est déjà un énorme travail ».^1

La Peur Gégaire Fondamentale

Toutes les peurs psychologiques proviennent « essentiellement de la peur de la violence mimétique, de la peur de la violence des autres ». On peut distinguer deux types de peur :^1

  • Peur physique : peur du prédateur, des forces de la nature. Elle est « dans l'ordre des choses », hors sujet.^1
  • Peur psychologique : peur de la violence mimétique potentielle des autres membres de la communauté.^1

Cette peur crée les tabous (mot polynésien désignant le flux menstruel). C'est une « double contrainte fondatrice de toute culture » : « J'ai peur de la violence mimétique, donc je me groupe avec les autres » pour me protéger, mais c'est précisément ce regroupement qui crée la violence.^1

Cette double contrainte est prétendument « résolue » par le mécanisme du bouc émissaire, « alors qu'en fait ça ne résout rien ». C'est « un des plus gros mensonges fondamentaux ». Comme disait Gurdjieff : « La psychologie, c'est l'étude des mensonges de l'homme ».^1

XIII. L'Arbre de la Connaissance du Bien et du Mal

Une Invitation à Ne Pas Juger

Bascar souligne qu'on parle souvent de l'« arbre de la connaissance », mais c'est une simplification. Le texte biblique dit : « l'arbre de la connaissance du bien et du mal ».^1

Ce n'est donc pas une interdiction de connaître, mais une invitation à ne pas juger le monde en termes de bien et de mal. Cela rejoint d'autres passages : « Ne juge pas », « Ne perdre est rejet ». C'est une invitation à « se libérer du limbique ».^1

Lucifer : Porteur de Lumière

Lucifer est souvent présenté comme « le porteur de lumière, celui qui amène la connaissance mentale ». On serait « encore dans une dualité entre le limbique et le mental ».^1

Bascar propose une autre lecture : Lucifer est « le porteur de lumière de celui qui apporte la pensée qui est suffisante pour cesser de penser ». Cela rejoint le zen, le taoïsme, les traditions orientales : « Le but de la pensée, c'est de ne plus penser ».^1

À ce stade, « il n'y a plus de dualité entre le blanc, le noir, la lumière, l'ombre, entre Dieu et Lucifer. On est au-delà de ce clivage pré-rationnel ».^1

L'Étoile de David et l'Hermétisme

Le symbole de l'étoile de David ou certains principes hermétiques (« ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ») expriment cette idée : « Il n'y a pas de mieux, il n'y a pas de moins bien, c'est l'art de la connaissance du bien et du mal, c'est justement reposer la pomme ».^1

« C'est ce qui est », point. « Ce que sinon, on est en enfer ». Si on est dans cette comparaison, « on est en enfer ». Le mot « enfer » vient de inferno, « ce qui est en dessous ». C'est « d'arrêter de mettre des choses au-dessus et des choses en dessous ».^1

Bascar précise : « Je ne suis pas en train de dire qu'on n'a pas le droit d'avoir des échelles de valeur. Les échelles de valeur, c'est très bien, c'est ce qui crée de la valeur et qui va créer de la dualité. Bon, c'est ok. On peut être unifié avec sa division ».^1

XIV. Citations Fondamentales de Girard

Bascar termine en partageant des citations de Girard qui résument l'enjeu :

« Aucune démarche seulement intellectuelle, aucune expérience de type philosophique ne pourra jamais procurer à un individu la moindre victoire sur le désir mimétique et la passion victimaire. Il ne se produit que des déplacements et des phénomènes de substitution. »^1

C'est le déplacement de symptômes en psychologie. Girard insiste sur « le caractère illusoire du fait de vaincre le désir mimétique ». Bascar reconnaît : « Il est tout à fait possible que je sois totalement perdu dans cette illusion grandiloquente [...] ou alors peut-être que tout ceci ne sont que des narrations ».^1

Mais lorsqu'on reconnaît la présence du conflit mimétique en nous et dans le monde, et qu'on soupèse « tout ce que cela implique au niveau psychologique, au niveau sociétal », voici ce qui se produit, selon Girard :

« Le mensonge fait place à la vérité, l'angoisse au souvenir, l'agitation au repos, la haine fait place à l'amour, l'humiliation fait place à l'humilité, le désir selon l'autre fait place au désir selon soi [...] et la transcendance déviée fait place à la transcendance verticale. »^1

Conclusion : Une Pratique Non Sacrificielle

Bascar conclut que la théorie de Girard n'est pas qu'un système intellectuel, c'est « une pratique qui se transmet », une pratique « non sacrificielle des textes », qui « par définition veut réconcilier la science et la mystique ».^1

Il espère que cette vidéo permettra d'établir un socle commun, même s'il sait qu'il continuera à voir dans les commentaires des personnes qui « réintroduisent de la mimesis dans les rapports humains », qui utilisent le « oui mais », qui restent dans l'opposition dualiste plutôt que de demander : « Comment est-ce qu'on pourrait faire ensemble pour que ça coexiste ? »^1

Pas un seul commentateur, dit-il, ne lui a demandé : « Dans quelle mesure ce que tu dis est compatible avec ce que je pense ? » Car « si vous comprenez mon travail, en fait ce que je dis n'est incompatible avec absolument rien de ce que vous pensez ».^1

C'est une invitation à dépasser le mental, à sortir de la dialectique pour entrer dans la trialectique, à reconnaître en soi le conflit mimétique, et à avoir le courage d'explorer une logique non sacrificielle, même si cela demande de « regarder en face sa propre violence, la violence du monde ».^1


Glossaire des Termes Complexes

Vocabulaire de Bascar \& Philosophie

Amphibologie (ou amphibologie)
Figure de rhétorique désignant une phrase ou un discours qui présente un double sens, une ambiguïté structurelle. Bascar l'utilise pour qualifier son travail qui peut être entendu sur plusieurs plans simultanés (psychologique, théologique, anthropologique, politique) et qui joue sur l'ambiguïté pour révéler des vérités cachées.^1

Dialectique
Méthode de pensée héritée de Hegel, structurée en thèse/antithèse/synthèse. Elle fonctionne par opposition binaire (oui/non, pour/contre). Bascar la juge insuffisante car elle maintient la dualité et la logique sacrificielle.^1

Trialectique
Méthode de pensée proposée par Bascar qui va au-delà de la dialectique. Elle déconstruit les concepts en montrant qu'il n'y a « que du vent » derrière eux, que ce sont « des façons de parler » et non des réalités ontologiques. Elle utilise le trilème d'Agrippa pour pousser l'investigation jusqu'à ce que « la problématique s'évapore d'elle-même ».^1

Trilème d'Agrippa
Problème philosophique soulevé par Agrippa le Sceptique : toute justification d'une croyance mène soit à une régression infinie, soit à un raisonnement circulaire, soit à un arrêt arbitraire. Utilisé en trialectique pour montrer que les concepts n'ont pas de fondement ultime.^1

Système 1 / Système 2
Distinction issue de la psychologie cognitive (Daniel Kahneman) :

  • Système 1 : Pensée rapide, automatique, émotionnelle, limbique. Fonctionne par agréable/désagréable.^1
  • Système 2 : Pensée lente, réflexive, rationnelle, néocorticale. Nécessaire pour comprendre la logique non-sacrificielle.^1

Pré-rationnel / Rationnel / Trans-rationnel
Trois niveaux de pensée :

  • Pré-rationnel : Pensée magique, superstitieuse, émotionnelle, qui précède la raison.
  • Rationnel : Pensée logique, scientifique, analytique.
  • Trans-rationnel : Pensée qui dépasse la raison sans la nier, qui intègre l'intuition, la mystique, sans tomber dans le pré-rationnel. C'est le niveau où se situe la logique non-sacrificielle.^1

Limbique
Système cérébral des émotions et des réflexes de survie. Fonctionne en binaire (agréable/désagréable, ami/ennemi). Il déteste la solitude car, évolutivement, solitude = danger.^1

Néocortex
Partie la plus récente du cerveau humain, siège de la pensée abstraite, de la planification, du langage complexe. Nécessaire pour accéder à la logique non-sacrificielle.^1

Rose Chip Neurons
Neurones inhibiteurs spécifiques aux humains (absents chez les grands singes et dauphins). Ils inhibent de larges réseaux neuronaux. Bascar suggère que cette capacité d'inhibition (de sacrifice d'un pan du réel) pourrait avoir permis l'émergence des civilisations humaines.^1

Fortclusion (ou forclusion)
Terme lacanien désignant le mécanisme spécifique de la psychose : le rejet primordial d'un signifiant maître (comme le Nom-du-Père) hors de l'univers symbolique du sujet.^1

Idéal du moi
Concept psychanalytique désignant l'image idéale que le sujet voudrait atteindre. Bascar critique toutes les méthodes de développement personnel (PNL, hypnose, coaching) qui reposent sur cet idéal (« devenir une meilleure version de soi »), car elles sont intrinsèquement sacrificielles.^1

Sfumato
Terme pictural italien désignant une technique de contours flous (utilisée notamment par Léonard de Vinci). Bascar l'emploie pour critiquer le « flou » de Lacan, qui masquerait l'absence du Père dans sa théorie.^1

Concepts de René Girard

Mimésis (ou mimesis)
Du grec mimēsis, « imitation ». Désigne la dimension imitative fondamentale de l'être humain. Chez Girard, ce n'est pas une simple copie, mais l'imitation du désir de l'autre.^3^1

Désir mimétique
Concept central de Girard : le désir humain n'est pas spontané ni linéaire (sujet → objet), mais triangulaire (sujet → médiateur → objet). On désire ce que l'autre désire, parce qu'il le désire.^2^1

Conflit mimétique (ou rivalité mimétique)
Lorsque deux individus désirent le même objet par imitation réciproque, ils entrent en conflit. Plus ils se ressemblent (jumeaux mimétiques), plus le conflit est intense et insupportable.^5

Meurtre fondateur
Selon Girard, toute culture humaine repose sur un meurtre originel qui met fin à la spirale de violence mimétique. Ce meurtre, en étant sacralisé et refoulé, devient le socle de l'ordre social, des mythes et des rituels.^5

Bouc émissaire
Victime désignée (souvent marginale : étranger, malade, difforme) sur laquelle la communauté projette tous ses maux. Son sacrifice (réel ou symbolique) transforme la violence de « tous contre tous » en « tous contre un », restaurant la paix sociale.^6^1

Violence fondatrice
La violence collective originelle qui fonde la société en éliminant un bouc émissaire. Cette violence est ensuite sacralisée et ritualisée.^5

Le sacré
Pour Girard, « le sacré, c'est la violence ». Le sacré naît de la violence fondatrice refoulée. Tous les rituels religieux sont des réactualisations symboliques du meurtre fondateur.^7^1

Rituel sacrificiel
Répétition symbolique du meurtre fondateur. En sacrifiant une victime (animale ou humaine selon les cultures), la communauté croit apaiser les tensions et prévenir le retour de la crise mimétique.^5

Logique sacrificielle
Toute structure sociale, psychologique ou cognitive qui fonctionne par exclusion, inhibition ou sacrifice d'un élément pour maintenir l'ordre ou l'identité. C'est le mode de fonctionnement « par défaut » de l'humanité selon Girard et Bascar.^1

Logique non sacrificielle
Paradigme que Bascar défend : une manière d'être au monde qui n'exclut, ne nie, ne sacrifie aucun pan de la réalité. Elle nécessite un niveau de conscience élevé et ne peut être atteinte par des méthodes basées sur l'idéal du moi.^1

Conversion (sens girardien)
Reconnaissance consciente du mécanisme du désir mimétique en soi. Ce n'est pas une conversion religieuse au sens classique, mais une prise de conscience de sa propre violence et de sa participation à la logique sacrificielle.^1

Vendetta
Cycle de vengeance infini où chaque meurtre appelle un meurtre en représailles. Dans les sociétés primitives sans justice institutionnelle, la vendetta mène à la destruction du groupe, d'où la nécessité du bouc émissaire pour l'arrêter.^5

Triangle du désir
Schéma géométrique représentant la structure du désir mimétique : le sujet (A) désire l'objet (C) parce que le médiateur/modèle (B) le désire. Le désir ne va jamais directement de A à C, il passe toujours par B.^4^2

Autres Concepts

TOC (Troubles Obsessionnels Compulsifs)
Pathologie caractérisée par des rituels répétitifs censés apaiser l'angoisse. Bascar y voit une illustration de la logique sacrificielle : plus le rituel est inefficace, plus on « augmente les doses », sans jamais résoudre la peur sous-jacente.^1

CNV (Communication Non Violente)
Méthode de communication développée par Marshall Rosenberg, utilisant les métaphores de la « girafe » (communication empathique) et du « chacal » (communication violente). Bascar la considère comme une bonne introduction, mais encore sacrificielle dans sa structure binaire.^1

Tabou
Mot d'origine polynésienne désignant initialement le flux menstruel. Désigne tout ce qui est interdit, sacralisé, intouchable dans une culture. Pour Bascar, les tabous naissent de la peur de la violence mimétique.^1

Double contrainte (ou double bind)
Concept de Gregory Bateson : situation où un individu reçoit deux injonctions contradictoires qu'il ne peut ni satisfaire ni fuir. Bascar identifie une double contrainte fondatrice : « J'ai peur de la violence des autres, donc je me groupe avec eux », alors que c'est précisément le groupe qui génère la violence mimétique.^1

Aversion à la perte
Biais cognitif (étudié par Daniel Kahneman) : nous détestons perdre quelque chose que nous possédons plus que nous n'aimons gagner quelque chose de valeur équivalente. Cela explique pourquoi les rituels persistent même quand ils sont inefficaces : on a trop « investi » pour les abandonner.^1

Dissonance cognitive
État psychologique inconfortable lorsque nos actions contredisent nos croyances. Face à l'inefficacité d'un rituel, plutôt que de l'abandonner (ce qui créerait une dissonance), on « augmente les doses » en se persuadant qu'il fonctionne.^1

Pensée autovalidante (ou prophétie autoréalisatrice)
Logique circulaire typique de la pensée magique : « C'est justement parce que le rituel n'a aucune efficacité qu'il est efficace ». Toute issue confirme la croyance initiale.^1

Biais de confirmation
Tendance à rechercher, interpréter et privilégier les informations qui confirment nos croyances préexistantes. Bascar identifie ce biais chez ceux qui pratiquent des rituels magiques ou ésotériques malgré leur inefficacité.^1

Cloisonnement (ou compartementalisation)
Mécanisme de défense psychologique où l'on sépare mentalement des idées contradictoires pour éviter la dissonance. Typique des sociétés secrètes (franc-maçonnerie) : « Si on ne vous le dit pas, c'est que vous n'avez pas le droit de le connaître ».^1

Splitting (ou clivage)
Mécanisme de défense consistant à diviser la réalité en catégories absolues (bon/mauvais, pur/impur). Bascar voit le symbole du yin-yang maçonnique comme illustration de ce clivage.^1


Bibliographie Recommandée par Bascar

« Les Origines de la Culture » - René Girard
Ouvrage conseillé en fin de vidéo. Bascar le trouve « rafraîchissant » par rapport aux autres livres de Girard, qui ont tendance à se répéter. Ce livre aborde :

  • Les thèses de Merlin Donald sur le fait que le mythe précède le langage^1
  • Les nuances entre imitation, duplication et mimésis
  • Une critique de Bruno Latour, qui n'aurait pas compris Girard « au-delà d'un certain point » car il reste dans une « grille trans-rationnelle sacrificielle » alors que Girard propose une « grille trans-rationnelle non-sacrificielle »^1

Note finale : Bascar insiste sur le fait que cette théorie n'est pas qu'intellectuelle. C'est une invitation à l'expérience, à observer en soi le « maître intérieur », à reconnaître les mécanismes mimétiques dans sa propre vie, et à explorer, avec « une infinie douceur, une infinie humanité », la possibilité d'une existence non sacrificielle.^1
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Le complot le plus grave de la tech française - YouTube

5 janvier 2026 à 11:45

Gemplus : Comment les États-Unis ont pris le contrôle du leader mondial des cartes à puces
Une entreprise française au sommet du monde

En 1988, alors que les États-Unis et le Japon s'affrontaient dans une guerre économique sans merci pour la maîtrise des nouvelles technologies, la France possédait une pépite d'ingénierie que le monde a peu remarquée : Gemplus. Fondée par Marc Lassus, un fils d'instituteur béarnais, et cinq autres ingénieurs venus de Thomson-CSF, cette petite entreprise provençale allait devenir le leader incontesté de la fabrication de cartes à puces.

Marc Lassus n'était pas l'inventeur de la puce dorée – cet honneur revient à Roland Moreno – mais il a perçu quelque chose que personne d'autre ne voyait à l'époque : le potentiel colossal de cette technologie pour sécuriser les transactions, les authentifications et les communications du monde numérique. À une époque où les cartes magnétiques dominaient et pouvaient être clonées en quelques secondes, Lassus était convaincu que la carte à puce était l'avenir.

Dès le départ, il s'entoure stratégiquement. Il convainc France Télécom, qui perdait des millions à cause des fraudes sur cartes magnétiques, d'investir. Roland Moreno, l'inventeur, participe aussi au capital. Cette diversification signifie que dès le début, Marc Lassus ne contrôle pas seul sa propre entreprise – il en possède environ 20% – mais il conserve la présidence et le leadership visionnaire.
La croissance fulgurante d'un champion français

Entre 1988 et 1998, Gemplus se transforme d'une start-up à peine concevable en géant mondial. La croissance est spectaculaire : 50% par an. L'entreprise vend 3 millions de cartes à puces par mois en Europe et équipe déjà plus de 400 millions de cartes SIM à travers le monde.

Le véritable trésor gardé jalousement : le savoir-faire en cryptographie. Dans les laboratoires ultra-sécurisés de Marseille, des ingénieurs parmi les meilleurs au monde développent des systèmes de chiffrement réputés inviolables. Chaque carte à puce contient une clé cryptographique secrète, connue uniquement de la carte et de l'opérateur, qui ne quitte jamais la puce. Grâce à cette clé, le réseau authentifie le téléphone et génère les clés de chiffrement qui protègent les communications.

Celui qui contrôle ces clés contrôle les secrets de milliards de personnes. Gemplus en garde des centaines de millions dans ses laboratoires, chacune infiniment précieuse. Ces clés sont ce que les services de renseignement appellent « le Graal du renseignement ». Avec elles, on peut lire en clair toutes les communications entre un téléphone et le réseau. Les technologies de Gemplus équipent les cartes bancaires, les passeports électroniques, les systèmes de communication chiffrés, la télévision cryptée, les abonnements téléphoniques – pratiquement tous les secteurs demandant une authentification sécurisée.
Le rêve américain impossible

Cependant, il existe un trou béant : les États-Unis. Malgré la domination mondiale, le marché américain reste fermé. Les raisons en sont simples : d'abord, les États-Unis n'utilisent pas la norme GSM pour leurs réseaux mobiles – ils ont leurs propres standards qui ne nécessitent pas de cartes SIM. Ensuite, les cartes bancaires et les télécartes américaines fonctionnent avec des bandes magnétiques. Pour les Américains, investir dans une technologie étrangère semble trop cher, trop risqué, et surtout : ce n'est pas américain.

Pour Marc Lassus, c'est insupportable. Les États-Unis ne sont pas juste un marché supplémentaire – c'est le marché, celui qui valide votre statut de leader mondial. Sans lui, vous restez un acteur régional, peu importe votre taille. Lassus sait qu'une seule solution existe : s'associer à une entreprise américaine puissante.

Il cible d'abord Datacard, le leader américain des terminaux de paiement. Refus sec. Il remonte alors la chaîne et contacte l'actionnaire majoritaire de Datacard : la famille Quandt, l'une des plus riches dynasties industrielles allemandes – puissante, discrète, propriétaire de BMW et d'usines partout en Europe. Cette fois, ça fonctionne. Les Quandt acceptent d'entrer au capital de Gemplus. Lassus récupère la branche carte de Datacard et une usine à Philadelphie.

Sur le papier, c'est un coup de maître. Dans les faits : rien ne change. Avoir une usine sur le sol américain ne suffit pas.
L'arrivée du loup dans la bergerie

En 1999, Marc Lassus quitte la direction opérationnelle quotidienne de Gemplus. Il garde la présidence du conseil d'administration mais Daniel Legal, co-fondateur, dirige au quotidien. Lassus, exilé à Londres pour des raisons fiscales, se concentre sur la stratégie : ouvrir le marché américain. Jusqu'à présent, sans succès.

Puis arrive ce coup de fil : Daniel Legal appelle Marc, gêné. Gemplus a reçu une troisième offre d'un fonds d'investissement américain : Texas Pacific Group (TPG). Le montant : 550 millions de dollars pour 26% du capital. Légal l'avait refusée deux fois sans en parler à Marc.

Marc explose. Comment Légal a-t-il pu refuser sans le consulter ?

Mais Légal n'est pas idiot. Il est méfiant. Et il a raison. Avec 40% de croissance annuelle, Gemplus est tout l'inverse d'une entreprise en difficulté – le profil classique des cibles de TPG. De plus, TPG n'est pas spécialisé en technologies. Et 550 millions de dollars ? C'est quadruple ce que TPG investit habituellement. C'est anormalement généreux.

Il y a une raison plus profonde encore : TPG demande 33% du capital. Ce n'est pas anodin. 33%, c'est la minorité de blocage – la part qui suffit pour bloquer toutes les décisions importantes. C'est presque donner les clés à quelqu'un d'autre.

Gemplus développe des technologies extrêmement sensibles. Les secrets ne doivent pas tomber entre de mauvaises mains. Même si les États-Unis sont des alliés, c'est une question de principe : Gemplus doit rester sous contrôle français.

Mais pour Marc Lassus, qui a consacré une décennie à accéder au marché américain, la pilule a du mal à passer. Il est conscient des risques, mais il a tout essayé et tout a échoué. Il décide de prendre le dossier en main.
David Bonderman et le mirage du marché américain

David Bonderman accueille Marc Lassus dans son ranch du Colorado – le Wildcat Ranch avec 19 chambres, un lac privé, une vue imprenable sur les Rocheuses – comme un roi. Bonderman est un avocat brillant, milliardaire, collectionneur d'art et de deals audacieux.

Il ouvre à Marc Lassus des perspectives inespérées. Il raconte être proche d'Hillary Clinton (ministre de la santé à l'époque), que toutes les cartes vitales vont passer à la technologie de la carte à puce, que les 200 millions de permis de conduire vont suivre. Un boulevard vers la conquête du marché américain.

Marc tient enfin son marché. Il a des dollars dans les yeux. Il rentre convaincu.

Chez Gemplus, c'est la guerre. Les co-fondateurs sont catégoriques : TPG, c'est non. Trop risqué. Ils n'ont pas besoin d'eux. Légal et les autres traitent Marc de naïf. Marc les trouve peureux. Ils laissent passer la chance de leur vie.

Marc a deux possibilités : convaincre les co-fondateurs, ou monter d'un niveau et faire valider directement par les actionnaires. La seconde option est plus simple, notamment parce que les Quandt allemands semblent très enthousiastes.

Marc négocie une entrée de TPG à hauteur de 26%. En échange, TPG obtient le droit de nommer le directeur général et cinq des neuf sièges du conseil d'administration. Le deal se fait enfin. Pour Marc, c'est la libération. Enfin, pas tout à fait.
Les premiers signes troublants

Au début 2001, 6 mois après l'arrivée de TPG, l'ambiance change. Dans les couloirs, des Américains arrivent partout. Un nouveau directeur général : Antonio Perez. Un nouveau directeur financier. Puis toute l'équipe dirigeante historique se fait remplacer un par un.

Pourtant, la croissance de Gemplus continue. L'arrivée sur le marché américain réussit. Les nouveaux managers ont été formés dans des écoles de management américaines. Tout irait bien jusqu'au jour où ils décident de s'immiscer dans des décisions stratégiques apparemment stupides.

La première alerte : Antonio Perez multiplie les communiqués maladroits aux investisseurs exactement quand les marchés financiers sont en fébrilité. Marc Lassus voit horrifié le cours de Gemplus baisser en bourse – une première.

Pire encore : la décision d'abandonner les télécartes. Perez les traite de « produit de merde ». C'était l'épicerie historique. Gemplus générait des milliards avec pratiquement aucun frais. La marge était très intéressante. Pourquoi abandonner une vache à lait ?

Marc monte au créneau et s'oppose de toutes ses forces. Il parvient à faire revenir Perez sur sa décision. Mais quelques mois plus tard, Perez revend Skiata, une pépite technologique acquise par Gemplus qui ouvrait l'accès au marché très juteux des terminaux de parking. Pour des raisons obscures.

Des choses vicieuses commencent à se passer.
La surveillance et les cambriolages

Les objections de Marc ne restent pas sans conséquences. Des réactions commencent – discrètes, puis inquiétantes.

Un dimanche matin, Marc travaille tôt. Il voit un homme fouiller ses poubelles. C'est le chef des gardiens. Il soutient une histoire sur les odeurs, mais Marc sait : quelqu'un cherche ses papiers.

À mesure que la situation devient tendue avec TPG, les signes inquiétants s'accumulent. Marc découvre qu'il est suivi. C'est un marchand de smartphones turc qui le signale à sa femme : « Quand vous sortez de chez vous, il y a des gens qui vous suivent. »

Marc constate que c'est vrai. Il prend le métro et comprend que des professionnels le surveillent. Quand il descend du train au dernier moment pour en prendre un autre, ils le suivent. Quand il change de ligne et se déplace à toute vitesse, ils sont toujours là. Il n'a jamais réussi à les semer.

Il est cambriolé trois fois en 6 mois. Il déménage – on le recambrole. À chaque fois, rien n'est volé, mais sa maison est entièrement saccagée. C'est une mise en scène, une démonstration.
Le coup de fil de Landis & Gear

C'est à ce moment que Gemplus reçoit un coup de fil décisif. Il provient de Landis & Gear, une autre société technologique. Le message : troublant.

« Faites attention. On s'est fait racheter par TPG il y a 3 ans. Maintenant, la boîte est en faillite. Ils ont tout liquidé. Il y a une filiale criblée de dettes qu'ils veulent vous refiler. »

Quelques semaines plus tard, Marc découvre, stupéfait, qu'Antonio Perez rachète effectivement cette filiale mourante de Landis & Gear. TPG se débarrasse de ses poubelles en les vendant à Gemplus. Pour Marc Lassus, c'est le déclic.

Le cours de Gemplus continue de s'effondrer. Les investisseurs paniquent. Les analystes s'alarment. Le champion français est en crise. Les licenciements commencent. C'est surréaliste. La colère monte parmi les salariés.

Parmi les rumeurs : Antonio Perez aurait des liens avec les services de renseignement américain. Tout cela ne serait pas hasard, mais une opération coordonnée. À l'époque, cela ressemble à une théorie du complot.

Marc Lassus n'y croit pas du tout. Pour lui, Perez est simplement incompétent.
La convocation à Washington

Quelques jours plus tard, Marc reçoit une convocation à Wildcat Ranch. David Bonderman veut le voir avec Antonio Perez.

Marc part persuadé qu'il ne sera pas difficile de convaincre Bonderman de l'incompétence de Perez. Mais pas de tapis rouge cette fois. Bonderman les reçoit froidement. Il leur dit que tous les deux sont responsables de la crise.

Bonderman joue au « John Wayne ». Il les réprimande sévèrement : s'ils ne sont pas capables de travailler ensemble, il les vire tous les deux. Perez, visiblement, est très bien payé et comprend qu'il y a complicité entre lui et Bonderman. C'est pour calmer Marc.

Marc rentre à Londres désemparé. Il commence à réaliser qu'il n'a plus le soutien de TPG. Mais il refuse encore de faire le lien. Il se dit que Bonderman protège simplement son directeur général. C'est normal. TPG veut juste que Gemplus réussisse.
Les démissions forcées et la perte de contrôle

La situation devient lunaire. Marc reçoit une convocation pour un conseil d'administration extrêmement urgent à Washington. Lui, le président du conseil – c'est normalement lui qui convoque – doit répondre à une convocation mystérieuse.

Stéphane Kan l'appelle – quelqu'un qui l'appelait rarement. Des managers qu'il connaissait à peine l'appellent : « Marc, il faut absolument que tu viennes. »

Il arrive de vacances à Roatán, une petite île des Caraïbes où il avait acheté une propriété pour sa retraite. Pas de costume – il était en vacances. C'était censé être un repos avec juste un vieux fax pour les urgences.

À Washington, c'est le piège. Tout est organisé à l'américaine. Le conseil d'administration est présent, mais aussi tous les directeurs de Gemplus – bien qu'ils ne devraient pas être là. Une agence de communication, des avocats, des piles de documents, des imprimantes qui tournent à plein régime.

Un homme n'a aucun rôle officiel, mais gère tout. Logistique, conseil d'administration, communiqués de presse, bureau de presse. C'est David Bonderman. Il a organisé le show.

Marc comprend que le scénario est déjà écrit. Parmi les documents, il voit deux ébauches de protocoles de révocation – les conditions de fin de mandat de deux dirigeants. Les noms sont déjà écrits : Antonio Perez et Marc Lassus.

C'est le choc. Le fondateur, forcé par son propre conseil d'administration à démissionner. Marc peut rester au conseil, mais il perd toute autorité. Il n'a plus le droit de communiquer avec le personnel. Plus de pouvoir. Plus rien.

Écœuré et épuisé, Marc Lassus signe sa démission. Il vient de perdre Gemplus.


La révélation : In-Q-Tel et la CIA

Fin 2001, TPG semble avoir pris le contrôle total de Gemplus. David Bonderman obtient un siège au conseil. Il est nommé vice-président.

Mais la bataille n'est pas terminée. Marc Lassus a des cartes à jouer. Pendant ces années, il a rencontré Ziad Takieddine et Thijs d'Asso, deux actionnaires de Gemplus prêts à le soutenir face aux Américains. Un front français se constitue.

Au printemps 2002, ils enchaînent les victoires. Takieddine et d'Asso sont élus au conseil. Ils font passer le conseil à 13 sièges, diluant le pouvoir de TPG. Ils font élire un nouveau président français : Dominique Vignon.

Mais ils sont en retard. Et ils vont bientôt découvrir contre qui ils jouent vraiment.

La première mission : nommer un nouveau directeur général. Takieddine et d'Asso interviewent un candidat excellent – un Français formé aux États-Unis, parfait. Au dernier moment, Bonderman impose Alex Mandl – un Autrichien ayant travaillé chez AT&T et Bell. Un très bon pédigrée. Pourquoi pas ?

Ce qu'on ne savait pas, c'est la suite.

Un journaliste à la Tribune, le quotidien économique, suit l'affaire depuis le début. Ça le fascine. Il sent quelque chose de plus gros. Il se retrouve sans emploi mais avec maintien de salaire. Il a du temps. Il creuse.

Il tombe sur Alex Mandel. Un type imposé de nulle part. C'est bizarre. Il tape Alex Mandel sur Google.

En 2002, Google n'a que 4 ans. Chez Gemplus, visiblement, on n'avait pas fait cette recherche. Au milieu des résultats, il voit un nom qui change tout.

In-Q-Tel.

Un fonds d'investissement créé par l'Agence Centrale de Renseignement américaine pour investir dans les nouvelles technologies – cryptographie, cybersécurité, intelligence artificielle, tout ce qui touche au renseignement du futur. Et Alex Mandel, le nouveau directeur général de Gemplus, siège au conseil d'administration d'In-Q-Tel.

Le journaliste relit trois fois. Il n'arrive pas à y croire. Le mec nommé pour diriger Gemplus travaillait pour la CIA.

Il continue. Plus il cherche, plus les connexions apparaissent. Alex Mandel ne travaille pas que pour In-Q-Tel. Il fait partie du BENS – Business Executives for National Security – un think tank qui promeut les intérêts économiques et sécuritaires des États-Unis. David Bonderman a travaillé au cabinet Arnold & Porter – le même qui conseille In-Q-Tel.

TPG, In-Q-Tel, BENS, Arnold & Porter. Tout ce beau monde gravite dans les mêmes cercles.

Quand Marc Lassus apprend ça, il refuse d'abord d'y croire. Puis tout s'éclaircit.

TPG avec 550 millions. Antonio Perez et ses décisions absurdes. L'abandon de la télécarte. Les acquisitions stupides. La surveillance. La poubelle fouillée. Les cambriolages. Bonderman orchestrant l'éviction. Alex Mandel, l'homme de la CIA, placé à la tête de Gemplus.

Depuis le début, il avait été la cible d'une opération de renseignement. Menée par la CIA pour prendre le contrôle de Gemplus. Et il avait ouvert la porte lui-même.
Pourquoi la CIA voulait Gemplus

Pourquoi ? Pourquoi la CIA voulait-elle Gemplus ?

À l'intérieur de chaque carte SIM, il existe une clé cryptographique secrète connue uniquement de la carte et de l'opérateur. Elle ne quitte jamais la puce. Grâce à cette clé, le réseau authentifie le téléphone et génère les clés de chiffrement qui protègent les communications.

Celui qui contrôle cette clé peut tout entendre.

Gemplus, dans ses laboratoires ultra-sécurisés, stockait toutes ses clés – des centaines de millions. En 2000, Gemplus équipait plus de 400 millions de cartes SIM plus les cartes bancaires, plus les passeports électroniques.

Gemplus détenait les clés du monde. C'était une entreprise française.

Pour les États-Unis, c'était intolérable. Les Américains considèrent que la cryptographie est un enjeu de sécurité nationale. Ils ne pouvaient pas accepter qu'une entreprise étrangère contrôle l'accès aux communications mondiales. Gemplus devait tomber.


Les conséquences dévastatrices pour Marc Lassus

Pour Marc Lassus, les conséquences ont été dévastatrices. Au moment de l'introduction en bourse de Gemplus, TPG lui avait fait un prêt de 70 millions de dollars pour qu'il achète des stock options, pour donner un bon signal aux investisseurs.

Sauf que la crise que Gemplus a traversée rend les actions sans valeur. L'AMF le condamne, prétendu qu'il avait trafiqué les cours. Marc dit que c'est scandaleux. Il se sent très mal défendu. Il a baissé les bras.

Ses actions de 18% dans Gemplus n'avaient plus aucune valeur. Quand Gemplus demande à Marc de rembourser les 70 millions, il est insolvable. Ses biens sont saisis. Son bateau est piqué.

« J'en pouvais plus. Je me suis trouvé ruiné. J'ai touché ma retraite tard et elle est amputée encore par l'État français. »

Aujourd'hui, Marc Lassus vit modestement. L'homme qui a créé la première licorne française est endetté et brisé.


L'après : Gemalto et les révélations de Snowden

Gemplus est rachetée en 2006 par Axalto, un autre fabricant français. Le nouvel ensemble s'appelle Gemalto. En 2019, Gemalto est racheté par Thales, le géant français de la défense. Gemplus redevient française.

Mais trop tard. Les Américains ont eu 4 ans – de 2002 à 2006 – pour siphonner tout ce qu'ils voulaient. Les technologies, les clés, les brevets. C'était l'objectif depuis le début.

La preuve arrive en 2013. Edward Snowden, analyste de la NSA, révèle l'ampleur de la surveillance américaine. Parmi les documents, une présentation de la NSA révèle que l'agence a piraté Gemalto pour voler les clés de chiffrement des cartes SIM.

Selon les documents de Snowden, la NSA et le GCHQ britannique ont infiltré les réseaux de Gemalto pour dérober des milliers de clés de chiffrement à la source. Un document daté de 2010 indique : « [nous] avons implanté avec succès plusieurs machines Gemalto et nous pensons que nous avons l'ensemble de leur réseau. »

Les agences pouvaient décoder les données passant entre téléphones mobiles et tours de transmission. Elles pouvaient espionner appels, textos, emails sans permission et sans laisser de trace.

Quand la France découvre l'espionnage – Hollande auprès d'Obama, accompagné de Merkel, dénoncent publiquement à Paris être espionnés. Obama est gêné, mais sans plus. Ça continue.
Une opération planifiée du début à la fin

Il n'y a pas de doute pour Marc Lassus : on ne monte pas une opération de cette ampleur avec autant de coordination, autant de surveillance, autant de moyens, juste par hasard. C'était planifié. Orchestré du début à la fin.

« Ce sont des ennemis. C'est la CIA. C'est sûr », déclare Marc Lassus.

Ce n'était pas une première. Dans les années 1990, d'autres cas similaires existaient – des entreprises européennes de cryptographie infiltrées, rachetées, sabotées. Gemplus, c'est l'opération la plus aboutie.

Les États-Unis, qui avaient pris du retard dans les années 1990, ont rattrapé. Bill Clinton inaugure la première carte bancaire américaine en 2003, juste après l'arrivée d'Alex Mandel chez Gemplus.
Leçons pour l'Europe : une naïveté coûteuse

En Europe et en France, on croyait au libre-échange, à la loyauté entre alliés. Mais les Américains protégeaient leurs intérêts par tous les moyens – y compris le renseignement offensif.

L'affaire Gemplus est devenue un cas d'école, symbole de la naïveté européenne face à la guerre économique menée par les grandes puissances. C'était il y a 25 ans. Qu'est-ce qui a vraiment changé ?

Il est impensable que l'Europe continue à se faire avoir de la sorte... n'est-ce pas ?

Pas certainement. D'autres champions français se marient avec des Américains. Latécoère et Photonism ont vu un fonds américain prendre le contrôle. Alstom a été racheté par General Electric. Et on ne pose pas de questions.

Si la France a longtemps été indépendante sur tous les secteurs stratégiques, qu'en est-il maintenant ? Quand sera-t-il à l'avenir ? Que se passera-t-il si les États-Unis décident que nous ne sommes plus leurs alliés ? Que nous n'avons plus besoin des turbines alimentant nos sous-marins ? Que nous n'avons plus besoin d'entretenir nos centrales nucléaires ?

Le prochain Gemplus existe peut-être déjà. Il développe de l'IA générative, des composants quantiques, des puces de nouvelle génération. Des bureaux à Paris, des investisseurs à San Francisco. Et personne ne pose de questions.

Enfin, personne sauf vous.
Références

Wikipedia - Gemplus, entreprise française de fabrication de cartes à puces ; croissance annuelle et chiffres d'affaires documentés.

Structure cryptographique des cartes SIM et rôle des clés de chiffrement dans l'authentification et la protection des communications.

In-Q-Tel, fonds d'investissement créé par la CIA en 1999 ; Alex Mandl siégea au conseil d'administration avant nomination en tant que PDG de Gemplus en 2002.

Connexions entre David Bonderman (TPG), In-Q-Tel, BENS et Arnold & Porter documentées dans les archives.

Explication technique de la structure cryptographique des cartes SIM et de l'importance stratégique des clés de chiffrement.

Approche américaine historique vis-à-vis de la cryptographie comme enjeu de sécurité nationale.

Marc Lassus, compte Le Monde 2002 : ruine financière suite à l'éviction et au remboursement du prêt de stock options.

Révélations de Snowden en 2013 sur le piratage de Gemalto par la NSA et le GCHQ ; rapports The Intercept et médias internationaux.


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Reçu — 3 janvier 2026 Martouf
Reçu — 2 janvier 2026 Martouf

Le plan de l'orbite lunaire incliné de 5 degrés precesse en 18.6 ans

2 janvier 2026 à 20:42

Chacun sait qu’à nos latitudes le Soleil monte au plus haut dans le ciel au solstice d’été, plus bas au solstice d’hiver. Au néolithique on savait aussi que pour la Lune c’est l’inverse. En effet, l’hiver, lors des Pleines Lunes, elle préside à ces nuits interminables, du crépuscule à l’aube, et vient culminer au méridien au milieu de la nuit.

C’est en scrutant l’azimut des couchers de la Lune, que les Anciens, plus attentifs que nous aux événements du ciel, s’étaient aperçu des mouvements variés et inattendus de la Lune.
Alors que le Soleil se couche toujours le soir, et à peu près à la même heure, la Lune se couche tantôt de nuit, tantôt de jour, des couchers qui, se décalent de près d’une heure d’un jour à l’autre.
Alors que le Soleil, effectue lentement un aller-retour du sud-ouest (solstice d’hiver) au nord-ouest (solstice d’été) en 1 an, la Lune balaye rapidement ce secteur en 27 jours.

Alors que le Soleil balaye chaque année le même secteur d’amplitude constante sur l’horizon du sud-ouest au nord-ouest, la Lune explorera chaque mois un secteur d’amplitude différente qui, certaines années, sera 25% plus large que celui du Soleil, et, d’autres années, sera 25% plus étroit selon un cycle de 19 ans (18,6) connu depuis l’Age du bronze. On retrouve ces cycles périodiques et ces azimuts privilégiés dans les monuments mégalithiques tels Stonehenge, Carnac ou Chankillo dans les Andes. L’historien grec Hécatée nous rappelle qu’ils étaient connus de Pythagore. Aujourd’hui, privés du temps nécessaire pour méditer, contempler, observer et mesurer les phénomènes célestes, nous avons oublié ces curiosités toutes simples ; les étudiants en sciences les ignorent souvent et même parfois les astrophysiciens du CNRS.


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La Chaîne Psylosophique - YouTube

2 janvier 2026 à 19:14

Bienvenue sur la chaîne psylosophique !

Vous y trouverez les conférences présentées dans le cadre des "Journées Psylosophiques". Il s'agit d'un cycle de conférence organisé dans les environs de Sion (Suisse) abordant les différentes approches du passé. A chaque journée, nous recevons des experts de l'humain, des professionnels et des chercheurs amateurs qui viennent présenter leurs expériences pour aider à nuancer et affiner notre compréhension des origines des civilisations humaines.


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Reçu — 1 janvier 2026 Martouf
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